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Full text of "Chroniques de Louis XII"

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CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII 


PAR 


JEAN   D'AUTON 


IMPRIMERIE  DAUPELEY-GOUVERNEUR 


A    NOGENT-LE-ROTROU. 


CHRONIQUES 

DE  LOUIS  XII 


PAR 


JEAN   D'AUTON 


EDITION    PUBLIEE    POUR    LA    SOCIETE    DE    L  HISTOIRE    DE    FRANCE 


PAR  R.  DE  MAULDE  LA  GLAVIÈRE 


TOME    PREMIER 


À  PARIS 

LIBRAIRIE    RENOUARD 

H.    LAURENS,    SUCCESSEUR 

LIBRAIRE      DE     LA     SOCIÉTÉ     DE     l'hISTOIRE     DE     FRANGE 
RUE    DE    TOURNON,    N°    6 

M  DCGG  LXXXIX 


245 


**     *:  ♦v 


EXTRMT    DU    REGLEMENT. 

AiiT.  ^4.  —  Le  Conseil  désigne  les  ouvrages  à  publier,  et 
choisit  les  personnes  les  plus  capables  d'en  préparer  el  d'en 
suivre  la  publication. 

11  nomme,  pour  chaque  ouvrage  à  publier,  un  Commissaire 
responsable,  chargé  d'en  surveiller  l'exécution. 

Le  nom  de  l'éditeur  sera  placé  à  la  tête  de  chaque  volume. 

Aucun  volume  ne  pourra  paraître  sous  le  nom  de  la  Société 
sans  l'autorisation  du  Conseil,  et  s'il  n'est  accompagné  d'une 
déclaration  du  Commissaire  responsable,  portant  que  le  travail 
.lui  a  paru  mériter  d'être  publié. 


Le  Commissaire  responsable  soussigné  déclare  que  le  tome  /" 
de  l'édition  des  Chroniques  de  Louis  XII  par  Jean  d'Actoin. 
préparé  par  M.  R.  de  Maulde,  lui  a  paru  digne  d'être  publié 
par  la  Société  de  l'Histoire  de  France. 

Fait  à  Paris,  le  20  octobre  1889. 

Signé  :  BAGUENAULT  DE  PUCHESSE. 

Certifié  : 
Le  Secrétaire  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France, 
A.    DE   BOISLISLE. 


CHRONIQUES 

DE    LOUIS    XII 

LA  CONQUESTE  DE  MILAN». 

L'exceltacion  et  gloire  des  humains  anticques  au 
noble  excercice  des  armes  considérant  avoir  heu  com- 
mancement  et  moyen  et  perpétué  leur  fin  et,  en  la 
riche  myne  de  vertueuse  proesse,  les  imcomparal)les 

1.  D'après  le  manuscrit  original,  coté  fonds  français  n"  5089,  à 
la  Bibliothèque  nationale,  registre  de  parchemin  (avec  reliure  de 
la  Bibliothèque  du  roi  au  xyii^  siècle),  de  0,194  millim.  sur 
0,30  centim.;  d'une  même  écriture  gothique,  haute,  à  marges;  de 
53  feuillets,  plus  4  de  garde  au  commencement  et  1  à  la  fin.  I/es 
titres,  en  lettres  de  couleur,  ont  été  intercalés  dans  le  texte  après 
coup  et  d'une  manière  factice.  —  Ce  ms.  paraît  n'avoir  jamais 
quitté  la  Bibliothèque  nationale.  Au  verso  du  premier  feuillet  de 
garde,  une  main  moderne  a  écrit  :  Ritlime.  Le  volage  de  Millan  el 
la  conqueste  d'icelle;  le  recto  du  deuxième  porte  ces  mots,  d'une 
écriture  du  commencement  du  xvi^  siècle  :  Cest  livre  appartient 
au  roy  Loys  XI1%  avec  un  paraphe  qui  peut  être  celui  de  G.  de 
Sanzay,  libraire  du  roi  Louis  XII;  au  recto  du  troisième  feuillet, 
on  lit,  en  lettres  rouges,  le  titre  :  Les  Alarmes  de  Mars  sur  le 
voyage  de  Millan,  avecques  la  conqueste  et  entrée  d'icelle,  puis  les 
chiffres  des  inventaires  successifs.  Le  revers  du  quatrième  feuillet 
I  1 


•2  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [1499 

trésors  d'honneur  immortel  et  heureuse  renommée 
emcherchés  et  trouvez,  et  les  faictz  commemorables 
d'iceulx  par  les  escriptz  des  historiographes  et  croni- 

esl  entièrement  occupé  par  une  grande  miniature  emblématique  : 
le  triomphe  de  Mars.  Mars,  armé  à  l'antique,  un  fléau  dans  la 
main  droite,  une  rêne  dans  la  main  gauche,  est  assis  sur  un  char 
très  élevé  et  de  dessin  fantaisiste.  Devant  lui  est  assis  un  loup 
(un  chien  d'après  M.  Ilennin,  Monuments  de  f histoire  de  France, 
VII,  101).  Ce  char  est  trainé  de  gauche  à  droite  par  une  paire  de 
chevaux  de  moyenne  allure,  l'un  bai,  l'autre  blanc,  simplement 
harnachés  d'un  collier,  de  traits  et  d'un  très  léger  filet  rouge.  Un 
détachement  de  piquiers,  à  la  livrée  du  roi  (mi-partie  rouge  et 
jaune),  marche  près  des  chevaux,  un  détachement  de  gens  d'armes 
de  l'ordonnance  près  du  char.  Parmi  eux,  un  guidon,  près  du  char, 
porte  le  fanion  de  Louis  XII  (une  flamme  en  pointe  mi-partie 
rouge  et  jaune,  chargée  d'un  porc-épic  d'or).  Dans  le  fond  appa- 
raît une  perspective  de  paysage,  du  genre  italien.  L'encadrement 
se  compose  de  deux  colonnes  de  fantaisie,  portant  un  fronton  en 
forme  de  vaste  coquille.  La  lète  de  Mars  est  énergique  et  bien 
dessinée;  elle  paraît  d'une  main  étrangère  et  ses  dimensions  sont 
un  peu  fortes  pour  le  reste  de  la  peinture.  Le  manuscrit  ne  pos- 
sède point  d'autre  enluminure.  A  la  fin,  sur  le  recto  du  feuillet  53, 
il  porte  les  lignes  suivantes,  d'une  écriture  analogue  à  celle  du 
manuscrit,  mais  plus  forte  : 

«  Ora  per  duces  consors  ter  regens  et  posses  Sydn 
«  Ludo  vicia  fui  demilana  germanie 
«  En  maie  fortune  laxa  vie  prêter  ira 
«  Par  miles  deducas  ne  sera  jam  es  remissus 
«  De  celere  gyon  fert  ille  tante  suberant 
«  Ave  que  est  radios  galias  es  femine  fuit 
«  Nostrc  Lysya  cum  quis  domi  nacione  terne 
«  Quem  dira  morte  logent  vi  vel  ovis  très  christi  en.  » 
Les  25  premiers  feuillets  du  texte  sont  remplis  par  un  poème 
des  Alarmes  de  Mars,  dépourvu  d'intérêt  historique  et  littéraire. 
La  Bibliothèque  de  l'Institut  (fonds  Godofroy  ccxxxvni)  pos- 
sède une  copie  de  cette  chronique,  sur  papier,  de  25  feuillets, 
d'une  écriture  de  la  fin  du  xvi^  siècle.  La  Bibliothèque  nationale 
en  possède  aussi  une  copie  ancienne  (ms.  fr.  5090),  grand  in-4°  de 


1499J  LA  CONQL'ESTE  DE  MILAN.  :j 

queurs  aux  yeulx  des  vivans  clerement  demonstrés, 
et  ausi  au  service  de  l'affaire  commun  le  glayve  m'estre 
interdit  etmyshors  de  la  main,  pour  toutesfoys  a  vye 
oyseuse  vouloir  tourner  le  doz  '  et  faire  quelque  recueil 
et  amas  du  relief  et  remanant  du  loz  victorieux  que 
par  les  Halles  les  Françoiz  auroient  semé,  veu  que  par 
effort  de  main  armée  favorizer  ne  les  peulz  :  d'encre 
et  de  papier  ay,  scelon  mon  pouvoir,  délibéré  leur 
donner  quelque  secours,  sachant,  scelon  la  teneur  des 
histoires  grecques  et  romaines,  la  plume  des  poètes 
disers  et  elegans  orateurs  d'Athènes  et  de  Romme 
moings  d'ayde  n'avoir  faict  a  la  chose  publicque  que 
la  lance  des  hardys  combateurs.  A  celle  fin,  doncques, 
que  la  mémoire  des  faictz  louhables  et  gestes  reluy- 
sans  des  homes  vertueux  par  longue  succession  de 
temps  ou  deffault  de  mectre  main  a  la  plume  ne  soit 
obscurcie  ou  du  tout  estaincte,  tant  que  clerement  a  la 
cognoissance  des  humains  futurs  apparestre  ne  puisse, 
je,  très  loingtain  imitateur  de  l'art  oratoire,  ay  ozé 
présumer  d'escripre  et  rédiger  par  lectre  partye  des 
actes  florissans  et  œuvres  recomandables  des  victo- 
rieux Françoiz,  par  eux  faictes  en  la  conqueste  de  la 
duché  de  Millan. 

En  l'an  de  grâce  mil  quatre  cens  quatre  vingtz  dix 
neuf,  tout  ainsi  comme  a  l'ueil  j'ay  peu  veoir  et  cog- 
noistre  une  partye  des  choses  et  l'autre  entendre  et 

papier  de  80  feuillets,  sans  dessins  ni  miniatures,  —  c'est  le  texte 
original,  librement  transcrit;  —  une  copie  moderne  dans  le  fonds 
Dupuy,  ms.  122. 

1.  Jean  d'Auton  n'avait  encore  aucun  caractère  officiel.  C'était 
un  simple  moine  libre  et  non  résidant. 


4         -  CHRONIQUES  DE   LUUIS  XII.  [1499 

savoir  par  le  rapport  des  conducteurs  et  acteurs  des 
œuvres  millitaires\  pour  icelles  descouvrir  aux  vivans, 
qui  ne  les  sauront,  et  aux  futurs,  qui  ne  les  auront 
veu,  les  exclarcir,  tant  que  l'exaltacion  du  royaume  très 
chrestien  et  triumphe  du  ceptre  liligerent  de  France 
soit  en  commemoracion  eterne,  et  ausi  pour  perpétuer 
ung  spectacle  apparant  des  collaudables  labeurs  de 
ceulx  qui  de  tiltres  d'honneur  sont  dignes,  affin  que 
leurs  bienfaictz  puissent  a  eulx  prosfîcter  et  exemplis- 
fier  aux  autres  (car  louhanges  honorables  se  doivent 
seullement  actribuer  a  ceulx  deuenfient  les  méritent), 
et  ouvrir  le  passage  d'honneur  a  ceulx  qui  les  chemins 
de  vertus  vouldront  enssuyvre,  et  aussi  la  mémoire 
de  ceulx  qui  en  sillence  passent  leur  temps,  avecques 
sons  de  cloches  faire  depperir... 

Or,  affin  que  continuation  de  paroUes  empruntées 
tant  ne  m'escarte  ou  transporte  le  sens  que  sincopper 
me  face  le  récit  de  la  conqueste  par  cy  devant  emcom- 
mancé,  mais,  pour  rentrer  au  propos  afferant  a  la 
matière  sur  ce  requise  et  démontrer  clerement  le  droict 
et  tiltre  que  ceulx  de  la  maison  d'Orléans  sur  la  duché 
de  Millan  demandent,  quelque  peu  de  la  genealogye 
d'iceulx  toucher  est  requis,  combien  que  la  chose  soit 
tant  esclarcye  que  de  preuve  n'aict  nul  besoing.  Sans 
plus  alonger  le  compte  de  motz  perdus,  ne  plus  bas 
cmchercher  la  tige  ou  les  seppes  et  rays  des  anticques 
lignes  des  preteritz  ont  priz  origine,  ains  pour  acce- 

1.  D'Auton  oxpose  à  plusieurs  rcprisos  qu'il  écrit  après  une 
enquête  minutieuse  auprès  des  principaux  capitaines.  Il  semble- 
rait aussi  qu'il  se  transporta  en  Italie  en  1499,  puisqu'il  a  vu  une 
partie  des  choses. 


1499]  LA  CONQUESTE  DE  MILAN.  5 

lerer  mon  œuvre  et  pour  suyvre  le  propos  de  mon 
intencion  a  brief  parler,  chascun  doit  savoir  que  feu 
monseigneur  le  duc  Louys  duc  d'Orléans,  frerre  du  roy 
Charles  sixiesmes,  ayeul  du  roy  Louys  douzième,  qui 
a  présent  est,  dame  Yalentine,  fille  du  duc  Jehan 
Galeaz,  premier'  duc  de  Millau,  espousa  ;  a  laquelle,  par 
contract  de  mariage,  donna  celuy  Galeaz  quatre  cens 
mille  ducatz  et  la  compté  d'Ast,  et,  avecquez  ce,  vou- 
lut et  ordonna  que,  s'il  decedoit  sans  hoirs  masles  de 
luy  procréés,  que,  de  la  duché  de  Millan,  a  cause  d'ice- 
luy  maryage,  a  monseigneur  le  duc  d'Orléans  et  aux 
siens  fust  faict  domaine  propriétaire.  Toutesfoys,  eut 
celuy  duc  Galeaz  ung  filz  nommé  Philippes  Marye-  ; 
lequel,  par  decez  paternel,  a  la  duché  succedda,  et 
sans  aucuns  hoirs  légitimes  ne  aultres,  fors  une  seulle 
fille  dégénérée  dessendus  de  luy  inféconde,  deceda; 
après  la  mort  duquel,  les  Yenissiens,  comme  ambicieux 
de  seigneurir,  cuydant  la  duché  de  prince  desnuée, 
voulurent  sur  elle  prendre  tout  le  droict  que  force  leur 
y  pourroit  donner,  supposé  que  a  la  maison  d'Orléans 
deuement  en  appartint  le  jouyr.  Or  advint,  après  le 
decez  du  duc  Philippes,  ainsi  que  Venize  voulut  gai- 
gner  pays  sur  Millan,  que,  par  suptile  usurpacion  et 
voye  hostille,  ung  nommé  Francisque  Sforce,  du  vil 

1.  Lo  duché  de  Milan  fut  érigé  en  duché  par  diplôme  impérial 
du  11  mai  1375  et  le  comté  de  Pavie  en  comté  par  diplôme  du 
3  octobre  1396. 

2.  Jean  d'Auton  omet  le  règne  de  Giovanni  Maria  Visconti,  fils 
aine  du  duc  Galeaz.  Il  se  trompe  également  en  attribuant  à 
Fr.  Sforza  la  qualité  d'ancien  muletier  et  en  représentant  son 
mariage  avec  Bianca  Visconti  comme  postérieur  à  la  mort  de 
Filippo  Maria. 


(j  CHRONIQUES  DE  T.OUIS  XII.  [1499 

mestier  de  toucher  le  haras  de  miilleterye,  soubz  le 
poteslat  des  Venissians,  monte  au  degré  de  gênerai 
cappitaneat  (de  la  lignye  duquel  soy  dit  estre  venu  le 
seigneur  Ludovic)  ;  soubz  ombre  de  vouloir  subjuguer 
la  duché  de  Millau  a  la  seigneurie  de  Venize,  partye 
des  villes  et  chasteaux  a  son  prosfict  conquist  et  a  poste 
mist  gens  d'armes  et  garnisons  dedans  ;  et  le  rema- 
nant des  places  et  pays  de  la  duché  a  luy  se  rendit, 
moyennant  ce  qu'il  esposat  Blanquc,  fille  bastarde  du 
duc  Philippes  Marye;  laquelle  ne  devoit,  scelon  tout 
droict,  a  la  duché  de  Millan  succéder,  mais  seuUement 
appartenoit  a  monseigneur  le  duc  d'Orléans,  a  cause 
de  madame  Valentine,  fille  du  duc  Jehan  Galeaz,  duc 
de  Millan,  comme  dessus  est  recité  :  toutesfois  I^ran- 
cisque  Sforze  et  les  siens,  par  l'espace  de  soixante  ans 
ou  plus,  en  faulces  enseignes  ont  la  duché  possédée 
et  maintenue;  mais,  n'eussent  estes  les  cruentes  et 
lutueuses  guerres  que  les  Angloys,  ennemys  encyens 
de  France,  faysoyent  lors  en  Normandie,  en  Guyenne 
et  par  toute  la  Gaulle^,  et  ausi  l'empeschement  de  la 
longue  prison  en  quoy  fut  par  hostage  en  Engleterre 
détenu  monseigneur  le  duc  Charles,  duc  d'Orléans 
derrenier  mort,  père  du  roy  vivant,  par  les  prédé- 
cesseurs du  seigneur  Ludovic  si  longz  jours  n'eust  esté 
la  duché  de  Millan  en  paix  occuppée.  Mais  Fortune 
parverse,  qui  tousjours  decheville  l'aixil  de  sa  roue 
mobille  contre  l'eur  des  plus  vertueux,  voulut  les  ans 
llorissans  du  tant  noble  et  excellant  prince  en  captivité 

1.  Par  Gaule,  on  entonrlait,  sous  Louis  XII,  tous  les  peuples  de 
race  gallique,  du  Rhin  aux  Alpes.  V.  notre  livre  sur  la  Veille  de 
la  Réforme. 


1499)  LA  CONQUESTE  DE  MILAN.  7 

preterir  ;  par  quoy  les  usurpateurs,  durant  ce  temps, 
heurent  le  don  de  transquille  repos,  et  jusques  a  ce 
que  le  roy  moderne,  qui  de  la  maison  d'Orléans  est 
issu,  vint,  par  la  mort  de  son  feu  père,  a  icelle  succé- 
der, lequel,  depuys,  moult  vigoureusement,  et  luy 
estant  seullement  simple  duc,  a  souventes  foys  bonne 
guerre  faicte  a  ses  ennemys  et,  comme  ung  preux 
Hannibal,  nonobstant  les  assaulx  de  fortune,  les  mous 
passés  et  repassés. 

Apres  (juc  Tordonnance  divine  eut  par  les  Fatales 
mandé  son  vouloir  irrévocable  sur  l'interitdecessif  du 
fu  roy  Charles  Magnanime  exécuter,  et  (jue  le  ceptre 
royal  de  France  en  la  main  du  roy  Loysle  Triumphant 
fut  mys,  comme  de  celuy  qui  directement  porter  le 
devoit  et  a  la  couronne  succéder,  les  Estaz  tenus  et 
arrestésS  l'Esglize  unye  et  pacifyée,  Noblece  exaulcée 
et  magnifyée.  Labeur  sublegé  et  soustenu  et,  en 
somme,  tous  les  impetueulx  vens  de  guerre  en  France 
transquillizez  et  adoulciz  par  le  vouloir  et  comman- 
dement du  roy  et  l'advys  et  conseil  des  saiges,  pour 
la  conqueste  de  Millau  tînir  et  terminer  fut  transmys 
et  envoyé  outre  les  mons  le  très  noble  excercite  de 
France;  et,  pour  icelluy  conduyre  et  mener,  soubz  la 
charge  du  compte  de  Ligny',  du  seigneur  Jelian  Jacques^ 

1.  Cet  éloge  a  intrigué  plus  d'un  commentateur.  Il  s'agit  des 
états  provinciaux,  que  Louis  XII  fît  exactement  tenir  dès  la  pre- 
mière année  de  son  règne. 

2.  Louis  de  Luxembourg,  comte  de  Ligny,  avait,  en  France  et  en 
Italie,  une  situation  telle  qu'elle  ne  pouvait  manquer  de  lui  ins- 
pirer le  désir  d'être  le  premier  dans  l'armée  et  de  dominer  Tri- 
vulce.  De  là  une  rivalité  fâcheuse  que  la  sagesse  de  Stuart  d'Au- 
bigny  aurait  certainement  conjurée. 

Son   père,  le  fameux  Louis  do  Luxembourg,  connétable  de 


CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 


[1499 


Saint-Pol,  épousa  on  premières  noces  Jeanne  do  Bar,  comtesse 
(le  Marie,  morte  en  146?,  dont  il  eut  : 

I  


Jean,  tué  à 

Morat  en 

1476. 


Pierre  II,  comte 

de  Saint-Pol, 

épouse  Marie  de 

Savoie. 


Antoine,  comte 

de  Brienne. 

I 

I 


Charles. 


Charles  de 
Luxem- 
bourg. 


Philiberte, 

épouse  Jean  de 

Chalon,  prince 

d'Orange. 


Marie,  morte  en        Françoise, 

1547,  épouse  :  épouse 

1°  Jacques  de  Philippe 

Savoie,  comte         de  Clèves, 
de  Romont,  seigneur 

mort  en  1485;         de  Raven- 

2"  François  de  stein. 

Bourbon, comte 

de  Vendôme. 

Le  connétable  de  Saint-Pol  épousa,  en  secondes  noces,  Marie 
de  Savoie,  dont  il  eut  un  iils  unique,  Louis,  comte  de  Ligny.  Le 
comte  de  Ligny,  parent  du  roi  par  son  père,  était  donc  cousin 
germain  du  duc  de  Savoie  et  de  Ludovic  Sibrza,  oncle  du  comte 
de  Vendôme,  du  sire  de  Ravenstein  et  du  i)rince  d'Orange.  Agé 
de  dix  ans  lors  de  la  mort  dramatique  de  son  père,  il  vit  tous  les 
biens  de  sa  famille,  confisqués  par  Louis  XI,  passer  à  divers  cour- 
tisans, au  maréchal  de  Gié,  au  sire  du  Bouchage,  à  Guyot  Pot, 
aux  d'Amboise.  Sous  Charles  VIII,  les  Luxembourg  rentrèrent 
peu  à  peu  en  possession  de  leur  patrimoine,  et  Louis  de  Ligny 
parut  à  la  cour,  où  sa  grâce,  sa  beauté,  sa  générosité,  sa  vaillance 
en  firent  l'idole  des  femmes  et  de  la  jeune  noblesse.  Charles  VIII, 
son  cousin  germain  par  sa  mère,  se  prit  d'affection  pour  lui  :  le 
comte  de  Ligny  l'accompagna  dans  l'expédition  dltalie,  qu'il  fit 
tout  entière  à  ses  côtés.  A  Naples,  Charles  VIII  lui  fit  épouser 
une  très  grande  dame,  proche  parente  des  rois  de  Naples,  Leonor 
des  Baux,  princesse  d'Altamura,  princesse  fort  belle,  fort  riche  et 
veuve,  fille  de  Pierre  de  Guevarra,  marquis  de  Vasto-Ammone, 
comte  d'Ariano  et  d'Apice,  grand  sénéchal  de  Naples,  et  d'Yseult 
de  Baux.  La  fortune  de  la  princesse  d'Altamura,  quoique  comjire- 
nant  encore  les  villes  de  Venouse,  Canossa  et  autres,  était  cepen- 
dant moins  grande  que  ne  le  dit  Brantôme,  car  Charles  VIII  lui 
en  avait  confisqué  les  principaux  Heurons,  le  marquisat  de  Vasto- 


1499]  l'A  rONQUESTK  DE  MILAN.  9 

Ammone,  les  comtés  d'Ariano  et  d'Apice,  qu'il  donna  au  maré- 
chal de  Gié.  Après  le  départ  des  Français,  la  princesse,  compro- 
mise par  son  mariage,  fit  de  vains  efforts  pour  rentrer  dans  ses 
vastes  domaines;  le  roi  de  Naples  les  considéra  comme  tombés 
dans  le  domaine  royal  et  donna  Ariano  et  Apice  aux  Caraffa.  Le 
Loyal  serviteur  et,  après  lui,  Brantôme  racontent  que,  restée  à 
Naples,  la  princesse  éprouva  un  tel  chagrin  du  départ  de  son  jeune 
et  brillant  capitaine  qu'elle  en  mourut.  Cependant  une  miniature 
du  manuscrit  de  la  Déploration  du  trespas  de  feu  monseigneur  Loys 

de  Luxembourg ,  par  Le  iMaire  de  Belges,  nous  représente  la 

mort  du  comte  de  Ligny  et  une  dame,  éplorée,  devant  sa  couche 
funèbre  (ms.  fr.  23988).  Sous  Louis  XII,  le  comte  de  Ligny,  cham- 
bellan du  roi,  jouissait  d'une  pension  de  12,000  livres  (y  compris 
4,000  livres  comme  gouverneur  de  Picardie  et  le  revenu  du 
domaine  de  Mortagne  à  lui  abandonné  par  le  roi).  Il  portait  les 
titres  de  «  prince  d'Altemore,  duc  d'André  et  de  Venouze,  comte  de 
Ligny,  etc.  »  La  compagnie  que  lui  avait  confiée  Charles  VIII  était 
de  100  lances  et  tenait,  en  1501,  garnison  à  Parme  (ms.  Clair.  240, 
p.  557);  elle  a  été  illustrée  par  son  lieutenant,  Louis  d'Ars,  et 
par  Bayard,  qu'il  y  accueillit  comme  simple  homme  d'armes 
(Le  Loyal  serviteur;  Brantôme,  Histoire  de  Charles  VIII;  Du 
Chesne,  Histoire  de  la  maison  de  Luxembourg;  J.  Le  Maire  de 
Belges,  la  Plainte  du  désire...,  publiée  en  1509  à  la  suite  de  la 
Légende  des  Vénitiens;  ms.  fr.  1683;  fr.  16772,  fol.  26;  fr.  19602, 
fol.  18  \°  ;  Entrée  de  Charles  VIII  à  Florence,  Archives  de  la  Loire- 
Inférieure,  E  235,  et  plaquette  gothique  de  1495;  c^e  de  1499,  por- 
tefeuille Fontanieu;  Vitale,  Storia  d'Ariano,  in-4%  1794;  Procéd. 
politiques  du  règne  de  Louis  XII,  introduction  et  p.  631,  684;  Bre- 
quignv;  le  P.  Anselme,  t.  III,  p.  728  ;  Bernier,  Registre  du  conseil  de 
régence  de  Charles  VIII,  p.  65,  113,179,  191,207,217;  ms.  de  Dom 
Morice,  cote  1809  à  la  Bibliothèque  de  Nantes,  p.  110,  etc.,  etc.). 

Les  Italiens  reprochaient  au  comte  de  Ligny  de  n'être  pas  Fran- 
çais; on  sait  que  le  comté  de  Ligny,  toutefois,  faisait  partie  de  la 
France  (ms.  fr.  3882,  fol.  58,  etc.). 

Le  comte  de  Ligny  mourut  fort  jeune,  en  1503,  du  dépit 
(selon  Brantôme)  de  n'avoir  pas  eu  la  charge  de  vice-roi  de  Naples  ; 
mais  c'est  Brantôme  qui  le  dit.  On  le  pleura,  comme  un  capitaine 
entrainant  et  intrépide.  C'était  un  homme  résolu,  mais  extrême 
et  sans  mesure.  Toute  sa  vie,  la  fougue  l'emporta.  En  1495,  il 
avait  conseillé  à  Charles  VIII  les  mesures  les  plus  chevaleresques 
et  les  plus  impolitiques.  Au  retour  de  Naples,  lorsque  l'armée 
française  courait  les  plus  grands  dangers,  il  s'opposa  à  ce  que 


!0  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [1  in9 

Charles  VIU  rendit  aux  Florentins  les  places  qu'il  devait  leur 
rendre;  il  favorisa  la  demande  formulée  par  les  Siennois  de  con- 
server une  garnison  française  et  en  accepta  la  capitainerie;  il 
favorisa  une  demande  analogue  des  Pisans.  Arrivé  en  Lombardie, 
il  aurait  voulu  qu'on  partit  en  guerre  contre  Ludovic  le  More  et 
proférait  tout  haut  contre  lui  de  telles  menaces  qu'après  la  paix 
de  Verceil  Ludovic  en  prit  prétexte  pour  refuser  de  venir  voir 
Charles  VIIL  Un  tel  caractère  ne  pouvait  manquer  de  se  heurter 
au  caractère  violent  et  entier  de  Trivulce  (Commines,  II,  529). 
Ajoutons  que  le  comte  de  Ligny  nourrissait  sans  doute,  comme 
Trivulce,  le  secret  désir  de  se  créer  une  principauté  à  Pise,  nou- 
velle source  de  rivalités.  On  l'accusait  même  de  prétendre  au 
royaume  deNaples  (Marino  Sanuto,  II,  1264).  Louis  XII  lui  donna, 
en  l''i99,  Voghera,  Tortone  et  plusieurs  autres  places  en  Milanais. 
Outre  sa  compagnie,  il  commandait  aussi  la  compagnie  du  duc  de 
Valentinois,  confiée  par  la  suite  à  Aubert  du  Rousset  (Marino 
Sanuto,  II,  832,  883). 

3.  Jean-Jacques  Trivulce,  Milanais  d'origine,  et  du  parti  guelfe, 
appartenait  à  une  antique  maison  de  Milan.  C'était  le  plus  illustre 
des  trois  capitaines  français,  et  il  est  trop  connu  pour  que  nous 
ayons  besoin  d'esquisser  sa  vie.  Rappelons  seulement  que,  rompu 
dès  sa  jeunesse  à  la  vie  du  condottiere,  il  avait  quitté  de  bonne 
heure  sa  patrie.  Il  fit  ses  premières  armes  au  siège  de  Sienne  et 
il  y  montra  sa  bravoure  et  son  caractère  d'inflexible  loyauté,  en 
défendant  bravement  les  jeunes  filles  et  les  femmes  contre  la  vio- 
lence de  la  soldatesque  et  en  les  renvoyant  intégras.  A  la  suite  de 
ces  premiers  exploits,  le  pape  lui  offrit  le  chapeau  de  cardinal, 
qu'il  refusa  pour  garder  le  casque  de  fer.  Il  vint  en  France  avec 
Galéas  Sforza  et  déploya  la  même  bravoure  au  service  de  Louis  XI. 
Il  se  maria  à  Naples  avec  Béatrice  d'Avaloz.  Capitaine  du  roi  de 
Naples  en  149.5,  il  passa  avec  sa  compagnie  au  service  de 
Charles  YIII  ;  sa  vigueur  contribua  beaucoup  au  succès  de  la 
bataille  de  Fornoue,  en  même  temps  que  sa  connaissance  du  pays, 
ses  relations  en  Italie,  sa  prudence,  son  adresse  valurent  à  l'armée 
française  d'effectuer  facilement  une  retraite  périlleuse.  Il  mourut, 
le  5  décembre  li98,  à  quatre-vingt-cinq  ans  selon  les  uns,  à  soixante 
et  onze  ans  selon  d'autres.  En  1499,  malgré  son  âge,  quoique 
criblé  de  blessures,  et  atteint  jadis  d'une  maladie  jugée  incurable, 
dont  il  se  guérit  pourtant,  il  avait  encore  toute  sa  vigueur.  Soldat 
dans  l'âme,  solide,  dur  pour  lui-même,  sobre,  insensible  à  la  cha- 
leur et  au  froid,  toujours  le  premier  levé  au  camp  et  le  dernier 
couché,  son  activité  était  proverbiale.  Jusque  dans  son  extrême 


1499]  LA  CONQUESTE  DE  MILAN.  |1 

et  du  seigneur  d'Aubigny',  lieutenans  generaulx  du 

vieillesse,  il  aimait  les  chevaux  les  plu?  fougueux;  en  guerre,  il 
se  couchait  où  il  se  trouvait,  souvent  sur  la  terre  nue  ;  en  temps 
de  paix,  on  le  voyait  partout  :  il  courait  la  route  de  Paris  à  Milan 
comme  pour  une  promenade,  traversant  les  Alpes  en  plein  hiver 
aussi  bien  qu'en  été,  sans  souci  des  années.  Il  aimait  le  labeur  et  le 
péril  et  il  s'y  précipitait;  il  lui  fallait,  pour  dormir  bien,  le  brou- 
haha d'un  camp  ou  le  bruit  des  clairons  ;  «  Hne  erant  citharœ,  ha' 
lyrsp,  »  dit  un  panégyriste.  Fidèle  à  sa  cause,  bon  et  équitable 
pour  les  vaincus,  son  caractère  droit  et  inflexible  le  faisait  redou- 
ter du  soldat  :  les  viols,  les  incendies,  les  vols  le  trouvaient  inexo- 
^rable  (Ant"s  Thylesius,  Consentinus,  Oratio  quam  habuil  in  funere 
ill^^  Joannis  Jacobi  Trivulcii,  plaquette  de  8  feuillets  in-4o,  impri- 
mée à  Milan  en  1519).  On  écrivit  sur  sa  tombe  :  «  Jac.  Trivultius, 
hostium  terror,  qui  in  vita  nunquam  quievit,  hic  quiescit.  Tace.  » 
(Gohori,  Fze  ?n'«  de  Louis  Xll,  Ribl.  nat.,  ms.  iat.  597],  fol.  33.) 

Au  physique,  Trivulce  était  gros,  court,  d'apparence  robuste.  Il 
avait  le  nez  gros  et  large,  la  figure  commune.  (P.  Jove.)  La  pas- 
sion de  sa  vie  était  la  haine  de  Ludovic.  Dépouillé  par  lui  de  ses 
biens,  il  s'expatria.  C'est  cette  haine  qui  le  fit  passer  dans  les 
rangs  français  et  lui  inspira  ses  exploits.  Nul,  en  1495,  ne  poussa 
plus  opiniâtrement  à  la  guerre  contre  Ludovic;  c'est  lui  qui,  à 
Fornoue,  voulut  qu"on  se  frayât  un  passage  les  armes  à  la  main. 
(Oratio  Jacobi  TrivuUii  ad  Carolum  odavum  regem  Gallix,  de  edu- 
cendo  exercitu  ex  Italia  per  adversos  hostes  Italix  conjuratos,  in-4% 
Paris,  1601  ;  amplification  attribuée  à  Trivulce.)  Par  l'article  7  du 
traité  de  Yerceil,  Ludovic  s'engagea  à  lui  restituer  nommément 
tous  ses  biens  (Histoire  de  Charles  VIII,  p.  723),  mais  il  ne  les  res- 
titua pas.  Ce  n'est  qu'en  1499  qu'il  offrit  de  le  faire;  il  était  trop 
tard.  M.  Rosmini  a  écrit  l'histoire  de  J.-J.  Trivulce.  Sa  famille 
occupait  à  Milan  une  place  considérable  à  la  tête  du  parti  guelfe. 
Un  Trivulce  était  des  meurtriers  de  Giovanni  M^  Visconti,  un  autre 
des  principaux  serviteurs  de  Filippo  M-^,  un  autre  des  fondateurs 
de  la  république  ambrosienne. 

Trivulce  recevait  en  1499  une  pension  de  10,000  livres  (compte 
de  1499,  portefeuille  Fontanieu),  son  fils  une  pension  de  2,000.  Il 
avait  aussi  obtenu  une  pension  pour  son  fils  bâtard,  en  attendant 
un  évêché  (ms.  fr.  2928,  fol.  12;  fr.  22275,  rerus  de  1497  et  1502; 
compte  de  1503,  ms.  fr.  2927).  Un  de  ses  neveux  recevait  400  livres 
(ms.  Clair.  224,  n»  395K 

1.  Berauld  Stuart,  sire  d'Aubigny,  appelé  à  jouer  sous  Louis  Xll 


\2  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [1499 

un  rôle  fort  important,  a  été  l'objet  d'une  foule  d'erreurs  de  la 
part  des  historiens  et  notamment  de  Brantôme,  dans  la  notice 
qu'il  lui  a  consacrée  (II,  369-371).  On  le  confond  habituellement 
avec  Robert  Stuart,  son  gendre,  qui  prit  le  nom  de  d'Aubigny 
après  la  mort  de  son  beau-père.  Berold  ou  Berauld  Stuart  (que 
Jean  d'Auton,  plus  loin,  appelle  aussi  Bernard)  appartenait  à  une 
branche  de  la  famille  royale  d'Ecosse,  qui  paraissait  séparée  depuis 
au  moins  deux  siècles  du  rameau  principal.  Les  Stuarts  étaient 
fort  nombreux  et  couvraient  l'Ecosse.  Son  père,  Jean  Stewart, 
s'engagea  comme  Écossais  au  service  de  la  France;  il  s'intitulait 
«  connétable  des  Escossois  estans  en  France  »  (Tit.  orig.,  Stuart, 
nos  2-4);  il  reçut  de  Charles  YII  la  terre  d'Aubigny  en  Berry,  le 
26  mars  1422  (Bibl.  de  l'Institut,  fonds  Godefroy,  t.  CXXXVII, 
n»  13;  La  Thaumassière),  et,  en  1429,  le  privilège  de  porter  les 
armes  de  France  en  quartier  (ms.  fr.  3910,  fol.  185).  En  1482, 
Louis  XI  donna  à  Berauld  Stuart  les  gabelles  de  La  Flèche  et  de 
Chàteau-Gonthier  (ms.  Clair.  222,  fol.  207).  En  1483,  Stuart  était 
chambellan,  capitaine  de  100  lances  de  la  grande  ordonnance, 
capitaine  du  château  du  bois  de  Yincennes,  garde,  de  par  le  roi, 
de  la  personne  de  René  d'Alençon,  comte  du  Perche.  En  1491, 
1492  et  1493,  il  recevait  une  pension  de  3,000  livres.  En  1494  et 
1495,  capitaine  d'Harfleur  et  de  Montivilliers,  seigneur  d'Aubi- 
gny et  de  Saint-Quentin,  chevalier  de  l'ordre,  gouverneur  de 
Berry,  capitaine  de  la  garde  du  corps  du  roi,  il  accompagnait  en 
cette  dernière  qualité  Charles  VIII  en  Italie.  Le  roi  l'envoya  en 
Calabre,  à  Florence,  et  lui  donna  les  terres  du  comte  d'Acri  et  du 
marquis  de  Squillace,  à  Naples  (Commines,  t.  II,  passim).  Plus 
chevalier  que  capitaine,  Charles  VIII,  avant  son  départ,  fit  habil- 
ler les  archers  écossais  de  sa  garde  comme  pour  une  parade  ;  il 
leur  donna  de  beaux  corps  blancs,  avec  les  bras  et  les  jambes  aux 
bandes  rouges  et  blanches;  il  tit  remettre  à  neuf  toutes  leurs 
armes  et  leur  plaça  sur  la  tête  des  plumaux  tout  neufs.  Il  donna 
à  Berauld  Stuart  un  costume  analogue  couvert  de  riches  brode- 
ries; Berauld  portait  un  plumail  fait  de  dix-huit  plumes  blanches 
et  violettes  en  forme  d'énorme  houppe  (ms.  fr.  2927,  fol.  111).  Au 
retour  de  l'expédition,  il  reçut,  pour  ses  services,  une  gratification 
de  12,000  livre.s.  Stuart  d'Aubigny  avait  1,800  livres  de  pension 
en  1497  (ras.  fr.  22275),  4,000  en  1500.  Investi  de  toute  la  con- 
fiance de  Louis  XII,  il  aurait,  sans  la  maladie  qui  le  retint  à 
Asti,  exercé  sur  la  campagne  de  1499  une  fort  heureuse  influence 
ot  neutralisé  les  inconvénients  de  la  dualité  du  commandement, 
l^n  1500,  il  se  flatta  de  recevoir  le  commandement  supérieur  du 


1499]  LA  CONQUESTE  DE  MILAN.  13 

roy^,  furent  ordonnés  plusieurs  bons  capitaines,  lieu- 
tenans,  commissaires,  airaulx  d'armes  et  aultres  offi- 
ciers très  excellans  et  bien  instruyz  et  excercités  aux 
armes;  et  ausi  pour  la  conduyte  de  l'artillerie  et  aultres 
charroys,  tant  d'aultres  maistres,  chiefz,  prevostz, 
contreroUeurs  et  gouverneurs  suffizans  a  ce  que  le 
voyage  par  deiïault  de  bonnes  guydes  ne  povoit  en 
arrière  demeurer.  Moult  estoit  belle  chose  a  veoir  et 
merveilleuse  a  ymaginer,  la  puissance  de  France,  ou 
tant  déjeunes  gentilshommes  et  aultres  fors  et  adroictz, 
voullant  leur  valleur  amplisfyer  et  a  qui  myeulx,  pour 
honneur  acquérir,  au  service  du  roy  leur  pouhoir 
esvertuer  comme  il  n'y  avoit  nul  qui  en  cest  affaire 

Milanais,  et,  même  le  30  juin,  écrivant  de  Lyon  à  Nicolo  Michiel 
pour  le  féliciter  de  son  élection  comme  procureur  de  Saint-Marc 
à  Venise,  il  lui  annonçait  son  prochain  départ  (Rawdon  Brown, 
Calendar  oj  State  papers...,  p.  288);  onsait  qu'il  n'eut  pas  ce  com- 
mandement, mais  que  Louis  XJI  l'institua  grand  connétable  de 
Naples  et  lieutenant  général  de  son  armée  pour  la  conquête  de 
Naples.  En  1505,  comme  commandant  de  la  garde  écossaise  du 
roi,  il  prêta  serment  de  défendre  Claude  de  France  et  de  faire 
exécuter  le  testament  du  roi  (ms.  Clair.  224,  n"  424  ;  ms.  fr.  15536, 
fol.  5).  Il  mourut  vers  1507,  car,  en  cette  année,  son  gendre  prend 
le  titre  de  s'"  d'Aubigny  (Tit.  orig.,  Stuart  d'Aubigny,  no^  2-12, 14, 
17,  18;  ms.  fr.  25783,  n"  62).  Sa  sœur,  Martine  Stuart,  dame  de 
Saint-Quentin,  avait  épousé  un  Ecossais,  nommé  Codeber  Carre; 
sa  fille  un  Écossais,  Robert  Stuart.  Nous  parlerons  plus  loin  de 
ces  deux  personnages.  Lui-même  avait  épousé  Anne  de  Maumont. 
Il  avait  pour  lieutenant  de  sa  compagnie  Jean  Stuart  (ms.  fr.  15536, 
fol.  6).  Sa  compagnie  fut  confiée  à  son  frère,  le  sire  d'Auzon,  que 
nous  retrouverons  plus  loin. 

1.  Tous  trois  de  nationalité  étrangère.  Les  Milanais  ne  man- 
quaient pas  de  le  faire  remarquer;  mais  Ludovic  le  More  avait, 
lui,  une  armée  de  mercenaires  bien  autrement  cosmopolite. 
Louis  Xn  avait,  comme  dit  Brantôme,  le  plus  bel  état-major 
d'officiers  que  la  France  ait  connu  depuis  Charlcmagne. 


\'i  CIIRONIQLES  DE  LOUIS   XII.  [1499 

n'eust  parfaicte  envye  de  soy  bien  monstrer,  etpencent 
avoir  la  bataille,  cliascun  s'estoit  mys  a  l'avantaige  en 
point  ce  que  faire  dévoyant  ;  cai%  aux  homes  armés,  a 
fortes  places  et  cautelleux  ennemy  avoyent  a  beson- 
gner ' . 

Description  plus  ample  devroye  bien  faire  de  la 
quantité  de  l'armée,  mais  non  feray,  doubtant,  par 
trop  eslargir  le  compte,  les  oyans  a  ennuy  provoquer. 
Mais,  que  quessoit,  seze  cens  homes  d'armes  d'or- 
donnance y  avoit,  tous  les  pencionnaires  gentishomes 
et  archiers  de  la  garde  du  roy,  et  ceulx  de  l'oustel  de 
la  royne,  en  moult  triumphant  arroy  ;  et  y  estoit  en 
some  toute  la  tleur  de  la  chevalerye  et  noblesse  de 
France,  avecques  telle  bende  de  Normans,  Picquars, 
Suyces,  Gascons,  Savoysyens  et  autres  nacions  de 
Gaule,  que,  qui  a  jung  les  heust  voulu  tous  nombrer, 
plustost  heust  trouvé  commancemcnt  d'ennuy  que  fin 
de  compte-;  et  qui  au  roiz  du  soulcil  heust  veuz  les 

1.  Nous  avons  établi,  dans  la  Veille  de  la  Réforme,  quel  était 
alors  le  budget  de  la  France.  Celui  do  Ludovic  était  estimé 
GÛO,000  ducats  par  Jacq.  Signot,  800,000  par  Nie,  Gilles.  M.  Gantù 
l'a  fixé  à  700,000  ducats,  soit  au  moins  2  millions  de  livres  (le 
ducat  valant  de  50  sous  à  5  livres,  d'après  M.  Repossi). 

2.  D'après  Corio,  l'armée  française  ne  comprenait  que  1,200  hom- 
mes d'armes,  7,600  fantassins  suisses,  picards,  gascons,  4,058  hom- 
mes de  pied  de  médiocre  ressource,  et  de  l'artillerie.  Ghilini 
[Annali  di  Alessandria^  p.  117)  et  Guichardin  disent  1,600  lances, 
5.000  Suisses,  4,000  Gascons,  4,000  Français;  Cavitelli  (Annales 
Cremoncnses]  1,600  chevaux,  9,000  fantassins.  Marino  Sanuto  donne 
une  évaluation  détaillée  qui  va  à  1,750  lances,  300  arbalétriers  à 
cheval,  200  archers  achevai,  9,700  fantassins  suisses,  picards,  gas- 
cons, normands,  et  une  artillerie  assez  faible.  Mais  cette  évaluation 
est  loin  d'être  exacte  dans  le  détail;  elle  omet  plusieurs  compagnies 
et  donne  pour  les  autres  des  chiffres  inexacts  ;  elle  porte  à  50  lances 
au  lieu  de  30  la  compagnie  du  sire  de  Chàtillon,  à  30  au  lieu  de 


Juin  1499]  LA  CONQUESTE  DE  MILAN.  15 

armes  reluyre,  les  estandars  au  vent  brausler,  les 
groz  chevaulx  aux  champs  bondir  et  faire  carrière  a 
toutes  mains,  tant  de  lances,  picques,  hallebardes  et 
autres  enseignes  de  guerre  par  chemin,  tant  de  gens 
d'armes,  piétons,  artillerye  et  charroys  en  avant 
marcher,  bien  eust  peu  dire  seurement  que  assez  de 
force  y  avoit  pour  tout  le  monde  conquérir. 

Le  roy,  vouUant  veoir  passer  ses  gens  d'armes  et 
mectre  l'armée  aux  champs,  sur  la  fin  du  moys  de 
jung,  entra  dedans  sa  ville  de  Lyon  sur  le  Rosne',  ou 
illecques  vist  l'ordre  et  police  de  son  ost,  la  monstre 
de  ses  souldars  et  nombre  d'iceulx;  et,  premier  qu'il 
despartist  de  la  ville,  tout  son  arroy  fut  a  chemin,  et 
puys,  sur  la  fin  du  moys  de  juillet,  s'en  retourna  en 
poste  a  Romorantin  pour  veoir  la  royne  qui  la  estoif-. 

Ores,  s'en  va  la  bruyant  gendarmée  de  France,  les 
dangereux  destroictz  des  haultz  mons  de  Savoye  tra- 
versant, fasant  des  Ueux  inaccessibles  chemins  errans  \ 


25  celle  du  sénéchal  d'Armagnac,  à  TU  au  lieu  de  50  celle  du 
comte  de  Fois,  etc.  (Cf.  les  monstres  de  ces  compagnies,  net.  ms. 
Clair.  240,  fol.  501  et  suiv.)  Le  même  M.  Sanuto  prétend  ailleurs 
que  Trivulce  avait  sous  ses  ordres  30,000  hommes...  (II,  1112.) 

1.  Le  roi  quitta,  en  effet,  Romorantin  le  26  juin  (Diarii  di 
Sanuto,  n,  889),  mais  son  désir  d'éviter  Bourges,  où  se  trouvait 
sa  première  femme  Jeanne  de  France,  retarda  un  peu  son  voyage. 
Il  était  le  29  au  château  de  Meillant,  chez  Charles  d'Amhoise,  sire 
de  Ghaumont  (ibid.),  et  il  entra  à  Moulins  le  2  juillet  (ibid.,  910). 
Il  arriva  à  Lyon  le  10  juillet  seulement  et  fit  une  entrée  solen- 
nelle. (Lettre  de  Buonaccorsi,  publiée  par  Villari,  N.  Macchiavelli 
e  i  sitoi  tempi,  I,  544  ;  Nicole  Gilles,  le  Loyal  Serviteur,  Jean 
Bouchet.) 

2.  Et  qui  était  enceinte.  Le  roi  se  trouvait  encore  à  Lyon  le 
5  août  et  il  y  était  revenu  le  31  (Marino  Sanuto). 

3.  Par  des  motifs  politiques,  le  roi  préférait  le  passage  par  la 


16  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juillet  1499 

les  fins  et  mectes  de  la  duché  de  Millan  tousjours 
approchant,  en  tel  arroy  que  desordre  n'y  avoit  lieu  ; 
et  bien  fut  une  chose  prochaine  de  merveilles  le  char- 
roy  de  tant  et  si  grosses  pièces  d'artillerie,  qui  par 
dessus  la  cruppe  des  montaignes  si  sainement  fut  con- 
duyt  que,  par  deffault  de  marcher,  l'ost  ung  tout  seul 
jour  n'en  retarda.  Que  diray  je  de  plus?  si  n'est  que 
le  voyage  fut  si  brief  qu'en  moings  de  quinze  jours  de 
Lyon  en  Ast  fut  l'armée,  avecques  tout  son  arroy ^. 

I. 

La  PRiNSE  DE  La  Roque. 

Long  temps  d'avant  que  les  Françoiz  fussent  aux 
champs,  bien  estoit  le  seigneur  Ludovic  adverty  de 
la  venue  d'iceulx,  et  bonne  paine  avoit  mise  a  bien 
fortiffier,  remparer  et  avitailler  ses  villes  et  places^, 

Savoie,  avec  laquelle  il  venait  do  traiter,  au  passage  habituel  ilu 
mont  Genèvre,  plus  facile  pour  l'artillerie. 

1.  L'armée  était  au  grand  complet,  quoi  qu'en  dise  Rosmini, 
qui  affirme  que  Trivulce,  informé  par  ses  amis  de  Milan  des  des- 
seins de  Ludovic,  les  déjoua  en  marchant  tout  d'un  coup,  sans 
attendre  les  énormes  forces  qui  arrivaient.  II  n'avait  plus  rien  à 
attendre,  comme  le  remarque  Guichardin;  mais,  dès  le  mois  de 
juin,  Trivulce  pressait  Louis  XII  d'agir  et  avait  commencé  lui- 
même  les  escarmouches  (Marino  Sanulo,  II,  832,  905).  Trivulce 
avait  même  passé  la  frontière  le  18  juillet,  à  la  tète  de  600  lances 
et  1,500  hommes  de  pied  (id.,  957),  et  s'était  établi  dans  quelques 
villages  du  Milanais  et  à  Felizzano  (id.,  967).  Les  Vénitiens  ne 
rompirent  officiellement  avec  Ludovic  que  le  27  juillet  (id.,  978). 

2.  Il  les  avait  inspectées  lui-même  avec  grand  soin  et  munies  de 
tout  le  nécessaire  (Rosmiui).  Da  Paullo  prétend  qu'il  ne  commença 
à  s'en  préoccuper  que  le  25  juillet,  mais  cela  n'est  guère  probable. 


Juillet  1499]  LA  CUNQUESÏE  DE  MILAN.  17 

et  mesmement  La  Roque,  Non,  Yalance,  Tourtonne, 
Alexandrie'  et  aultres  de  frontière,  ou  grosses  garni- 
sons de  souldartz  avoit  mys,  avecciues  force  traict  et 
bonne  artillerie,  et  tant  de  boulouars,  tours,  fousses, 
paliz  et  aultres  deffences  nécessaires  pour  actandre  et 
soustenir  sièges  et  assaux,  que  bien  pençoit  Ludovic 
les  places  et  fors  a  tous  humains  estre  inexpugnables  ; 
et,  avecques  ce,  telle  puissance  de  Lombars,  Albanoys, 
Bourguignons,  Allemans  et  autres  nacions  estranges 
ayoit  a  sa  poye,  que  bien  se  vantoit  toute  l'armée  de 
France  aux  champs  actendre,  a  la  force  d'icelle  résister. 
Ores  mectz  je  le  compte  du  Moure  et  ses  Estradiotz 
a  part,  et  m'en  reviens  a  l'armée  des  Françoiz,  qui  en 
la  ville  d'Ast  tenoit  consistoire  sur  l'affaire  de  la 
guerre,  ou  mainct  différent  propos  est  mys  sur  le 
bureau.  Toutesfoys,  par  conclusions  fut  dit  et  advisé 
que,  premier  que  mectre  le  glayve  en  œuvre,  on 
envoyeroit  semmer  La  Roque '^,  assez  bonne  ville  et 
chasteau  moult  fort",  laquelle  ville  estoit  d'Ast  la  plus 
prochaine;  et,  de  faict,  y  fut  transmys  ung  airault 
d'armes*,  lequel  très  bien  list  son  messaige,  scelon  ce 

1.  Alexandrie,  place  forte  de  premier  ordre,  était  la  clef  de  tout 
le  système  de  défense,  et  de  sa  possession  dépendait  la  possession 
de  tout  le  Milanais;  les  autres  places  s'y  reliaient  étroitement  et 
furmaient  un  quadrilatère  diflicile  à  entamer.  Annone  {Non),  sur 
la  rive  gauche  du  Tanaro,  commandait  les  approches  d'Alexandrie 
du  côté  d'Asti,  base  d'opération  de  l'armée  française  :  Valenza,  le 
Pô,  Tortona,  la  route  de  Plaisance. 

2.  Le  chroniqueur  Ciprian  Manente  da  Orvieto  l'appelle  Arraz/.o 
(Venise,  1561,  in-'i»,  p.  150);  Corio,  Ghilini,  la  Rocca  d'Arazzo. 

3.  Elle  avait  une  garnison  de  300  hommes  de  pied,  qu'était  venu 
renforcer  un  détachement  de  500  hommes  commandé  par  Agos- 
tino  Maneria,  de  Gènes  (Corio,  Ghihni). 

4.  D'après  Da  PauUo,  cette  proposition  fut  faite,  le  28  juillet, 

I  2 


18  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1199 

que  en  charge  luy  estoit  :  auquel,  par  toute  responce, 
fut  dit  par  ceulx  du  dedans  que  bien  se  garderoyent 
de  la  fureur  des  Françoiz  et  que,  si  nulz  d'eulx  estoyent 
si  ozés  les  guerroyer,  que  tellement  pençoyent  soy 
gouverner  et  en  manière  garder  leur  place,  que  les 
assaillans  y  auroient  honte  et  domage  et  les  deffendeurs 
lionneur  et  proufict.  Ainsi  s'en  revint  le  airault  vers 
les  lieulenans  du  roy  et  capitaines  de  l'armée  pour 
iceulx  advertir  de  la  responce;  laquelle  faicte  et  ouye, 
fut  par  le  conseil  ordonné  que,  le  jour  ensuyvant,  on 
se  mectroit  aux  champs  et  que  La  Roque  seroit  assié- 
gée^. Le  sire  d'Aulbigny,  qui  l'un  des  chiefz  de  l'ar- 
mée etoit,  tant  grief  et  mal  de  sa  personne  pour  lors 
se  trouvoit,  que,  sans  grant  hazart  sur  sa  vye  adven- 
turer,  ne  pouhoit  a  cheval  monter,  ne  suyvre  l'ost; 
par  quoy,  malgré  luy  et  contre  son  vouloir,  entre  les 
mains  des  médecins  en  Ast  fut  contrainct  demeurer, 
et  la  prya  Charles  d'Amboise,  grand  maistre  de  France, 
que  durant  sa  maladye  du  faiz  de  la  guerre  le  voulsist 
descharger;  ce  que  vouluntiers  voulut  faire,  voyant  la 
charge  plus  honorable  que  pondeureuse-. 

par  un  certain  Starioto,  réfugié  milanais.   Rocca  d'Arazzo  fut 
investie  le  5  août  et  prise  le  9. 

1.  D'après  Rosmini,  Trivulce  occupait  déjà  Gormenta,  Solario, 
Spigno  en  Montferrat  et  le  pays  environnant,  auquel  il  avait  fait 
prêter  le  serment  de  iidéliié  (cf.  Marino  Sannto,  id.). 

2.  A  cause  de  son  âge;  car  Jean  d'Auton  va  faire  un  grand  éloge 
de  Charles  d'Amboise.  Charles  était  fils  de  Charles  de  Chaumont, 
frère  aîné  du  cardinal  d'Amboise;  né  vers  1473,  il  épousa  en  1491 
Jeanne  Malet  de  Graville,  fille  de  l'amiral  de  France  (flistoire  de 
Charles  VIII).  Dès  le  3  février  1493,  il  obtint  le  gouvernement 
(le  Paris;  mais,  en  1496,  on  le  lui  lit  résigner  en  faveur  du  sire 
de  Clérieu,  et  le  roi  lui  assigna  à  ce  sujet  une  somme  de  1,000  liv. 
(Tit.  orig.,  Amboisc,  n"  174).  Dès  1493,  il  figure  parmi  les  pen- 


Août  1499J  LA  COXQUESTE  DE  MILAN.  19 

Or,  revenons  a  l'armée,  qui  n'actendoit  que  la  nuyt 
a  passer  pour  ouvrir  l'uys  a  la  guerre  et  l'envoyer  au 

sionnaires  du  roi  pour  800  livres  par  an  (id.,  11°  151),  et  eu  1494, 
à  l'époque  de  l'expédition  de  Naples,  il  commande  une  compagnie 
de  30  lances  (id.,  n°^  161,  160).  En  1499,  il  n'était  donc  plus  un 
débutant.  Louis  XII,  dès  son  avènement,  le  créa  grand  maître  de 
France.  C'est  à  tort  que  Godefroy  (dans  son  Histoire  des  connes- 
tables,  chanceliers, œuvre  peu  exacte)  dit  qu'il  succéda  seule- 
ment à  Georges  de  la  Trémoïlle,  en  1502,  dans  cette  haute  dignité. 
Le  témoignage  de  Jean  d'Auton  est  corroboré  par  une  quittance 
du-25  janvier  1499-1500,  oiî  Charles  d'Amboise  prend  le  titre  de 
grand  maître  de  France  (Tit.  orig.,  Amboise,  n°  121).  La  même 
pièce  nous  montre  qu'à  cette  époque  il  commandait  seulement 
une  compagnie  de  20  lances  fournies;  au  mois  de  mars,  il  en  com- 
mandait 50  (id.,  n"  188)  et,  en  1501,  70  lances  (id.,  n»^  107,  189), 
et  encore  en  1504  (id.,  n°^  109,  231,  232).  En  1504,  il  hérita  de 
30  lances,  sur  les  40  que  commandait  P.  de  Choiseul,  sire  de 
Lanque  (ms.  fr.  25784,  xi°^  76  et  76  &;.s),  et  se  constitua  une  com- 
pagnie de  100  lances.  Il  était,  en  outre,  capitaine  de  Dieppe  (id., 
n-  86).  Les  dignités,  du  reste,  pleuvaient  sur  sa  tète;  son  oncle, 
le  cardinal,  en  quittant  le  Milanais,  l'y  laissa  avec  le  titre  de  lieu- 
tenant général  du  roi,  titre  qu'il  garda  jusqu'à  sa  mort.  Chevalier 
de  l'ordre,  la  disgrâce  du  maréchal  de  Gié  lui  valut,  en  1504,  le 
titre  de  maréchal  de  France,  et  la  résignation  de  son  beau-père, 
l'amiral  de  Graville,  le  titre  de  grand  amiral  (Tit.  orig.,  Amboiso, 
n's  175,  188,  189,  233,  240  et  suiv.).  Seigneur,  par  sa  famille,  de 
Chaumont-sur-Loirc,  Mcillant,  Vendœuvre,  Sagonne  en  Bour- 
bonnais, baron  de  Charenton  et  de  Revel  (id.,  no^  107,  162),  ajou- 
tons, de  suite,  que  son  administration  de  Lombardie,  traversée 
par  de  fréquents  accès  de  fièvres  paludéennes  qui  lui  coûtèrent  la 
vie,  lui  rapporta  d'immenses  richesses.  Il  ht  somptueusement 
rebâtir  son  château  de  Meillant  en  Berry  tel  qu'il  existe  encore, 
et  le  cardinal  Bibbiena  rapporte  le  dicton  qui  avait  cours  à  ce 
propos  :  Milan  a  fait  Meyan,  dicton  qu'il  applique  à  tort  au  car- 
dinal d'Amboise  (Epistres  des  princes,  rec.  par  Ruscelli,  trad.  par 
Belleforest,  1572,  in-4o).  Son  portrait,  par  Léonard  de  Yinci  [Maga- 
sin ■pittoresque,  année  1847,  p.  400),  se  trouve  au  Louvre.  Quanta 
son  rôle,  il  a  été  diversement  apprécié  :  J.  d'Auton,  le  Loyal  ser- 
viteur  l'exaltent;  Brantôme,  au  contraire,  l'apprécie  peu.  Mais 

Brantôme  se  trompe  lorsqu'il  dit  que  Charles  de  Chaumont  avait 


•20  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIl.  [Août  1199 

champs.  Sitost  que  ténèbre  nocturne  heut  donné  lieu 
a  clarté  matutine  et  le  jour  parut,  trompettes  son- 
nèrent, artillerye  et  autre  cliarroy  se  niist  a  chemin 
et,  sur  le  point  de  huyt  heures,  estendartz  furent  des- 
pliez et  mys  au  vent,  gens  d'armes  montés  a  cheval, 
et  l'armée  print  la  voye  droict  a  La  Roque  ;  et,  entour 
onze  ou  douze  heures  de  jour,  fut  le  camp  si  près  logé 
de  la  ville  que  ung  archier  d'illecques  tout  a  l'aise  heust 
tiré  dedans  une  flèche. 

Ceulx  de  la  place,  voyant  la  manière  des  Françoiz, 
qui  tant  près  de  leur  fort  si  souîdain  avoyent  planté 
leurs  estandartz  et  assi  leur  camp,  trouvèrent  la  façon 
bien  estrange  et  moult  différente  a  la  coustume  des 
sièges  des  Italles,  qui  grandes  admiracions  et  longues 
cerimonyes  ont  pour  telles  choses  faire,  et  ne  furent 
pas  bien  du  tout  asseurés.  Toutesfoys,  tindrent  bon 
semblant  et  tirèrent  quelques  faulcons  a  la  volée  par 
dessus  le  camp  et  au  travers,  sans  faire  que  bien  peu 
de  mal  ;  et  aussi  tirèrent  les  canonnyers  françoiz 
(juelques  moyennes  pièces,  en  actendant  la  nuyt  a 
venii'  pour  le  surplus  approcher  et  asseoir.  Ainsi  se 
passa  le  jour,  tant  que  le  souleil  retira  ses  roiz  en  la 
région  d'Occidant^  ;  et,  sur  l'eure  du  premier  galli- 
cante,  que  toutes  choses  tiennent  sillence,  furent  faictes 
les  approches  et  assize  l'artillcrye  si  près  des  fossés 

seulement  vingt-cinq  ans  quand  il  devint  gouverneur  du  iVIilanais; 
il  en  avait  vingt-sept.  Los  ambassadeurs  vénitiens  le  représentent, 
à  cette  époque,  comme  un  homme  à  qui  l'on  donnerait  trente-deux 
à  trente-quatre  ans,  parlant  facilement  et  jouissant  auprès  du 
roi  d'un  grand  crédit. 

1.  Tout  cet  été  fut  pluvieux  et  tempétueux  {Cronaca  di  Oremona, 
dans  la  Bibliolh.  hist.  italiana,  t.  II),  et  ce  temps  contraria  fort 
les  opérations  des  Français. 


Août  1499]  LA   CONQUESTE  DE  MILAN.  1\ 

de  la  ville  qu'on  heust  peu  de  la,  avecques  la  main, 
gecter  une  pierre  dedans  et,  avecques  ce,  bonnes  tran- 
chées et  fors  tauldis  furent  faictz  pour  la  seurtc  de 
l'artillerie.  Si  tost  qu'il  fut  jour  eclarcy,  canonners 
commencèrent  a  descharger  canons  et  faulcons  contre 
murs  et  boulouars,  et  ceulx  de  la  place  a  tirer  aussi 
moult  aigrement  au  travers  du  camp  et  par  dessus 
les  tranchés.  Somme,  d'ung  costé  et  d'autre,  y  heut 
bonne  baterye,  mais  non  pas  d'une  esgalle  force;  car 
eii  moings  de  cincq  heures,  plus  de  soixante  brasses 
de  leurs  murailles  furent  ruhées  parterre,  et  leurs  fors 
et  deffences  percées  en  tous  ejidroictz.  Veoyans  ceulx 
de  la  ville  que  plus  ne  pouhoyent  soustenir  ne  porter 
les  grans  coups  qu'on  leur  donnoit,  doublant  aussi  (jue 
la  place  d'assault  on  n'emportast,  sur  les  deux  heures 
après  mydy*  parlamenterent  ;  et,  ainsi  qu'on  traictoil 
de  l'entrée,  souldaynement  les  gens  de  pyé  se  gec- 
terent  a  la  brèche  et  tous  a  la  foulle  entrèrent  dedans  ; 
et,  eulx  ainsi  entrés,  prindrent  le  chasteau'  d'assault 
et  tuherent  tous  les  souldartz  de  Ludovic  et  grant 
partie  de  ceulx  de  la  ville ^;  et,  après  ce,  pillèrent 
tout,  puys  firent  courir  le  feu  par  les  maisons,  et  s'en 
retournèrent  au  camp  avecques  leur  butin. 

Et  de  ce  lieu,  pour  ce  jour,  ne  deslogerent  les  gens 
d'armes. 


1.  3  août.  (Marino  Sanuto,  II,  lIO'i.) 

2.  Où  s'était  réfugiée  la  garnison  (Gorio).  On  répandit,  dans 
toute  l'Italie,  le  bruit  d'une  trahison  ;  on  prétendit  que  le  capitaine 
avait  été  acheté  800  ducats.  Mais  rien  ne  l'indique,  et  la  conduite 
des  Français  prouve  le  contraire.  On  prétendait  aussi  qu'ils  avaient 
fait  la  garnison  prisonnière,  ce  qui  n'est  pas  e.xact  (Marino  Sanuto, 
n,  1102,  1105,  1107). 

3.  Cet  horrible  massacre  faisait  partie  de  la  tactique  d'une  entrée 


22  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

II. 

Comment  Non  fut  prinse. 

Après  la  prinse  de  La  Roque ,  fut  pareillement 
envoyé  sommer  Non,  une  autre  très  bonne  ville  et  forte 
et  chasteau  moût  advantageux^,  près  de  deux  mille, 
ou  entour,  de  La  Roque.  Laquelle  ne  se  voulut  pareil- 
lement rendre  ne  submectre  en  l'obéissance  du  roy, 
mais,  avecques  moult  liere  contenance,  distrent,  ceulx 
qui  la  place  gardoyent,  que  riens  ne  doubtoyent  le 
pouhoir  des  Françoiz  et  que,  qui  les  assauldroict,  telle 
dilligence  mectroient  a  eulx  si  bien  deffendre  et  gar- 
der que  la  force  leur  en  demeureroit.  Ainsi  doncques 
ouy  le  dire  affectueulx  et  cogneue  l'obstinacion  de 
leur  propos,  la  droict  a  chemin  se  mist  l'armée;  et 
passa  une  petite  rivière^,  qui  a  demy  mille  de  la  ville 
estoit,  et  la  séjourna  jusques  au  lendemain,  qui  estoit 
la  vigille  de  l'Assumption  Nostre  Dame;  et,  ce  jour^ 
fut  assix  le  camp  au  plain  d'une  petite  vallée,  dedans 
ung  marais  presque  a  touchant  de  la  ville;  et,  la  nuyt 
après,  furent  faictes  les  approches  et  affustée  l'artillerye 

en  campagne,  et  cola  explique  pourquoi,  après  une  ou  doux  exé- 
cutions de  ce  genre,  les  autres  places  se  rendaient  si  facilement. 

1.  Déplus,  ses  fortifications  venaient  d'être  refaites  (Guichar- 
din).  La  garnison  était  de  700  hommes  (id.). 

2.  Le  Tanaro.  D'après  Ghilini,  on  y  jeta  un  pont.  D'après  Ros- 
mini,  on  le  passa  à  gué  en  partie  :  le  reste  de  l'armée  dut  demeu- 
rer en  arrière  à  cause  de  la  crue  inopinée  des  eaux,  et,  dans  cette 
situation  critique,  une  sortie  des  assiégés  serait  devenue  très  dan- 
gereuse . 

8,  Le  13  août.  Cf.  Schiavina.     ■  , 


Août  li99J  COMMENT  NON  FUT  PRINSE.  23 

si  près  des  murailles,  qu'on  povoit  tout  a  cler  ouyr  ce 
que  les  guectz  du  dedans  disoyent  l'ung  a  l'autre. 

Le  jour  enssuyvant,  qui  estoit  la  feste  soUempnelle 
de  Nostre  Dame,  pour  l'onneur  d'icelle  ne  fut  oneques 
tiré,  ou,  que  quessoit,  bien  peu. 

Le  lendemain,  au  plus  matin,  le  tonnerre  de  l'artil- 
lerye  commença  a  bruyre  et  tempester  par  la  région 
de  l'air  et,  comme  ung  tourbillon  voragineux,  a  soub- 
marcher  et  mectre  par  terre  tout  ce  qui  au  davant  se 
treuve,  et  tellement  que  tours,  boulouards,  murailles 
et  créneaux  a  force  de  coups  de  tous  costés  trebu- 
choyent,  et  si  menu  qu'enlour  troys  heures  après  mydi 
fut  la  baterye  tant  avancée  que  chascun  se  mist  a  por- 
ter fagotz  pour  combler  les  foussés  et  donner  l'assault  ; 
car  l'ouverture  estoit  si  grande  et  la  muraille  batue  si 
près  de  terre,  qu'on  poulioit  clerement  du  dehors  voir 
aller  et  venir  les  gens  par  les  ruhes.  Toiisjours  tiroyent 
ceulx  du  chasteau,  et  faisoyent  bonne  deflence,  ce  que 
de  léger  pouvoyent  bien  faire  ;  car  leur  fort  estoit  assix 
sur  ung  hault  mont  et  tant  adventaigeux  que  a  bien 
de  tous  costés  l'adviser,  a  malaisée  place  a  prendre 
resembloit.  Grant  force  artillerye  et  vivres  et  plus 
de  quatre  cens  souldartz  dedans  y  avoit  et,  avecques 
ce,  l'advenue  et  entrée  d'icelluy  si  très  pénible,  que, 
avecques  cordes  et  autres  aydes,  ou,  que  quessoit,  seul 
a  seul,  par  ung  chemin  estroict  et  droict  comme  une 
muraille,  monter  y  failloit.  Somme,  c'estoit  l'une  des 
plus  fortes  places  de  la  duché  de  Millau. 

I^our  cnssuyvre  mon  propos,  a  l'eure  qu'on  voulut 
donner  l'assault,  voyans  ceulx  de  la  ville  que  plus  n'en 
povoient,  comme  gens  qui  veullent  deffyer  fortune  et 
désespérés,  souillèrent  le  feu  par  leurs  maisons,  puys 


2i  rHROMQlTS  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

se  cuyderent  retirer  au  chasteau  pour  eulx  sauver. 
Mais  la  bende  du  seigneur  de  Normanville^  et  aucuns 
Piquards,   avecques  les  cent  Allemans  du   roy,   les 

1.  C'était  une  compagnie  de  2,000  hommes  de  pied,  mis  sus  en 
Normandie  en  1498  d'après  les  ordres  de  Charles  VIII.  Jean  Bas- 
set, sr  de  Normaaville,  qui  la  commandait,  était  petit-fils  d'un 
capitaine  normand  au  service  des  Anglais,  Nicolas  Basset  ou  de 
Basset,  créé  par  les  Anglais  seigneur  de  Malaunay,  et  capitaine  de 
Valmonf  pour  le  chancelier  de  Bretagne,  à  qui  les  Anglais  avaient 
donné  cette  place.  Fait  prisonnier  avec  le  comte  d'Arundel  à  Ger- 
beroy,  Nicolas  Basset  fut  interné  à  Beauvais  et  y  mourut  bientôt, 
laissant  son  fils  Jean  orphelin,  à  l'uge  de  dix  ans.  Jean  Basset  fut 
recueilli  par  un  oncle,  également  nommé  Jean,  chantre  et  cha- 
noine de  Notre-Dame  de  Rouen,  vicaire  général  de  l'archevêque, 
puis  il  alla  suivre  l'école  à  Gournay.  Il  obtint  du  roi  mainlevée 
du  fief  de  Malaunay  et  devint  chambellan  avec  une  pension  de 
200  livres  (1486).  Cette  même  année,  il  mourut,  car  son  fils  Jean 
hérita  de  sa  pension  à  partir  de  1486.  Jean  Basset  fut  élu  en 
l'élection  de  Bayeux  pour  les  aides  de  la  guerre  en  1488,  1498. 
Il  épousa  Isabeau  Roussel,  devint  capitaine  des  levées  normandes 
en  1498;  en  1512  et  1515,  il  était  capitaine  des  nobles  du  bailliage 
de  Caux  et  en  1516  chambellan.  Il  est  probable  que  c'est  lui  qui, 
sous  le  nom  de  Philippe  Basset,  s""  de  Normanville,  fut  confirmé 
dans  les  fonctions  de  vicomte  de  Gisors  par  patentes  du  7  juin  149S 
(Clair.  782)  ;  en  tout  cas,  il  devint  bailli  de  Gisors  et  on  le  voit 
assister  en  cette  qualité  aux  états  de  Normandie  (Tit.  orig.,  Basset 
de  Normanville,  n^*  2-3,  4-10,  16-26).  Sa  pension  en  1499  était  de 
400  livres  (compte  de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu).  Il  avait,  sous 
sa  charge,  trois  pensionnaires  du  roi  comme  capitaines  en  second 
des  2,000  hommes  de  pied  normands  :  Antoine  de  Haucourt,  et 
les  sires  de  Dompierre  et  Bonnetot  de  Saint-Léger.  Chacun  de 
ces  capitaines  était  inscrit  pour  une  pension  de  160  livres  (id.). 
Ces  capitaines  étaient,  en  outre,  pensionnaires  personnels  du  roi. 
Colin  de  Silly,  seigneur  do  Dompierre,  recevait  200  liv.  (id.); 
Jacques  de  Ossencourt,  ou  Ochencourt,  seigneur  de  Bonnetot, 
commandait  400  hommes  (Tit.  orig.,  Ochencourt,  n"  7).  Marine 
Sanuto  se  trompe  donc  quand  il  parle  de  2,400  Normands  et  quand 
il  les  désigne  comme  chargés  seulement  do  garder  les  charrettes 
de  l'armée. 


Août  1499]  COMMENT  NON   FUT  PRINSE.  25 

archiers  d'Aulbert  du  Rousset  et  autres  armés  legierc- 
ment,  par  la  brèche  entrèrent  en  la  ville  et  sitost  pour- 
suyvirent  ceulx  qui  vers  le  fort  s'enfuyoyent,  que,  a 
l'entrée  du  premier  pont,  les  actaindirent  :  touteffois, 
gaignerent  ceulx  de  la  ville  la  place  et  fermèrent  les 
portes.  Les  Françoiz  qui,  de  si  près  qu'avez  ouy,  les 
chassoyent  avecques  lances,  picques,  haches,  halle- 
bardes et  autre  force  de  guerre,  commancerent  a 
rompre  portes  et  fenestres,  coper  chaines  et  bariercs 
etfaire  grans  effors  contre  la  place;  ceulx  de  l'autre 
part  a  ruer  grosses  pierres  et  tirer  force  traict  et  artil- 
lerie contre  ceulx  qui  ainsi  les  assailloyent.  Le  maistro 
de  l'artillerie  de  France',  qui  l'assault  regardoit, 
voyant  que  ceulx  du  dedans  deffendoient  ainsi  l'entrée, 
vint  affûter  quatre  ou  ci  ne  faulcons  contre  leurs  def- 
fences,  et  la  commancer  a  tirer  de  telle  sorte  que  nul 
d'eux  n'osoit  l'ueil  monstrer  qui  ne  fust  emporté. 
Ainsi  furent  contrainctz  habandonner  leurs  repaires  et 
le  demeurant  de  leur  affaire  mectre  entre  les  mains  de 
maleureuse  destinée.  Somme,  eulx  veoyans  deffiez  et 
assailliz  de  danger  tant  mortel,  ne  sceurent  que  faire, 
si  n'est  soy  gecter  par  les  fenestres  et  avecques  cordes 
et  eschelles  descendre  et  cryer  :  France,  France,  pour 

\.  Guy  ou  Guinot  de  Lauzières,  ou  Louzières,  seigneur  de  Mon- 
treuii  et  autres  lieux,  ancien  sénéchal  d'Armagnac,  ancien  maître 
d'hôtel  de  Louis  XI  et  de  Charles  YIII,  chargé  en  cette  qualité 
d'aller  chercher  saint  François  de  Paule  en  Calabre  (Cotnmines, 
II,  229;  Procès  de  canonisalion  de  saint  François  de  Paule),  puis 
grand  maître  de  l'artillerie  (P.  Dcsrey).  Il  succéda,  en  cette  charge, 
au  sire  de  Torcy;  il  mourut  en  1504  et  fut  lui-même  remplace  par 
Paul  de  Benseradc  (ras.  fr.  6690,  fol.  5,  7-8;  6691,  fol.  2).  C'était 
le  huitième  hls  de  Raymond  de  Lauzières;  il  épousa  :  1"  Souve- 
raine d'Ebrard  de  Saint-Sulpice  ;  2^  Jeanne  de  la  Roche. 


■26  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

CLiyder  la  dureté  du  glayve  amollir  et  leurs  vyes  res- 
piter.  Mais  le  chasteau  fut  priz  d'assault,  et  tous  ceulx 
qui  dedans  estoyent  decoppés  et  tranchés,  sans  ce  que 
ung  tout  seul  vif  en  rechappast,  hors  le  cappitaine  de 
la  placée  qui  fut  priz  par  ceulx  d'Aulbert  Roussel  et 
envoyé  en  Ast  prisonnier-.  Apres  la  prise  de  la  ville 
el  chasteau  et  occision  faicte,  fut  dit,  par  commune 
extimation,  que  de  huyt  a  neuf  cens  hommes  lombai'S 
avoyent  ce  jour  esté  mis  a  l'espée.  Ainsi  fut  la  ville  de 
Non  prise  d'assault,  pillée,  destruicte  et  mise  en 
cendre-^. 

A  six  ou  sept  mille  de  Non  estoit  une  autre  bonne 
ville,  nommée  Vallence,  grande  et  bien  peuplée,  de 
groz  boulouars  de  terre  massiz  et  bien  percés ,  de 
bonnes  groces  tours  et  fortes  murailles,  de  grans  fossés 
proffondz,  d'artillerye,  vivres,  souldars  et  toute  def- 
fence  de  guerre  moult  bien  fortifyéc^,  qui  en  troys  ou 
quatre  heures  povoit  d'Alixandrye  avoir  secours. 

Et,  presque  a  my  voye  des  deux  villes  de  Vallence 
et  Alixendrye,  ung  asses  fort  chasteau  et  grosse  bour- 
gade y  avoit,  sur  une  petite  rivière,  ou  la  garnison 
d'Alexandrye  pouhoit  faire  embûches  et  retrectes,  et 
souvant  aux  Françoiz  donner  allarmes  et  escarmouches. 
Par  quoy,  fut  advisé  que  celuy  chasteau,  premier  que 
aller  en  avant,  seroit  assiegié,  ce  ([ue  fut  fait;  et,  sitost 
que  le  camp  fut  logé  davant  la  [)lace,  Estradiotz^  com- 

1.  Il  s'appelait  Alfonso  Spagnuolo  ;  c'était  un  soldat  très  vigou- 
reux, qui  avait  fait  une  belle  défense  (Corio). 

2.  17  août  (Marino  Sanuto). 

3.  Annone  et  Rocca  d'Arazzo  furent,  dit  Gaguin,  rasées  ta  fleur  de 
terre,  excepté  le  château  de  Rocca  d'Arazzo,  qu'on  se  borna  à  brûler. 

•i.  Assai  seciira,  dit  Corio. 

5.  Cavalerie  légère  irrégulière,  composée  surtout  d'Albanais. 


Août  1499]  ro.MMENT  NON   FUT  PRINSE.  27 

mancerent  a  buffeter  autour  de  l'ost,  mais  tantost 
furent  si  rudement  envoyez,  que  bien  mestier  leur  fut 
que  leurs  chevaulx  bussent  bon  esperon  et  que  point 
ne  fussent  retifz.  Geulx  de  la  place,  voyans  le  siège  si 
près  d'eux  et  le  hazart  de  leurs  \  yes  entre  les  mains 
de  parverse  Fortune  bransler,  doubtans  ausi  qu'on  ne 
les  trectast  comme  ceulx  de  La  Roque  et  de  Non, 
apportèrent  les  clefz  du  chasteau  et  furent  pour  l'eure 
bons  Françoiz.  La  séjourna  Tost  pour  la  nuyt',  et  le 
leiidemain  vers  Yallance  print  la  voye. 

Ce  jour,  sur  les  neuf  ou  dix  heures,  ainsi  que  Tar- 
mée  inarchoit  en  avant  et  approchoit  Vallance,  sept 
ou  lîuyt  cens  chevaulx ,  Estradiotz  et  autres ,  qui 
d'Alexandrie  estoyent  sortiz ,  se  vindrent  présenter 
davant  la  bataille  que  le  conte  de  Ligny  conduysoit, 
près  de  la  longueur  deux  foys  de  une  picque,  en  bon 
ordre  et  faisant  myne  bien  asseurée,  et  prestz  de  ceulx 
adresser  qui  desordre  vouldroyent  tenir.  Toutesfoys, 
voyant  le  compte  de  Ligny,  qui  chief  de  l'armée  estoit, 
la  manière  de  ses  Albanoys  et  que,  sans  escarmouche, 

C'étaient  des  batteurs  d'estrade.  M.  Lalanne  fait  dériver  leur  nom 
du  mot  grec  -TTpaTiwxr,;.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  nom  était  devenu 
courant  pour  désigner  les  éclaireurs  et  la  cavalerie  irrégulière. 
Dans  une  lettre  à  Machiavel,  Biagio  Buonnaccorsi  appelle  plai- 
samment les  employés  inférieurs  des  bureaux  publics  lî  Stradiotti 
di  cancellaria  (Villari,  Machiavclli  ed  i  suoi  tcmpi,  I,  555).  Les 
Estradiots  étaient  généralement  braves,  mais  indisciplinés  et  sau- 
vages. Dans  la  campagne  de  1495,  on  racontait  que  les  provédi- 
teurs  vénitiens  leur  payaient  une  prime  par  tête  d'ennemis  qu'ils 
rapportaient. 

i.  Cependant  une  forte  partie  de  l'armée  était  restée  en  arrière, 
car,  le  17  août,  la  compagnie  de  100  lances  du  sire  d'Auzon  fut 
passée  en  revue  au  camp  devant  Annone,  et,  le  19,  la  compagnie 
de  50  lances  du  comte  de  Foix  (ms.  Clair.  240,  n"'  517,  519). 


28  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

ne  les  failloit  laisser,  ordonna  que  le  seigneur  de  La 
Palixe^  avecques  cinquante  hommes  d'armes  des 
siens  et  ceulx  du  seigneur  de  Myolant^  donneroit 
dedans;  et,  tout  en  l'eure,  fut  faicte  la  charge  si  rude 
qu'Estradiotz  prindrent  chemin  et,  pour  tirer  au  loingz 

1.  Le  célèbre  La  Palisse,  Jacques  de  Chabannes,  fils  de  Geof- 
froy de  Chabannes,  s""  de  Charlus,  gouverneur  de  Pont-Saint-Esprit, 
et  de  Charlotte  de  Prie.  Il  épousa  en  1493  Jeanne  de  Montberon, 
et  on  1514  Marie  de  Mehin  d'Épinoy,  veuve  du  sire  de  la  Gru- 
thuze.  Cet  illustre  capitaine  était  un  homme  de  belle  et  forte  sta- 
ture, de  grandes  manières;  il  avait  une  large  figure,  un  peu  fati- 
guée sur  la  fin  de  sa  vie,  un  grand  nez  et  large,  des  yeux  bleus  et 
bons,  un  peu  étonnés  (ms.  fr.  13'i29,  fol.  xlii  v%  portrait  de  1519; 
François  /«"•  chez  M'""^  de  Boisy,  par  M.  Rouard,  planche  X  ;  Recueil 
de  Niel...).  Louis  XII  l'aimait  infiniment  et  les  Espagnols  le  nom- 
mèrent le  Gran  marcschal  (Brantôme).  Il  prit  part,  avec  éclat,  k 
toutes  les  guerres,  à  toutes  les  expéditions  de  Louis  XII,  de  Fran- 
çois I".  Il  commandait  40  lances  en  1498  (ms.  fr.  26106,  n"  10)  et 
1501  (ms.  Clair.  240,  p.  545),  50  en  1510.  Chambellan  dès  le  début, 
il  devint  chevalier  de  l'ordre  en  1510,  maréchal  en  1515.  En  1525, 
il  blâma  la  bataille  de  Pavie;  on  parut  mettre  cette  prudence  sur 
le  compte  de  son  âge  (il  avait  soixante-trois  ans);  il  s'y  fit  tuer 
(Tit.  orig.,  Chabannes,  n°^  40-45;  Brantôme),  après  avoir  été  pen- 
dant près  de  quarante  ans  un  infatigable  capitaine;  il  comman- 
dait déjà  une  compagnie  en  1491  et  fut  de  ceux  qui  accueillirent 
Bayard.  Il  était  grand  maître  des  eaux  et  forêts  de  Languedoc 
(fr.  26106,  n-  82). 

2.  Louis  de  Miolans,  seigneur  de  Serve,  baron  d'Anjou  en  Dau- 
phiné,  comte  de  Montmahu  ou  Montmayeur,  maréchal  de  Savoie; 
il  jouit  d'une  grande  faveur  près  de  Charles  VIII  et  se  lit  battre  à 
la  balaille  navale  de  Rapallo.  Do  1494  à  1503,  il  était  chambellan 
et  capitaine  de  40  lances;  en  1503,  sa  compagnie,  en  garnison  à 
Plaisance,  fut  répartie  dans  diverses  garnisons  du  Milanais  entre 
le  sire  de  Sandricourt  et  Louis  de  la  Trémoille  (Tit.  orig.,  Mio- 
lans, n"^  M,  13  à  17;  ms.  Clair.  240,  p.  567,  579;  ms.  fr.  25783, 
n"  54;  Commines,  II,  350,  446;  ms.  fr.  26106,  n»  32). 

D'autre  part,  le  bâtard  de  Miolans  était,  en  1503,  pensionnaire 
du  roi  pour  une  somme  de  400  livres  (Compte  de  1503,  ms. 
fr.  2927). 


Août  1499J  COMMENT  NON  FUT  PRINSE.  29 

ceulx  qui  les  suyvoyent,  fyrent  longtemps  manière  de 
fuyte;  et,  eulx  voyans  leur  adventaige,  tous  ensemble 
tournèrent  sur  queuhe  et  bientost  retournèrent  ceulx 
qui  les  avoyent  chassés,  et  fut  illecques  le  lieutenant 
du  seigneur  de  Myolant^  de  deux  Estradiotz  tellement 
pressé  que,  si  tost  n'eust  esté  secouru,  en  grant  hasart 
estoit  de  faire  ung  voyage  en  Albanye.  Tousjours 
escarmouchoyent  Estradiotz  a  force  avecques  les  Fraii- 
çoiz,  lesquelz  ausy  a  la  poincte  de  la  lance  et  de  si 
près  les  cherchoyent  que,  pour  fuyr  le  choc,  ne  savoyent 
de  quel  costé  tourner  le  pavoys.  Toutesfoys,  si  bien 
savoyent  iceulx  Albanoys  leurs  fuytes  et  recharges 
conduyre  et  mener  (supposé  que  vestuz  fussent  legie- 
rement)  que  a  la  foys  aux  rayeux  armés  monstroyent 
le  chemin  de  la  retraicte;  et,  veue  leur  façon  de  faire, 
fut  par  le  compte  de  Ligny  avisé  qu'on  leur  doniieroit 
bien  estroict,  et  luy,  avecques  le  surplus  de  la  bataille, 
la  se  vient  adraisser;  mais,  sitost  qu'Estradiotz  virent 
donner  des  espérons  et  baisser  lances,  sans  cou|) 
actendre  ,  tournèrent  le  doz  et  prindrent  la  fuyte, 
comme  on  leur  donna  la  chace,  moût  tost,  et  furent 
suyviz  plus  d'ung  mille  et  demy,  et  faysant  tousjours 
fuyte  de  loup  ;  car,  a  leur  retraicte,  donnoyent  sou- 
vant  sur  quelqun  et,  au  fuyr,  si  légèrement  jouhoient 
du  pié  leurs  chevaulx  que  grant  exès  estoit  a  ceulx  de 
France  d'entreprendre  leur  copper  chemin.  Toutes- 
fois  aucuns  Estradiotz  y  demeurèrent,  et  quelqu'uns 
des  nostres  furent  blecez.  Ainsi  se  départirent  Françoiz 
et  Albanoys,  sans  gueres  de  perte  et  moings  de  gaing 
y  avoir. 

1.  Ce  lieutenant  du  sire  de  Miolans  était  Sébastien  de  Gouffier, 
pensionnaire  du  roi  pour  400  livres  (Compte  de  1503,  ms.  fr.  2927). 


30  CHRONIQUES  DE   LOUIS  Ml.  [Août  1499 

Tousjours  marchoit  l'armée  et  Vallance  approchoit 
et  tant  que,  bientost  après  mydy,  gens  d'armes  et 
artillerye  a  ung  gect  d'arc  de  la  ville  arrivèrent;  et  la 
furent  assix  et  affûtés  cinc  ou  six  canons  et  faulcons'* 
et  tirés  contre  la  place  quelque  coups;  mais  ceux  du 
dedans  ne  voulurent  actendre  que  autres  assaux  on 
leur  fist  et,  doubtans  plus  grant  domage  encourir,  sur 
le  soir  parlamenterent;  et,  au  matin '^,  se  rendirent  les 
souldartz  a  la  voulunté  des  lieutenans  du  roy,  lesquelz, 
ung  bastoLi  blanc  au  poing,  les  envoyèrent^,  et  ceulx 
de  la  ville  baillèrent  les  clefz  et,  leurs  bagues  sauves,  se 
soubmirent  sans  nulle  autre  deffense  faire ^. 

Pour  tousjours  a  la  conqueste  de  Millau  briefvement 
procéder  et  ensuyvre  le  comancement  d'icelle  (a  qui 
assez  doulce  et  favorable  avoit  esté  dame  Fortune), 
après  la  réduction  de  Vallance,  l'armée  prist  les  champs 
en  adroissant  son  arroy  vers  la  cité  de  Tortonne^; 

1.  Les  faucons  étaient  des  pièces  de  trois  pouces,  pour  les  bou- 
lets d'une  livre. 

2.  25  août  (Marino  Sanuto,  II,  1164),  25  d'après  la  Cronaca  di 
Cremona,  19  août  d'après  Schiavina  et  Da  Paullo.  Ce  dernier  pré- 
tend que  le  siège  dura  quatre  jours.  Erasmo  Trivulzio  fut  nommé 
gouverneur. 

3.  Senarega  prétend  que  les  Français  mirent  tout  à  feu  et  à  sang 
à  Valenza  ! 

4.  Valenza  avait  pour  capitaine  Rafagnino  Donato,  fort  suspect 
de  trahison.  Gorio  prétend  que  Galeazzo  di  San  Soverino  lui  avait 
envoyé  d'Alexandrie,  sous  la  conduite  de  son  frère  bâtard,  Octa- 
vien,  et  de  Badine  de  Pavie,  des  troupes  qui  portaient  l'effectif  à 
\,'M  combattants,  sans  compter  les  habitants;  qu'on  était  prêt  à 
se  défendre,  mais  que  les  Français  furent  introduits  subreptice- 
ment. Ce  récit  nous  paraît  bien  suspect.  Le  renfort  ne  put  pas. 
arriver  jusqu'à  Valenza.  Trivulce  rendit  la  liberté  à  toute  la  gar- 
nison et  ne  garda  que  les  chefs. 

5.  Tortona,  place  forte  qui  commande  le  cours  de  la  Scrivia, 


Août  1499]  COMMENT  NON  FUT  PRINSE.  3i 

laquelle  trouva,  par  saine  oppinion,  que,  actendre  le 
siège  des  Françoiz  et  l'assault  d'iceulx,  plus  domma- 
geable axes  lui  seroit  que,  pour  soy  rendre  a  eulx, 
reproche  difïamable.  Ainsi  doncques,  comme  ceulx 
qui  sur  toutes  choses  ont  leur  proffict  pourrecomandé, 
querans  avoir  leur  robe  en  seureté  et  vies  sauves,  les 
plus  sollempneiz  misseres  de  la  ville  envoyèrent  faire 
l'obéissance  et  rendre  les  clefz  ' . 

Apres  que  Tourtonne  fut  submise,  plusieurs  autres 
bonnes  villes  et  chasteaux,  comme  Encize-,  Solere^, 
Fulgurose^,  Monte  GasteK*,  Voguere*^,  Nove"  et  autres 
fortes  places  de  la  duché ^  sans  autrement  acLendre 
d'eulx  approcher  l'armée,  au  roy  se  rendirent  et,  de 
la  en  avant,  grant  force  vivres  apportèrent  en  l'ost. 

sur  la  route  d'Alexandrie  à  Plaisance.  Ant»  M«  Pallavicini  était 
capitaine. 

1.  Trivulce  s'empressa  de  rassurer  les  habitants  par  une  lettre 
que  publie  Gorio. 

2.  Incisa,  sur  la  Stura,  dans  la  direction  de  Cherasco.  On  l'ap- 
pelait aussi  Incisa  d'Asti.  Incisa  ne  faisait  pas  partie  du  duché  de 
Milan.  G  était  le  chef-lieu  d'un  marquisat  indépendant,  alors  régi 
par  plusieurs  princes  associés  sous  la  direction  du  marquis 
Oddone,  prince  pacifique  et  excellent.  Oddone  gouverna  de  1471 
à  1514.  A  partir  de  1512,  des  difficultés  éclatèrent  et  le  marquisat 
d'Incisa  finit  par  être  absorbé,  non  par  le  duché  de  Milan,  mais 
par  le  marquisat  de  Montferrat.  V.  Molinari,  Storia  d'Incisa  d'Asti. 

3.  Solero,  près  d'Alexandrie. 

4.  Piopera  (actuellement  Piovera,  près  Tortona),  d'après  Gorio. 
En  prononçant  Fiogera,  Jean  d'Auton  a  fait  Folgera,  Fulgiirose. 

5.  Monte-Gastello,  sur  la  rive  gaucho  de  la  Bormida,  à  peu  do 
distance  d'Alexandrie. 

6.  Voghera,  sur  la  rive  gauche  de  la  Staffora,  sur  la  route 
d'Alexandrie  à  Plaisance. 

7.  Novi,  sur  la  route  d'Alexandrie  à  Gênes. 

8.  D'après  Scliiavina,  Tortone  et  toutes  ces  villes  se  rendirent 
le  27  août.  Solero  s'était  rendue  le  15. 


32  CHRONIQUES  DE   LOUIS  XII.  [Aoùt  1499 

Souveiitesfoys  firent  nos  gens  cources  et  algarades  ' 
devant  la  cité  d'Alixandrye,  pour  veoir  et  cognoistre 
la  manière  et  puissance  de  ceulx  qui  dedans  estoyent-  ; 
lesquelz  sortoyent  souvant,  mais  gueres  n'esloignoyent 
l'ombre  de  leurs  barrières,  pour  doubte  d'embûche, 
et  ausi  que  par  soing  laborieux  a  la  garde  et  fortiffi- 
cation  de  leur  place  avoyent  a  entendre,  comme  de 
celle  qui,  après  Millau,  estreme  reffuge  et  actente  sin- 
gulière du  seigneur  Ludovic  estoit.  De  jour  en  jour 
marclioit  l'ost  en  avant  et  par  le  marquissat  de  Mont- 
ferrat  bransloit  son  charroy'^,  ou  aucunes  des  villes 
tirent  reffus  de  l'entrée  et  differance  de  bailler  vivres  ; 
par  quoy  fut  parler  au  marquis  le  conte  de  Ligny,  qui 
en  telle  sorte  luy  bailla  son  deffault  pour  entendre, 
que  de  la  en  avant  but  plus  de  crainte  de  desplaire 
aux  Françoiz  que  volunté  d'ennuy  leur  prochacer^ 

Ainsi  passa  l'excercite  de  Gaule  par  le  pays  du  mar- 
quissat, tirant  a  cartier  d'Alixandrye,  et  oultre  cincq 
ou  six  mille,  ou  illecques  aucunes  places,  qui  entre 
Pavye  et  Alixandrie  estoient,  se  rendirent  et  appor- 
tèrent les  clefz. 

1.  Algarade,  mot  nouveau,  d'importation  espagnole;  aJgarada, 
cris  de  gens  qui  se  battent. 

2.  Dès  le  19  aoùt,  des  coureurs  français  apparurent  sous  les 
murs  d'Alexandrie  (Marino  Sanuto,  II,  945). 

3.  Les  terres  du  marquis  de  Montferrat,  dont  Casale  était  la 
capitale,  se  trouvaient  situées  entre  Verceil  et  Alexandrie  et  cou- 
vraient de  ce  côté  le  duché  de  Milan. 

h.  Depuis  l'entrée  en  campagne,  Constantin  Arniti,  soi-disant 
collaborateur  de  l'armée  française,  opposait  une  grande  force 
d'inertie  et  une  neutralité  plutôt  malveillante.  Cela  n'empêcha 
pas  les  Français  d'occuper  le  marquisat  selon  leurs  besoins  et 
notamment  Felizzano,  qu'ils  n'évacuèrent  plus.  Nous  avons  une 
montre  do  la  garnison  française  de  Felizzano  «  au  duché  de 
Milan,  »  en  1501.  , 


Août  1499]  COMMENT  NUN  FLT  PRINSE.  33 

Affin  que  les  vivres',  qui  de  Valence,  Tourtonne 
et  autres  villes  conquises  alloyent  a  l'ost,  et  les  pas- 
sages des  environs  par  les  gens  d'armes  d'Alexandrie 
ne  fussent  empescliés,  dedans  une  ville  du  marquis- 
sat,  noméeFelissant-,  furent  lessés  le  grant  escuyer^, 
le    seigneur    de    Ghatillon  \    le    seneschal    d'Arnia- 

1.  Une  gelée  tardive  avait  endommagé  les  récoltes  au  mois  de 
mars  {Cron.  di  Cremona)  et  rendu  les  approvisionnements  dif- 
liciles. 

2.  Felizzano,  entre  Asti  et  Alexandrie,  dans  le  marquisat  de 
Montferrat. 

3.  Pierre  d'Urfé,  seigneur  d'Urfé,  entra  au  service  sous  Louis  XI, 
qui,  en  1465,  le  commit  au  paiement  des  gens  d'armes  pour  la 
guerre  du  Bien  Public.  L'année  suivante,  1466,  il  était  chambel- 
lan, avec  une  forte  pension,  et,  en  1485,  grand  écuyer,  charge 
qu'il  garda  toute  sa  vie,  avec  1,200  livres  de  gages.  Il  s'intitu- 
lait également  à  cette  époque  «  chambellan,  premier  écuyer  de 
corps,  maître  de  la  grant  écurie  du  roi  ».  En  1485,  il  était  aussi 
sénéchal  de  Beaucaire  et  Nimes,  châtelain  de  Gallargues.  Il  rece- 
vait une  pension  de  2,000  livres.  En  1480,  le  roi  lui  donne  une 
gratification  de  1,200  livres,  comme  indemnité  des  dépenses  de  la 
guerre  de  l'année  précédente.  On  le  voit  assister  aux  États  de 
Languedoc  comme  commissaire  du  roi.  En  1494,  il  commandait 
une  compagnie  de  40  lances.  Il  existait  encore  en  1507  (Tit.  orig., 
Urfé,  no^  2-3-2;  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927;  ms.  fr.  26107, 
n°  249).  Il  nous  reste  un  bon  nombre  de  pièces  relatives  à  sa 
charge  de  grand  écuyer. 

4.  Jean  de  Goligny,  d'une  famille  de  chevaliers  bacheliers,  sei- 
gneur de  Goligny,  d'Andelot  et  de  Chàtillon-sur-Loing,  recevait 
encore  en  1481  une  pension  de  1,500  livres  de  Louis  XI.  Il  dut 
mourir  vers  1481,  car  il  laissa  sa  veuve,  Êléonor  de  Gourcelles, 
tutrice  de  tous  ses  enfants,  encore  mineurs. 

Jacques  de  Goligny,  seigneur  de  Ghatillon  et  d'Andelot,  l'ainé 
de  ses  enfants,  fit  ses  premières  armes  au  Pas  de  Sandricourt  en 
1493;  sa  bravoure  et  son  entrain  chevaleresque  enthousiasmèrent 
Gharles  YIII,  dont  il  devint  de  suite  le  favori  ;  dès  1494,  il  reçut 
une  compagnie  de  100  lances,  avec  laquelle  il  lit  la  campagne  et 
combattit  à  Fornoue.  Sa  pension  fut  élevée,  en  1496,  à  3,000  liv. 

Il  avait  épousé  Anne  de  Ghabannes,  lille  du  célèbre  comte  de 
I  3 


34  CHUOXIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  14y9 

gnac\  avecques  leurs  bandes,  ou  par  ung  temps  séjour- 
nèrent; et  n'estoit  jour  qu'on  ne  tîst  saillies  et  escar- 

Dammartin  et  de  Marguerite  de  Calabre,  iille  naturelle  de  Nicolas 
(l'Anjou.  En  1500,  quoique  veuf,  il  réclama  une  rente  de  800  liv. 
que  le  roi  Charles  d'Anjou  avait  jadis  léguée  à  sa  belle-mère.  En 
1.505,  il  épousa,  en  secondes  noces,  Blanche  de  Tournon. 

Sous  Louis  XII,  sa  compagnie  de  50  lances,  à  partir  de  1503, 
fut  placée,  après  la  guerre,  en  garnison  à  Brives-la-Gaillarde.  En 
1509,  il  devint  prévôt  de  Paris  et  concierge  de  l'hôtel  Saint-Paul. 
Deux  ans  après,  la  veille  de  la  bataille  de  Ravenne,  il  fut  tué  d'un 
coup  d'arquebusade,  qui  lui  brisa  les  os;  il  avait  fait  toutes  les 
campagnes  de  Mételin,  d'Agnadel,  etc. 

Bien  qu'il  ne  soit  guère  connu  que  sous  le  nom  de  sire  de  Cliâ- 
tillon,  il  signait  :  «  DecouUigny.  » 

Nous  parlerons  plus  loin  de  son  frère,  connu  sous  le  nom  de 
sire  de  Fromentes.  Sa  sœur,  Marie,  avait  épousé  Georges  de 
Menthon,  seigneur  de  «  Duesme,  »  qui  devint  de  ce  chef  seigneur 
d"une  partie  de  Coiigny,  dite  Coligny-le-Neuf,  et  qui  obtint,  avec 
beaucoup  de  peine,  en  1490,  le  versement  de  la  dot  de  sa  femme, 
lixée  à  3,000  livres. 

Il  eut  pour  neveu  le  fameux  amiral  Gaspard  de  Coiigny  (Tit. 
orig.,  Coiigny,  n^^  5,  8-19;  Menthon,  n»  4;  fr.  25783,  n»  69; 
Clair.  782;  Brantôme,  etc.). 

Marino  Sanuto  dit  qu'il  menait,  en  1499,  une  compagnie  de 
50  lances;  c'est  une  erreur,  il  n'en  commandait  plus  que  30,  (iui 
lurent  passées  en  revue  dans  le  comté  d'Asti,  le  19  mai  1499,  et 
en  1501  à  «  Villefranche-en-Piémont.  »  En  1503,  cette  compagnie 
alla  se  reformer  à  Chàlillon  (ms.  Clair.  240,  p.  507,  537,  581). 

1.  Jacques  Galiot  de  Genoilhac,  sénéchal  d'Armagnac,  fut 
élevé  par  un  oncle  des  mômes  noms  et  prénoms,  chambellan  de 
Louis  XI,  valet  de  chambre  de  Charles  VIII,  en  1493  sénéchal 
de  Beaucaire  et  maître  de  l'artillerie.  Seigneur  d'Assier,  Reil- 
lanet,  baron  de  Gapdenac,  écuyer  d'écurie  du  roi  en  1495  et 
les  années  suivantes  (Comptes  de  l'écurie,  ms.  fr.  2927),  il  se 
distingua  par  sa  bravoure  à  Fornoue,  aux  côtés  de  Charles  VIII; 
maître  de  l'artillerie  en  1512,  grand  écuyer  après  Pavie  en  1525, 
capitaine  de  80  lances,  chevalier  de  l'ordre,  capitaine  général 
de  l'artillerie  de  France,  capitaine  de  Najac,  gouverneur  du  Lan- 
guedoc en  1545,  il  mourut  en  1546,  à  près  de  quatre-vingts  ans, 
laissant  une   fortune   énorme   et   un  grand  renom  de  sagesse, 


Août  1499]  COMMENT  NON  FLT  PRLNSE.  35 

mouches,  et  a  toutes  heures  estoyent  Estradiotz  sur 
les  champs,  qui  nuyt  et  jour,  comme  corps  fantas- 
tiques, bransloyent  eu  l'air  et  prenoyent  parfoys 
quelque  gens  de  pié  ou  autres  mal  accompaignés. 

Au  desloger  de  Felissant,  ne  furent  gens  d'armes 
si  tost  a  chemin,  que  cincq  ou  six  cens  Albanoys  ne 


d'honneur  et  de  courage.  C'est  lui  qui,  âgé  de  soixante-dix- 
huit  ans,  à  la  nouvelle  qu'une  bataille  décisive  allait  se  livrer 
04  Italie  (la  bataille  de  Cérisoles),  disait  à  son  fils  unique,  Fran- 
çois :  «  Allez,  mon  fils,  quérir  la  mort  en  poste.  »  François  prit 
la  poste,  arriva  à  temps  et  se  fit  tuer  (Brantôme,  t.  III,  p.  72-76). 

Cet  homme  d'un  si  mâle  caractère  était,  en  1500,  chambellan, 
sénéchal  d'Armagnac  aux  gages  de  366  livres,  et  pensionnaire  du 
roi  (2,000  livres);  en  1501,  il  commandait  une  compagnie  de 
25  lances. 

Il  épousa  successivement  deux  femmes  fort  riches,  Catherine 
d'Archiac  et  Françoise  de  la  Queuille. 

Son  nom  varie  beaucoup  dans  les  actes.  Brantôme  dit  qu'il 
s'appelait  d'abord  de  Genoilhac  et  que  le  surnom  de  Galiot  lui  vint 
plus  tard.  En  effet  en  1500,  en  1541,  ii  s'intitule  :  «  Jaques  de 
Janoilhac,  dit  Galiot  »  (ms.  fr.  26107,  n°  182;  Tit.  orig.,  Galiot, 
n»  8);  souvent  il  s'intitule  :  «  Jacques  Galliot  de  Genoilhac,  »  ou 
0  Jacques  de  Genoilhac.  »  Mais  on  ne  trouve  jamais  le  nom  de 
Ricard,  que  lui  attribuent  la  plupart  des  critiques  et  des  histo- 
riens. Le  bibliophile  Jacob  et  d'autres  auteurs  pensent  que  ce 
surnom  de  Galiot  devait  dériver  de  galère  [galée,  ou  galion)\  un 
acte  de  1480  nous  fixe  à  cet  égard.  Les  Galiot  étaient  des  Italiens, 
venus  en  France  à  la  suite  du  dauphin  ;  le  premier  Jacques 
Galiot,  capitaine  de  francs-archers  de  Dauphiué,  Valentinois  et 
Diois,  en  1480,  signait  encore  de  son  nom  italien  :  Jacobo  Galiota. 
En  réalité,  la  plupart  des  actes  du  sénéchal  d'Armagnac  portent 

l'en-tête  «  Jacques  Galiot,  ou  Galyot,  sénéchal ,  etc.,  »  et  la 

signature  J.  Galiot.  Ginoilhac  ou  Genouilhac  est  un  nom  de  fief 
(Tit.  orig-,  Galiot,  n^^  2-10;  fragment  de  compte,  ms.  fr.  26107, 
fol.  317;  compte  de  1501,  ras.  fr.  2960,  fol.  14). 

Sa  compagnie  de  25  lances  fut  passée  en  revue  à  Asti,  le  11  juin 
1498  (ms.  Clair.  239,  p.  473).  Après  la  guerre,  elle  revint  tenir 
garnison  eu  Bourgogne  (ms.  fr.  25783,  n»»  63,  72). 


36  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Août  14'J9 

fussent  sur  les  champs  et  voulureut  adresser  vers  le 
bagage;  mais  on  leur  envoya  au  devant  cent  ou  six 
vingtz  hommes  d'armes,  lesquelz  ne  leur  firent  rien  : 
car,  sans  coup  donner,  s'en  allèrent  Albanois  tout  le 
couvert,  et  gens  d'armes  prindrent  la  voye  droict  au 
camp,  qui  a  cincq  ou  six  mille  loings  d'Alixandrye 
estoit  logé.  Et  la  fut  mys  en  conseil,  par  messeigneurs 
les  lieutenans  du  roy  et  autres  cappitaines,  ralfairc 
de  la  tin  de  la  conqueste  ;  sur  laquelle  fut  l'oppinion 
et  advys  du  seigneur  Jehan  Jacques  et  par  luy  pro- 
posé que,  selon  ce  qu'il  pouhoit  savoir  et  entendre  du 
laict  de  la  guerre,  que,  premier  que  assaillir  Alixan- 
drie,  Millan  devoit  estre  assiégée,  disant  que,  tant  que 
Millan  tiendroit,  nulle  des  autres  villes  et  places  pour 
estre  subvertyes  se  rendroyent,  mais,  en  espérant  de 
jour  en  jour  de  Ludovic  secours  avoir \  jusques  au 
derrenier  assault  tiendroyent  et  que,  si  Alexandrie 
estoit  premier  assiégée,  que  de  Millan  et  Pavye  d'heure 
en  heure  auroyent  les  assiégés  ranffors  et  secours  et  que, 
qui  tost  ne  les  prendroit  (qui  malaysée  chose  estoit  a 
faire),  les  autres  villes  tenans  se  ranforceroyent,  et  les 
rendues  a  l'aventure  se  rebelleroient,  par  quoy  l'en- 
treprise de  la  conqueste  se  pourroit  moult  desavan- 
cer, les  gens  d'armes  du  faix  de  la  guerre  a  la  longue 
ennuyer,  les  trésors  et  finances  despendre  et  dymy- 
nuer,  les  vivres  enchérir  et  appetisser,  voire  et  la 
froide  saison  de  hyver,  qui  ja  approchoit-,  sur  ce  inter- 
venir, (jui  moult  griefveroit  l'armée  et  charroy  d'icclle 
detourberoit;  et  aussi,  sy  Millan  estoit  unes  foys  sub- 


1.  Ludovic  espérait  toujours  des  secours  de  l'empereur. 

2.  On  était  au  mois  d'août. 


Août  1499]  COMMENT  NON  FUT  PRINSE.  37 

mise  et  domptée,  que,  sans  aucune  deffence,  toutes  les 
autres  places  et  villes  de  la  duché  seroient  en  ung 
moment  reduytes  et  mises  en  rol)eissance  du  roy.  Et, 
sur  ce,  mist  le  seigneur  Jehan  Jacques  fin  a  son 
oraison^. 

Mais  autre  pencée,  longtaine  de  ce  propos,  heut  le 
compte  de  Ligny,  disant  telz  motz,  ou  parolles  sem- 
blables, que,  puysque  la  conqueste  de  la  duché  de 
Millan  avoit  esté  si  bien  ecomancée,  conduyte  et  pour- 
suyvye  et  que,  depuys  La  Roque,  première  ville  assié- 
gée et  prise  par  les  Françoiz,  jusques  au  lieu  ou  lors 
estoit  le  camp,  et  oultre  plus  de  six  mille,  place  nulle 
estoit  demeurée  en  reste  qui  vendue  et  prise  ne  fust, 
et  ausi  que,  par  ce  moyen,  tousjours  on  avoit  les  pas- 
saiges  au  délivre,  vivres  en  habondance  et  de  jour  en 
jour  nouvelles  du  roy,  tenuz  en  crainte  les  ennemys, 
reposés  en  bonne  surté  et,  en  somme,  heureuse  et 
prospère  fortune  en  toutes  affaires  heue  et  trouvée, 
que,  scelon  son  advis  et  oppinion,  ne  devoit  en 
arrière  demeurer  la  cyté  de  Alexandrie,  car  les  pas- 
saiges  et  chemins  pouhoit  détenir  et  empescher,  les 
vivres  diminuer  et  enchérir,  les  postes  et  courriers 
prendre  et  arester,  donner  ayde  et  secours  aux  enne- 
mys, garder  souvant  de  dormir  ceulx  qui  bon  mestier 
en  auroyent,  courir,  prendre  et  piller  sur  les  villes  et 
places  reduytes  et  randues  ;  et  que,  sans  grosses  et 
bonnes  garnisons  mettre  autour  de  la  place  d'Alixan- 
drie  (qui  sans  desnuer  et  par  trop  amaindrir  l'ar- 
mée ne  se  pouhoit  faire  ) ,  cent  mille  autres  em[)es- 

I.  Cf.  Marino  Sanuto,   II,    1007.    Trivulce  disait  qu'il  aurait 
Alexandrie  quand  il  le  voudrait. 


38  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

ohemens  et  onnuytz  de  jour  en  jour  aux  gens  d'armes 
pouhoyent  donner  :  par  quelles  raisons  et  causes  et 
autres  oppinions  alïerens  au  propos  de  l'affaire  du  bien 
publicque  d'ung  coté  et  d'autre  allégués  et  mys  en 
avant,  fut  arresté  et  dit  par  conclusion  que  la  cyté 
d'Alexandrie  seroit  premier  que  Millau  assiégée. 

m. 

La  PRiNSE  d'Alexandrie. 

Pour  mectre  a  excution  l'ordonnance  arrestée  du 
conseil  sur  le  siège  d'Alexandrye ,  ung  dimenche 
matin'' ,  sur  les  neuf  ou  dix  heures,  fut  l'armée  a  ung 
mille ,  ou  près ,  de  la  ville  approchée ,  et  le  camp 
logé  sur  une  rivière?,  laquelle  parfoys  pouhoit 
a  gué  se  passer  et  puys  en  ung  moment  soubdain 
tant  impétueuse  et  entlée  devenoit,  que  nul,  sans 
bateau  ou  grant  péril  de  sa  vie,  pouhoit  aller  outre, 
dont  au  passer  et  rapasser  furent  beaucop  de  gens 
noyés  et  perdus.  Au  desloger  du  camp  se  par- 
tirent trois  gentilzhommes,  nommez  Gitran^,  Aubi- 

1.  25  août. 

2.  La  Bormida,  alors  grossie  par  les  pluios. 

',].  Le  nom  de  Cytain  est  orthographié,  daus  les  textes  de 
1  époque,  de  mille  manières  diiïérentcs  :  Chitain,  Ghitin,  Sytain, 
Oitin,  etc.  Jean  d'Auton  dira  ailleurs  «  Cytain;  »  ici,  il  dit 
«  Citran;  »  Gommines  dit  Gitain  (lettre  de  1495,  éd.  de  M""  Du- 
pont, m,  409).  En  réalité,  il  s'agit  dé  Châtain  (Vienne),  et  de 
Gilbert  ou  Guilbert  des  Serpens,  seigneur  de  Châtain,  valet  de 
chambre  de  la  reine  (Mémoires  de  Bretagne,  III,  877  ;  dans  ce  texte 
il  est  dit  seigneur  de  Ghitara).  Fils  de  Jean  des  Serpens,  pension- 
naire du  roi,  il  épousa  Anne  de  Goligny,  sreur  des  sires  de  Goli- 
gny  et  d'Andelot,  avec  la  promesse  d'une  dot  de  5,000  livres  rjui 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  39 

gny^  et  Chavanes-,  et  dix  homes  d'armes,  et  prindrenl 
le  chemin  du  Gastellat^,  assez  forte  place,  prochaine 
d'Alixandrie  de  deux  mille,  ou  entour,  laquelle  n'es- 
loit  encores  rendue;  et,  a  l'entrce  d'icelle,  heurent 
quelque  legiere  escarmouche  :  toutesfoys,  prindrent 
la  ville  et  chasteau  et  quatre  ou  cincq  des  meilleurs 
prisonniers,  par  ung  nommé  le  Bastard  de  Lou- 
dieres  S  accompaigné  de  cincq  ou  six  archiers,  devers 
le  seigneur  Jehan  Jacques  en  envoyèrent;  et,  ce  faict, 
demourerent  aucuns  Françoiz  dedans  la  place  et  les 
autres  s'en  retournèrent  ou  estoit  le  camp. 

Guy  avez,  par  cy  davant,  comme  l'ost  près  de  la 
ville  d'Alixandrie  ja  estoit  approché;  a  la  venue  duquel 

lui  fut  versée  par  acomptes.  En  1528,  il  était  grand  maréchal  de? 
logis  du  roi,  et  mourut  en  1529  (Tit.  orig..  Des  Serpens,  n"»  5-9|. 
Ce  qui  ajoute  encore  à  la  confusion,  c'est  que  le  titre  de  «  s^  de 
Chastain  »  appartenait  aussi  à  Guill.  de  Bonneval,  qui  paraît  être 
le  Chastain  dont  il  est  parlé  dans  Brantôme  (t.  VII,  p.  319).  Nous 
trouvons,  parmi  les  pages  de  Charles  VIII,  un  Antoine  de  Che- 
tain  (ms.  fr.  2927,  fol.  124  v°). 

1.  Regnauld  d'Aubigny,  écuycr,  que  Jean  d'Auton  appelle  plus 
loin  le  petit  Aubiqny.  Il  appartenait  à  une  famille  du  Languedoc 
et  n'a  rien  de  commun  avec  Stuart  d'Aubigny,  avec  lequel  on  le 
confond  trop  souvent.  Il  recevait  du  roi,  en  1498,  1499,  1506,  une 
pension  de  300  livres  (Compte  de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu; 
Tit.  orig.,  Aubigny,  nos  17^  I8,  19.  Nota  :  la  plupart  des  pièces  de 
ce  dossier  se  rapportent  à  Stuart  d'Aubigny). 

2.  Comme  son  capitaine  le  sire  de  Chandée,  Antoine  de  Clia- 
vanes,  seigneur  de  Saint-Nizier  et  de  Malaval,  était  Bressan.  Il 
épousa  Claudine  de  Montjouvent  et  devint  bailli  de  Bresse.  Il 
vivait  encore  en  1516. 

3.  Castellazzo  Bormida,  place  située  dans  une  position  avanta- 
geuse, dans  l'angle  formé  par  le  confluent  de  la  Bormida  et  de 

rOrba,  au  sud  d'Alexandrie. 

4.  Nous  n'avons  pas  trouvé  trace  de  ce  bâtard;  ne  serait-ce  pas 
un  bâtard  de  Louzières  (de  la  famille  du  grand  maître  de  l'ar- 
tillerie) ? 


40  CHROMQUKS  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

fut  par  les  souldartz  de  la  place  faicte  une  saillye  de 
soixante  ou  quatre  vingtz  Estradiotz  et  cincquante  ou 
soixante  homes  d'armes  avecques  une  grosse  embusche 
de  gens  de  pié,  qui,  tout  au  couvert,  auprès  d'une 
chappelle,  entre  la  ville  et  une  sausoyc,  estoyent,  si 
qu'on  ne  les  pouhoit  de  l'ost  adviser  ne  veoir.  Les 
i^ens  de  cheval  avoyent  oultrepassé  le  boys  et  dedans 
une  belle  et  grande  prayrie,  viz  a  viz  de  l'armée,  la 
rivere  entre  deux,  tenoyent  ordre  de  bataille.  Les 
Françoiz,  qui  en  ores  n'estoyent  descendus  de  cheval, 
vovans  la  manière  d'iceulx  Albanoys  et  autres  gens 
d'armes,  qui  si  près  du  camp  faysoyent  leurs  montres, 
conclurent  leur  donner  une  legiere  escarmouche  ;  et  se 
mirent  a  passer  le  gué  aucuns  de  ceulx  du  baron  de 
Beart^  et  autres,  jusques  au  nombre  de  trante  et  cincq 

1.  Roger  fie  Béarn ,  chevalier,  baron  de  Béarn  au  diocèse  de 
Mirepoix,  s""  de  la  Bastide,  est  l'objet  de  bien  des  erreurs  de  la 
part  des  historien?.  H  appartenait  à  la  famille  de  Béarn,  qui  avait 
pour  auteur  Bernard  de  Béarn,  appelé  tantôt  bâtard  de  Foix  et  tan- 
tôt bâtard  de  Coraminges,  que  Louis  XI  protégea  (comme  tous  les 
bâtards).  Louis  XI  appelait  Bernard  «  son  cousin;  »  il  le  fit 
chambellan  et,  le  23  juillet  1468,  capitaine  de  la  Tour  du  Pont 
d'Avignon,  et,  en  même  temps,  visiteur  général  des  gabelles  de 
Languedoc,  maître  général  des  ports  et  passages  du  Languedoc 
(1437-1483.  Tit.  orig.,  Béarn,  nos  3  à  12). 

De  même,  Roger  occupait  le  poste  fiscal  de  vicomte  et  receveur 
ordinaire  d'Orbec,  près  Lisieux.  Du  reste,  on  le  trouve  partout, 
sauf  à  Orbec.  Brave  soldat,  brillant,  toujours,  en  selle,  infatigable 
à  harceler  l'ennemi  sans  aucune  considération  de  force  numérique, 
sa  valeur  lui  mérita  le  poste  de  lieutenant  de  la  compagnie  de 
Gaston  de  Foix  ;  en  réalité,  il  commandait  alors  la  compagnie; 
c'est  dans  ce  sens  que  J.  d'Auton  parle  sans  cesse  de  la  compagnie 
que  mène  le  baron  de  Béarn.  R.  de  Béarn  se  distingua  partout; 
Bayard  lui  sauva  une  fois  la  vie.  Le  roi  honora  sa  valeur  en  lui 
décernant  la  conduite  personnelle  de  50  lances  de  la  compagnie 
de  Foix  (id.,  n"?  31,  32,  33:  Brantôme,  le  Loyal  serviteur,  p.  l'iS, 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  41 

OU  quarante  chevaulx,  lesquelz,  a  l'issue  de  la  rivière, 
commancerent  a  donner  sur  Estradiotz  et  les  presser 
bien  rudement;  mais  furent  bien  recueilliz  et  tost 
reboutés  jusques  sur  le  bort  du  gué;  et  puis,  Albanoys 
rechargés  et  chacés  plus  d'ung  gect  d'arc,  de  rcchiet' 
recommance  la  mesiée  bien  a  point,  et  la  fut  tuhé  ung 
archier  de  ceulx  du  baron,  nommé  Le  Commandire; 
ung  homme  d'armes  françoiz,  nommé  le  Basque,  si  a 
droit  un  Estradiot  assenna,  que  plus  d'une  toyse  au 
travers  du  corps  luy  mist  le  fer  de  la  lance  ;  toutesfoys, 
ne  desbransla  oncques  de  cheval  l'Albanoys,  mais 
jusques  a  la  ville  tout  blecé  se  retira.  L'escarmouche 
de  tous  coustés  se  ranfforce.  et  font  merveilles  Alba- 
noys de  Françoiz  charger,  lesquelz  ausi  a  coups  de 
lances  et  espées  souvant  percent  leurs  Jacques  embour- 
rés.  Somme,  chascun,  a  ceste  venue,  avoit  envye  de 
monstrer  ce  qu'il  savoit  faire;  et  bien  mestier  le  fust 
aux  Françoiz,  car  il  n'y  avoit  nulz  d'eulx  qui,  seul, 
contre  troys  Estradiotz  n'eust  a  besoigner.  Le  Bastard 
de  Lan'  illecques  fut  blecé  bien  estroict,  lequel  très 
bien  se  monstra.  Ausi  firent  Pierre  de  la  Boucherye-, 

306;  ms.  fr.  26107,  n"  345;  lettre  patente  du  7  juin  1498,  ment. 
Clair.  782...).  En  1512,  dès  que  le  sire  de  Montoison  tomba  malade, 
Gaston  de  Foix  sollicita  vivement  sa  compa.i^nie  pour  Roger  qui, 
dit-il,  «  depuis  longtemps  a  charge  de  ma  compagnie  et  a  rendu 
de  grands  services  au  roi  »  (ms.  fr.  2928,  fol.  17).  En  effet,  à  par- 
tir de  1512,  Roger  de  Béarn  commanda  50  lances  (Tit.  orig., 
Béarn,  n°  17)  ;  il  devint,  la  même  année,  gouverneur  et  capitaine 
de  Mauléon  de  SouUe,  et  chambellan  en  1515  (Tit.  Otig.,  Foix, 
no*  17,  371,  372,  377,  378). 
Son  sceau  ne  porte  aucune  mention  de  bâtardise. 

1.  Bâtard,  sans  doute,  de  la  famille  de  Louan  ou  Louvain,  dont 
nous  trouvons  un  membre  mentionné  page  46. 

2.  Ce  Pierre  delà  Boucherie,  sur  lequel  nous  n'avons  point  de 


i2  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [AoÙt  IVJ'J 

de  LupjDé',  Arnault  de  Vidache,  les  Masparrotes'  et 
tous  les  autres,  dont  s'en  trouvèrent  bien.  lUecques 
fut  au  Basque  tuhé  ung  très  bon  cheval,  et  puys  sur 
ung  Estradiot  en  reconquist  ung  autre.  Ainsi  duroit 
tousjours  l'escarmouche,  ou  a  l'une  foys  Françoiz  chas- 
soyent,  a  l'autre  estoyent  rechassés.  Le  compte  de 
Ligny,  qui  sur  le  bort  de  la  rivière  estoit,  voyant  l'es- 
carmouche pour  les  Françoiz  dangereuse,  pour  iceulx 
secourir,  cincq  ou  six  faulcons  fîst  illecques  affusier 
et  transmist  Loys  d'Ars^  oultre  la  rivière,  avecques 

renseignements,  était  sans  doute  le  père  d'un  certain  Jean  de  la 
Boucherie,  s""  du  Guy,  qui,  le  25  août  1510,  épousa  Louise  de  la 
Roche  et  en  eut  Gilles  de  la  Boucherie,  écuyer,  s'  du  Guy,  qui 
épousa  en  1530  Françoise  Theronneau  (Tit.  orig.,  La  Boucherie). 
Un  Georges  de  la  Boucherie  ligure  dans  le  compte  du  Béguin  ou 
Deuil  du  duc  François  II  de  Bretagne,  en  1488. 

\.  Carbon  ou  Carbonnel  de  Lupé,  fils  aîné  des  huit  fils  do  Jean 
de  Lupé,  dont  deux  autres  portaient  le  même  prénom  de  Carbon 
ou  Carbonnel.  Maître  d'hôtel  du  roi,  il  vivait  encore  en  1521;  il 
épousa  Jeanne  de  Beaumont  et  en  eut  Jean  de  Lupé.  Il  est,  en 
outre,  père  du  célèbre  Noé-Michel,  bâtard  de  Lupé,  chevalier, 
maître  d'hôtel  du  roi,  capitaine  de  Janville  en  Beauce,  et,  en 
1522,  grand  prévôt  de  l'hôtel,  qui  s'illustra  dans  les  guerres  d'Ita- 
lie. C'était,  au  xvi^  siècle,  un  proverbe  que  «  Brave  comme  le 
bâtard  de  Lupé.  »  Ce  bâtard  était  déjà,  en  1499,  un  des  gentils- 
hommes ordinaires  de  l'hôtel  du  roi,  et,  par  lettres-patentes  du 
5  avril  de  cotte  année,  Louis  XII  lui  abandonna  un  droit  de  IS^ 
dans  la  sergenterie  de  Saint-Jeoire  en  Normandie  (Brantôme, 
Tit.  orig.,  Lupé,  n°  4). 

2.  Nous  ne  voyons  pas  très  bien  (jui  J.  d'Anton  appelle  les  Mas- 
parroltes;  est-ce  les  seigneurs  de  Masparrante  ou  de  Masparant? 
Il  y  avait,  au  xvii«  siècle,  une  famille  de  Masparault,  seigneurs  de 
Chennevières-sur-Marne. 

3.  Plusieurs  personnes  portaient  ce  nom  de  famille  :  en  Dau- 
phiné,  Philibert  d'Arces,  seigneur  de  la  Bâtie  (U.  Chevallier  et 
Lacroix,  Invenlaive  des  archives  dauphinoises  de  M.  Morin-Pons, 
p.  136);  en  Gascogne,  les  d'Arse  ou  d'Ars,  d'origine  espagnole, 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'.\LEXA.NDRIE.  43 

dix  homes  d'armes,  pour  a  la  rectrette  les  recueil- 
lir. Ainsi  se  mirent  iceulx  a  passer  l'eau,  et  des 
premiers  ung  des  cent  gentilzhommes  du  roy,  estant 
soubz   la   charge    du    seigneur   d'Alègre  ^    nomé   le 

représentés  au  xv«  siècle  par  Ferrando  et  Consalo  d'Ars  (Clair.  6, 
fol.  301,  307).  Le  célèbre  Louis  d'Ars  était  originaire  du  Berry  et 
lieutenant  de  la  compagnie  du  sire  de  Ligny;  c'est  lui  qui  reçut 
Bayard  dans  sa  compagnie.  Pensionnaire  du  roi  dès  1496  (Clair.  6, 
fol.  301 1,  il  déploya  toute  sa  \ie  une  bravoure  admirable.  A  la  fin 
de  sa  carrière,  on  le  soupçonnait  d'une  affection  trop  fidèle  au 
connétable  de  Bourbon;  il  se  fit  tuer  à  Pavie.  Il  resta  longtemps 
lieutenant  du  sire  de  Ligny,  puis  il  devint  chambellan  et  capitaine 
de  50  lances  (ms.  fr.  25784,  n*  136).  A  l'époque  de  sa  mort,  il 
était  duc  de  Termes,  marquis  d'Ars,  comte  de  Voghera  et  de  la 
Girolle,  capitaine  de  60  lances  (Clair.  6,  fol.  303).  Il  se  distingua 
surtout  dans  la  campagne  de  Naples  et  à  Ravenne. 

1.  Yves  d'Alègre,  seigneur  d'Alègre,  de  Rioux  et  de  Milhau, 
était  l'ainé  des  fils  de  Jacques  de  Tourzel,  baron  d'Alègre,  cham- 
bellan du  roi,  qui  vivait  encore  en  1508  ;  il  avait  deux  frères, 
Guillaume,  protonotaire  apostolique,  et  François,  comte  de  Joi- 
gny,  s»"  de  Précy,  capitaine  de  Montargis,  beau-frère  de  l'amiral 
de  Graville,  qui  fit  avec  Charles  VUI  la  campagne  de  Naples,  et 
devint  sous  Louis  XII  grand  maître  des  eaux  et  forêts,  vicomte 
d'Arqués,  etc.  Yves  d'Alègre  avait  épousé,  en  1474,  Jeanne  de 
Chabannes  et  laissa  un  seul  fils  :  Gabriel,  chambellan  du  roi, 
maître  des  requêtes,  puis  prévôt  de  Paris,  bailli  de  Gaen,  capi- 
taine de  40  lances.  C'est  Gabriel  d'Alègre  qui  reçut  le  testament 
de  Bayard. 

Yves  d'Alègre  était  un  capitaine  notable,  comme  dit  Brantôme, 
et  expérimenté.  Capitaine  de  Domfront,  chambellan  et  pension- 
naire du  roi  depuis  longtemps,  il  commandait  une  compagnie 
de  40  lances  lors  de  la  première  expédition  de  Naples.  Sa  pension, 
de  1,200  livres  en  1488,  de  2,000  en  1491  et  1496,  fut  élevée  à 
4,000  livres  eu  1498  (lit.  orig.,  Alègre,  nos  27,  29,  30,  32,  33.  34, 
35,  37,  95,  108,  etc.;  Clair.  782;  Portefeuilles  Fontanieu).  Il  fut  tué 
à  la  bataille  de  Ravenne  en  1512.  Son  fils  aîné,  Jacques,  s'y  fit 
tuer  également,  c  jeune  et  hardi  gentilhomme,  »  comme  dit 
Paradin. 

En  1498,  il  commandait,  avec  le  vidame  de  Chartres,  l'élite  de 


.i4  CHRONIQUES  DK  LOUIS  XII.  [Août  UOD 

Basque  '  ;  et,  ainsi  qu'il  sortoit  le  gué,  Françoiz  estoyent 

la  Franco,  los  cent  gentilshommes  du  roi  (Marino  Sannto,  II,  850, 
1059),  comme  le  dit  ici  Jean  d'Auton.  Le  vidame  garda  le  com- 
inandement  d'une  bande  ordinaire  de  100  lances.  Ajoutons  dès 
maintenant  que  le  roi  lui  donna,  au  mois  d'octobre  1499,  la  châ- 
tellenie  de  Pozzoli,  en  Milanais  (Portefeuilles  Fontanieu)  et  le  fit 
capitaine  de  Savone. 

1 .  Le  surnom  de  Le  Basque,  Le  Vascon,  Le  Visque,  Le  Visle, 
etc.,  était  fort  répandu  et  s'appliquait  à  des  personnes  très  diffé- 
rentes. Lorsque  J.  d'Auton  nous  parle  de  Le  Basque,  un  des  cent 
gentilshommes  de  la  maison  du  roi,  il  s'agit  évidemment  de  Jean 
(le  Tardes. 

Jean  ou  Jeannot  de  Tardes,  gascon  de  Bordeaux,  dit  Le  Basque, 
viguier  de  Carcassonne  dès  1469,  ccuyer  et  panetier  du  roi  en  1470, 
valet  de  chambre  et  panetier  ordinaire  en  1472,  fut  marié  en  1482 
par  Louis  XI  avec  «  la  fille  de  Bayrs,  »  c'est-à-dire  avec  la  fille  et 
héritière  du  baron  de  Byars  ou  des  Biars. 

Jean  de  Tardes,  baron  des  Biars,  châtelain  de  Sundespina  en 
1491,  est,  en  1499,  maître  d'hôtel  du  roi,  viguier  de  Carcas- 
sonne, et  inscrit  pour  une  pension  de  400  livres  (Tit.  orig., 
Tardes,  nos  3-16;  Portefeuilles  Fontanieu,  compte  de  1499;  ms. 
fr.  26107,  fol.  317).  Il  était  écuyer  d'écurie  du  duc  d'Orléans 
avant  son  avènement  (ms.  fr.  2927).  En  1492,  il  se  distingua 
par  son  courage  lors  d'une  descente  des  Anglais  en  Cotentin 
(De  la  Borderie,  Complot  breton  de  MCGGCXCll,  page  58).  Mais 
il  est  probable  que  l'homme  d'armes  dont  parle  précédemment 
J.  d'Auton  ne  doit  pas  être  le  même  que  J.  de  Tardes,  pension- 
naire du  roi.  Dans  VHisloire  de  Bayard ,  on  trouve  également 
deux  Basque  qu'il  convient  de  distinguer.  L'homme  d'armes 
en  question  peut  être  Pierre  de  Tardes,  dit  le  Basque,  qui 
vend,  en  1494,  à  Louis  d'Orléans,  un  grand  cheval  de  bataille 
rouan  pour  350  écus  d'or,  ou  môme  Tristan  de  Tardes,  archer 
de  la  garde  en  1503  dans  la  compagnie  de  Gab.  de  la  Ghastre 
(Tit.  orig.,  Tardes,  nos  11  et  15);  ni  l'un  ni  l'autre  n'étaient 
pensionnaires  du  roi.  La  famille  du  Aida,  en  Gascogne,  portait 
aussi  le  sobriquet  de  Le  Gascon  ou  Le  Vascon  (ms.  Clair.  3). 
Jean  Le  Viste,  ancien  conseiller  au  Parlement,  pensionnaire  du 
roi,  mort  vers  1508,  était  beau-père  de  Geoffroy  de,  Balsac,  s""  de 
Montmorillon  (Calai,  d'une  imporlanle  collcclinn  de  curiosilés  auto- 
firapliiques....,  le  mercrodi  27  mai  1885,  Gabriel  Charavay,  1885, 


Août  1499J  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  45 

rechacés  moult  tost;  mais,  nonobstant,  gaigna  celuy 
Basque  ung  pas  estroit  sur  les  Estradiotz,  et  la,  seul, 
soustint  tout  le  faix  jusques  les  autres  de  la  suyte  fussent 
passés,  lesquelz  firent  le  moings  de  séjour  qu'ilzpeurent, 
et,  a  leur  venue,  furent  tout  court  Albanoys  et  Lom- 
bars  arrestés  ;  et,  voyant  le  conte  de  Ligny  qu'il  estoit 
heure  de  les  renvoyer,  tîst  sur  eulx  descharger  cinc  ou 
six  pièces  d'artillerie,  et  tout  en  l'eure  Louys  d'Ars,  le 
Basque  et  ceulx  qui  derreniers  estoyent  venus  avecques 
les  autres,  tous  ensemble,  recommancerent  la  charge 
et  sy  a  droict  donnèrent  sur  Estradiotz  que  contrainctz 
furent  prendre  chemin  tout  le  cours  vers  Alexandrie  ; 
lesquelz  furent  convoyés  et  poursuyviz  a  bride  abatue 
jusques  a  leurs  embusches,  et,  a  la  chace,  plusieurs 
d'eulx  occiz  et  bleciez;  et,  après  ce,  chascun  se  mist 
a  la  retraicte,  avecques  le  gaing  et  perte  qu'avés  ouy. 
Ce  mesme  jour,  entour  l'eure  de  vespres,  le  grant 
maistre  de  France,  qui  l'avangarde  conduysoit,  pour 
commancer  a  faire  les  approches,  le  capitaine  Audet', 

n"  140;  toutefois  la  date  de  cette  pièce  n'est  pas  exacte).  La 
duchesse  mère  de  Louis  XII  avait  comme  écuyer  tranchant  et 
capitaine  de  Montils-Ies-Blois  en  1478  un  Ernol  ou  Arnould  le 
Visque.  Un  autre  écuyer  de  la  duchesse,  Jean  Berlin,  dit  Lance- 
ment (Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII).,  portait  encore  le  sur- 
nom de  Le  Bisque  (Tit.  orig.,  Le  Visque,  n^^  2-81. 

1.  Le  capitaine  Odet  d'Aydie  ou,  selon  quelques-uns,  Gallet 
d'Aydie,  sénéchal  de  Carcassonne,  capitaine  de  Gascons,  était  le 
troisième  fils  du  sire  d'Aydie  en  Béarn,  bâtard  de  la  maison  de 
Foix.  Il  commandait  2,000  arbalétriers  gascons,  que  le  roi  l'avait 
chargé  de  lever  en  1499  (Marino  Sanuto;  Histoire  de  Bayard).  Il 
avait  épousé  Anne  de  Pons,  dont  il  eut  François  d'Aydie,  vicomte 
de  Ribérac,  souche  des  vicomtes  de  Ribérac.  Ses  deux  frères, 
appelés  tous  deux  Odet  d'Aydie,  étaient,  l'un,  le  célèbre  sire  de 
Lescun,  qui,  sous  Louis  XI  auprès  du  duc  de  Guyenne,  sous 
Charles  VIII  auprès  du  duc  de  Bretagne,  joua  un  rùle  de  premier 


46  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

le  chevalier  de  Louvain',  Louys  de  Sainct  Symon^, 
avecques  leurs  bandes  et  les  Alemans  du  roy,  outre  la 
rivière  transmist  ;  et  estoit  avecques  iceulx  le  viconte 

ordre;  l'autre  Odet,  comte  de  Comminges,  dit  le  Cadet  d' A  y  die, 
gouverneur  de  Guyenne,  battu  par  Charles  VIII  au  début  de  la 
guerre  de  Bretagne,  et  devenu  ensuite  pensionnaire  du  roi  (voy. 
not.  mss.  fr.  4055,  fol.  67-68;  20604,  fol.  459  v°).  Le  capitaine  Odet 
d'Aydie,  dans  les  comptes  de  1503,  reçoit  2,700  livres  pour  gages 
(ms.  fr.  2927,  fol.  12). 

1 .  Le  chevalier  de  Louvain  appartenait  à  une  famille  de  Verman- 
dois,  d'origine  flamande,  qu'on  appelle  indifféremment  Louvain,  de 
Louvain,  de  Louan,  de  Lan,  de  Lobin.  Il  s'agit  ici  de  Nicolas  de  Lou- 
vain, capitaine  de  50  hommes  d'armes  bourguignons,  capitaine  du 
château  de  Novare,  et  dont  la  compagnie  occupait,  en  juillet  1506, 
le  château  de  Milan  (ms.  fr.  25784,  nos  78^  90).  Nicolas  de  Louvain, 
chevalier,  seigneur  de  Nesle  et  de  Vierzy,  déjà  chambellan  du 
duc  d'Orléans  en  1491,  reçut,  le  2  juillet  de  cette  année,  les  fonc- 
tions de  garde  et  concierge  du  lieu  et  parc  de  Villers-Gotterets.  Il 
commandait  encore  50  lances  de  l'ordonnance,  en  1515  et  1516. 

Cette  famille  fournit,  du  reste,  aux  ducs  d'Orléans  plusieurs  actifs 
serviteurs;  Pierre  Louvain,  capitaine  de  gens  d'armes,  joua  de 
1447  à  1461  un  rôle  important;  Jean  de  Louvain  ou  de  Louan, 
conseiller  de  Louis  d'Orléans,  prit  part  à  tous  les  événements  qui 
agitèrent  la  régence  d'Anne  de  Beaujeu;  il  était  encore  vicomte 
de  Valognes  en  1498  (ms.  Clair.  782). 

L'ainé  de  la  famille,  a  Antoine  de  Louvain,  l'aisnel,  »  resta 
dans  ses  terres  de  Vermandois  et  dut  y  mourir  fort  âgé,  si  c'est  à 
lui  que  François  I^"",  en  1543  et  1548,  prêta  six  hallebardiers  pour 
sa  garde  (Tit.  orig.,  Louvain,  n^^  11-14,  3-10,  15-17  ;  Histoire  de 
Charles  VIII,  p.  576  ;  Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII,  p.  997, 
1006). 

Le  chevalier  de  Louvain  commandait  une  bande  de  500  lans- 
quenets (Marino  Sanuto). 

2.  Louis  de  Saint-Simon,  originaire  de  Gascogne,  ancien  écuyer 
d'écurie  de  Louis  XI,  qui  lui  donnait  une  pension  de  500  livres 
(Tit.  orig.,  Saint-Simon,  nos  6,  7,  9).  En  1481,  Jean  de  Saint- 
Simon,  seigneur  de  Saint-Simon,  chambellan,  recevait  une  pen- 
sion de  1,200  livres  au  diocèse  de  Montauban  (id.,  n"  8).  Louis  de 
Saint-Simon  commandait  la  bande  de  2,000  gens  de  pied  gascons 
(Marino  Sanuto). 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  47 

deRoulian*  et  plusieurs  autres  gentishomes.  A  la  venue 
desquelz  fut  par  ceulx  de  la  place  tirez  maintz  coups 
d'artillerie,  et  aucuns  blecés,  entre  autres  le  chevalier 
de  Louvain,  qui  se  retira  a  sa  tante  :  le  cappitaine 
Audet  et  Louys  de  Sainct  Symon,  nonobstant  l'artil- 
lerie de  la  ville  qui  fort  les  batoit,  aprocherent  et 
gaignerent  une  chappelle  près  de  deiny  gect  d'arc 
de  la  muralle  et,  avecques  les  bendes  desusdictes, 
au  doz  d'icelle  chappelle ,  actendirent  la  nuyt  a 
VQnir  pour  approcher  de  plus.  Tantost  après  souleil 
couchant,  le  grant  maistre  de  France,  le  seigneur 
d'Aubijou-,   le  seigneur  d'Auzon^,  Aulbert  du  Ros- 

1.  J.  d'Autoa  parle  à  tort  ici  (et  plus  loin)  du  vicomte  de  Rohan. 
Jean  II,  vicomte  de  Rohan,  fils  d'Alain  IX,  célèbre  par  sa  vie 
aventureuse  et  misérable,  n'était  plus  jeune;  il  soutenait,  en  ce 
moment  même,  contre  la  reine  un  procès  prolongé  et  fort  consi- 
dérable [Proccd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII,  avant-propos).  Sou 
fils  aîné  fut  tué  en  1488,  à  la  bataille  de  Saint-Aubin  du  Cor- 
mier. Son  second  fils,  Jean,  dont  il  s'agit  ici,  mourut  en  1502, 
sans  avoir  joué  de  rôle. 

2.  Hugues  ou  Huet  d'Amboise,  seigneur  d'Aubijoux,  frère  cadet 
du  cardinal  d'Amboise,  chambellan  de  Charles  VIII  à  partir  de 
1492  (Tit.  orig.,  Amboise,  nos  145  à  151)  et  pensionnaire  du  roi, 
à  raison  de  300  livres  par  an  d'abord  (id.,  n°  110),  puis  de  1200 
(id.,  nos  129,  136,  131,  141),  et  même  de  2,000  livres  en  1489  (id., 
n°  130);  dès  l'avènement  de  Louis  XII,  il  devint  capitaine  des 
cent  gentilshommes  de  l'hôtel,  ou,  selon  une  autre  expression,  des 
cent  nobles  ordinaires  de  Vhôtel,  chevalier  de  l'ordre,  sénéchal  de 
Beaucaire  et  de  Nimes,  baron  de  Chàteauneuf  (1499-1501,  id., 
nos  190,  191,  367,  368;  ms.  fr.  26107,  n°  292,  etc.).  Sa  pension 
était,  en  1501,  de  3,600  livres  (ms.  fr.  22275). 

3.  Guillaume  Stuart,  seigneur  d'Auzon  ou  Oison,  frère  de  Stuart 
d'Aubigny,  commandait  une  compagnie  de  100  lances  écossaises 
(Robert  Stuart,  lieutenant),  que  Jean  d'Auton  mentionne  souvent. 
Cette  compagnie  tenait,  avant  la  campagne,  garnison  à  Dijon;  elle 
y  est  passée  en  revue  le  29  octobre  1498,  Les  200  archers  étaient 
alors  au  complet,  mais  il  manquait  deux  hommes  d'armes  (ms. 


48  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

set\  le  cappitaine  Ymbault-,  avecques  leurs  gens 
d'armes,  passèrent  la  rivière;  et  y  furent  ausi  des  pen- 
cionnaires  et  gentisliomes  du  roy ,  Saint  Valier^  Ravel% 

(]lair.  239,  p.  491).  C'était  une  compagnie  d'élite;  après  avoir 
défendu  la  Bourgogne  contre  Maximilien,  elle  fut  des  premières  à 
passer  la  frontière. 

1.  Aubert  du  Rousset,  dauphinois.  Aymar  de  Rivail  l'appelle 
aussi  Rosset,  Rossetus  (A.  Rivalii,  De  Allobrogibus,  publié  par 
M.  de  Terrebasse,  p.  540).  Il  commandait  la  compagnie  du  duc  de 
Valentinois. 

2.  Ymbault  Ryvoire,  seigneur  delà  Batye,  dauphinois;  il  rece^ 
vait  une  pension  de  600  livres  (compte  de  1503,  ms.  fr.  2927).  Il 
existait  encore  en  1520,  année  où  il  reçut,  le  4  juillet,  cette  même 
pension  (Tit.  orig.,  Rivoire,  n°  4). 

3.  Aymar  de  Poitiers,  s""  de  Saint- Vallier,  vicomte  d'Estoille, 
chambellan,  frère  aîné  du  baron  de  Clérieu,  dont  il  sera  parlé  plus 
loin.  Il  épousa  Marie  de  France,  fille  bâtarde  de  Louis  XI,  et 
reçut  du  roi  une  pension  de  1,000  livres,  pension  réduite,  sous 
Louis  XII,  à  600  livres.  Il  mourut  vers  1511.  Frère  unique  du 
baron  de  Clérieu,  il  hérita  de  lui  en  1503  et  prit  dès  lors  le  titre 
de  marquis  de  Cotron  et  baron  de  Clérieu.  Aymar  de  Poitiers 
prétendait  à  la  possession  du  comté  de  Valentinois,  concurrem- 
ment avec  les  papes.  On  sait  que  Louis  XII  donna  le  Valentinois 
à  César  Borgia;  il  attribua  à  Aymar  de  Poitiers,  à  titre  de  tran- 
saction, une  rente  de  949  livres  4  sols  9  deniers  sur  le  grenier  à 
sel  du  Pont  Saint-Esprit.  Aymar  se  tint  pour  satisfait,  mais  Jean, 
son  fils,  protesta  énergiquement  et  reprit  ses  prétentions.  C'est 
pourquoi  François  1"  donna  à  Diane  de  Poitiers  l'usufruit  du 
Valentinois  (Tit.  orig.,  Poitiers,  n"*  173,  178,  180,  181;  ms. 
fr.  26106,  n°  106;  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927;  Chorier,  Ilist.  du 
Dauphiné,  II,  499). 

4.  J.  d'Auton  parle  plus  loin  du  sire  de  Ravel,  dit /^ogt<e(/e/!ari'. 
Ce  surnom  caractéristique  {Pochi  dcnari)  était  attribué  aussi  à 
l'empereur  Maximilien  et  porté  encore  par  un  écuyer  du  roi, 
Aymé  d'Aurilhac  (ms.  fr.  2927,  fol.  27).  D'autre  part,  le  titre  de 
Ravel,  Rcyvel  ou  Revel  était  porté  par  les  Villars,  de  Bresse,  et 
par  les  d'Amboise,  notamment  par  le  sire  de  Chaumont,  par  son 
oncle  Jean  de  Bussy  d'Amboise  et  par  le  ûls  de  celui-ci,  Jacques 
d'Amboise,  capitaine  de  25  lances,  pensionnaire  du  roi.  Mais  on 
désignait  plus  habituellement  par  ce  titre  Guy  d'Amboise,  pen- 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  49 

MortemarS  Stissac-,  Boisi^,  les  deux  Tournons  et  le 

sionnaire  du  roi,  quatrième  fils  de  Charles  do  Chaumont,  neveu 
du  cardinal  d'Amboise.  Guy  devint  bailli  de  Montferrand  le 
19  août  1502.  Il  épousa  Catherine  Daufin,  dite  M^ie  de  Combroyide 
(ms.  Clair.  782;  Tit.  orig.,  Amboise,  n»^  107,  371,  372,  401  et 
suiv.;  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927). 

1.  Aymery  ou  Méry  de  Rochechouart,  seigneur  de  Mortemart 
et  de  Tonnay-Charente,  pensionnaire  du  roi  (Tit.  orig.,  Roche- 
chouart, n°  28),  sénéchal  de  Saintonge,  capitaine  de  Saint- Jean- 
d'Angély,  puis  viguier  de  Toulouse  en  1519;  il  avait  épousé  en 
1494  Jeanne  de  Pontville. 

2".  Les  sires  d'Estissac,  originaires  du  Périgord,  s'étaient  établis 
en  Aunis,  dans  la  personne  d'Amaury  d'Estissac,  seigneur  de  la 
Gort,  près  de  La  Rochelle,  en  1440  et  1453.  Jean  d'Estissac  devint 
chambellan  du  duc  de  Guyenne,  frère  de  Louis  XI;  il  épousa 
Catherine  de  Ghampdeniers  et  mourut  en  1481  ou  1482,  laissant 
deux  fils,  Bertrand  d'Estissac,  et  Geoffroy,  sire  de  Bois-Pou vreau. 
Bertrand  d'Estissac,  dont  il  est  question  ici,  ancien  écuyer  d'écu- 
rie de  Charles  YIII,  était,  en  1504,  capitaine  de  Penne,  en  Age- 
nais;  sous  François  I^"",  il  prit  le  titre  de  s""  de  Montclar,  de 
Cahusac,  de  Coullonges-les-Royaulx,  devint  chambellan  et  lieute- 
nant général  de  Guyenne  sous  le  gouvernement  du  sire  de  Lau- 
trec  (Tit.  orig.,  Estissac,  n°* 20  à  26  ;  Richard,  A rchives  seigneuriales 
du  Poitou,  Inventaire  du  château  de  la  Barre,  t.  Il,  p.  44;  Gom- 
mines,  I,  269;  Histoire  de  Charles  VIII,  p.  704). 

3.  Guillaume  Gouffier,  s'"  de  Boisy  en  Poitou,  épousa  Philippe 
de  Montmorency  et  eut  trois  fils,  Artus,  Adrien,  Guillaume,  et 
deux  filles,  Charlotte,  qui  épousa  René  de  Cossé,  et  Anne,  qui 
épousa  Raoul  de  Yernon. 

Artus  Gouffier,  panetier  et  écuyer  de  Charles  VIII,  fut,  comme 
René  de  Cossé,  un  des  jeunes  gens  qui  plurent  au  jeune  prince  et 
à  la  reine,  et  qui  durent  à  la  faveur  de  la  cour  une  carrière  éton- 
nante. Pensionnaire  du  roi  sous  Louis  XII,  il  conserva,  comme 
René  de  Cossé,  les  bonnes  grâces  du  nouveau  roi  et  entra  au  ser- 
vice de  la  comtesse  d'Angouléme.  Le  23  novembre  1503  (ms. 
Clair.  782),  il  devint  bailli  de  Vermandois;  à  la  suite  du  procès 
criminel  intenté  au  maréchal  de  Gié,  Louise  de  Savoie  le  choisit 
pour  gouverneur  du  comte  d'Angouléme,  René  de  Cossé,  son 
beau-frère,  s'était,  en  effet,  trouvé,  en  1502,  l'adversaire  du  maré- 
chal de  Gié  pour  la  terre  de  Brissac;  Anne  de  Bretagne  avait 
arraché  cette  terre  au  maréchal  qui  la  convoitait  et  avait  obtenu 
I  4 


50  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

seigneur  du  Fou^  ;  et,  eulx  passez,  commancerent  pie- 

du  roi  son  attribution  à  René  de  Cossé  (Proccd.  polit,  du  règne  de 
Louis  XII,  p.  Ixviij);  Louis  XII  abandonna  mémo  au  favori  de  la 
reine  le  droit  de  lods  et  ventes  s'élevant  à  3,333  livres  (ms. 
i'r.  Î927,  compte  de  1503).  Cette  intrigue  de  cour  jeta  Artus  dans 
le  parti  opposé  au  maréchal  et  la  rancune  de  la  reine  le  servit 
puissamment. 

Ce  fut  là  l'origine  de  ses  hautes  dignités;  à  mesure  que  son 
royal  élève  grandit,  la  fortune  d' Artus  Gouffier  et  de  toute  sa 
famille  grandit  également.  Artus,  en  1515,  est  chevalier  de  l'ordre, 
comte  d'Étampes  et  de  Carnas,  duc  de  Roanne,  baron  de  Maule- 
vrier,  seigneur  de  Boisy,  d'Oyron,  de  Villedieu-sur-Indre,  etc., 
capitaine  de  50  lances,  gouverneur  du  Dauphiné,  pair  et  grand 
maître  de  France  (Tit.  orig.,  Gouffier,  n"*  35,  36;  Histoire  de 
Charles  VllI;  M.  Galantino  a  publié  à  Milan,  en  1880  et  1881, 
deux  dissertations  sur  les  Gouffier  de  Boisy).  11  mourut  en  1519. 

En  1499,  il  épousa  Hélène  de  Hangest,  dame  de  Magny,  fille 
du  sire  de  Genlis;  il  était  alors  pensionnaire  du  roi  et  n'avait 
pour  lui  que  son  ambition  et  son  courage. 

Un  de  ses  portraits  a  été  reproduit  (pi.  XI,  François  h''  chez 
il/'""  de  Boisy]  par  M.  Rouard;  il  en  existe  un  autre,  merveilleux, 
au  ms.  fr.  13429,  fol.  xxv,  v°.  Artus  Gouffier  était  un  bel  homme, 
de  superbe  prestance,  à  la  figure  mâle  et  pleine  de  résolution;  on 
comprend  la  séduction  qu'il  inspirait. 

1.  Jacques  de  Tournon,  chambellan  sous  Louis  XI,  sénéchal 
d'Auvergne,  eut  de  Jeanne  de  Polignac  cinq  fils  et  quatre  filles; 
trois  de  ses  fils  obtinrent  des  évèchés  et  l'un  d'eux  fut  le  célèbre 
cardinal  de  Tournon;  les  deux  pensionnaires  dont  parle  Jean 
d'Auton  étaient  donc  les  deux  autres,  Just  de  Tournon,  l'ainé,  et 
Christofle,  le  dernier.  Celui-ci,  échanson  de  Charles  VIII,  épousa 
Catherine  d'Amboise,  et  mourut  sans  enfants.  Quant  à  Just,  il 
eut  de  Jeanne  de  Vissac  six  filles  et  six  fils,  dont  aucun  ne  laissa 
d'héritiers  directs.  Maître  d'hôtel  de  Charles  VIII,  puis  chambel- 
lan, bailli  du  Vivarais,  Just  de  Tournon  prit  part  avec  éclat  à  la 
campagne  de  Fornoue  (Catal.  Joursanvault,  n°  483)  ;  il  comman- 
dait 50  lances  en  1524.  Il  fut  tué  à  la  bataille  de  Pavie,  à  trente- 
six  ans.  C'était  un  homme  robuste,  à  la  figure  bonne,  grosse, 
pleine,  un  pou  matérielle,  et  d'une  expression  mélancolique  (ms. 
fr.  13429,  fol.  lxxxvi).  Nous  le  trouvons  seul  inscrit  au  compte  des 
pensionnaires  de  1503  pour  une  somme  de  500  liv.  (ms.  fr.  2927). 

La  l'amille  du  Fou  était  une  famille  bretonne  et  poitevine  qui 


Août  1499]  LA  PRINSE  D  ALEXANDRIE.  ni 

tons  a  faire  tranchées  et  mectre  charroy  en  avant  ;  et, 
ainsi  que  chascun  faisoit  son  deu,  sur  les  dix  ou  onze 
heures  de  nuyt  commança  la  pluye  si  forte,  qu'en  moings 

prit  une  grande  importance  sous  Louis  XI  en  la  personne  de  Jean 
du  Fou,  vicomte  du  Fou,  premier  échanson  du  roi  en  1461,  grand 
échanson  en  1475,  capitaine  de  Cherbourg  en  1465,  amiral  de 
Bretagne  en  1466,  bailli  et  gouverneur  de  Touraine  de  1485  à 
1491,  et,  enfin,  institué  par  Louis  XI  titulaire  d'une  pension  de 
1,900  livres  dès  1461. 

Guillaume  du  Fou,  à  la  même  époque,  également  pensionnaire 
du  roi  en  1473,  écuyer  d'écurie  de  Louis  XI,  homme  d'armes  de 
la  compagnie  de  Jean  du  Fou,  seigneur  du  Mesnil  au  Vair,  suc- 
céda à  Jean  comme  capitaine  de  Cherbourg;  il  occupait  ce  poste 
en  1480. 

Raoul  du  Fou  devint  évoque  d'Angoulème,  puis  d'Évreux. 

Enfin  son  frère,  Yves  ou  Yvon,  joua  dans  l'entourage  intime  de 
Louis  XI  un  rôle  très  considérable.  Sorte  de  missus  dominicus  du 
maître,  il  reçut  de  lui  les  missions  qui  nécessitaient  le  plus  d'éner- 
gie et  de  décision  et  ne  cessa  d'être  en  grande  faveur  jusqu'en 
1481,  année  où  il  mourut,  encore  jeune.  Yves  du  Fou,  chevalier, 
seigneur  du  Fou,  était  chambellan,  capitaine  de  Lusignan,  maître 
des  eaux  et  forêts  {aliàs  général  réformateur)  de  Poitou.  Il  acquit 
en  Poitou  la  terre  de  «  Ramenteresse  »  et  Louis  XI  lui  abandonna 
un  ancien  étang  qui  y  confinait. 

Il  laissa  deux  enfants  mineurs,  Jacques  et  Philippe.  Jacques  du 
Fou,  chevalier,  seigneur  du  Fou,  hérita  de  sa  charge  de  maître 
des  eaux  et  forêts  de  Poitou.  Dès  le  9  juin  1498,  Louis  XII  lai 
confirma  cette  charge,  et,  les  patentes  de  1498  n'ayant  pas  été 
enregistrées,  il  la  lui  confirma  de  nouveau  en  1500.  François  du 
Fou,  seigneur  du  Vigean  en  Poitou,  fils  aîné  d'Yves,  ne  joua  pas 
de  rôle  important  sous  Louis  XII,  qui  n'aimait  pas  les  souvenirs 
du  règne  de  Louis  XI  ;  mais,  sous  François  I^'",  comme  chambel- 
lan, il  brilla  dans  la  personne  de  M™<=  du  Vigean,  sa  femme,  une 
des  personnes  les  plus  belles,  partant  les  plus  considérables,  de  la 
cour.  C'est  de  lui  qu'il  s'agit  ici.  Jean  Bouchet  lui  a  consacré  une 
épitaphe  en  vers  (Tit.  orig.,  Du  Fou,  Du  Fou  en  Bretagne,  Du 
Fou  en  Normandie,  Du  Fou  du  Vigean;  sous  ces  divers  titres, 
on  trouve  des  pièces  se  rapportant  aux  mômes  personnages;  Jean 
Bouchet,  les  Généalogies,  effigies  et  épitaphes  des  rois  de  France, 
édition  de  1545,  fol.  84;  sur  YWes  du  Fou,  Histoire  du  Berry,  par 
Raynal,  etc.,  etc.). 


52  CilllO.MQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  14'.tf) 

de  deux  heures  les  tranchées  furent  tant  plaines  d'eau 
que  nul  ne  pouhoit  dedans  faire  retraicte,  et  dura  la 
pluyc  jusquez  au  matin;  qui  moult  griefva  les  gens 
d'armes,  car  plusieurs  avoyent  renvoyés  leurs  che- 
vaulx  delà  l'eau  et  toute  nuyt  demeurèrent,  armés  et 
a  pié,  par  les  champs,  qui  tant  estoyent  fangeux  et 
amolliz  que  nul,  fors  a  toute  peine,  d'illec  pouhoit 
sortir;  et,  si  a  l'eure  fussent  ceulx  de  la  place  sortiz, 
long  temps  a  que  de  Françoiz  et  d'artillerie  ne  trou- 
vèrent si  bon  marché.  Toutesfoys,  nonobstant  tous  les 
ennuytz,  chascun  mist  si  a  point  la  main  a  l'œuvre, 
que,  avant  le  jour,  l'artillerye  a  moings  de  quatre 
vingtz  pas  des  foussés  de  la  ville  fut  tauldissée,  char- 
gée, assize  et  affûtée.  Le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur 
Jehan  Jacques,  quelque  ennuyeulx  temps  qu'il  fist, 
toute  la  nuyt,  avecques  les  canonniers  et  piétons 
furent  sur  bout;  et  n'y  avoit  nul  des  autres  capitaines 
et  gentilzhomes  qui  ne  fist  tel  devoir  que  la  peine  des 
moindres  n'en  deust  estre  allégée. 

Le  lundy,  peu  appres  souleil  levant,  le  surplus  de 
l'armée  passa  la  rivière^,  et  le  plus  près  qu'on  peust 
loger  le  camp  de  la  ville  fut  trouvé  le  meilleur  advis. 
Le  compte  de  Ligny,  avecques  les  cappitaines  qui  soubz 
luy  estoyent,  ung  peu  acartier,  et  près  d'ung  gect  d'arc 
de  la  ville,  prist  son  logis.  Le  seigneur  de  Ghaumonl, 
grant  maistre  de  France,  avecques  ceulx  qu'il  conduy- 

\.  Sur  un  pont  (Marino  Sanuto),  le  mardi  (id.,  II,  1150).  Alexan- 
drie, comme  on  sait,  est  sur  le  Tanaro,  qui,  au  milieu  d'une  vaste 
plaine  marécageuse,  y  reçoit  la  Bormida.  C'est  cette  dernière 
rivière  que  passèrent  les  Français.  C'était  une  marche  hardie,  car 
le  Tanaro  et  la  Bormida,  grossis  par  de  fortes  pluies,  formaient 
une  barrière  (Ghilini).  On  a  vu  plus  haut  que  déjà  ce  danger 
s'était  fait  sentir.  Da  PauUo  prétend  que,  deux  jours  de  plus,  et 
l'inondation  les  obligeait  à  lever  le  siège. 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  53 

soit,  ung  autre  logis  près  de  la  place  avoit  |)riz.  Le 
seigneur  Jehan  Jacques,  avecques  les  siens,  viz  a  viz 
de  la  cytadelle,  dedans  une  saulsoye  avoit  son  cartier  : 
une  partie  des  gens  de  pié  dedans  les  tranchées,  l'autre 
au  doz  d'une  chappelle,  près  de  l'artillerie,  et  le  sur- 
plus d'iceulx  tout  autour  du  camp  et  de  la  place.  Et 
si  appoinct  fut  le  siège  ordonné  et  assix  que  nul  du 
fort  pouhoit  sortir  qui  tost  ne  fust  aperceu  par  ceulx 
du  dehors,  comme  presque  de  tous  coustés  estoit  le 
camp,  en  manière  que  tantes,  pavillons  et  loges,  en 
plusieurs  lieux,  estoient  au  descouvert.  Ainsi  qu'on 
asseoyt  le  siège,  artillerie  de  tous  costés  envoyoyt  mes- 
saiges  de  domageux  rapport  ;  les  cannonnyers  fran- 
çoiz,  sans  autrement  prendre  terme  d'avys,  fors  a  tout 
instant  exécuter  leur  ruineuse  commission,  autre  œuvre 
ne  donnoyent  a  passe  temps  que  charger  artillerie  et 
descharger  contre  tours  et  murailles,  et  le  plus  contre 
ung  boulvard  qui  près  du  chasteau  de  la  cytadelle 
estoit,  et  si  rondement  qu'en  moings  de  quatre  heures 
fut  mys  par  terre  et  les  murailles  endommagées  en 
plusieurs  lieux.  Ceulx  de  la  place,  qui  tel  prochas  d'ar- 
tillerie avoyent  faict  qu'a  l'aventage  en  estoyent  pro- 
veus,  sans  repos,  au  travers  du  camp,  de  tous  costés, 
tant  impétueusement  deschargeoyent,  qu'il  n'y  avoit 
homme  si  asseuré  qui  hors  de  danger  se  cuydast  ;  car 
leurs  coups  alloyent  si  près  de  terre,  que  nulle  fois  ou 
byen  tard  tumboyent  a  bas  que  quelqu'un  ne  sentist 
le  choc  ou  le  vent.  Ung  home  d'armes,  lieutenant  de 
la  compaignyc  du  seigneur  de  Chandée,  nommé  Chas- 
tellart',  tant  pi'ochain  de  celuy  danger  se  trouva  qu'a 
la  descente  du  cheval  l'arçon  de  la  scelle  d'ung  cop  de 

1.  Jacques  de  Lay,  seigneur  du  Chastellart,  gentilhomme  dau- 


54  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  149H 

faulcon  luy  fut  emporté.  Ung  autre  gentilhome,  nommé 
Grantmont',  estant  dedans  sa  tente,  d'une  autre  pièce 
d'artillerie  hut  tout  le  mou  de  la  cuysse  mys  au  vent. 
De  rechief  a  ung  autre,  nommé  Collomat,  furent  d'ung 
cop  tuhés  deux  chevaulx  de  priz.  A  l'une  foys  deux 
ou  troys  homes,  a  l'autre  troys  ou  quatre  chevaulx 
estoient  mors  ou  affollés,  et  a  l'autre  foys  les  gros 
arbres  errachiez  et  fouldroyés,  tentes  et  pavillons 
parmy  le  camp  percés  et  abbatus,  et  tellement  qu'en 
tout  ce  Cartier  n'estoit  question  que  de  faire  le  chien 
couchant  et  soy  garder,  sur  la  vye,  de  ne  tenir  par  les 
chemins  parlement.  Quoy  plus,  si  n'est  que  moult 
grant  eschec  y  hut  sur  l'armée,  et  le  plus  sur  le  cartier 
du  seigneur  Jehan  Jacques,  qui  au  front  et  a  la  visée 
de  l'artillerye  de  la  ville  estoit  logé. 

phinois.  Il  reçut  une  compagnie  de  40  lances,  qu'il  commandait 
en  1505  (Tit.  orig.,  Lay,  n»'  7,  8). 

D'après  le  Loyal  serviteur  (p.  139),  il  serait  mort  en  mars  1509, 
avant  la  campagne  de  cette  année  contre  les  "Vénitiens;  cepen- 
dant, le  3  juin  1509,  nous  le  trouvons  au  camp  près  de  Pes- 
chiera,  à  la  tète  de  sa  compagnie  au  grand  complet  (ms.  fr.  25784, 
n°  119). 

Le  nom  de  Chastellard  est  du  reste  fort  répandu  en  Dauphiné 
et  dans  le  sud -est.  Un  autre  fief  de  Chastelard  appartenait  en 
1507  à  André  de  Saint-Ouen  (Guichenon,  Hist.  de  Bresse,  p.  36). 

1.  Roger  de  Grantmont  ou  Gramont,  seigneur  de  Maugiron  et 
de  Bidache,  déjà  chambellan  du  duc  de  Guyenne  en  1471  et  1472, 
devint  ensuite  chambellan  de  Charles  VIII,  de  Louis  XII  et  de 
François  I";  nous  le  trouvons  sénéchal  des  Laumes  pendant  le 
règne  de  Charles  "VIII  à  partir  de  1488,  et,  depuis  1496,  capitaine 
et  maire  de  Bayonne,  où  il  commandait  30  mortes-payes  (ms. 
fr.  25783,  n°  48).  Il  se  distingua  à  Ravenne,  où  il  commandait 
1,000  hommes  de  pied;  il  fut  aussi  ambassadeur  à  Rome.  Il  avait 
épousé  Léonore  de  Béarn,  fille  unique  de  Bernard,  seigneur  de 
Gerdères,  et  d'Isabeau  de  Gramont  (Tit.  orig.,  Gramont,  n»'  21, 
25,  37-39,  42,  46-49;  Brantôme).  Il  était  pensionnaire  du  roi  (pour 
2,000  livres;  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927). 


Août  U99]  LA  PRINSE  D'.\LEXANDRIE.  55 

Le  mardy  enssuyvant,  une  heure  ou  deux  avant  le 
jour,  toute  la  grosse  artillerye  fut  assise,  chargée  et 
taudissée  davant  les  foussés  de  la  ville;  et,  sitost  que 
l'aube  parut,  commancerent  cannonnyers  a  deschar- 
ger gros  canons,  faulcons,  aultre  artillerye  advanta- 
geuse,  contre  les  murailles  et  au  travers  de  la  ville  et 
faire  ung  bruyt  comme  si  les  Furyes  Infernales  fussent 
hors  de  leurs  Stigies,  voire  et  de  telle  sorte  que,  au 
réveil,  fut  a  chascun  advys  que,  soubz  leurs  tantes  et 
pavillons  et  plus  d'une  lieue  autour,  y  hust  terremote 
impetueulx.   Chascun   lessoit  loges  et  repaires   pour 
aller  veoir  la  baterye,  qui  estoit  de  telle  condiction 
que,  tour  a  tour  de  la  cytadelle,  a  riens  ne  vouloit 
pardonner  ;  car,  ou  passoit  l'artillerie,  tout  aux  envy- 
rons  on  ne  veoyt  d'embas  que  feu  sortir  et  fumée, 
pouldre  et  cyment  voler  amont,  tours  et  créneaux  ruez 
par  terre,  et  en  l'air  tonner  et  tempester,  comme  si 
Vulcan  hust  mys  en  besoigne  tous  les  marteaux  de  sa 
forge*;  et  pourtant  ne  laissoyent  a  tirer  ceulx  de  la 
ville  au  travers  du  camp ,  ou  a  toutes  mains  tuhoyent 
gens  et  chevaulx.   Mais  gueres  n'eurent   dures  leur 
effors  que  de  leurs  deffences  ne  fussent  tost  deslogés  ; 
car,  sitost  que  par  une  canonnyere  ou  passée  avoyent 
une  pièce  d'artillerie  deschargée,  par  la  mesmes  tout 
en  l'heure  on  les  alloit  chercher,  et  de  si  près  que  nul 
d'eux  aux  repaires  se  ozoit  monstrer  ou  tenir  qui  de 
peine  mortelle  ecourir  ne  fust  asseuré.  Toute  jour, 
sans  œuvre  donner  a  repos,  dura  le  tonnerre,  tant 
epoventable  et  turbineux,  que  plus  d'ung  gect  d'arc 
au  dedans  de  la  ville  du  costé  de  la  baterye  homme  ne 


1.  Quoique  religieux  de  Tordre  de  Saint-Benoit,  J.  d'Auton  est 
de  la  nouvelle  école  littéraire. 


56  CHROMQUES  DE  LOUIS  XH.  [Août  1499 

femme  ozoyent  habiter.  Ce  jour,  après  disner,  fut  le 
Sfrant  maistre  de  France  veoir  tirer  l'artillerve  et,  en 
regardant  vers  la  ville,  vit  ung  des  canonnyers  du 
dedans,  lequel  affutoit  ung  faulcon  pour  tirer  contre 
le  camp  ;  dont  il  advertit  le  maistre  de  l'artillerye, 
qui,  tout  en  l'eure,  ung  canon  vers  ce  cartier  vint 
descharger,  et  si  a  droit,  que  muralle,  artillerie  et 
canonnier  en  envoya  par  terre  tout  en  ung  mont,  dont 
furent  moult  ceulx  du  dedans  affoibliz,  car  tant  estoit 
just  et  au  mestier  bien  apris  que  jamais  n'esloignoit 
son  coup  de  luy  que  le  domage  de  quelqun  n'appro- 
chast.  Sur  l'eure  de  vespres,  ainsi  que  chascun  pen- 
soit  du  soupper,  firent  ceulx  de  la  garnison  une  saillye 
et  se  misrent  aux  champs  sept  ou  huyt  vingtz  Estra- 
diotz  et  cent  ou  six  vingtz  homes  armés;  et,  tout  a 
coup,  fut  faict  l'alarme  sur  le  cartier  du  seigneur  Jehan 
Jacques,  qui  tout  a  la  veuhe  de  la  ville  estoit,  et  tout 
souldain  furent  plus  de  deux  cens  chevaulx  hors  du 
camp,  et  ceulx  qui  les  premiers  furent  en  point  don- 
nèrent des  espérons  et  tirèrent  celle  part.  Ceulx  de  la 
ville,  voyant  sortir  Françoiz  de  tous  costés,  comman- 
cerent  contre  iceulx  descharger  artillerye,  si  menu 
que  l'ung  coup  n'actendoit  l'autre,  et  bien  fut  de  mer- 
veilles que  plusieurs  n'y  demourerent,  car  a  la  plus 
populeuse  turbe  adroissoyent  tousjours  leurs  visée  ; 
touteffois,  pour  ce,  s'ensuyvit  peu  de  perte.  Ung  jeune 
gentilhome,  nommé  Chavanes,  de  la  compaignye  du 
seigneur  de  Chandée,  et  aucuns  de  ceulx  du  baron  de 
Beart^  comança  l'escarmouche,  mais  bien  fut  luy  et 
les  siens  recueilly  et  rebouté.  Et,  a  celle  charge,  ung 
home  d'armes,  nommé  Francequin,  fut  d'une  lance 

1.  V.  p.  40. 


Août  1499]  J.A   PRINSE  D'ALEXANDRIE.  57 

blecéen  l'espaule.  Ung  Estradiot,  nommé  Le  Chevalier, 
de  ceulx  du  seigneur  de  Chandée,  longtemps  avecques 
ung  sien  compaignon  contre  les  Albanoys  de  la  place, 
sur  le  bort  d'un  foussé,  a  coups  de  lance  soustint  l'es- 
carmouche; touteffoys,  a  la  parfin,  fut  mys  par  terre 
et  enmené  prisonnier,  et  le  cheval  de  son  compaignon 
tué.  Le  senechal  d'Armaignac  des  premiers  se  trouva 
au  champs,  lequel  donna  bien  a  point  sur  Albanoys, 
et  furent  aucuns  des  siens  bleciés. 

Le  seigneur  de  Chastillyon,  avecques  sept  ou  huyt 
homes  d'armes,  jusques  a  l'entrée  de  la  ville  fut  aucun 
d'iceulx  rembarrer,  et  si  rudement  que  ung  des  siens, 
nommé  Castelbayart^  a  touchant  des  murailles,  a  poz 
de  lance  ung  Albanoys  dedans  ung  fossé  renversa. 
Ung  gendarme  françoiz,  nommé  Jehan  Duboys,  fut 
mys  par  terre  et  secouru  par  ung  archer,  nommé 
Libourne,  de  ceulx  de  Chastillon,  auquel  fut  d'ung 
coup  de  traict  tuhé  ung  cheval  ;  ung  autre,  nommé 
Bertrand  de  Bayonne,  perdit  pareillement  a  la  meslée 
ung  cheval  et   fut  fort   biecé.    Le  hutin  asses  bien 

1.  Gastelbayard  ou  Castelbajac.  Ce  nom,  dans  les  textes  des  xiv« 
et  XV'  siècles,  présente  une  infinité  de  variantes  :  le  plus  sou- 
vent Chasteau  Baiac,  puis  Castel  Bayac,  Chastel  Baiart,  Castelbeac, 
Castelbayac,  etc.,  etc.  Bertrand  de  Gastelbayart,  écuyer,  soi-disant 
capitaine  de  la  Réole,  était  redouté  pour  la  violence  de  son  carac- 
tère. La  capitainerie  de  la  Réole  avait  été  donnée  à  Louis  des 
Barres  (dont  nous  parlons  ailleurs)  par  le  duc  Pierre  de  Bourbon, 
gouverneur  du  Languedoc.  Gastelbayard,  en  1497,  alla  trouver  à 
Tours  le  comptable  de  Bordeaux  et  réclama  ses  gages  de  capitaine. 
Sur  le  refus  de  celui-ci,  il  s'emporta,  jurant,  blasphémant,  mena- 
çant; enfin  il  partit  en  proférant  des  menaces  si  violentes  que,  le 
lendemain  matin,  le  comptable  courut  au  logis  du  Gascon,  rue 
de  la  Gellerie,  à  l'enseigne  du  Gerf,  pour  lui  porter  cent  livres, 
objet  du  débat  (Tit.  orig.,  Castelbayac,  n*  18). 


58  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Aoùt  1-499 

sentoit  a  la  fumée  de  la  guerre;  et  ainsi,  comme 
les  premiers  assemblés  entre  eulx  exercitoyent  le 
mestier  giadiatoire,  le  demeurèrent  des  gens  d'armes 
en  bon  ordre  et  tost  marchoyent  vers  ou  le  bruyt 
se  faisoit  ;  et  conduysoyent  iceulx  le  seigneur  de 
Chandée',  le  compte  de  Misot-,  Robinet  de  Freme- 

1 .  Philibert  de  Chandée,  chevalier,  seigneur  de  Chandée,  cham- 
bellan ,  originaire  de  Bresse,  commandait  une  compagnie  de 
80  lances  en  1494;  en  septembre  1498,  sa  compagnie,  portée  à 
50  lances,  tenait  garnison  dans  le  comté  d'Asti  (ms.  Clair.  239, 
p.  483).  C'est  par  erreur  que  Marino  Sanuto,  après  lui  avoir  attri- 
bué d'abord  50  lances,  ne  porte  plus  ensuite  le  chiffre  de  sa  com- 
pagnie qu'à  40  [Diarii,  t.  II;  Tit.  orig.,  Chandée,  n^^  3,  8,  9;  ms. 
fr.  25783,  n°  9).  On  verra  plus  loin  qu'il  commandait  l'avant- 
garde  et  qu'à  ce  titre  on  lui  attribua  même  le  commandement 
d'Albanais. 

Il  ne  faut  pas  le  confondre,  comme  on  le  fait  souvent,  avec  le 
sire  de  Chandieu  en  Dauphiné,  ni  avec  les  sires  de  Chandio,  ou 
Chandiou,  dont  l'un,  Jean  de  Chandio,  fut  maître  d'hôtel  de 
Charles  VIII,  et  l'autre,  Louis  de  Chandio,  capitaine  de  la  porte 
du  roi  en  1515  (Tit.  orig.,  Chandio,  nos  3^  4;  Clair.  811,  fol.  1, 
etc.).  Sur  les  Chandée,  v.  Y  Histoire  de  Bresse,  de  Guichenon. 

Le  sire  de  Chandée  fut  tué  à  la  bataille  de  Cérignoles. 

2.  Giov.  Nicole  di  Gian  Giacomo  Triulzio,  comte  de  Mesocco 
(aliàs  Miscocho,  Musocco),  fils  de  Jean-Jacques  Trivulce.  Il  était 
pensionnaire  du  roi  pour  une  somme  de  2,000  livres  (compte  de 
1499,  Portefeuilles  Fontanieu;  Tit.  orig.,  Misocho,  n°  2);  il  ne 
s'appelait  et  ne  signait  que  «  le  comte  de  Misocho  ». 

Mesocco  était  un  fief,  voisin  des  frontières  de  Suisse,  acquis  par 
les  Trivulce  en  1481.  D'après  M.  Calvi  (//  patriziato  Milanese, 
p.  298),  Jean-Jacques  Trivulce  avait  reçu,  en  1496,  le  droit  d'y 
battre  monnaie,  au  titre  de  France  et  d'Asti,  mais  cette  date  de 
1496  n'est  certainement  pas  exacte.  M.  Calvi  cite  quatre  types  de 
monnaies  qui  y  auraient  été  battues. 

Ce  qui  est  plus  grave,  c'est  que  Trivulce  profita  de  la  situation 
du  comté  de  Mesocco  pour  nouer  avec  les  cantons  helvétiques  des 
rapports  qu'on  lui  reprocha  vivement.  En  février  1513,  il  reçut  la 
bourgeoisie  d'honneur  de  Lucerne  (1>  von  Liebenau,  Bollettino 
stnrico  délia  Svizzera  italiana,  TU,  288),  et,  au  mois  d'octobre  de 


Août  1499J  LA  PIIINSE  D'.VLEXANDRIE.  59 

zelles',  le  baron  de  Béart,  S^  Prest-,  Lalande^,  le  comis- 

la  même  année,  il  écrit  à  la  ville  de  Lucerne  une  lettre  qui  temoi= 
gnait  du  dévouement  avec  lequel  il  représentait  auprès  de 
Louis  XII  les  intérêts  des  Suisses  (id.,  t.  IV). 

1.  Robert  ou  Robinet  de  Framezelles  (il  prend  indifféremment 
l'un  ou  l'autre  prénom),  seigneur  de  Framezelles,  de  Frane,  du 
Vergy  (ou  de  Verchocq),  était  l'homme  de  contiance  du  roi.  Depuis 
longtemps  chambellan  du  duc  d'Orléans,  nous  voyons,  en  1485, 
Louis  d'Orléans  l'envoyer  près  de  sa  mère  en  mission;  en  1488, 
Robinet  est  condamné  comme  complice  du  duc  qui,  dès  sa  sortie 
de  prison  en  1491,  l'institue  bailli  de  Sezanne.  Il  est  choisi  par  le 
duc  d'Orléans  comme  lieutenant  de  sa  propre  compagnie  et  fait, 
en  cette  qualité,  la  campagne  de  Naples  ;  il  se  distingue  à  For- 
noue,  près  du  roi  qu'il  couvre  de  son  corps.  Dès  l'avènement  de 
Louis  XII,  il  devint  capitaine  de  l'ancienne  compagnie  de 
100  lances  dont  il  était  lieutenant,  et  chambellan  du  roi.  Il  parait 
être  mort  vers  1511;  du  moins,  il  reçoit  une  pension  de  2,000  liv. 
jusqu'à  1510  et  nous  n'en  avons  pas  trouvé  de  reçus  postérieurs 
(Belleforêt;  Histoire  de  Charles  VJII,  p.  576;  Gommines,  II,  473; 
Tit.  orig.,  Framezelles,  nos  2,  4-21;  Compte  de  1499,  Portefeuilles 
Fontanieu,  etc.).  La  compagnie  de  Robert  de  Framezelles  tenait 
garnison  à  Asti  le  7  juin  1498  (ms.  fr.  25783,  n"  11,  et  elle  revint 
faire  au  mois  d'août  campagne  en  Bourgogne  contre  l'archiduc 
(ms.  Clair.  239,  fol.  479),  puis  elle  revint  à  Asti.  En  1498,  R.  de 
Framezelles  entra  au  conseil  du  roi.  En  mars  1499  (anc.  st.),  le  roi 
lui  fit  présent  d'un  hôtel  à  Paris,  près  de  Saint-Eustache  (ms. 
Clair.  782). 

2.  Jean  de  Saint-Prest,  seigneur  de  Saint-Prest,  près  de  Gai- 
lardon,  dans  le  pays  Ghartrain,  fils  aîné  de  Bernard  de  Saint-Prest, 
qui  vivait  encore  en  1484.  En  1491,  nous  le  voyons  passer  des 
fermages  de  terres  à  blé.  En  1499  et  1500,  il  commande  une  com- 
pagnie de  40  lances,  en  garnison  à  Asti  dès  le  mois  de  février  1499; 
sa  compagnie,  portée  à  50  lances,  fait  la  campagne  de  Naples  en 
1501  (mss.  Clair.  239,  240,  fol.  553,  497).  En  1514,  nous  le  retrou- 
vons près  de  Chartres,  dans  ses  fonctions  de  propriétaire.  Il  ne 
faut  pas  le  confondre  avec  d'autres  Saint-Priet  ou  Saint- Priest  do 
Dauphiné,  avec  lequel  il  n'a  rien  de  commun  (Tit.  orig.,  Saint- 
Prest,  nos  8-12,  14,  16-17;  Saint-Priest,  n°  13;  compte  de  1501, 
ms.  fr.  2960,  fol.  14  et  suiv.). 

3.  «  Un  vieux  brave  adventurier  de  guerre,  »  comme  dit  Bran- 


60  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

saire   Chaslellarl,   Chasteauvillain  ^   Quicquempoys-, 

tome,  «  vaillant  et  expérimenté,  »  dit  Paradin.  Toute  sa  vie, 
quelles  que  fussent  ses  fonctions,  on  ne  l'appela  que  le  capitaine 
Lalande,  dit  encore  Brantôme,  qui  lui  consacre  une  notice  (VI, 
167)  sans  indiquer  son  nom  véritable.  Louis  de  Bigars,  écuyer, 
seigneur  de  la  Lande,  de  Commin  et  de  Tourville-la-Campagne, 
dans  la  mouvance  de  Pont-de-l'Arche  (vicomte  de  Pont-Audemer), 
était  en  effet  un  soldat  de  fortune.  Guillaume  de  Bigars,  son  père, 
était  simple  homme  d'armes  de  l'ordonnance,  dans  la  compagnie 
du  comte  de  Dunois,  en  1456  et  en  1460.  Écuyer  du  roi  en  1456, 
commis  à  passer  une  monstre  en  1459,  écuyer  et  échanson  du  roi 
en  1470,  il  mourut  en  novembre  1487  (Tit.  orig.,  Bigars,  n»s  2-10, 
19,  23).  Il  jouissait  d'une  pension  de  200  livres,  élevée  en  1459  à 
300  (id.,  16). 

Louis  de  Bigars  prit  donc,  à  partir  de  1487,  le  nom  de  La 
Londe,  et,  en  1498,  il  devint  capitaine  de  2,000  hommes  de  pied 
normands  mis  sus  par  ordre  de  Charles  VIII,  avec  une  pension  de 
600  livres.  Cette  brusque  élévation  fut  suivie  d'une  existence  non 
moins  aventureuse.  Le  capitaine  Lalande  fut  nommé  maître  d'hô- 
tel du  roi  ;  en  1507,  il  est  envoyé  à  Fécamp,  en  mission  adminis- 
trative; en  1513,  il  est  commissaire  à  Dieppe  pour  la  levée  et  le 
ravitaillement  d'une  armée  de  mer.  En  1517,  il  commande  le 
vaisseau  de  guerre  François  d'Orléans,  de  la  marine  royale.  Puis 
il  déploie  une  grande  vaillance  au  siège  de  Landrecies,  et  il  est  tué 
à  Saint-Dizier  (id.,  n°s  22,  25,  36,  38,  40-45  ;  Brantôme  ;  compte  de 
1499,  Portefeuilles  Fontanieu). 

Il  avait  sous  ses  ordres,  en  1499,  les  capitaines  Jean  Lebrun, 
seigneur  de  «  Sallevelles,  »  Simon  de  Richebourg,  Guion  de 
Boutteville,  Jean  Martel. 

Guion  de  Boutteville  recevait  du  roi  une  pension  de  120  livres 
fms.  fr.  26107,  n''  196). 

1.  Jean  "VI  de  Châteauvillain  ou  Ghastelvillain,  seigneur  de 
Montrevel,  Châteauvillain,  Grancey,  Marigny,  Milly  et  du  Theil 
en  Champagne,  seigneur  bourguignon  important. 

2.  Jean  de  Gamaches,  fils  de  Guillaume  de  Gamaches,  qui 
existait  encore  en  1479,  fut  marié,  comme  beaucoup  d'autres,  par 
Louis  XI;  Louis  XI  lui  fît  épouser,  le  19  juin  1470,  Marguerite, 
dame  de  Saint-Quintin  de  Blet,  de  Quinquempoix,  de  Sury-aux- 
Bois  et  autres  lieux.  Il  portait  le  plus  souvent  le  titre  de  sire  de 
Sury-es-Bois.  Maître  d'hôtel  du  roi,  il  accompagna  le  duc  d'Or- 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'.AXEXANDRIE.  61 

Bernai'd  de  Mons'  et  autres  chiefz  et  lieutenans  de  la 
bende.  Et,  ainsi  qu'on  approchoit,  les  Albanoys  et  Lom- 
bars  et  aucuns  Françoiz  faisoyent  entre  eulx  bonne  mes- 
lée  et  de  si  près  se  cherchoyent  que  chascun  de  sa  part 
avoit  asses  affaire;  car  il  n'y  avoit  nul  qui,  pour  son 
ennemy  mater,  a  toute  force  ne  mist  le  glaive  en 
besoigne.  Sytost  que  ceulx  qui  en  bataille  se  tenoyent 
furent  approchés,  chascun  comance  a  donner  des  espé- 
rons et  vers  Estradiotz  a  dresser  le  fer  de  la  lance  ;  a 
ceste  charge  estoient  des  pencionnaires  du  roy,  Fro- 
mente-,  Castelferrus^^  et  Estinville  '*,  en  sorte  de  vouloir 

léans  dans  la  campagne  d'Italie,  resta  avec  lui  à  Asti,  soutint  avec 
lui  le  siège  de  Novare.  En  1505  et  1506,  il  est  commis  à  passer 
des  revues  de  troupes  en  Champagne. 

L'ainé  de  ses  fils,  Adrien,  se  fit  remarquer  en  1514  au  touruoi 
donné  en  l'honneur  de  Marie  d'Angleterre  et  épousa,  en  1525, 
Jeanne  Pellourde,  dame  d'Ourouer  ou  Ouzouer  (Tit.  orig., 
Gamaches;  ms.  fr.  25718,  n."  103;  La  Thaumassière,  Histoire  du 
Berry). 

1.  La  famille  de  Mons  était  nombreuse  à  la  fin  du  xv^  siècle; 
mais  nous  manquons  de  renseignements  originaux  sur  la  personne 
de  Bernard  de  Mons. 

2.  Gaspard  de  Coligny,  seigneur  de  Fromentes  ou  Frementes, 
frère  cadet  du  sire  de  Ghàtillon,  se  distingua  à  Fornoue  et  devint 
pensionnaire  du  roi  et  lieutenant  de  la  compagnie  de  Jacques 
d'Armagnac,  duc  de  Nemours.  Revenu  en  France  après  la  mort 
de  son  capitaine,  il  fit  la  campagne  de  1507,  combattit  à  l'avant- 
garde  à  Agnadel.  Il  fit  toutes  les  campagnes  de  François  P'  et 
mourut  sous  le  harnais  en  1522,  dans  la  marche  contre  Fontara- 
bie.  François  I*""  le  créa  maréchal  de  France,  lieutenant  général  de 
Guyenne,  et  lui  donna  la  principauté  d'Orange  en  dédommage- 
ment des  terres  d'Andelot,  confisquées  par  l'empereur. 

3.  Antoine  de  Haucourt,  seigneur  de  Castelferrus,  pensionnaire 
du  roi  en  1499  (compte  de  1499,  portefeuille  Fontanieu).  J.  d'Au- 
ton  racontera  plus  loin  ses  exploits.  Il  était  échanson  de  la  reine 
{Mémoires  d-e  Bretagne,  III,  878). 

4.  Les  sires  d'Estainville,  quoique  attachés  à  la  cour,  ont  laissé 


62  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Aoùt  1499 

ayant  au  service  de  leur  prince  et  leur  honneur  pour 
recommandé.  Ainsi  chascun  commance  a  son  ennemy 
monstrer  par  effect  ce  que  le  couraige  avoit  en  pencée. 
LesFrançoiz  de  tous  costés  chargent  Estradiotz,  lesquelz, 
a  leur  desavantaige  voyant  la  chance  tourner,  vers  la 
ville  prennent  leur  adresse  et  si  rudement  jusques 
dedans  leurs  barrières  furent  chacés  et  poursuyviz  que 
ceulx  de  la  garde  de  la  place,  qui  sur  les  muralles 
estoyent  pour  leurs  gens  au  besoing  recueillir,  cuy- 
dant  que  les  Françoiz,  qui  sitost  poursuyvoyent  Estra- 
diotz  et  Lombars,  voulussent  avecques  entrer  en  la 
ville,  comme  efeminés  et  refroidiz,  ung  seul  coup  d'ar- 
tillerie ne  de  trect  ne  sceurent  a  droict  contre  leurs 
ennemys  descharger,  et  n'avoyent  deffence  que  de 
pierres  (]uc,  a  cloz  yeux  et  a  la  voilée,  gectoyent  par 
dessus  les  murailles.  Somme,  si  près  de  leur  rettrelte 
furent  ramenés  et  conduytz  que,  au  dedans  du  bou- 
louard  de  la  ville,  par  ung  nommé  Gaspar,  de  la  com- 
paignie  du  baron  de  Beart,  et  ung  autre,  appelle  Jehan 
Duboys,  de  ceulx  du  seigneur  de  Ghandée,  ung  home 
d'armes  Millannoys  fut  sur  le  bort  du  pont,  home  et 
cheval,  tout  en  ung  mont  renversé,  dont  pouhoyent 
ceulx  de  la  place  pencer  que,  puysque  si  mortellement 
au  dedans  de  leur  fort  et  en  leurs  dangiers  estoyent 
par  les  Françoiz  assailliz,  que  a  la  mercy  d'iceulx  ne 
seroient  en  bonne  surté.  Apres  que  Albanoys  et  autres 
gens  d'armes  Mauryens  furent  ainsi  retournés  en  leur 

peu  de  traces.  Louis  d'Estainville,  valet  tranchant  de  Charles  VIII, 
était  seigneur  d'Estainville  {Procéd.  polit,  du  régne  de  Louix  XII, 
p.  298  note,  351).  Il  était  sans  doute  Gis  de  Philibert  d'Estain- 
ville, maître  d'hôtel  de  Louis  XI  (id.,  p.  649),  et  père  de  Jean 
d'Estainville,  écuyer  d'écurie  de  François  l"^  et  grand  prévôt  de 
l'armée  en  1536  (Tit.  orig.,  Eslainville,  n°  2). 


Août  1499]  LA  PRINSE  D  ALEXANDRIE.  63 

garnison,  Françoiz  se  mectent  en  chemin  et,  au  plus 
court  de  la  retraicte,  chascun  en  avant  mect  la  marche. 
Le  mercredy  enssuj^'ant,  sur  le  point  de  six  heures 
au  matin  ou  peu  après,  de  plus  en  plus  fort  de  chas- 
cun costé  recommança  la  baterye  :  et,  entre  le  chas- 
teau  de  la  cytadelle  et  ung  boulouard  rompu,  qui  a 
my  gect  d'arc  l'ung  de  l'autre  estoyent,  quelque  par- 
tye  de  la  muraile  et  ung  portai  estoyent  encores  sur 
bout,  et  par  la  pouhoyent  ceulx  de  la  place  tirer  contre 
le, camp  ;  ce  jour,  furent  jusques  a  terre  razés  et  abba- 
tus.  Souvant  alloyent  veoir  l'artillerie  et  tranchées  le 
compte  de  Ligny,  le  seigneur  Jehan  Jacques  et  le  grant 
maistre  de  France,  qui  voluntiers  donnoyent  le  vin 
aux  compaignies  pour  tousjours  myeulx  affuster  leurs 
engins  et  amorcer  leurs  couUevrines.  Les  canonniers 
de  la  ville,  comme  ceulx  qui  de  hayne  mortelle  aux 
nostres  en  vouloyent,  contre  leurs  tauldiz  et  tranchées 
presque  tousjours  tenoyent  la  visée,  dont  extrême 
besoing  avoyent  Françoiz  de  bonne  seurté  ;  car  de 
tous  costcs  de  la  place  contre  leurs  repaires  venoyent 
patacz^  tant  que  si  a  point  couvrir  ne  taudisser  ne  se 
peurent  que  deux  ou  troys  des  plus  hardys  mors  et 
blecés  ne  demeurassent  aux  tranchées.  Ung  des  cent 
Allemans  du  roy,  nommé  Piètre,  fut,  ce  jour,  d'ung 
coup  d'artillerie  tué;  ung  des  archiers  de  la  garde  et 
plusieurs  autres  y  demeurèrent  :  si  n'elargiray  je  plus 
de  ceste  perte  la  marge  de  mon  papier,  mais  revien- 
dray  a  l'effort  de  nostre  artillerye,  qui  ruoit  tout  par 
terre  et  sans  cesser  donnoit  coups,  et  tant  que  ceulx 

1.  Patac,  mot  singulier  qu'atîectionae  Jean  d'Aulon  et  que  lui 
seul  emploie.  II  lui  donne  le  sens  de  bruit,  de  notre  mot  patatras. 
Le  mot  patac,  employé  dans  le  Midi,  signifiait  une  monnaie. 


G4  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

de  la  ville  ne  les  pouhoyent  plus  porter  ;  car  bien  sou- 
vant  a  l'eschappée  des  muralles  au  travers  des  maisons 
de  la  ville  passoit  et,  comme  tempeste  affamée,  tout 
ce  qu'elle  attaignoit  estoit  fouldroyé  et  emporté.  Ja, 
presque  sur  le  point  de  troys  heures  après  mydy  estoit, 
qu'on  commança  a  batre  le  hault  du  chasteau  de  la 
cytadelle,  et  si  grant  brèche  dedans  les  murailles  y 
avoit  que  troys  cens  homes  de  front  y  heussent  peu 
passer.  Au  rempar  mectoyent  ceulx  de  la  ville  souvant 
la  main  ;  mais  tout  ce  que  ung  jour  pouhoyent  mectre 
sus,  a  ung  seul  traie  d'artillerye  estoit  anyenty. 

La  baterie  ainsi  advancée  qu'avez  ouy,  qui  lors  heust 
vu  a  cens  et  a  milliers  dedans  les  foussez  porter  rames 
et  fagotz,  heust  bien  peu  cuyder  la  chose  pour  une 
merveilles  ;  car,  pour  coups  d'artillerye  ne  de  traict 
qui  de  la  ville  fussent  contre  noz  gens  tirés,  nul  pour- 
tant son  chemin  destournoit  ne  sa  charge  laissoit  a 
porter,  voire  et  plusieurs  serviteurs  et  laquays  sur  le 
bort  des  foussez  faysoyent  saux  et  gambades,  et  a 
coups  de  main  gectoyent  pierres  en  la  ville,  supposé 
que  tousjours  tirassent  ceulx  du  dedans  qui  blessoyent 
et  tuhoyent  gens  a  force. 

Oyant  le  peuple  de  la  ville  et  les  souldars  de  Ludo- 
vic l'asseuréc  manière  des  Françoiz  qui  de  volunté 
délibérée  mectoyent  main  a  l'œuvre,  et  que  l'eure  de 
leur  destruction   tant  prochaine  leur  estoit^  que  de 

1.  La  crainte  qu'inspiraionL  les  Français  les  servit  d'une  manière 
extraordinaire.  Au  même  moment  où  Alexandrie  décidait  de  se 
rendre,  2,500  hommes  de  pied  génois,  qui  avaient  quitté  Gênes  le 
jour  de  l'investissement,  approchaient  pour  secourir  la  place  sous 
le  commandement  de  Jean  Adorno.  Ayant  appris  ce  qui  se  pas- 
sait, ils  rebroussèrent  chemin.  Assurément,  ils  auraient  pu  sau- 
ver Alexandrie  (Senarega). 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  ù'j 

moment  en  autre  n'atendoyent  que  le  cry  de  l'assault 
et  fureur  de  la  guerre  sur  eulx  par  glayve  a  la  rigueur 
exécuter,  par  toute  la  ville  commancerent  a  bransler 
cloches  et  baffroiz,  faire  criz  et  huées,  trasser  et  cou- 
rir de  ruhe  en  ruhe,  remuher  et  oster  le  plus  portatif 
de  leurs  bagues,  et  tout  bellement  dedans  ung  des 
fors  de  la  ville,  nommé  La  Roque,  de  bonne  heure  se 
retirer;  et  les  souldars,  tout  autour  des  murailles 
abbatues,  grant  force  enseignes  desplyer  et  monstrer 
tenir  bon  semblant  et  manière  asseurée,  comme  pour 
vouloir  actendre  et  bien  deffendre  l'assault  ^  Mais  bien 
autre  pencée  avoit  missire  Galyas-,  qui  n'actendoit 

1.  Alexandrie  était  une  des  villes  les  plus  antifrançaises  de  la 
Lombardie;  cela  tenait,  selon  Gaguin,  à  sa  situation  d'avant- 
garde,  qui  l'exposait  aux  premiers  coups.  Sous  Charles  d'Orléans, 
R.  du  Dresnay  et  ses  troupes,  faites  prisonnières,  y  avaient  été 
traités  avec  une  «  cruauté  moult  sauvage,  »  dit  Gaguin;  en  1500, 
«  la  hayne  ancienne  du  nom  françoys  leur  augmentoit  les  cou- 
raiges;  car,  depuis  la  course  que  firent  ceux  de  Sens  (Brennus)  en 
Italie,  le  nom  des  Françoys  a  tousjours  esté  hay  fermement  de 
tous  les  Italiens,  aians  horreur  de  leur  legiere  cruaulté,  avarice 
et  luxure,  comme  si  principallement  envers  eulx  mesmes  ne 
regnoient  iceulx  vices.  »  Les  habitants  voulaient  faire  une  sortie 
contre  les  Français. 

2.  Galeazzo  di  San  Severino  était  le  chef  d'une  des  trois  branches 
de  la  famille  San  Severino,  famille  considérable  du  royaume  de 
Naples,  qui  faisait  remonter  son  origine  à  un  Français  établi  à 
Naples  en  910  (Mémoires  de  Ribier,  I,  201),  et  qui  se  subdivisait  en 
princes  de  Bisignano,  en  princes  de  Salerne  et  en  comtes  de 
Caiazzo.  Roberto,  comte  de  Caiazzo,  commandant  de  l'armée 
d'Innocent  YIII,  obtint  pour  son  second  fils,  Federico,  le  chapeau 
de  cardinal  en  1189  (Basilica,  Novaria,  p.  538).  Son  troisième  fils, 
Galeazzo,  entré  au  service  de  Ludovic  le  More,  gagna  ses  bonnes 
grâces  en  l'aidant  à  s'emparer  de  son  neveu  ;  il  commanda  l'armée 
de  Milan  en  1495  contre  le  duc  d'Orléans,  et  Ludovic  lui  donna  en 
mariage  sa  fille  bâtarde,  Bianca. 

Plus  tard,  il  entra  au  service  de  la  France,  reçut  une  compagnie 
l  '  5 


66  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

que  l'obscure  ténèbre  pour,  plus  au  couvert,  vuyder 
la  place'  et  prendre  chemin,  ce  qu'il  fist  ;  car,  pour 

de  50  lances,  et  succéda  à  Pierre  d'Urfé  dans  la  charge  de  grand 
écuyer.  Il  périt  sur  le  champ  de  hataille  de  Pavie  en  1525  (Gom- 
mines;  Tit.  orig.,  Saint-Séverin,  nos  8-10,  12-15),  à  la  tête  d'une 
compagnie  de  100  lances. 

Il  avait  pour  frère  aine  Giov.  Francesco,  comte  de  Gaiazzo,  et 
pour  frères  cadets  Annibale,  marié  en  France,  Gaspare,  dit  le 
capitaine  Fracasso,  à  cause  de  sa  vigueur  corporelle,  Alessandro, 
archevêque  de  Vienne  en  France,  Antonio  Maria,  mari  de  Mar- 
gherita  da  Carpi,  capitaine  de  50  lances  de  France  (Tit.  orig., 
id.,  n"  11). 

1 .  Son  frère,  rappelé  en  hâte  par  Ludovic  de  la  Ghiara  d'Adda, 
était  venu  occuper  Pavie  en  force,  avec  Bernardino  Visconti  ;  mais, 
malgré  l'ordre  de  Ludovic,  ils  tardèrent  à  jeter  un  pont  sur  le  Pô, 
pour  marcher  au  secours  d'Alexandrie. 

Ge  fut  un  bruit  général  que  ce  retard  venait  d'une  entente  de 
Giov.  Francesco  San  Severino  avec  les  Français.  Jean  Fr.  San 
Severino  était  depuis  longtemps  (dit  Guichardin)  d'accord  avec  eux. 

Da  Paullo  raconte  que  Galeazzo,  craignant  une  trahison,  n'osa 
point  faire  sortir  ses  troupes.  De  plus,  le  comte  de  Gaiazzo  lui 
aurait  fait  passer  une  lettre  fausse  de  Ludovic  le  More,  lui  enjoi- 
gnant de  se  rendre  à  Milan.  Galeazzo  s'enfuit;  le  matin  même, 
les  Français  surviennent,  s'emparent  des  portes,  arborent  partout 

l'écu  de  France Guichardin  lui-même  repousse  cette  version. 

Galeazzo  a  toujours  montré  cette  lettre  pour  sa  défense,  dit-il; 
mais  cela  n'explique  pas  que,  capitaine  de  1,200  hommes  d'armes, 
de  1,200  chevaux-legers,  de  3,000  hommes  de  pied,  et  soutenu  par 
une  forteresse  de  premier  ordre,  il  se  soit  enfui  la  nuit  comme 
un  voleur,  au  lieu  de  se  frayer  un  passage  l'épée  à  la  main  parmi 
des  assaillants  en  nombre  égal,  fort  mal  servis  par  le  terrain, 
entourés  de  toutes  parts  par  des  rivières  débordées.  Galeazzo  était 
inexpugnable! 

D'après  Gorio,  Galeazzo  s'enfuit  parce  qu'il  se  crut  trahi  par  son 
frère.  D'après  les  renseignements  de  Marino  Sanuto,  la  minorité 
guelfe  s'agitait  à  Alexandrie.  Galeazzo,  craignant  qu'elle  ne  traitât 
avec  les  Français,  et  s'étant  vu  refuser,  le  23,  l'entrée  de  la  ville 
de  Pavie,  eut  peur  et  s'enfuit  (II,  1159,  M60,  1083,  etc.). 


Août  li99]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  07 

exécuter  l'intencion  de  son  propos,  sur  l'eure  de  la 
mynuyt  ou  peu  plus  tost,  avecques  une  guyde  et 
quelques  autres  ses  privez  ^  par  voyes  obliques  et 
chemins  escartés,  vers  Millau  print  son  adroisse.  Les 
Estradiotz  et  aultres  soudars,  qui,  par  compte,  estoyent 
douze  cens  homes  d'armes,  quatorze  cens  chevalx 
legiers  et  quatre  mille  homes  de  pié~,  voyans  Galyas, 
qui  leur  chief  estoit,  a  la  fuyte,  tous  a  la  fouUe  se 
mirent  a  sortir  hors  la  ville.  Le  capitaine  Fontrailles, 
qui  en  ce  cartier  estoit  logé,  ouyt  le  bruyt  des  che- 
vaulx  qui  ja  estoient  hors  la  porte  et,  avecques  sa 
bende,  ou  pouhoyent  estre  cinc  ou  six  cens  laquays 
gascons,  vint  donner  dessus  et,  a  grans  coups  de  trect, 

1.  Il  n'était  accompagné  dans  sa  fuite  que  de  Ermes  Sforza,  fils 
légitime  de  Galeazzo,  de  Galeazzo,  comte  de  Melzo,  et  d'Alessandro 
Sforza,  ces  deux  derniers  fils  bâtards  du  même  Galeazzo;  Lucio 
Malvezzo  et  quelques  personnes  formaient  toute  la  troupe  (Gorio). 

2.  Il  y  avait  à  Alexandrie  un  état-major  considérable,  mais  tous 
ces  chefs  n'étaient  pas  d'accord  (Marino  Sanuto,  II,  1085).  Saint- 
Gelais  dit  qu'il  y  avait  presque  autant  «  d'hommes  d'armes  et 
autres  gens  »  dans  la  ville  que  parmi  les  assiégeants.  Au  compte 
de  Jean  d'Anton,  il  y  avait  1,200  hommes  darmes,  1,400  chevaux- 
légers,  4,000  hommes  de  pied,  plus  1,000  à  1,200  Allemands  res- 
tés dans  la  ville.  Ludovic  le  More  avouait  officiellement  1,000  hom- 
mes d'armes,  1,000  chevaux-légers  et  400  fantassins;  il  attribuait 
tout  le  succès  des  Français  à  leur  artillerie  (Instructions  à  Ambro- 
gio  Bugiardo  et  à  Martino  da  Casale,  envoyés  au  grand  Turc, 
publiées  par  Corio).  Or  les  Français  n'en  avaient  guère.  Selon 
Senarega,  Galeazzo  aurait  eu  seulement  1 ,000  lances,  1 ,000  chevaux- 
légers  et  3,000  hommes  de  pied,  et  il  demandait  à  Ludovic  un 
secours  supplémentaire  de  1,000  hommes  de  pied;  mais  cela  n'est 
pas  probable.  Ghilini  lui  donne  1,200  lances,  1,200  chevaux-légers 
et  4,000  hommes  de  pied;  d'autres,  400  lances,  3,000  Albanais, 
4  à  5,000  hommes  de  pied  et  250  canons  (Marino  Sanuto,  II,  1150, 
1209),  d'autres,  10,000  hommes  (id.,  II,  1387). 


08  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Août  1499 

les  rebouter  jusques  au  portai  de  la  ville\  ou  long 
temps  fut  escarmouche  d'uug  costé  et  d'autre  ;  mais 
Estradiotz  et  Lombars,  qui  ne  demandoyent  que  les 
champs,  doublant  d'ostille  poursuyte  par  chemin  estre 
l'ancontrés,  tous  ensemble  donnèrent  des  espérons  et 
au  travers  des  Gascons  passèrent,  et  sur  eulx  tirent 
quelque  eschec;  toutelToys,  amporterent  iceulx  Lom- 
bars leur  part  de  la  perte.  Dedans  Alixandrie  estoient 
encores  mille  ou  doze  cens  Alemans,  demourez  avecques 
le  Bastard  de  IS'ensot ',  leur  capitaine,  qui,  celle  nuyt, 
avecques  ung  cordellier  et  deux  cytoyens  de  la  ville, 
sortit  dehors  et  trouvèrent  le  seigneur  de  La  Palice 
sur  bout,  qui  pour  l'eure  estoit  du  guet,  et,  avecques 
luy,  ung  nommé  Compty^,  des  gentishomes  de  cheuz 

'1.  11  sera  plus  d'une  fois  question  du  capitaine  Fontrailles,  dont 
cet  incident  peint  le  caractère.  Jean,  comte  d'Astarac,  sire  de 
Fontrailles,  appartenait  à  une  famille  de  grands  seigneurs  gascons, 
illustrés  par  leur  bravoure  depuis  le  fameux  sire  de  Barbazan 
( Arnauld-Guilhem  d'Astarac),  si  connu  sous  Charles  VI  et 
Charles  VII.  Chambellan  de  Charles  VIII,  il  avait  fait  la  campagne 
de  l'i95  à  la  tète  d'une  compagnie  de  cinquante  lances,  et,  le 
20  décembre  1495,  il  reçut  pour  sa  compagnie  une  gratiôcatioa  de 
1,550  livres  comme  gage  de  la  satisfaction  du  roi  (Tit.  orig.,  Asta- 
rac,  n°^  16  et  17).  C'était  un  capitaine  de  cavalerie  hardi  et  entraî- 
nant :  Louis  Xn  l'aimait  beaucoup,  dit  Brantôme,  et  il  s'était 
fait  une  grande  réputation  dans  l'armée.  Ami  de  Bayard,  il  lui 
servit  de  témoin  dans  son  duel  contre  Solo-Mayor;  Bayard  et 
Fontrailles  couraient  souvent  ensemble  et  accomplirent  ensemble 
plus  d'un  exploit.  Louis  XII  donna  à  ce  brave  capitaine  le  com- 
mandement des  Estradiots  (V.  le  Loxjal  serviteur,  p.  105,  211, 
238,  249). 

2.  Le  bâtard  de  Nassau  (ou  Nanzau). 

3.  Frédéric  ou  Ferry  de  Mailly,  seigneur  ou  baron  de  Conti,  en 
Picardie,  bourguignon,  célèbre  dans  l'armée  par  sa  bravoure,  et 
grand  ami  de  Bayard.  Par  un  acte  du  l*''  juillet  1501,  Louis  XII 


Août  l 'lOOl  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  (Vj 

le  roy,  et  plusieurs  autres,  ausquelz  le  cordelier  et 
ceulx  de  la  ville  disrent  que,  suppozé  que  force  les 
submist,  n'eussent  estez  les  souldars  de  Ludovic  qui 
tenoyent  le  peuple  soubz  main,  long  temps  avoit, 
heussent  estes  Françoiz,  et  qu'a  eulx  ne  tcnoit  que  la 
place  plus  tost  n'estoit  rendue  ;  par  quoy,  deman- 
doyent  leur  cyté,  comancée  a  desvaster,  a  du  tout 
n'estre  désolée.  Les  AUemans,  bagues  sauves,  deman- 
dèrent chemin,  lesquelz  ainsi  furent  envoyez  :  toutef- 
fois,  les  Normans  et  Gascons  en  destrousserent  plu- 
sieurs et  le  plus  legierement  qu'ilz  peurent  les  mirent  au 
champs.  Tantost  furent  parmy  l'ost  nouvelles  semées 
que  Galyas  et  les  souldartz  d'Alixandrie  avoyent  la 
ville  habandonnée  et  prins  pays,  dont  le  seigneur 
Jehan  Jacques  envoya  ses  gens  au  dedans  pour  prendre 
garde  a  la  place.  Le  seigneur  d'Alegre,  qui  ja  avecques 
sa  bende  estoit  sur  les  champs  pour  donner  la  chace 
a  Galyas,  fut  par  les  lieutenans  du  roy  mandé  venir  a 
la  ville  et  icelle  garder  ;  le  vidame  de  Chartres^ ,  Jacques 

lui  donna  1,100  livres  de  rente;  il  est  qualifié,  dans  cet  acte,  de 
sire  de  Sailly  (ms.  Clair.  782).  II  recevait  400  livres  de  pension 
en  1505  et  600  en  1507;  il  était,  en  1509,  chambellan,  capitaine 
d'Arqués,  sénéchal  d'Anjou.  Après  la  disgrâce  du  maréchal  de 
Gié,  le  roi  lui  donna  la  compagnie  de  cent  lances  que  comman- 
dait le  maréchal,  et  qu'il  avait  mise  sur  un  pied  de  grand  luxe. 
La  fortune  de  Ferry  de  Mail! y  lui  permettait  de  la  maintenir  sur 
le  même  pied.  Ferrv'  fit  campagne  en  1512  et  1513;  malheureuse- 
ment, en  1513,  dans  une  descente  des  Suisses  près  de  Milan, 
n'écoutant  que  son  courage,  il  se  fit  tuer  dans  une  charge  contre 
des  forces  supérieures,  et  sa  belle  compagnie  l'ut  ruinée  et  décimée 
(Tit.  orig.,  Mailly  en  Bourgogne,  n^^  41,  42;  ms.  Clair.  224, 
n»  425;  Brantôme,  le  Loyal  serviteur;  Procéd.  politiq.  du  règne  de 
Louis  XII.  p.  121,  n°  7). 

1.  Jacques  de  Bourbon,  vidame  de  Chartres,  prince  de  Chaba- 
nais,  mort  en  1507. 


70  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

GuibcS  Sainct  Amadour-  et  plusieurs  autres  capitaines 

1.  Jacques  Guibé,  chevalier,  seigneur  du  Chesnay,  capitaine  de 
quarante  lances  de  petite  paye  ordonnées  par  Charles  VIII  en 
Bretagne,  était  un  breton,  de  souche  bretonne;  il  figure  dans  la 
maison  de  la  duchesse  de  Bretagne,  dans  le  Béguin  de  François  II 
(publié  par  M.  de  la  Borderie,  Complot  breton  de  MCCCCXGIJ); 
en  1489,  Anne  de  Bretagne  lui  donne  une  mission  particulière,  il 
passe  des  revues  en  Bretagne;  eu  1491,  il  est  lieutenant  du  prince 
d'Orange  et  ne  cesse  d'appartenir  à  la  maison  de  la  reine.  En  1508, 
il  était  capitaine  de  cinquante  gentilshommes  de  la  reine  (Dom 
Morice,  Mémoires  de  Bretagne,  t.  III,  p.  820,  889,  605,  724-725). 
On  sait  que  Robert  Guibé  fut  le  bras  droit  d'Anne  de  Bretagne 
en  Bretagne,  et  successivement  évêque  de  Rennes,  évèque  de 
Nantes  et  ambassadeur  à  Rome  (ms.  fr.  20978,  fol.  131  :  Diarium 
de  Burchard).  La  famille  Guibé  était  de  Vitré. 

2.  La  famille  de  Saint-Amador  ou  Saint-Amadour,  établie  en 
Bretagne,  y  joua  un  rôle  considérable.  Claude  de  Saint-Amadour 
eut  deux  filles  dont  l'une  épousa  Charles  de  Bretagne,  sire  d'Avau- 
gour,  comte  de  Vertus. 

François  de  Saint-Amador,  chevalier,  seigneur  de  Saint-Amador 
et  Delize,  épousa  une  riche  héritière,  Matheline  Le  Léonnays,  ou, 
selon  Du  Paz,  Marguerite  de  Léonnais.  Leur  fille,  Anne,  épousa 
François  de  Malestroit  (Du  Paz,  p.  195).  C'est  sans  doute  lui  qui 
figure  au  compte  du  Béguin  de  François  II,  duc  de  Bretagne,  sous 
le  nom  de  «  Saint-Amador.  »  «  M.  de  Saint-Amadour  »  reçoit  du 
duc  d'Orléans,  en  1494,  un  cheval  de  poil  (Tit.  orig.,  Saint-Ama- 
dour, n°5  2,  3),  et  il  offre  au  roi,  en  1496,  une  haquenée  de  prix 
(ms.  fr.  2927,  fol.  122).  Il  se  distingue  à  Fornoue  (Récit  de  P'-e  Sala, 
publié  par  M^o  Dupont,  III,  420). 

Jean  de  Saint-Amadour,  seigneur  de  Launay,  qui  doit  être  son 
frère,  valet  de  chambre  de  Charles  VIII,  épousa,  le  20  avril  1494, 
Marguerite  de  Ville,  fille  d'Antoine  de  Ville;  son  contrat  de 
mariage  (Tit.  orig.,  Saint-Amadour,  n"*  6  et  suiv.)  ne  mentionne 
point  ses  ascendants. 

En  1501,  «  M.  de  Saint-Amadour  »  reçoit  de  la  reine  une  pen- 
sion de  480  livres. 

Jean  de  Saint-Amadour,  dont  il  s'agit  ici,  était  capitaine  des 
archers  de  Languedoc  de  la  reine  et  recevait  de  ce  chef  2,400  liv.; 
il  avait  pour  lieutenant  Jacques  de  Curzay.  Le  14  octobre  1502,  il 
fut  nommé  bailli  de  Meaux  (ms.  Clair.  782);  en  1508,  il  occupait 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIE.  71 

entrèrent  dedans  et,  pour  garder  que  les  gens  de  pié, 
qui  ne  demandoyent  que  le  pillage,  ne  fissent  violence, 
se  mirent  aux  portes.  ToutefFoys,  voyans,  iceulx  pie- 
tons  qui  près  de  la  brèche  estoyent,  que  les  premiers 
entrés  avoyent  mys  la  main  aux  bouticques  et  que  de 
bourdons,  lances,  harnoys,  bardes,  chevaux  en  main, 
malles,  boy  tes  et  autres  bagues  legieres  sortoyent 
chargés,  tous  ensemble  se  mutinèrent  et,  par  l'ouver- 
ture des  murailles,  sept  ou  huyt  mille,  a  la  foule,  au 
dedans  entrèrent,  disans  qu'ilz  auroyent  du  butin 
comme  les  autres.  Voyant  le  compte  de  Ligny  iceulx 
en  chemin  de  desroy  et  que  en  propos  dissollu  estoyent 
ahurtés,  leur  vint  au  devant,  l'espée  au  poing,  sur  eux 
chargent  a  tour  de  bras,  en  leur  faisant  deffence,  sur 
ce  que  plus  chier  devoyent  avoir,  que  oultre  ne  missent 
la  marche  et  que,  si  nulle  force  ou  pillage  fasoyenl, 
que  la  corde  telle  raison  en  feroit  que  nouvelles  par- 
tout en  seroient  semées.  Mais  tant  mal  fut  la  deffence 
octorizée  et  la  menasse  de  Loysde  Sainct  Symon,  qui 
d'une  fenestre  a  eulx  parloit,  peu  estimée,  que  pour 
tant  ne  cessèrent,  mais  lascherent  ung  trect  ou  deux 
contre  le  compte  de  Ligny  et  ceulx  qui  leur  desordre 
vouloyent  empescher.  Ainsi,  les  arbalestres  bendées, 
les  picques  et  halbardes  au  poing,  passèrent  outre  et 
partout  commancerent  a  rompre  et  briser  portes  et 
prendre  bagues  et  marchandises  a  tel  pris  qu'ilz  les 
pouhoyent  avoir.  La  chose  estoit  bien  de  peu  d'estime, 
pesante  ou  chaude,  qui  après  eulx  fut  mise  en  reste  ; 

encore  ce  poste,  avec  une  pension  de  la  reine  de  1,200  livres.  La 
même  année,  la  reine  avait  pour  grand  veneur  Jean  de  Saint- 
Amadour  (qui  doit  être  le  même),  avec  une  pension  de  1,300  livres 
(Mémoires  de  Bretagne,  III,  856,  889). 


72  CHRONIQUES  nE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

et  fault  croire  que,  si  les  reliques  de  leurs  prédéces- 
seurs, qui  jadis  en  Alexandrie  furent  occiz,  heussent 
en  argent  esté  enchâssées,  que  en  grantliasart  estoyent 
les  charniers  de  demeurer  vuydes.  Somme,  tout  ce 
qu'ilz  peurent  par  force  prendre  et  emporter,  leur 
sembla  loyal  aquest;  et,  pour  mieulx  la  sollempnité  de 
guerre  célébrer,  après  le  pillage  faict,  par  les  maisons 
souillèrent  le  feu.  Touteffoys,  affîn  que  du  tout  ne 
demourast  justice  irritée,  les  principaulx  acteurs  du 
mutin  furent  pendus  ^ . 

A  la  poursuyte  de  Galyas  et  de  ses  Estradiotz,  furent 
le  grant  maistre  de  France,  le  seigneur  d'Aubijou,  le 
seigneur  de  Chandée,  La  Pahxe,  le  comte  de  Misoc,  le 
seigneur  de  Ghastilhon,  le  senechal  d'Armaignac,  le 
baron  de  Beart,  Robinet  de  Fremezelles,  Louis  d'Ars, 
le  commissaire  Saint  Prest,  Robert  Stuart,  Aubert  du 
Rousset,  le  capitaine  Ymbault,  avecques  leurs  bendes, 
et  tant  d'autres  cappitaines  et  lieutenans,  que  assez 
gens  de  bien  y  avoit  pour  mectre  une  meilleure 
besoigne  a  tin.  Ainsi  chascun  se  mist  sur  le  tracz  des 
fuyans  et  prist  chemin  par  ou  myeulx  pensoit  trouver 
adventure  ;  mais,  ja,  avoient  la  pluspart  des  Lombars 
passée  la  rivière  du  Pau,  qui  grant  avantaige  sur  la 
poursuyte  leur  fut.  Touteffoiz,  tant  furent  hastez  et 
tenuz  de  près  que,  par  les  chemins,  leurs  lances  et 

1.  .leudi,  29  août  1499  (Marino  Sanuto).  Le  siège  avait  com- 
mencé le  lundi.  Claude  de  Seyssel  n'est  donc  pas  fort  exact  quand 
il  dit,  dans  ses  Louanges  du  Bon  Roy  de  France  Louys  douziesme  de 
ce  nom,  que  le  roi  «  ha  acquis  la  seigneurie  de  Lombardie  et  le 
duché,  de  Milan,  qui  luy  appartenoit  par  succession  paternelle,  par 
un  seul  siège  de  la  cité  d'Alexandrie,  qui  ne  dura  fors  dix  ou 
douze  jours,  sans  effusion  de  sang  et  sans  faire  tort  à  personne  » 
(édit.  Godefroy,  p.  42).  ^ 


Août  1499]  LA  PRINSE  D'ALEXANDRIK.  7o 

bourdons,  coffres,  malles,  harnoys  et  plus  de  cent  che- 
vaulx  arrecreuz  et  hors  d'alaine  demeurèrent  ;  et 
n'entendoyent  a  autre  chose  que,  au  plus  brief,  finir 
leur  course,  qui  si  longue  leur  fut  que,  premier  que 
seure  retraicte  heussent  trouvée,  les  ungz  estoyent  par 
les  sentiers  et  voyes  actaintz  et  priz,  les  autres  a  com- 
paignyes  comme  perdriaux  musses  par  les  boys,  et 
les  autres  par  les  champs,  comme  poureux  et  tranciz, 
demeurez  et  arestcs.  Fin  de  compte,  tant  estoyent 
esperduz  et  affoUés  qu'ilz  ne  tenoyent  chemin  ne  voye 
et,  comme  amoliz  et  effemynés,  prendre  et  enmener 
plus  doulcement  que  brebiz  se  laissoyent.  Tel  home 
d'armes  françoiz  y  avoit,  qui  cinc  ou  six  Lombars  a 
sa  mercy  tenoit  prinsonniers  ;  tel  archier,  quatre  ou 
cinc;  telz  coustilleurs  et  varletz,  deux  ou  troys  :  a  celle 
chace,  qui  plus  de  vingt  et  quatre  mille  heut  de  cours, 
maintz  prisonniers  et  chevaulx  furent  conquys  et  gai- 
gnés,  et  plusieurs  villes  et  places  prises  et  soubmises. 
Le  seigneur  de  Sainct  Valier  et  le  viconte  de  Rouhan, 
avecques  vingt  cinc  ou  trente  homes  d'armes,  prindrent 
Vigesve  ',  bonne  ville  et  forte.  Robert  Stuart-,  lieute- 

1.  Vigevano,  où  les  ducs  de  Milan  avaient  leur  grand  château, 
entouré  d'un  parc  splendide.  Ludovic  le  More  y  était  né  le  3  août 
1451.  Il  avait  beaucoup  fait  pour  cette  ville,  reconstruit  son  marché, 
assaini  ses  rues  :  suivant  une  inscription  de  1492,  rapportée  par 
Egidio  Sacchetti  (Vigevano  illustrato,  Milano,  in-4",  1648,  p.  9),  il 
répara  le  château  :  a  Veteres  principum  ffîdes  reformavit.  »  Ce 
château  était  très  fort,  et,  en  1500,  Ludovic  le  More  le  fit  déman- 
teler pour  qu'il  ne  pût  point  servir  aux  Français  (id.,  p.  8). 
Louis  XII  érigea  Vigevano  en  marquisat  et  en  fit  don  à  J.-J. 
Trivulce,  qui,  dès  lors,  porta  ce  titre  et  signa  souvent  Vigevano 
[Catalogue  des  manuscrits  de  la  collection  Lajarriette,  n°  2817);  il 
signait  aussi  Cornes  regius. 

2.  Robert  Stuart,    cousin   fort  éloigné    de   la   famille   rovale 


74  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Aoùl  1499 

nant  de  la  compaignie  du  seigneur  d'Auzon,  acompa- 
gné  de  dix  homes  d'armes,  prist  Galiole^  et  Byogras^, 
deux  assez  bonnes  villes,  aveccjues  grant  force  pri- 
sonniers. Mainctes  autres  choses  dignes  de  mémoire 
par  les  Françoiz  furent  a  ceste  course  faictes,  les- 
fjuelles,  par  deffault  de  toutes  ne  les  avoir  au  réper- 
toire de  mémoire  enregistrées,  au  bout  de  ma  pleume 
et  hors  mon  papyer  sont  en  leur  estre  demourées  : 
mais  toutesfoys  j'en  laisse  le  recueil  au  rapport  de 
ceulx  qui  myeulx  les  sauront  a  la  vérité  commémorer. 


IV. 

La  mort  de  l'argentier. 

Durant  le  siège  d'Alixandrie,  le  seigneur  Ludovic, 
cognoissant  mieulx  a  l'ueil  que  par  augure  l'advenue 
de  son  exterminacion,  voulant  pourvoir  au  besoing 


d'Ecosse,  était,  le  deuxième  des  neuf  enfants  de  Jean  Stuart,  comte 
de  Lennox,  mort  en  Ecosse  en  1494,  et  de  Marguerite  Montgom- 
mery.  Son  frère  aîné,  Mathieu,  comte  de  Lennox,  resté  en  Ecosse 
et  tué  à  Flodden  en  1513,  était  le  grand-père  de  lord  Darnley, 
époux  de  Marie  Stuart,  et,  par  conséquent,  l'aïeul  des  derniers 
Stuarts  et  de  Charles  !«■•.  Robert  vint  en  I^rance,  où  il  épousa  la 
Hlle  de  Bérauld  Stuart  d'Aubigny  et  d'Anne  de  Maulmont  ;  il 
devint  ainsi  comte  de  Beaumont-le-Roger  et  s""  d'Aubigny,  cham- 
bellan, et  bientôt  (en  1504)  capitaine  de  cent  lances  écossaises  des 
ordonnances  et  de  la  garde,  chevalier  de  l'ordre,  maréchal  de 
France  en  1515;  plusieurs  fois  vainqueur  des  Espagnols  en  1536, 
il  mourut  en  1543  (Tit.  orig.,  Stuart  d'Aubigny,  n-»*  18,  19,  21,  22; 
ms.  Clair.  225,  n°  477,  etc.). 

1.  Gravellona,  entre  Yespolate  et  Vigevano. 

2.  Abliiate  grasso. 


Août  1499J  LA  MORT  DE  LARGENTIER.  75 

futur,  délibéra,  pour  sa  derreniere  main,  sur  la  ville 
de  Millan  faire  tout  l'emprunt  que  possible  pourroit 
porter  et,  pour  ce,  transmist  quérir  tous  les  plus  suf- 
fisans  de  la  cité,  lesquelz,  entrés  ou  chasteau,  furent 
par  luy  avertiz  de  son  intention,  en  leur  remonstrant 
que,  de  deux  costés,  d'ennemys  estoit  environné  :  des 
Françoiz,  qui,  ja,  la  pluspart  des  villes  et  places  de  la 
duché  avoyent  conquizes,  des  Venissiens,  qui  ausi  par 
force  tenoyent  la  comté  de  Gremonne,  ausquelz  impos- 
sible estoit  résister  sans  grant  fynence  pour  souldoyer 
et  mettre  sus  grosse  armée  ;  par  quoy,  requist  iceulx 
de  telle  somme  de  ducatz  en  l'heure  luy  fournir  que 
de  la  payer  leur  estoit,  pour  l'eure,  chose  trop  difïi- 
cille.  Toutesfoiz,  pour  esloigner  sa  présence,  luy 
demandèrent  deux  heures  de  terme,  en  luy  promec- 
tant  tout  ce  qu'il  demandoit,  et  sur  ceste  condicion  les 
en  envoya;  lesquelz,  estant  hors  de  ses  dangers,  en 
lieu  de  luy  faire  prochas  d'argent,  contre  luy  firent 
insulte  civille  et  embusche  de  gens  armés.  L'argentier 
de  Ludovic,  ayant  la  ruyneuse  comission  de  deman- 
der les  deniers,  voulut  icelle  excercer  ;  dont  par  tant 
luy  mesadvint  que  par  aucuns  gentishomes  et  autres 
de  la  ville,  lesquelz  de  tous  succides  soy  disoyent 
francz,  fut  souldainement  occiz  et  ses  compaignons 
chacés  et  suyviz  jusques  près  du  chasteau.  Voyant  le 
Maure  la  mort  de  son  serviteur,  l'empeschement  de  la 
denare  et  le  tumulte  du  peuple,  et  que  pour  l'eure 
autre  chose  n'en  pouhoit,  ne  sceut  que  faire  \  fors,  en 
accumullant  double  sur  double,  soy  plus  deffyer  et 


\.  Corio,  Da  Paullo  racontent  ces  événements  d'une  manière 
un  peu  différente. 


76  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Août  1499 

garder  d'ennemys  familiers  que  de  ceulx  qui  luy  fay- 
soyent  guerre  ouverte  ^ . 

Apres  que  la  cyté  d'Alixandrie  fut,  comme  j'ay  des- 
tript,  au  ceptre  de  France  subjuguée,  les  cytoyens  de 
Pavye^,  de  Palme,  de  Plaisance,  de  Gennes^  et  de 
foutes  les  autres  places  et  villes  de  la  duché,  hors  la 
ville  ^  et  chasteau  de  Millau  et  une  autre  seule  place  sur 
les  fins  d'Allemaigne,  nommée  Tyzan^,  apportèrent 
les  clefz  aux  lieutenans  du  roy  et  firent  l'obbeissance. 

V. 

Là  fuite  de  Ludovic. 

Le  seigneur  Ludovic,  qui  sur  les  champs  grant  puis- 
sance de  gens  d'armes  pour  aller  secourir  ceulx  qui 

1.  Il  avait,  dépêché  de  nouveau  à  l'empereur  pour  lui  offrir  la 
Valteline  que  Maximilien  paraissait  convoiter;  il  alla  jusqu'à  lui 
offrir  la  ville  de  Côme,  à  condition  d'un  appui  immédiat.  Il  fai- 
sait aussi  de  pressantes  démarches  auprès  de  la  cour  de  Naples. 

2.  Pavie,  le  23  août,  refusa  de  recevoir  Galeazzo  di  S.  Severino 
(Marino  Sanuto,  II,  1159,  1160). 

3.  La  ville  de  Gênes  était,  à  l'égard  de  la  France,  dans  une 
situation  toute  particulière,  sur  laquelle  nous  aurons  occasion  de 
revenir  avec  .T.  d'Anton.  On  peut  voir,  du  reste,  à  ce  sujet  le 
commentaire  de  T.  L.  Belgrano,  Sulla  dediziom  dei  Genovesi,  dans 
les  Misccllanea  di  sloria  italiana,  t.  I.  Le  roi  lui  donna  comme 
gouverneur  le  sire  de  Ravenstcin  (N.  Gilles,  J.  Bouchet)  et  nomma 
Yves  d'Alègre  gouverneur  de  Savone. 

4.  La  ville  de  Milan  elle-même  comincib  molto  a  Irepidare,  dit 
Gorio.  Les  gens  riches,  craignant  des  troubles,  faisaient  garder 
leurs  maisons  (Da  Paullo). 

5.  Tirano,  dans  la  Valteline,  près  des  sources  de  l'Adda,  à  la 
frontière  nord  du  duché.  Gctte  place  forte  commande  l'entrée  de 
l'Engadine  et  de  la  vallée  du  haut  Adige  par  le  Stilfser  Joch  ;  elle 
ferme  la  vallée  de  l'Adda. 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  77 

soustenoyent  le  siège  a  voit  mys,  voyant  la  fuyte  de  ses 
souidartz  et  par  eulx  sachant  la  prise  d'Alexandrye, 
s'il  heut  dueil  extrême,  a  nul  devoit  sembler  cas  de 
nouvelleté;  car,  si  a  l'humain  fault,  pour  perte  avoir 
a  courroux,  estre  provoqué,  aysant  de  doulleur  ne 
vuyde  de  soucy  ne  devoit  cestuy  estre  :  ausi  n'estoit  il, 
car,  les  nouvelles  ouyes,  comme  en  dueil  amer  trans- 
porté et  de  fureur  esprins,  par  grant  reprouche  dist 
a  Galyas  qu'il  estoit  cause  de  la  perte  de  son  pays  et 
moyen  de  l'exil  de  luy  et  ses  enfans;  auquel  fist  mis- 
sire  Galyas  responce  que,  si  en  Alexandrie  assiégé  en 
son  heu  hust  esté,  pour  la  force  des  murailles  et  puis- 
sance des  gens  d'armes  de  la  ville  n'eust  esté  tant 
asseuré  que,  plus  de  quatre  foys  le  jour,  au  plus  fort 
chasteau  d'Allemaigne  ne  se  fust  souhaidye,  et  que  plus 
besoing  ne  luy  estoit,  pour  avoir  libère  franchise,  ville 
ne  place  en  Lombardye  chercher,  car  au  pouhoir  des 
Françoiz  nulle  deffence  avoit  lieu,  mais  les  choses,  aux 
autres  impossibles,  du  tout  a  eux  estoient  facilles,  et 
que,  s'ilz  vouloyent  d'assault  prendre  la  ténébreuse 
cyté  d'Enffer  et  aller  quérir  Proserpine  et  Erudice', 
que  Gerberus  ne  Pluton  ne  leur  feroyent  résistance,  et 
que,  le  plus  tôt  que,  ses  bagues  saufves,  pourroit  le 
pays  vuyder,  luy  sembloit  estre  le  meilleur  advys,  car, 
ja,  estoyent  aux  champs  les  Françoiz  et  a  chemyn  pour 
aller  mettre  le  siège  a  Millan.  Oyant  le  seigneur  Ludo- 
vic a  son  desavantaige  ainsi  parler  Galyas,  comme 
espriz  de  somme  litargieux,  encline  le  chief  vers  la 
terre  et,  sans  ung  seul  mot  dire,  ainsi  pencif  moult 
long  temps  demeura-;  toutesfois,  ne  fut  de  dueil  tant 

1.  Eurydice,  allusion  à  l'histoire  d'Orphée. 

2.  Son  abattement  fut  extrême;  il  écrivit  à  l'empereur  une  lettre 


78  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  ^Sept.  1499 

perturbé  que,  ce  jour,  ne  tist  trousser  son  bagaige, 
charger  son  charroy,  bien  ferrer  ses  chevaulx,  encof- 
frer  ses  ducatz,  dont  il  a  voit  plus  de  trente  mulletz 
chargés,  et,  en  somme,  son  train  aprester,  pour  le 
lendemain  au  plus  matin  desloger;  et,  soy  voyant  des 
tleaux  de  fortune  tant  aigrement  persécuté  que  du 
pays,  ou  toute  mondaine  Félicité  florist,  estoit  exillé 
et  proffugue,  comme  moings  doublant  le  pouhoir  de 
ses  ennemys  que  l'aguect  hayneulx  de  ses  subgects\ 
sur  lesquelz,  comme  patrycide  tirant,  avoit  mainctes 
exactions  imposées^,  a  son  extrême  affaire  et  derre- 
niere  nécessité  n'oza  la  clef  de  la  duché  de  Millan  (qui 
est  le  chasteau  de  la  ville)  lesser  entre  les  mains  de  ses 
plus  proches  et  cognuz,  mais  en  bailla  la  garde  a  ung 
chevalier  de  Pavye,  nommé  messire  Bertrand  de 
Court^  et,  pour  la  deffence  de  la  place,  plus  de  troys 


publiée  par  Rosmini  (Storia  di  G.  Jacopo  Trwulzio,  I,  322),  qui 
restera  comme  un  monument  de  la  faiblesse  de  ce  malheureux. 
Dès  le  début  de  la  campagne,  il  avait  perdu  courage  et  était 
malade  de  chagrin  (Marino  Sanuto,  passim,  not.  II,  1102). 

1 .  Les  notables  de  Milan  firent  même  une  démarche  auprès  de 
lui  pour  l'inviter  à  quitter  Milan  (Marino  Sanuto,  II,  1209). 
Fr»  Bernardino  Visconli  l'y  décida  (id.,  1228). 

2.  D'après  Gavitelli,  Ludovic  laissait  dans  le  château  de  Milan 
12,000  fantassins  et  240,000  ducats  d'or  {Annales  Cretnonenses, 
p.  225)  qu'il  aurait  voulu  livrer  à  Maximilien  (Marino  Sanuto,  II, 
1209).  D'après  Gorio,  au  contraire,  il  emportait  240,000  ducats. 

La  démoralisation  profonde  de  l'Italie  à  cette  époque,  cause  de 
sa  perte,  se  trahit  largement  dans  la  manière  de  ses  chroniqueurs. 
Rien  n'est  plus  fantaisiste  que  des  textes  comme  le  Dtario  Ferra- 
rese  ou  la  chronique  de  Senarega.  Dans  d'autres,  comme  Da  PauUo, 
la  passion  fausse  singulièrement  les  jugements.  La  probité  de 
Jean  d'Auton  n'en  est  que  plus  estimable. 

3.  Il  la  lui  maintint,  malgré  l'avis  du  cardinal  Ascanio  et  do  ses 
autres  serviteurs,  qui  insistaient  pour  qu'il  donnât  à.  Bernardino 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  79 

mille  souldartz^  payés  pour  six  moys,  luy  laissa, 
avecques  force  vivres  et  bonne  artillerie  %  en  luy 
priant,  sur  toutes  choses,  que  aux  François  ne  autres 
ses  ennemys,  pour  riens  du  monde,  ne  rendist  la  place 
et  que,  sans  point  de  faulte,  ung  moys  ne  resteroit  que, 
avecques  plus  de  trente  mille  Allemans,  ne  vint  a  son 
secours^.  Ainsi  donna  ordre  a  la  garde  du  chasteau  et 

délia  ou  da  Corte  un  collègue.  Il  lui  laissa  pour  l'aider  un  certain 
nombre  d'hommes  de  confiance,  notamment  Filippino  Flisco, 
génois,  Bianchino  di  Palude,  de  Vigevano,  et  autres  (Corio,  Schia- 
vina,  etc.).  Bernardino  da  Corte  était  un  courtisan.  Il  avait  plu  à 
Ludovic  en  faisant  plaquer  sur  le  château,  en  1497,  les  armoiries 
du  duc,  en  lui  suggérant  des  idées  d'impôts  (Smagliati,  cité 
par  M.  Ceruti,  Chron,  de  da  Paullo...).  Ludovic  lui  laissa 
2,000  hommes  et  les  instructions  les  plus  détaillées  :  une  note 
de  signaux  pour  correspondre  avec  la  ville,  pour  informer  de  son 
état,  de  ses  besoins... 

Après  ces  instructions,  da  Corte  l'embrassa  et  lui  dit  adieu 
(Corio;  Marino  Sanuto,  II,  1221). 

1.  2,800,  dit  Corio. 

2.  1,800  pièces  d'artillerie,  d'après  Corio,  2,000  selon  d'autres. 
Le  16  août  1498,  il  avait  écrit  aux  maîtres  des  impôts  {délie 

entrate)  pour  leur  exposer  que,  malgré  les  dépenses  infinies  faites  au 
château,  il  y  avait  encore  des  réparations  nécessaires  à  opérer  aux 
fossés  et  aux  souterrains  qui  le  mettaient  en  communication  avec 
la  campagne;  il  fallait  en  outre  le  fournir  de  vivres.  Ludovic 
n'avait  plus,  disait-il,  rien  dans  son  trésor.  Il  ordonna  de  vendre 
des  biens  confisqués  jusqu'à  concurrence  de  26,000  ducats,  prix 
estimatif  des  travaux  et  fournitures  (C»  Casati,  Vicende  edilizie 
del  castello  di  Milano). 

Il  requit  tous  les  moulins,  à  quatre  milles  à  la  ronde,  et  rem- 
plit le  château  de  farines  et  provisions  de  toute  espèce  (Da  Paullo  ; 
Marino  Sanuto,  II,  1151). 

3.  Suivant  Ciprian  Manente  da  Orvieto  et  Corio,  il  avait  au 
contraire  autorisé  Bernardino  da  Corte  à  se  rendre  au  bout  de 
trois  mois,  si  d'ici  là  le  siège  n'était  pas  levé.  Da  Paullo  parle  de 
trois  mois,  mais  son  récit  se  rapproche  fort  de  celui  de  J.  d'Auton  ; 
Marino  Sanuto,  d'un  mois. 


80  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII.  [Sept.  1499 

au  demeurant  de  son  affaire',  au  myeulx  qu'il  peut-. 
Apres  cjue  la  nuyt  heut  son  cours  révolu  et  donné 
j)lace  a  la  solaire  lumière  ^,  le  seigneur  Ludovic, 
avecques  deux  petiz  enfans*  qu'il  avoit  et  le  surplus  de 
son  arroy,  ou  pouhoient  estre  deux  mille  chevaulx'', 


1.  Suivant  Giprian  iManente  da  Orvieto  (liv.  V),  il  confia  le 
gouvernement  de  Milan  à  huit  citoyens,  Giov.  Francesco  Mar- 
liano,  Giberto  Bonromeo,  Battista  Yisconte,  Ambrogio  del  Maino, 
Alessandro  Grivello,  Girolamo  Cusano,  Pietro  Galarato  et  Bal- 
dassar  Posterla.  Il  fit  solidement  munir  de  provisions  et  d'argent 
le  château  de  Trezzo,  et  en  confia  la  garde  à  Lodovico  Visconti 
avec  2,800  hommes. 

2.  Soit  à  Milan,  soit  même  à  Gôme,  il  se  montra  fort  généreux  ; 
il  restitua  aux  comtes  Borromée  Angleria  et  la  forteresse  d'Arona, 
qu'il  leur  avait  prises  ;  à  Aless.  Grivello,  Galliate;  à  Francesco  Ber- 
nardine Visconti,  la  villa  de  la  Sforzesca  (près  de  Yigevano);  à 
Giov.  Francesco  Marliano,  Mortara;  àAmbr.  del  Maino,  Piopera; 
à  Ant"  Triulzio,  Sartirana;  à  Battista  Visconti,  Villa  Nuova;  à 
Pietro  Gallarato,  Gasolo;  à  Isabelle,  veuve  de  Giov.  Galeazzo 
Sforza,  le  duché  de  Bari  qu'il  lui  retenait  indûment,  etc.,  etc. 
(Gorio).  Par  décret  de  Gôme,  du  3  septembre,  il  confirma  ses  dons 
précédents  au  couvent  des  Grâces  {Arch°  storico  Lomhardo,  1879, 
p.  49-.")l;  Gorio).  G  était  une  pluie  de  bienfaits  et  d'actes  de  justice. 
Les  bénéficiaires  n'en  furent  pas  touchés.  Béatrix  d'Aragon  refusa 
de  confier  son  fils  à  Ludovic,  les  Borromée  se  montrèrent  les  plus 
chauds  amis  des  Français. 

Senarega  prétend  que  Ludovic  abdiqua  en  faveur  de  son  neveu, 
le  fils  d'Isabelle;  cela  n'est  pas  exact. 

3.  2  septembre  1499  (Da  Paullo,  etc.).  Tout  le  monde  le  croyait 
déjà  parti;  il  avait  été  faire  une  dernière  visite  au  couvent  des 
Grâces  (Gorio),  pleurer  sur  le  tombeau  de  sa  femme,  puis  il  avait 
passé  le  reste  de  la  nuit  au  château. 

4.  Ses  deux  enfants  étaient  partis  la  veille  avec  le  cardinal 
Ascanio  Sforza,  son  frère,  et  avec  Lucrezia  Grivelli  (Goliori,  fol.  17), 
qui  fut  prise  par  les  Français  (Marino  Sanuto). 

5.  Avec  Galeazzo  di  San  Severino,  Galeazzo,  Alessandro  et 
Ermes  Sforza,  et  autres.  Senarega  dit  que  500  chevaux  et  4,000  fan- 
tassins accompagnaient  Ludovic.  Gela  est  bien  peu  probable. 


Sept.  1499]  LA   FUITE  DE  LUDOVIC.  81 

se  mist  en  voye  et  prist  son  adresse  vers  Coni  ^  bonne 
ville  et  forte  estant  sur  le  passage  d'AUemaigne,  ou 
illecques  ung  jour  seullement  demeura,  et  tout  son 
charroy  le  plus  tost  qu'il  peut  davant  en  envoya.  A 
son  deppart,  fut  par  les  plus  estimés  misseres  de  la 
ville  jusques  dehors  convoyé-;  et  luy,  soy  voyant  a 
l'issue  du  pays  ou  naiscence,  nourriture  et  félicitante 
vye  avoit  heues,  et  a  l'entrée  de  l'exil  douloureux  ou 
ennuyeuse  fin  luy  failloit  prendre,  comme  tourmenté 
de  peine  mentale,  a  voix  désolée  et  regard  esploré, 
dist  a  ceulx  qui  acompaigner  l'estoyent  venus  que, 
puysqu'aux  embusches  de  fortune  ne  pouboit  plus 
fuyr  et  que  par  malheur  contingent  estoit  du  tout 
déshérité,  myeulx  luy  venoit  a  gré  par  le  glayve  des 
Françoiz  estre  vaincu  et  chacé  que  par  la  force  des 
Venissians  perdre  ung  seul  pié  de  terre,  et  que,  si  les 
gens  d'armes  de  Venize  leur  fasoyent  la  guerre,  que, 
pour  mourir,  a  eulx  ne  se  rendissent  et  que  aux  Fran- 
çoiz sans  faire  deffence  de  bon  vouloir  se  soubmissent  ; 
veu  que  le  demeurant  de  la  duché  estoit  entre  leurs 
mains  et  que  a  la  puissance  d'iceulx  longuement  ne 
pourroyent  durer.  Et,  tout  ce  dit,  avecques  autres 
parolles  lamentables  et  extrêmes  regretz,  prist  congé 
de  la  gent  et  du  pays,  tout  le  long  du  lac,  tirant  vers 
les  fins  des  Allemaignes. 

Or,  a  vuydé  le  seigneur  Ludovic, 
Apres  avoir  fait  el  plyé  son  pac, 
Et  priz  pays,  par  ung  cliemin  oblic, 

1.  Como,  et  non  pas  Coni.  Gorio  raconte  avec  détail  ce  qu'il  y  fit. 

2.  En  revanche  la  populace  se  précipita  sur  les  maisons  de  plu- 
sieurs de  ses  serviteurs,  notamment  sur  les  écuries  de  G.  di 
S.  Severino,  les  pilla,  les  démolit  (Gorio). 

I  6 


S2  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Sept.  1499 

Aux  Allemaignes,  ouLre  les  fins  du  lac; 
Et,  pour  double  qu'on  ne  su^vist  le  trac 
De  son  charroy,  voulant  sauver  son  bloc, 
Ung  bien  matin,  avant  le  chant  du  coq, 
Youlut  brouer  le  terrant  a  pied  sec, 
Comme  fuytif  suyvant  l'ombre  d'ung  roc  : 
Puisqu'il  est  mat,  il  pert  le  jeu  d'eschec. 

Duc  de  Millan  fut  par  hec  et  par  hic. 
Dont  il  est  hors,  qu'est  ung  mauvais  redac; 
Car  exillé  Pont  Françoiz  rie  a  rie, 
Sans  luy  lesser  de  terre  ung  plain  bissac. 
L'eaue  et  le  feu  vouloit  porter  a  rac. 
Disant  avoir  tout  de  hanche  ou  de  croc  ; 
Mais  Fortune,  voulant  vuyder  son  broc 
Et  feu  estaindre,  Ta  du  tout  mys  a  sec, 
Sans  résister  pouhoir  contre  le  choc  : 
Puysqu'il  est  mat,  il  pert  le  jeu  d'eschec. 

S'il  en  devient  triste  et  merencolic. 
Contre  luy  mesmes  a  lasché  le  destrac; 
Car  aux  siens  fut  tant  rude  et  colleric 
Que  a  son  besoing  l'ont  lessé  tout  a  trac, 
Et,  que  piz  est,  tant  foible  d'estomraac 
Que  soustenir  n'a  peu  taille  n'estoc; 
Dont  conviendra  qu'il  en  demeure  au  croc, 
Soubz  main  estrangc  asservy  comme  ung  Grec  ; 
Plus  n'a  pyon,  chevalier,  roy  ne  roc  : 
Puysqu'il  est  mat,  il  pert  le  jeu  d'eschec. 

Prince,  on  luy  a  donné  si  grant  palac. 
Qu'on  Fa  mys  jus  a  l'envers  comme  ung  sac, 
Sans  luy  lesser  puissance  que  de  bec, 
Tant  qu  il  n'y  a  régime  d'almanac 
Qui  relever  le  puisse  de  ce  flac  : 
Puisqu'il  est  mat,  il  pert  le  jeu  d'eschec  ^ 

\.  Cet  événement  inspira  plus  d'un  poète.  V.   not.  Trucchi, 
Poésie  italiane  inédite,  Canti  di  gucrra,  j).  lOi-lOG. 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  83 

Bientost  après  le  départ  du  seigneur  Ludovic,  par 
toute  l'armée  en  furent  nouvelles  espandues  :  dont 
turent  après  envoyés  le  compte  de  Misoc,  le  grant 
escuyer,  Ghastillon,  le  senechal  d'Armaignac  et  Sainct 
Prest,  avecques  leurs  gens  d'armes,  qui  plus  de  vingt 
et  cin  mille  le  long  du  lac  luy  donnèrent  la  chace.  Mais 
si  tost  et  de  si  bonne  heure  deslogea  que  a  temps  gai- 
gna  les  AUemaignes  ;  toutesfoys,  fut  si  de  près  pour- 
suyvy  que  plusieurs  des  siens  furent  par  les  chemins 
priz  et  enmenez;  et,  voyant  les  Françoiz  que  autre 
chose  ne  pouhoyent  faire,  se  mirent  au  retour  avec 
leur  butin. 

Apres  que  Alexandrye  fut  submise  et  domptée  et 
que  Ludovic  a  ses  ennemys  hut  tourné  le  doz,  droict 
a  Pavye  se  mist  l'armée,  et  fut  logé  sur  la  rivière  du 
Pau,  laquelle  avoit  de  lez  demy  mille  ou  plus,  et  moult 
parfonde  et  impétueuse  estoit  :  dont  falut,  a  tout  grans 
bateaux  foncés  et  unys  et  bien  seurement  ancrez  et 
atachez,  icelle  planchoyer  et  ponter. 

Les  lieutenans  du  Roy,  ayans  la  charge  et  manye- 
ment  de  tout  l'affaire  de  la  guerre,  firent  la  chose  si  a 
point  qu'en  moings  d'un  jour  et  demy  gens  d'armes, 
artillerye  et  tout  le  charroy  a  bonne  seurté  passèrent 
outre;  ainsi,  tout  alloit  de  tel  poiz,  mesure  et  ordre 
que  deffaut  de  chose,  qui  a  l'affaire  publicque  hust 
besoing,  n'y  avoit.  Discipline  de  chevallerye  si  bien 
estoit  menée  et  conduyte  que  murmure,  contemps  ne 
autre  desordre  entre  les  gens  d'armes  n'avoyent  place 
auctorizée  ;  justice  severe  si  bien  exécutée  qu'il  n'y  y 
avoit  nul,  tant  influé  fust  il  de  sidère  parvers,  qui 
contre  sa  complexion  ne  soy  gardast  de  mesprendre  ; 
et  tant  estoit  la  corde  preste  a  pugnir  les  malfaicteurs 


84  CHKONIQLES  DK  LOUIS   XII.  [Sept.   l'i9'J 

que,  pour  avoir,  contre  l'esdit  gênerai,  deux  ou  troys 
poules  et  quelque  autre  menu  l'ouraige  priz  et  raviz, 
deu.x  gens  d'armes  lombars  et  ung  varlet  par  la  mort 
du  meffaict  portèrent  les  peines. 

Ouy  avez  comme  la  rivière  du  Pau  fut  pontée,  et, 
durant  ce,  l'armée  faisoit  séjour,  et  illecques  vint  a 
l'ost  l'ambaxade  de  Millan  apporter  les  clefz,  les- 
quelles, par  les  plus  suffisans  de  la  ville,  furent  mises 
entre  les  mains  des  lieutenans  du  Roy,  et  firent  l'obéis- 
sance avecques  les  serments  sur  ce  requis  ;  et,  ce  fait, 
gens  d'armes  délogèrent,  droict  a  Pavye  prenant  la 
voye;  toutes  foys,  nulz  des  piétons  entrèrent  dedans, 
mais  avecques  la  pluspart  de  l'armée  passèrent  outre. 
Le  seigneur  Jehan  Jacques,  le  vidame  de  Chartres,  le 
seigneur  d'Aubijou  et  quelques  autres  capitaines  et 
gentishomes  de  la  maison  du  Roy  furent  en  la  ville,  et 
hurent  le  chasteau  et  le  surplus  de  la  place  entre  les 
mains. 

Le  compte  de  Ligny  estoit  logé  hors  la  ville,  a  la 
Chartreuse,  l'ung  des  plus  beaulx  et  excellans  colliege 
du  monde,  que  fonda  jadis  Jehan  Galeaz,  duc  de  Mil- 
lan, duquel  est  faicte  mencion^  Le  surplus  de  l'osL 
estoit  au  parc  de  Pavye,  ouquel  furent  par  les  Françoiz 
plus  de  cinquante  bestes  fauves  et  rouces,  a  course  de 

1.  La  Chartreuse  de  Pavie,  fondée  en  1396  par  Giov.  Galeazzo, 
en  expiation  de  ses  crimes,  et  érigée  sur  les  dessins  de  Bernardo  da 
Venezia,  était,  en  effet,  dans  toute  sa  splendeur.  Pérugin  l'avait 
déjà  ornée  des  belles  peintures  qui  ont  sans  doute  rendu  son  nom 
si  populaire  parmi  les  Français  de  cette  époque.  Le  mausolée  de 
Giov.  Galeazzo,  dessiné  eu  U90  par  Gai.  Peliegrini,  ne  fut  érigé 
qu'en  1562  ;  en  1499,  une  simple  ??ic«iîo?i  (dans  l'obituaire  ou  dans 
l'église)  rappelait  le  souvenir  du  fondateur.  (Cf.  G.  Magenta,  /  Vis- 
conli  e  gli  Sforza  nel  CastcUo  di  Pavia  e  le  loro  altinenze...) 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  85 

cheval,  prinses  et  tuhées;  et  tant  y  en  avoit  que,  a 
grant  compaignyes  et  trouppes,  comme  hrebiz,  en 
tous  les  lieux  du  parc  on  les  voyoit  marcher  et  cou- 
rir. De  tant  de  boys  de  haulte  fustaye,  de  champs 
floriz,  de  prés  verdoyans,  de  courans  ruisseaux,  de 
cleires  fontaines,  de  maisons  et  jardrins  de  plaisance 
estoit  celuyparc  paré  et  embelly,  que  mieulx  sembloit 
ung  Edem  Paradisique*  que  ung  domaine  terrestre. 
Le  jour  enssuyvant,  droict  a  Millan  fut  l'ost  achemyné 
et  a  my  voye  de  Pavye  et  de  la  cyté  populoze,  une 
nuyt  seuUement,  demeura  l'armée,  et  au  matin  deslo- 
gerent  gens  d'armes,  et  tous  en  arroy  se  mirent  au 
chemin  de  la  ville,  et  sur  l'eure  de  mydy^  furent  les 
ungs  logés  a  ung  mille  près,  les  autres  a  demy,  et  les 
autres  a  touchant  du  parc  et  entour  des  fausbourgs  ; 
tant  que  toute  la  place  estoit  de  Françoiz  environnée. 
Sachant  ceulx  de  la  ville  la  venue  de  l'armée  françoize, 
le  compte  Gayas^,  le  compte  Bernardin^,  le  seigneur 

1.  D'Auton,  qui  peint  l'Enfer  avec  Proserpine  et  Pluton,  con- 
serve au  Ciel  une  couleur  de  Paradis. 

2.  Le  4  septembre  [Rozier  historial). 

3.  Giovanni  Francesco  di  San  Severino,  comte  de  Caiazzo,  frère 
aîné  de  Galeazzo  di  San  Severino,  capitaine  au  service  de  Ludo- 
vic. Il  était  fort  mécontent  de  Ludovic  qui  lui  avait  préféré  son 
cadet  pour  le  commandement  de  l'armée.  11  abandonna  définitive- 
ment, avec  sa  compagnie,  le  parti  de  Ludovic,  lors  de  la  fuite  de 
celui-ci,  et  passa  au  service  de  la  France  qu'il  ne  quitta  plus.  Il 
reçut  immédiatement  de  Louis  XII  le  titre  de  chambellan  et  une 
compagnie  de  cent  lances  (Tit.  orig.,  Saint-Séverin,  n^^  4,  5).  Plus 
tard,  le  roi  lui  donna  la  ville  de  Valenza  avec  le  titre  de  marqui- 
sat (id.,  n°  17).  Il  signait  :  Le  conte  de  Cayace. 

4.  Francesco  Bernardino  Visconte,  dont  il  est  question  ici,  était 
le  citoyen  le  plus  considérable  et  le  plus  considéré  de  Milan.  Plé- 
nipotentiaire de  Ludovic  en  1495  pour  la  conclusion  du  traité  de 
Verceil   (  Marino  Sanuto,   la  Spedizione  di  Carln  VIII  in  Italia, 


86  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XH.  [Sept.  1499 

Frocasse^  et  plus  de  troys  cens  chevaulx  de  la  ville  des 
myeulx  en  point,  a  ung  mille  ou  près  furent  au  devant, 
et  au  logis  du  compte  de  Ligny  et  du  seigneur  Jehan 
Jacques  allèrent,  pour  parler  et  trecter  de  la  façon 
d'entrer  en  la  ville;  et  fut,  par  ceulx  qui  de  Millan 
estoyent  venus,  proposé  que  les  marchans,  bancquiers 
et  autres  plus  riches  doubtoyent  que,  quant  l'armée 
seroit  entrée  que  les  gens  de  pié  ne  leur  fissent  quelque 
force  ou  vyolant  exès  :  par  quoy  supplyerent  les  lieu- 
tenans  du  Roy  que,  pour  evitter  insurrection  populaire, 
iceulx  piétons  et  partye  des  gens  d'armes  pour  l'eure 
n'entrassent  et  que  vivres  assés  et  autres  choses  nec- 
cessaires  leur  envoyroyent,  ce  qui  leur  fut  vouluntiers 
accordé,  et,  avecques  ce,  l'armée  a  cinc  ou  a  six  mille 
de  la  ville  esloignéc.  Le  seigneur  Jehan  Jacques,  accom- 
paigné  de  plusieurs  des  gentilzhomes  de  cheulz  le  Roy 
et  d'autres  gens  d'armes,  entra  ce  jour  en  la  ville*; 
et  la  fut  de  ses  parens  et  autres  ses  cogneuz  honnou- 
rablement  receu.  Autour  de  Millan  quatre  ou  cinc  jours 
séjournèrent  les  Françoiz  et,  ce  pendant,  on  livroit 
les  garnisons;  gens  d'armes  et  piétons  entroyent  en 
la  ville;  on  charryoit  l'artillerye  ;  on  faisoit  tranchées 
et  approches  autour  du  chasteau;  on  parlementoit 
avecques  ceulx  qui  estoyent  dedans,  lesquelz,  tous- 
jours,  pour  Ludovic  tenoyent  bon  et  souvant  contre 

p.  626),  son  capitaine  en  1499,  et  néanmoins  ami  secret  de  Tri- 
vulce,  toujours  dévoué  aux  mesures  pacifiques  et  conciliantes,  son 
influence  modératrice  sur  Trivulce  et  sur  la  population  rendit 
d'inappréciables  services  en  1500,  où  il  joua,  en  toute  circonstance, 
un  rôle  prépondérant.  Au  moment  de  ces  négociations,  il  signait 
Vice-re.  (Marino  Sanuto,  II,  1301.) 

1.  Prato  raconte  cette  entrée  en  détail.  Cf.  Saint-Gelais,  Marino 
Sanuto. 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  87 

lesFrançoiz  deschargeoyent  artillerye,  disans  que  bien 
garderoyent  la  place  et  que  vivant,  sans  leur  mercy, 
n'y  entreroit  ;  et  de  vray,  si  leurs  estomacz  effemynés 
bussent  estes  enflés  de  cueurs  virilles,  bien  pouhoyent 
exécuter  de  fait  ce  qu'ilz  disoyent  de  boucbe  et  contre 
le  pouboir  de  tous  bumains  avoir  longue  tenue,  car 
ilz  tenoyent  bien  soubz  main  l'une  de  plus  avantai- 
geuses  places  du  monde,  dont  la  forteresse,  des  larges 
foussés,  des  tours,  boulouars,  murs,  avant  murs,  fors, 
contre  fors,  saillyes,  retraictes,  contre  mynes,  pos- 
ternes  et  autres  deffences  et  repaires*,  avecques  le  fort 
de  la  Roquete,  je  remetz  au  dire  de  ceulx  qui  myeulx'^ 
les  lieux  auront  visités  ;  mais,  que  quessoit,  plus  de 
doze  cens  pièces  d'artillerye^  et  plus  de  troys  mille 
souldars  avecques  vivres  pour  plus  de  deux  ans  y 
avoit^.  Davant  la  place,  estoyent  les  tranchées  com- 
mancées  et  assise  l'artillerye  pour  batre  le  premier 
fort,  et  ja  estoyent  logés  dedans  la  ville  les  lieutenans 
du  Roy,  plusieurs  autres  capitaines  et  plus  de  doze 
cens  homes  d'armes  avecques  quinze  ou  seze  mille 
piétons,  lesquelz  lousjours  la  place  approchoyent.  Et 
bonne  manière  de  deffence  tenoyent  le  souldartz  du 
seigneur  Ludovic  ;  toutesfoys,  tant  furent,  a  la  parfin, 
de  divers  coups  assailliz  qu'on  leur  fîst  envye  de  rendre 
ce  que  par  force  garder  pouhoyent  et  prendre  ce  que 

1.  Sur  le  château  de  Milan,  on  peut  voir  P.  Jove,  da  PauUo, 
Bouchet,  Nie.  Gilles,  1' }sfo?'e^?ii/iom'ne  (manuscrits),  mais  surtout 
Gohori  (manuscrit),  et  G.  Gasati,  Vicente  edilizie  del  castello  di  Milano. 

2.  Mieux  que  l'auteur.  Il  résulte  de  cette  indication  que  Jean 
d'Auton,  dans  cette  campagne,  avait  été  à  Milan,  mais  qu'il  ne 
put  visiter  le  château  en  détail. 

3.  Deux  mille,  d'après  Nicolle  Gilles. 

4.  V.  p.  79. 


88  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Sept.  \m 

pour  honneur  lesser  devoyent;  et  ainsi,  par  ung  beau 
matin',  le  chastellain  et  ses  souldartz  vuyderent  la 
place  et  dedans  entrèrent  le  compte  de  Ligny,  le  sei- 
gneur Jehan  Jacques,  le  chevalier  de  Louvain,  Poque 
dennare  avecques  leurs  bendes  et  tant  d'autres  gens 
d'armes  de  France  que  trop  plus  difficille  seroit  a 
Ludovic  la  reconquérir  qu'elle  n'a  esté  aux  Françoiz 
facille  a  prendre  ;  et  fault  croire  qu'en  telle  garde  est 
ores  ladicte  place  et  en  si  forte  main  que,  malgré  tous 
les  vcns,  en  tous  les  angletz  de  son  jardrin,  pour  ung 
James  le  noble  lys  florira. 

Toutes  ses  choses  mises  a  fin  et  terminées,  furent 
les  garnisons  ordonnées  estre  mises  au  passages  limi- 
trophes et  places  de  frontière  de  la  duché  de  Millau^. 

La  ville  et  chasteau  et  tout  le  pays  ainsi  renduz  et 
submys  en  l'obéissance  du  Roy,  par  toutes  les  rues  et 
places  chascun  cryoit  :  Finance,  France,  et  de  l'enseigne 
de  la  croys  blanche^  grans  et  petiz  estoyent  parés,  et 

1.  Le  17  septembre  1199.  Cette  reddition  a  été  racontée  de  la 
manière  la  plus  inexacte.  Bernardino  da  Corte  reçut  de  vastes 
domaines,  d'importants  offices.  On  a  dit  à  tort  qu'il  était  mort  de 
honte  peu  après. 

2.  Le  22  septembre,  les  provéditeurs  de  Venise  firent  leur  entrée 
à  Crémone,  où  on  leur  lit  grand  honneur  [Cronaca  di  Cremona). 

3.  On  sait  que  la  bannière  de  France  était  alors  bleue,  chargée 
de  trois  fleurs  de  lis  d'or,  à  bordure  et  hampe  d'or  (ms.  lat.  8132, 
2«  et  3«  miniatures  ;  Album  des  arts  du  moyen  âge,  4°  série,  pi.  XXV)  ; 
mais  les  couleurs  du  roi  étaient  jaune  et  rouge  (voy.  not.  ms. 
fr.  26106,  n"  123),  ainsi  que  son  étendard.  Dans  les  miniatures  du 
ms.  de  Jean  d'Auton  (ms.  5089),  on  trouve  généralement  l'éten- 
dard jaune  et  rouge,  chargé  d'un  porc-épic.  L'infanterie  porte 
également  la  livrée  jaune  et  rouge.  Dans  les  miniatures  du  manus- 
crit de  la  chronique  de  1506-1507  (ms.  5083),  l'étendard  français 
est  partout  l'étendard  jaune  et  rouge,  chargé  d'une  petite  croix 
noire,  assez  semblable  à  celui  des  hussards  de  Chamborant.  au 


Sept.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  89 

des  armes  du  Roy  la  pluspart  des  maisons  ornées  et 
décorées  ;  et  n'y  avoit  ne  Guelphe  ne  Vibelin  qui,  pour 
l'eure,  ne  fussent  bons  François;  mais  si,  par  crainte 


xvni»  siècle.  Dans  les  troupes  françaises,  on  voit,  du  reste,  une 
grande  variété  d'étendards,  la  bannière  rouge  au  soleil  d'or  de 
Charles  VI,  l'étendard  rouge  au  saint  Michel  d'or  de  Charles  VII, 
l'étendard  rouge  et  jaune  à  croix  blanche  (Desjardins,  Recherches 
historiques  sur  les  drapeaux  français,  p.  62  ;  Marbot  et  de  Noir- 
mont,  Costumes  militaires  français,  pi.  XII).  Les  pensionnaires  du 
roi  portaient  un  étendard  jaune  et  rouge,  chargé  à  la  fois  d'un 
saint  Michel ,  d'un  soleil  et  d'un  porc-épic  couronné  (comte  de 
Bouille,  les  Drapeaux  français,  p.  121,  pi.  II).  C'est  cet  étendard 
que  Jean  Perréal  adopta  pour  les  obsèques  de  Louis  XII  ;  il  y 
ajouta  même  la  rose  de  Charles  VII;  dans  l'étendard  destiné  au 
service  de  l'hôtel,  il  remplaça  la  rose  par  une  branche  de  houx. 
La  garde  du  roi  portait  une  bannière  rouge,  carrée,  avec  un  soleil 
à  vastes  rayons  d'or  (comte  de  Bouille,  pi.  VI).  Néanmoins,  on 
voit  par  le  récit  de  Jean  d'Auton  que  la  croix  blanche  était  consi- 
dérée en  Italie  comme  le  signe  français.  M.  Gustave  Desjardins  a 
noté  un  grand  nombre  d'étendards  de  l'époque  marqués  de  ces 
croix  blanches;  mais  la  couleur  de  l'étendard  varie  extrêmement. 
Dans  un  magnifique  manuscrit  fait  à  Gênes  en  1510  pour  Louis  XII, 
le  peintre  attribue  partout  aux  Français  un  étendard  rond  ou 
carré  à  croix  blanche,  sur  champ  la  plupart  du  temps  rouge,  sou- 
vent bleu,  parfois  jaune,  une  fois  rouge  et  jaune.  L'étendard  rouge 
à  croix  blanche  figure  encore  dans  les  mains  des  Français  sur  une 
tapisserie  de  1513,  dans  une  miniature  de  1508  (Ouvr.  cité,  p.  39 
à  41).  Rarement,  il  s'y  ajoute  une  réduction  de  l'écu  de  France, 
aux  trois  fleurs  de  lis  sur  champ  d'azur. 

Dans  les  miniatures  de  1507  du  ms.  fr.  5091,  attribuées  à  Jean 
Perréal,  nous  retrouvons  ces  couleurs  et  ces  divers  étendards, 
notamment  l'étendard  rouge  à  croix  d'or  (6°  miniature).  Dans  la 
quatrième  miniature,  les  gens  d'armes  français  se  reconnaissent  à 
une  croix  rouge.  Quelques  francs-archers  portaient  la  croix  blanche 
(Marbot  et  de  Noirmont),  quehjues  Suisses  la  croix  rouge,  armoi- 
rie  des  Grisons.  Mais  cela  n'avait  rien  de  spécial  à  la  France  ; 
avant  la  campagne,  on  voit  Ludovic  le  More  faire  présent  au  mar- 
quis de  Mantoue  de  deux  étendards,  l'un  aux  armes  de  Milan, 
l'autre  à  croix  blanche  (Marino  Sanuto,  II,  223),  La  livrée  du  duc 


!»0  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Sept.  1490 

qu'ilz  avoycnt  de  perdre  leur  robe\  ou  par  amour 
que  de  nouveau  vouloyent  avoir  aux  Françoiz,  ou  bien 
pour  hayne  qu'il  avoyent  a  Ludovic,  le  fasoyent,  j'en 
lesse  le  déterminer  a  ceulx  qui  la  fin  en  verront  ^ 

Le  Roy,  par  ung  temps  ayant  avecques  la  Royne  en 
France  pris  joyeulx  séjour^,  voulant  au  plus  vray  savoir 
de  Testât  de  la  conqueste  de  sa  duché  de  Millan,  heut 
de  passer  les  mons  propos  délibéré  et,  sur  la  fin  du 
moys  d'aoust,  se  mist  en  voye  avecques  son  arroy, 
et  tant  advença  ses  erres  que,  plus  de  huyt  jour 
davant  la  Sainct  MicheH,  en  la  ville  de  Novaire  fut  a 
séjour^,  et,  de  la,  peu  après,  s'en  alla  a  Vigesve,  ou 
voulut  quelques  jours  faire  demeure.  Pour  vouloir 
commancer  a  seigneurie  possessive  de  ses  pays  con- 
quis prendre,  dedans  la  cyté  de  Pavye  ou  l'excercice 

d'Orléans  avant  son  avènnment  à  la  couronne  était  jaune  iCondi- 
lion  forestière  de  l'Orléanais  au  moyen  âge,  p.  476;  Catal.  Joursan- 
vaull,  w-  G47  et  suiv,),  son  emblème  le  porc-épic.  A  son  avène- 
ment, il  adopta  aussi  le  soleil  traditionnel,  car  au  mois  de  juillet 
1498  on  marque  son  bagage  d'un  soleil  de  laiton  doré  (compte  de 
l'écurie  de  juillet  1498,  ms.  fr.  2927). 

1.  Le  chroniqueur  Gianmarco  Burigozzo,  qui  n'avait  alors  que 
six  ou  sept  ans,  avait  conservé  de  ces  événements  un  vif  souve- 
nir. Il  constate  que  les  Milanais  s'attendaient  à  être  pillés;  tout 
était  sens  dessus  dessous  «  per  modo  che  non  tel  posso  dire;  »  les 
rues  étaient  barricadées... 

2.  On  voit  par  cette  phrase  que  Jean  d'Auton  n'écrivit  sa  chro- 
nique de  1499  que  dans  le  courant  de  1500. 

3.  Il  partit  le  11  septembre  de  Grenoble  pour  l'Italie. 

\.  28  septembre.  Cependant  il  semble  résulter  du  rapport  des 
ambassadeurs  vénitiens  qui  l'accompagnaient  qu'il  ne  put  pas  y 
arriver  avant  le  21  ou  le  22  (Diarii  di  Marino  Sanuto,  II,  1352).  Il 
y  était  le  23  et  il  était  le  26  à  Vigevano,  d'après  Prato. 

5.  Le  23  septembre,  une  proclamation  annonça  à  Milan  l'entrée 
du  roi  et  prescrivit  diverses  mesures  d'ordre  (Da  Paullo,  publ.  par 
Ceruti,  p.  126,  note). 


Oct.  1499]  LA  FUITE  DE  LUDOVIC.  91 

studieux  de  toutes  les  Italles  florist,  ung  raardy,  pre- 
mier jour  du  moys  d'octobre,  fist  son  entrée  tant 
triumphalle  et  sollempnelle  que  a  tousjours  est  digne 
de  commemoracion.  Les  docteurs  regens  et  escoliers 
de  l'université,  gouverneurs  et  potestatz,  avecques 
toute  ]a  comune  de  la  ville,  a  telle  festivité  et  recueil 
honorable  le  receurent  que  la  marge  de  mon  papier, 
pour  au  long  la  chose  descripre,  ne  seroit  suffisante^. 
Outre  le  lac,  a  l'entrée  des  Allemaignes,  avoit  une 
moult  forte  place,  nomée  Tirant^,  de  la  duché  de  Mil- 
lan,  qui  encores  tenoit  pour  le  seigneur  Ludovic,  et 
estoit  icelle  bien  garnye  d'artillerie  et  de  souldartz, 
avecques  vivres  pour  bien  long  temps  ;  pour  laquelle 
soubmectre,  le  Roy  envoya  le  grant  maistre  de  France  •' 
avecques  cinc  cens  homes  d'armes  et  dix  mille  Suyces 
et  grant  charroy  d'artillerie^.  Le  siège  fut  mys  davant 
et  coups  d'artillerie  ruhés  encontre;  et,  après  que 
par  aucun  temps  se  furent  ceulx  de  dedans  deflfendus, 
rendirent  la  place  et  prindrent  chemin^. 

\.  Prato  en  donne  un  récit  détaillé. 

2.  V.  ci-dessus,  p.  76. 

•3.  Le  comte  de  Caiazzo  (Marino  Sanuto,  III,  44). 

4.  D'après  Prato,  le  roi  n'y  envoya  pas  la  moitié  des  forces  indi- 
quées par  Jean  d'Auton  (200  lances,  5,000  Gascons,  deux  grosses 
bombardes  et  de  l'artillerie).  La  soumission  de  la  Valteline  fut 
complète  le  28  octobre  et  Stuart  d'Aubigny  en  fut  nommé  gouver- 
neur. 

D'après  Sanuto,  on  y  envoya  seulement  100  lances,  2,000  fan- 
tassins, 15  pièces  d'artillerie.  Jean-Jacques  licencia  à  ce  moment 
6,000  Allemands  (II,  1351).  Les  Français  avaient,  par  leur  con- 
quête, doublé  leur  artillerie  (id.,  1209). 

5.  La  garde  de  cette  importante  place  fut  confiée,  par  la  suite,  à 
Philippe  et  Antoine  de  Bessey,  avec  cinquante  morte-paies  (ms. 
fr.  25784,  n»^  100,  106).  Guichardin  dit  à  tort  que  les  Suisses  s'en 
emparèrent  de  suite. 


92  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  1499 

VI. 

L'entrée  de  Millan^ 

Le  dimenche,  sixiesme  jour  d'octobre,  entour  les 
troys  heures  après  mydy,  dedans  la  populoze  ville 
de  iMillan,  avecques  arroy  triumphant  et  honorable 
recession  fist  le  Roy  son  entrée  magnifique^,  et  au 
devant  de  luy  furent  les  cardinaulx  légat ^  et  Pétri  ad 
Vincula^,  avecques  huyt  ou  dix  evesques;  le  gêne- 
rai des  Humiliés^  et  tous  les  collieges  de  la  cyté 
en    procession    sollempnelle  ;    le   duc    de    Ferrare  ^, 

1 .  Prato  a  donné  aussi  un  récit  détaillé  de  cette  entrée. 

2.  Le  roi,  selon  le  rapport  des  ambassadeurs  vénitiens,  avait 
revêtu  le  costume  ducal,  manteau  et  béret  blancs,  fourrés  de  vair 
gris.  Il  portait  un  justaucorps  d'or,  et  son  cheval  était  capara- 
çonné d'or. 

3.  Le  cardinal  Jean  Borgia,  neveu  et  légat  d'Alexandre  VI  dans 
les  Marches  et  TOmbrie  et  son  envoyé  près  de  Louis  XII  à  titre 
extraordinaire.  Il  périt  en  1500  de  la  manière  la  plus  tragique, 
encore  très  jeune. 

4.  Le  cardinal  Julien  de  la  Rovère,  cardinal-légat  en  France 
depuis  de  longues  années,  chargé  l'année  précédente  d'amener 
César  à  la  cour  de  France  et  d'accompagner  Louis  XII  dans  son 
voyage  à  Nantes.  On  sait  qu'il  devint  Jules  IL 

5.  Girolamo  Landriano,  chef  du  gouvernement  provisoire,  dont 
faisaient  partie  plusieurs  membres  du  cortège  :  Francesco  Bcrnar- 
dino  Visconte,  le  comte  Bernardin;  Giberto  Borromeo,  le  comte 
Gnybert...  Les  Humiliés  étaient  un  ordre  fondé  en  1180  à  Milan  : 
ils  étaient  connus  à  Milan  sous  le  nom  populaire  de  frali  bianchi 
di  Brera.  Ils  avaient  construit,  vers  la  fin  du  xni"  siècle,  l'église 
du  Saint-Esprit,  près  de  la  porta  Giovia  et  du  château.  Girolamo 
Landriano,  tout  dévoué  aux  Sforza,  fut  un  des  chefs  de  la  révolte 
de  1500. 

6.  Ercoie  d'Esté,  duc  de  Ferrare,  prince  relativement  juste  et 


Oct.  1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLA.N.  93 

le  marquis  de  Mantoue  ' ,  le  marquis  de  Cou- 
bon,  beau-père  de  Ludovic,  à  qui  il  avait  donné  sa  fille  Béatrix 
(morte  en  1497).  Son  fils,  Alfonso,  avait  épousé,  en  1490,  Anna- 
Maria  Sforza  (Veniuri,  Anna-Maria  Sforza,  sposa  ad  Alf.  d'Esté. 
Firenze,  1880)  et  figurait,  en  149i,  dans  le  cortège  de  Charles  VIII 
à  son  entrée  à  Florence  (Arch.  de  la  Loire-Inférieure,  E.  235).  Son 
autre  fils,  Hippolite,  était  archevêque  de  Milan  et  le  plus  intime 
appui  de  Ludovic,  dont  il  partageait,  en  ce  moment  même, 
l'exil  en  Allemagne.  Ercole  avait  cherché  à  s'entendre  avec  les 
Vénitiens  et  avait  même  été  à  Venise  au  mois  de  mars  1499;  il 
ne  crut  pas  pouvoir  secourir  son  gendre.  A  l'annonce  de  l'arrivée 
de  Louis  XII,  il  envoya  au-devant  de  lui  l'ambassadeur  Niccolô 
Blanchi,  avec  deu.x:  de  ses  fils,  Alfonso  et  Ferrando;  lui-même  s'y 
rendit  ensuite  de  sa  personne,  avec  une  escorte  d'honneur  de 
500  cavaliers.  Louis  XII  le  reçut  très  affectueusement,  lui  et  le 
duc  de  Mantoue,  son  gendre  ;  il  affecta  de  le  bien  traiter  en  pré- 
sence des  ambassadeurs  vénitiens,  lui  confia,  dit-on,  les  instances 
des  Vénitiens  pour  s'emparer  de  Ferrare,  lui  promit  sa  protection, 
autorisa  le  retour  d'Hippolite  d'Esté  à  Milan.  Ercole  fit  prendre  à 
Ferrare,  dès  le  10  octobre,  son  équipage  de  faucons  et  ses  léopards, 
et  donna  au  roi  de  grandes  chasses.  Son  fils  Alfonso  revint  à  Fer- 
rare le  22  octobre,  le  duc  lui-même  le  6  novembre;  son  second  fils 
Ferrando  resta  au  service  de  Louis  XII  (Prizzi,  Memorie  de  la  storia 
di  Ferrara,  t.  IV;  Guasp.  Sardi,  Historié  Ferraresi  ;  Diario  Ferra- 
rese).  Ercole  revint  enchanté  du  roi  et,  dès  le  14  novembre,  son  fils, 
le  cardinal  Hippolite,  rentra  à  Ferrare. 

Les  Vénitiens,  ses  adversaires  et  les  alliés  jaloux  de  Louis  XII, 
prétendaient  que,  de  Milan  même,  Ercole  nouait  une  ligue  avec 
l'Angleterre,  l'Espagne  et  l'Allemagne  contre  la  France  (Marino 
Sanuto,  III,  36);  ils  durent  reconnaître  sa  soumission. 

1 .  Giovanni  Francesco  Gonzaga,  marquis  de  Mantoue,  était  beau- 
frère  de  Ludovic.  Né  le  10  août  1466,  fils  aîné  de  Frédéric  I"  et 
de  Marguerite  de  Bavière,  il  avait  épousé,  en  1490,  Elisabeth 
d'Esté,  fille  d'Hercule.  Son  père,  gonfalonier  de  l'église  romaine, 
était  un  prince  ami  des  lettres.  Elisabeth  d'Esté  apporta  à  Man- 
toue la  même  tradition;  elle  était  l'inspiratrice  et  le  conseil  lit- 
téraire de  Gai.  de  Carretto  {Miscellanea  di  storia  italiana,  XI,  364, 
lettre  de  del  GarrettoX  Quant  à  lui,  condottiere  au  service  des  Véni- 
tiens, il  se  fit  battre  par  les  Français  à  Fornoue  de  la  manière  la 


94  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  ii99 

tronne^  le  compte  Gayas,  le  compte  Bernardin  2,  le 

plus  éclatante;  ce  qui  n'empêcha  pas  la  gratitude  des  Vénitiens, 
«  per  ia  detta  vittoria,  »  de  lui  allouer  10,000  ducats,  une  pension 
de  'îiOOO  ducats  pour  lui  et  de  1,000  pour  sa  femme,  et  le  titre  de 
capitaine  général  (Gionta,  Fior.  délie  chroniche  di  Manlova,  p.  74  ; 
Maffei,  Annali  di  Manlova  ;  Aimé  Ferraris,  Histoire  généalogique  de 
la  maison  impériale  et  royale  de  Gonzaga)  ;  Mantegna  peignit  même 
à  ce  propos  la  célèbre  Madonna  délia  Vittoria  [Archivio  storico  lom- 
bardo,  1883,  p.  455). 

Tout  d'abord  capitaine  de  Ludovic,  son  beau-frère,  il  abandonna, 
dit-on,  sa  cause  par  jalousie  pour  Galeazzo  di  San  Severino;  quoi 
qu'il  en  soit,  comme  descendant  de  Charlemagne,  il  n'hésita  pas 
à  se  rapprocher,  plus  tard,  intimement  des  vaincus  de  Fornoue  : 
Louis  XII  lui  donna,  à  Milan,  une  pension  considérable  (compte 
de  1502,  ms.  fr.  2927)  et  une  compagnie  de  50  lances  (ms.  fr.  25784, 
Xi"  126;  Belleforest  et  autres  disent  à  tort  100  lances). 

Il  avait  deux  frères  (Sigismond,  cardinal,  évêque  de  Mantoue,  et 
Jean,  que  nous  retrouverons  plus  tard)  et  trois  sœurs  :  Claire  Gon- 
zaga, mariée  en  1481  à  Gilbert  de  Bourbon,  comte  de  Montpen- 
sier,  espèce  de  folle  dépensière,  le  désespoir  de  la  famille  de  Bour- 
bon ;  Elisabeth,  mariée  en  1486  au  duc  d'Urbin  ;  Madeleine,  mariée 
en  1489  à  Jean  Sforza,  seigneur  de  Pesaro.  Il  mourut  en  1519. 

1.  Guillaume  de  Poitiers,  baron  de  Clérieu  ,  sire  d'Aramou, 
Valabrègue,  etc.,  marquis  de  Gotrone  en  Calabre  (par  suite  des 
prétentions  sur  cette  terre  apportées  dans  la  maison  de  Poitiers 
par  Polyxène  Ruffo,  seconde  femme  de  son  grand-père,  Louis  de 
Poitiers).  Chambellan  et  capitaine  de  Monllhéry  sous  Louis  XI, 
en  1496  il  obtint  le  gouvernement  de  Paris  et  reçut  du  roi  6,000  1. 
comme  appoint  pour  dédommager  le  sire  de  Ghaumont  ;  en  1497,  il 
fut  ambassadeur  en  Espagne  (ms.  fr.  10237,  fol.  110),  puis  en  Ecosse. 
Louis  XII  le  fit  chevalier  de  l'ordre  à  son  sacre  et,  le  11  juin  1498, 
lui  donna  600  livres  pour  faire  faire  un  collier  de  l'ordre.  Il  mou- 
rut le  2  mai  1503.  Dès  1478,  il  recevait  une  pension  de  1,600  flo- 
rins dauphinois;  cette  pension  s'éleva  successivement,  et,  au 
moment  de  sa  mort,  il  recevait  4,000  livres,  sans  compter  ses  gages 
et  émoluments  (Til.  orig.,  Poitiers,  n'^'^  143-144,  156-157,  159, 
163-165,  168,  172,  178;  A.  de  Gallier,  Essai  sur  la  baronnie  de 
Clérieu) . 

2.  Visconte. 


Oct.  1499]  L'ENTREE  DE   MILLAN.  95 

compte  Guybert,  le  compte  Philipes,  le  compte 
Ludovic \  le  compte  Lancelot",  le  seigneur  For- 
casse  %  le  seigneur  Guybert  da  Carpy^,  le  seigneur 
Nicolas  de  Gorese^,  le  seigneur  Lunel''  et  tous  les 
magnâtes  et  principaulx  gubernateurs,  avecques 
toute  la  noblesse  du  pays,  en  ordonnance  embel- 
lie de  pompeuse  magnificence  ~  ;  lesquelz ,  a  ung 
mille  ou  près,  hors  la  ville,  rencontrèrent  le  Roy, 
si  bien  acompaigné  que  le  pouhoir  de  ma  plume 
plye  soubz  la  descripcion  de  ce  ;  mais,  que  quessoit, 


1.  Les  comtes  Philippe,  Ludovic,  Guybert  sont  les  comtes 
Filippo  ou  Filippone  Borromeo,  Lodovico  Borromeo,  Giberto 
Borromeo,  chefs  du  parti  français  à  Milan.  Les  Borromei  et  les 
Pallavicini  étaient,  à  cette  époque,  considérés  comme  les  deux 
plus  grands  feudataires  du  Milanais  [Historia  délia  famiglia  Borro- 
mea,  manuscrite,  parle  P.  Gius.  de  Guastalla,  ms.  ital.  814,  fol.  44). 
Le  bruit  courait  qu'il  y  avait  un  mariage  conclu  entre  le  comte  de 
Misoccho,  fils  de  Trivulce,  et  la  fille  de  Giov.  Borromeo,  le  chef  de 
la  famille  (Marino  Sanuto,  II,  1-229). 

2.  Le  comte  Lanziloto,  personnage  marquant  de  Milan,  en 
dernier  lieu  commissaire  de  Ludovic  à  Lecco  (Marino  Sanuto). 

3.  Malgré  ce  zèle,  Louis  XII  le  renvoya  à  Ferrare.  Fracassa  y 
arriva  le  22  octobre  (Diario  Ferrarese). 

4.  Le  célèbre  Gilberto  Pio,  seigneur  de  Carpi,  gendre  de  Jean 
Bentivoglio. 

5.  Le  célèbre  poète  Niccolô  da  Correggio,  fils  de  Niccolô  da  Gor- 
reggio  et  de  Béatrix,  sœur  naturelle  du  duc  Ercole  de  Ferrare. 
Béatrix  avait  épousé,  en  secondes  noces,  Tristano  Sforza  et  mou- 
rut en  novembre  1497,  à  Milan  (Frizzi,  Memorie  de  la  storia  di 
Perrara,  t.  IV,  p.  184). 

6.  Jean  d'Auton,  probablement,  entend  parler  de  Michèle  Remo- 
lino,  conseiller  intime  du  duc  de  Valentinois  et  son  ambassadeur 
habituel. 

7.  Prato  énumère  leurs  pompeuses  et  formidables  suites.  Le 
moindre  ambassadeur  était  escorté  de  25  chevaux  ;  le  duc  de  Fer- 
rare en  avait  500,  la  plupart  1 00  ou  150. 


96  CHRONIQUES   DE   LOUIS  Xll.  [Oct.  l'iiW 

illecques  estoyent  le  cardinal  d'Aml)oise  \  l'evesque 
de  Baveux-  et  de  Paluau^  et  plusieurs  autres  prelatz 

4.  On  n'attend  pas  ici  une  notice  sur  le  cardinal  Georges  d'Am- 
boise,  mais  comme,  à  partir  de  l'avènement  de  Louis  XII,  tous 
les  membres  de  la  famille  d'Amboise  ont  joué  un  rôle  très  impor- 
tant, il  est  nécessaire  d'indiquer  la  composition  de  cette  famille. 
Georges  d'Amboise,  cousin  et  grant  amy  du  roi  (ms.  fr.  25718, 
lettre  de  Louis  XII  du  13  juin  1504),  appartenait  à  la  branche 
cadette  de  la  famille  d'Amboise,  la  branche  aînée  s'étant  éteinte 
en  1469  dans  la  personne  de  Louis,  vicomte  de  Thouars,  qui  n'avait 
laissé  que  trois  filles.  La  troisième  de  ces  filles,  Marguerite  d'Am- 
boise, était  mère  de  Louis  de  la  Trémoille.  Pierre  d'Amboise  de 
Chaumont,  chef  de  la  branche  cadette,  épousa  Anne  de  Bueil  et 
il  en  eut  neuf  filles  et  sept  fils.  Trois  de  ses  filles  furent  religieuses  ; 
les  six  autres  épousèrent  :  Catherine,  Tristan  de  Castelnau,  seigneur 
de  Clermont-Lodève  ;  Marie,  Georges  de  Hangest,  seigneur  de  Gen- 
lis;  Anne,  Jacques  de  Chazeron  ;  Marguerite,  Jean  Crespin,  baron 
du  Bec,  maréchal  de  Normandie;  Louise,  Guillaume  Gouffier,  sei- 
gneur de  Boissy.  Les  sept  fils  furent  :  Charles  de  Chaumont,  si 
célèbre  par  ses  démêlés  avec  Louis  XI  et  dont  la  mort  en  1482  fut 
un  si  grand  événement;  Jean,  évêque  de  Maillezais,  puis  de  Luçon  ; 
Émery,  devenu  grand  maître  de  Rhodes  en  1503  ;  Louis,  évêque 
d'Albi  depuis  1473,  le  conseiller  intime  de  Louis  XI  et  de  Louis  XII 
et  dont  le  rôle  fut  également  très  important  sous  Charles  VIII  ; 
Jean,  seigneur  de  Bussy,  gouverneur  de  Chaumont  en  Champagne  ; 
Pierre,  évêque  de  Poitiers,  qui  mourut  en  1505  extrêmement  riche; 
Jacques,  abbé  de  Jumièges  et  évêque  de  Glermont;  le  cardinal 
Georges  et  enfin  Hugues  ou  Huet  d'Amboise,  seigneur  d'Aubijoux, 
tige  de  la  famille  d'Aubijoux. 

2.  René  de  Prie,  fils  d'Antoine  de  Prie  et  de  Madeleine  d'Am- 
boise; il  fut  successivement  et  simultanément,  à  partir  de  1473, 
abbé  de  Notre-Dame  de  Landais,  du  bourg  de  Déols,  de  Sainte- 
Marie  de  Lcvroux,  grand  archidiacre  de  Bourges,  protonotaire, 
doyen  de  Saint-Hilairc  de  Poitiers,  abbé  de  Saint- Mesmin  de  Micy, 
évêque  de  Lectoure,  de  Bayeux,  de  Limoges,  abbé  de  Lyre,  grand 
aumônier  du  roi,  cardinal  (en  1506)  du  titre  de  Sainte-Sabine;  il 
fut  le  grand  organisateur  du  concile  de  Pise  (ms.  fr.  2928,  fol.  14). 
11  mourut  en  1519.  Il  était  inscrit  parmi  les  pensionnaires  du  roi 
pour  une  somme  de  1,000  livres  (compte  de  1503,  ms.  fr.  2927). 

3.  Les  mois  et  de  Paluau  ont  été  ajoutés,  après  coup,  en  inter- 


Oct.  1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  97 

et  pesonnages  dignes  de  très  reverendz  salus  ;  le  duc 
de  SavoyeS  le  duc  de  Valentinoys^  le  duc  d'Alba- 

ligne,  dans  le  texte,  et  mal  placés.  Il  s'agit,  non  de  l'évêque  de 
Palluau  (où  il  n'y  avait  pas  d'évêché),  mais  d'un  jeune  homme, 
Jean  Brachet,  sire  de  Palluau,  fils  de  Gilles  Brachet,  baron  de 
Meignat,  etc.,  et  de  Charlotte  Tranchelion,  dame  de  Palluau.  Il 
épousa  Jeanne  de  Blanchefort  (l'abbé  de  MaroUes,  Les  Histoires  des 
anciens  comtes  d'Anjou...,  II^  partie,  p.  48),  fille  de  Jean  de  Blan- 
chefort, maire  de  Bordeaux.  Leur  contrat  est  du  30  janvier  1502- 
1503  (ms.  Clair.  224,  n.  421).  Charles  Tranchelion,  panetier  du  roi, 
gardait  aussi  le  surnom  de  Paluau  (ms.  fr.  2927,  fol.  27). 

1.  Philibert  de  Savoie  montrait  un  grand  empressement  auprès 
du  roi;  il  ne  le  quitta  pas  et,  à  son  retour,  il  l'escorta  même  jus- 
qu'à Grenoble  {Epitomse  historien  Dominici  Machanei). 

2,  Le  roi  venait  d'ériger  en  duché  le  comté  de  Valentinois,  qu'il 
avait  donné  à  César  Borgia  l'année  précédente.  Les  papes  préten- 
daient au  comté  de  Valentinois,  par  suite  de  leurs  possessions 
d'Avignon  ;  c'est  sans  doute  ce  motif  qui  fit  choisir  le  fief  du  Valen- 
tinois par  Louis  XII,  comme  don  à  faire  à  César  ;  il  éteignait  ainsi 
une  vieille  réclamation.  Aymar  de  Poitiers,  seigneur  de  Saint- 
Vallier,  élevait  également  des  prétentions  à  la  possession  du  Valen- 
tinois; le  roi  lui  donna  en  échange  le  grenier  à  sel  du  Pont-Saint- 
Esprit  (fr.  26106, -n"  106),  ce  qui  n'empêcha  pas  le  fils  d'Aymar  de 
tenter  une  revendication  en  justice  du  comté  de  Valentinois. 

Nous  avons  une  quittance  de  César  Borgia  de  ses  gages  de  capi- 
taine de  100  lances  (300  livres  par  an),  datée  du  25  de  ce  même 
mois  d'octobre  1499.  La  date  est  même  écrite  de  sa  main,  et  Borgia, 
qui  précédemment  signait  :  «  César  de  Borgia,  duch  de  Valen  »  (TH. 
orig.,  Borgia,  n"  2),  signe  celle-ci  :  «  César  ».  Il  est  intitulé  dans 
l'acte  ;  «  Cezar  Borgia  de  France,  duc  de  Vallentinois,  conte  de 
Diez,  seigneur  d'Issodun  et  cappitaine  de  cent  lances  de  l'ordon- 
nance. »  (Id.,  n°  3.) 

On  sait  que  César  Borgia  venait  d'épouser  Charlotte  d'Albret,  fille 
d'Alain  d'Albret,  l'une  des  personnes  les  plus  belles  et  les  plus  accom- 
plies do  la  cour.  Il  avait  laissé  en  France  sa  femme  enceinte,  et  vrai- 
semblablement il  ne  la  revit  que  bien  plus  tard.  Charlotte  d'Albret 
se  réfugia  dans  la  piété  et  dans  le  goût  des  arts.  Affectueusement 
attachée  à  Jeanne  de  France,  elle  acheta  près  de  Bourges,  le  20  juin 
1504,  le  château  de  la  Motte-Feuilly,  qu'elle  remplit  de  tapisseries 
et  de  beaux  objets.  Elle  y  menait  un  train  princier,  plus  princier 
I  7 


98  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII.  [Oct.  1499 

nye\  messeigneurs  Phelipes  de  Ravestain^,  le  compte 

que  celui  de  la  duchesse  de  Berry  (v.  Bonaffé,  Inventaire  des  biens 
de  Charlotte  d'Albrel).  Elle  eut  une  fille  qui  épousa,  par  la  suite, 
Louis  de  la  Trémoille. 

1.  Jean  Stuart,  duc  d'Albany.  Alexandre  Stuart,  deuxième  fils 
de  Jacques  II,  roi  d'Ecosse,  créé  en  1452  duc  d'Albany,  se  révolta 
contre  son  frère  Jacques  III  ;  repoussé,  il  se  réfugia  en  France,  s'y 
maria  et  y  mourut.  La  France  lui  faisait  une  pension  de  2,400  liv. 
Son  fils  Jean,  régent  d'Ecosse  sous  Jacques  V,  servit  activement 
la  France;  il  mourut  gouverneur  du  Bourbonnais  en  1536.  Il 
épousa  Anne  de  Boulogne;  en  1498,  il  reçoit  1,500  liv.  de  pen- 
sion, 2,000  en  1506;  après  1508,  il  ajoute  à  son  titre  celui  de 
comte  de  la  Marche,  puis  de  comte  de  Lisleman.  En  1502,  il  com- 
mandait une  compagnie  de  100  lances,  en  garnison  à  Bordeaux 
(ms.  Clair.  240,  p.  559;  Tit.  orig.,  Stuart,  n»^  2-11,  15;  Stuart 
d'Aubigny,  15).  Il  fut  envoyé  à  Rome,  et  l'on  possède  encore  sa 
correspondance  (ms.  fr.  3075).  C'était  un  homme  blond,  à  la  barbe 
courte,  aux  lèvres  minces  et  serrées,  aux  yeux  perçants,  à  la  figure 
hardie,  intelligente,  d'une  expression  opiniâtre  et  un  peu  dure 
(Rouard,  François  /e""  chez  M""^  de  Boisy,  pi.  XII). 

Le  roi  faisait  à  son  ancien  gouverneur,  Antoine  «  Contour,  »  une 
pension  de  120  livres  (compte  de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu). 
Le  duc  d'Albanie  recevait  1,500  liv.  (Id.) 

2.  Philippe  de  Glèves  et  de  la  Marck,  seigneur  de  Ravenstein, 
fils  d'Adolphe  de  Clèves  et  de  Béatrix  de  Portugal,  mort  en  1528. 
Il  épousa  Françoise  de  Luxembourg,  dame  d'Enghien;  d'abord 
gouverneur  des  Pays-Bas,  il  commanda  ensuite  la  cavalerie  de 
Maximilien  contre  les  Français  à  Guinegate.  Cousin  de  Louis  XII 
(fils,  comme  on  sait,  de  Marie  de  Glèves),  il  avait  déjà  ressenti  les 
bons  offices  de  Charles  VIII,  qui  en  1191  lui  fit  à  l'Écluse  d'im- 
portants envois  d'argent.  Louis  XII,  dès  son  avènement,  lui  assi- 
gna une  pension  de  14,000  liv.  et  lui  fit,  en  outre,  un  présent  de 
4,000  liv.  On  voit  que  le  premier  commandement  important  fut, 
pour  le  sire  de  Ravenstein,  le  présage  d'un  rôle  considérable  (Tit. 
orig.,  Clèves,  n^^  14-18,  22-31  ;  compte  de  1409,  Portefeuilles  Fon- 
tanieu). 

Les  Clèves  n'étaient  pas  riches;  selon  un  usage  assez  fréquenta 
l'époque,  Jean,  Philippe  et  Marie  de  Clèves  renoncèrent,  le  6  fé- 
vrier 1488-1489,  à  leur  part  dans  l'héritage  de  leur  aïeul,  le  duc  de 
Brabant,  en  faveur  de  leur  frère  aîné,  Engilbertde  Glèves.  En  1486, 


Oct.  1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  99 

de  GuyseS  le  compte  de  Ligny,  l'infent  de  Fouez^,  le 
compte  de  Duiioys',  le  sire  de  la  Trimoille",  le  seigneur 

ils  avaient  renoncé  pareillement  aux  biens  de  leur  mère,  pour 
aider  leur  frère  à  soutenir  son  rang  (fr.  4730,  fol.  72;  fr.  4789, 
fol.  1-4;  fr.  2894,  fol.  112).  Il  est  vrai  que  cette  renonciation  a  été, 
plus  tard,  révoquée  en  doute  [Inventaire  de  la  maison  de  Nevers, 
ms.  fr.  11876-77). 

Malgré  tout,  ce  n'est  pas  sans  un  certain  étonnement  qu'on  voit 
ensuite  le  sire  de  Ravenstein  se  mettre  à  la  solde  du  duc  de  Savoie 
(ms.  fr.  2812,  fol.  2). 

\.  Jacques  d'Armagnac,  comte  de  Guise,  puis  duc  de  Nemours. 
Nous  en  parlerons  plus  loin. 

2.  L'infant  de  Foix  était  le  célèbre  Gaston  de  Foix,  depuis  duc 
de  Nemours  et  Folgore  di  guerra  [Annali  di  Fcrmo,  publiées  par 
G.  de  Minicis),  tué  à  la  bataille  de  Ravenne  le  11  avril  1512,  à 
vingt-trois  ans.  Il  était  fils,  comme  on  sait,  de  Jean  de  Foix,  vicomte 
de  Narbonne,  et  de  Marie  d'Orléans,  demi-sœur  du  roi.  Le  roi 
Taimait  comme  un  fils.  En  1499,  ce  n'était  encore  qu'un  enfant. 

3.  François  d'Orléans,  comte  de  Dunois,  petit-fils  du  célèbre 
Dunois,  et,  par  conséquent,  cousin  du  roi. 

4.  La  personne  de  Louis  II  de  la  Trémoille  est  assez  connue  pour 
que  nous  n'ayons  pas  à  en  parler  ici.  A  la  tète  d'une  grande  fortune 
personnelle,  il  avait  épousé,  en  1484,  Gabrielle  de  Bourbon  ;  il 
gagna  la  bataille  de  Saint- Aubin-du-Cormier,  assista  au  mariage 
de  Charles  YIII,  fit  la  campagne  de  1495,  brilla  à  Fornoue.  Le 
soldat  aimait  sa  bonne  grâce  et  sa  libéralité  ;  on  l'appelait  Vraye- 
Corps-Dieii,  à  cause  de  son  juron  habituel.  La  Trémoille  avait  pris 
pour  fanion  une  flamme  jaune  à  bordure  noire  à  deux  lisérés  blancs, 
avec  une  roue  comme  emblème  et  la  devise  :  «  Sans  sortir  de  l'or- 
nière »  (comte  de  Bouille,  les  Drapeaux  français,  p.  133).  On  voit 
ce  fanion  dans  les  miniatures  du  ms.  de  Jean  d'Aulon.  La  Tré- 
moille avait  un  fils,  le  prince  de  Talmont,  fidèle  image  de  sa  bra- 
voure et  de  son  entrain.  Ce  jeune  homme  périt  à  la  bataille  de 
Marignan  (ms.  Moreau  774,  n°  7). 

Au  point  de  vue  militaire,  La  Trémoille,  en  1498,  commandait 
50  lances.  Sa  compagnie  grossit  peu  à  peu  ;  après  la  campagne, 
elle  tint  garnison  au  village  de  Candia,  près  de  Verceil.  En  1501, 
la  compagnie  de  50  lances  (compte  de  1501,  ms.  fr.  2960)  devint 
de  80  lances  (m?,  fr.  25783,  n^^  31,  35),  et  même  elle  hérita,  eu 
1503,  d'une  partie  de  la  compagnie  du  sire  de  Miolans,  dissémi- 


100  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  1499 

d'Avanes*,  le  marquis  de  Routelin^,  le  mareschal  de 
Gyé,  le  seigneur  de  Lautrec^,  les  bastartz  Matieu  et 

née  dans  les  garnisons  du  duché  de  Milan  (id.,  n»  54).  Avant  la 
guerre,  la  compagnie  du  sire  de  la  Trémoille  tenait  garnison  à 
Beaune,  en  Bourgogne  (id.,  n"  14)  ;  elle  revint  plus  tard  à  Auxonne 
où  50  lances  de  la  Trémoille  tenaient  garnison  en  1509  (ms. 
fr.  25784,  no  121).  Louis  de  la  Trémoille  était  alors  gouverneur  et 
lieutenant  général  du  roi  en  Bourgogne,  premier  chambellan,  capi- 
taine de  80  lances.  On  sait  son  rôle  au  siège  de  Dijon  ;  il  fut  ambas- 
sadeur en  Suisse  en  1513  (ras.  fr.  20979,  fol.  74).  En  1517,  il  épousa 
en  secondes  noces  Louise  Borgia,  fille  de  César  Borgia  (ms.  fr.  23986), 
à  laquelle  il  reconnut  un  douaire  de  2,734  liv.  de  rente.  La  Tré- 
moille portait  les  titres  de  «  comte  de  Guynes  et  de  Benon,  vicomte 
de  Thouars,  prince  de  Talmont,  baron  de  Graon  et  de  Seuly.  » 
(Tit.  orig.,  La  Trémoille,  n»*  71,  72;  Jean  Bouchet;  Commines; 
ms.  fr.  26107,  n°  296,  etc.  —  Nous  avons  parlé  de  lui  en  détail 
dans  la  Veille  de  la  Réforme.) 

d.  Gabriel  d'Albret,  sire  d'Avesnes  et  de  Lesparre,  pensionnaire 
du  roi  (compte  de  1499,  portefeuille  Fontanieu),  avait  d'abord  porté 
le  nom  de  sire  de  Lesparre.  La  seigneurie  d'Avesnes  était  d'ail- 
leurs une  des  nombreuses  seigneuries  contestées  à  Alain  d'Albret. 
Gabriel,  son  fils  aine,  recevait,  dès  1486,  une  pension  de  600  liv. 
Chambellan,  il  devint,  en  1492,  grand  sénéchal  de  Guyenne  avec 
une  pension  de  3,000  liv.  et  des  gages  de  1,200  liv.  Sous  Louis  XII, 
il  conserva  ces  diverses  fonctions,  avec  une  pension  réduite  à 
2,000  liv.  Il  mourut  fort  jeune  en  1503,  sur  le  point  d'épouser  Char- 
lotte d'Armagnac,  héritière  des  grands  biens  de  la  maison  d'Ar- 
magnac (Tit.  orig.,  Albret,  n»^  207,  208,  213,  214,  217,  347,  348; 
Procédures  politiques  du  règne  de  Louis  XII;  ms.  fr.  20604,  fol.  159  v», 
etc.  Cf.  Kervyn  de  Lettenhove,  Lettres  et  négociations  de  Philippe 
de  Commines,  II,  19  et  87,  n.  2). 

2.  Désigné  plus  loin  sous  le  nom  de  Maréchal  de  Bourgogne. 

3.  Jean  de  Foix,  sire  de  Lautrec,  était  pensionnaire  du  roi  pour 
4,000  liv.  (compte  de  1503,  ms.  fr.  2926).  Le  célèbre Odet  de  Foix, 
seigneur  de  Lautrec,  vicomte  de  Lesparre,  maréchal  de  France, 
gouverneur  de  Guyenne  et  du  Milanais,  mort  au  siège  de  Naples 
le  15  août  1528,  frère  de  la  belle  madame  de  Châteaubriant.  On 
sait  combien  il  est  devenu  célèbre;  mais  il  ne  commença  à  jouer 
un  rôle  important  qu'à  partir  de  1512.  En  1499,  il  était  fort  jeune. 

C'était  un  homme  de  belle  apparence,  à  la  figure  pleine,  régu- 


Oct.   1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  101 

Charles  de  Bourbon^  et  tant  d'autres  comptes,  barons, 
chevaliers,  gens  d'armes  et  souldarlz  que  la  noblece  et 
nombre  d'iceulx  toute  admiracion  d'excellant  extime 
donnoitaux  yeulx  qui  le  triumphe  vouloyent  regarder^. 
Les  fausbourgs  et  ruhes  de  la  ville,  par  ou  le  Roy 
devoit  passer,  estoyent  honnorablement  tendues  et 
parées^,  et,  entre  autres  choses  dignes  de  veuhe,  de 

lière,  un  peu  dépourvue  d'expression  toutefois  ;  sans  barbe,  aux 
cheveux  châtains,  aux  yeux  bleus  en  olive  (voir  son  portrait,  ms. 
fr.  13429,  fol.  xxxvi).  Il  épousa  en  1520  Charlotte  d'Albret,  fille 
du  sire  d'Orval  (ras.  fr.  11877,  p.  3578). 

1.  Le  bâtard  Mathieu  de  Bourbon,  seigneur  de  Bothéon  en  Forez, 
dit  le  grant  bastard  Mathieu,  fils  naturel  du  duc  Jean  II  de  Bour- 
bon. Il  se  distingua  par  sa  vigueur  et  sa  bravoure;  à  Fornoue,  il 
fut  fait  prisonnier;  il  devint  gouverneur  de  Guyenne  et  de  Picar- 
die, amiral  de  Guyenne;  il  commandait,  en  1499,  une  compagnie 
de  50  lances  en  garnison  à  Reims  (ms.  Clair.  240,  fol.  501; 
fr.  2960,  compte  de  1501)  et  non  de  500  comme  l'imprime  le 
P.  Anselme.  Il  fut  exécuteur  testamentaire  du  duc  Pierre  de  Bour- 
bon en  1503,  maréchal  de  Bourbonnais  la  même  année;  il  mou- 
rut en  1505. 

Il  était,  en  outre,  capitaine  de  Château-Trompette,  à  Bordeaux, 
aux  gages  de  100  livres  (compte  de  1503,  ms.  fr.  2927). 

Le  bâtard  Charles  de  Bourbon,  seigneur  de  Lavedan,  de  la  Chaus- 
sée et  de  Malause,  baron  de  Chaudesaigues,  fils  naturel  du  duc 
Jean  II  de  Bourbon.  Il  était  sénéchal  de  Toulouse  dès  1493  et  fit, 
en  cette  année,  une  distribution  de  soupe  aux  pauvres  de  Tou- 
louse en  l'honneur  de  la  Saint-Louis  (ms.  fr.  26106,  n°  14)  ;  il  fut 
sénéchal  de  Toulouse  et  d'Albigeois,  capitaine  de  Busset,  puis 
sénéchal  deBourbonnais  en  1499 (id.,  n»' 108, 4  ;  le  P.  Anselme,  etc.). 

2.  Les  ambassadeurs  de  "Venise  accompagnaient  aussi  le  roi  et 
figuraient,  d'après  leur  rapport,  au  rang  d'honneur  dans  le  cortège 
formé  à  l'entrée  de  la  ville  :  à  la  fin  du  cortège,  on  voyait  les  ambas- 
sadeurs de  Gênes,  Florence,  Sienne,  Lucques  et  Pise;  «  deinde 
turba  magna,  quam  nemo  dinumerare  poterat.  »  En  tête  mar- 
chaient 500  hommes  d'armes  divers  et  300  hommes  des  ordon- 
nances de  la  plus  belle  tenue. 

3.  Tute  coverte  de  pani  de  lana  de  diversi  colori. 


102  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Oct.  1499 

deux  sin^ifulieres  aornées  :  l'une,  du  lys  verdoyant, 
qui  de  rentrée  de  la  cyté  jusques  a  la  grant  eglize  de 
Nostre  Dame  du  Domme  par  toutes  les  places  floris- 
soit^  ;  l'autre,  d'une  legyon  de  dames,  de  beauté  tant 
excessive  emrichves,  qui,  de  la  haulteur  des  fenestres 
et  ouvertures  des  maisons,  gectoient  regard  tant  lucif- 
ferent  que  aux  yeulx  d'iceulx  estoit  obgect  plus  délec- 
table que  le  royz  du  souleil  qui  a  l'ueure  matutine  res- 
plendist.  De  leurs  curres  triumphans-  et  habillemens 
de  draps  d'or  et  de  soye  partout  decopés,  et  plains 
passées^  et  chemins  accessibles  de  leurs  chevellures, 
artifïîciellement  sur  le  visage  semées  et  esparses,  de 
leurs  manteaux,  de  riches  bordures  et  ouvraiges  de 
varyans  coulleurs  tissus  et  décorés,  et,  en  some,  du 
surplus  de  leurs  diverses  pareures  et  accoustremens 
nouveaux  autre  description  par  moy  n'en  sera  faicte, 
sachant  la  chose  par  l'advys  de  plusieurs  autres  en 
mémoire  être  myeulx  enregistrée^. 


1.  Léonard  de  Vinci  avait  fait  un  lion  automate,  qui  s'ouvrait 
le  cœur  et  en  faisait  sortir  des  lis. 

2.  Curres  triomphants,  expression  francisée  par  Jean  d'Auton, 
comme  il  dit  exercite,  Sligie,  etc. 

3.  Plains-passées,  chemin  facile.  Ce  passage  a  excité  la  sagacité 
des  linguistes  et  des  commentateurs  (M.  Godefroy,  le  bibliophile 
Jacob)  qui  se  sont  demandé  quels  ornements  Jean  d'Auton  appe- 
lait curres,  plains-passées.  Il  nous  semble  que  Jean  d'Auton  explique 
et  complète  sa  pensée  par  le  mot  cliemitis  accessibles  ;  il  compare 
l'habillement  des  Milanaises  à  un  char  de  triomphe,  et  il  croit  pou- 
voir comparer  les  alentours  de  leur  visage  à  une  grande  route, 
d'accès  facile  :  les  labyrinthes  de  leur  chevelure  ne  formaient  que 
des  méandres,  selon  lui,  accessibles. 

4.  Saint-tîelais,  dans  son  rapide  récit,  mentionne  aussi  «  la 
pompe...  tant  des  hommes  que  des  femmes.  Et  faut  entendre,  dit-il, 
qu'il  n'est  aucune  nation  qui  sr^aiche  tant  ny  vueille  complaire  à 


Oct.  1499]  i;entuée  dk  millan.  103 

A  la  porte  de  la  ville,  par  ou  le  Roy  de  voit  entrer, 
estoyent  les  fleurs  de  lys  partout  semées  et,  a  la  sum- 
mité  du  portai,  l'yinage  de  sainct  Ambroise,  patron 
et  deffenseur  du  pays,  haultement  eslevée.  Au  des- 
soubz,  les  armes  de  France  et  de  Bretaigne  my  par- 
ties, de  grans  homes  sauvages  et  monstrueux  armées 
et  gardées.  Au  travers  de  l'escu,  en  lectre  rommaine,  y 
avoit  en  escript  :  Loys,  roij  des  Françoiz,  duc  de  Mil- 
lan. Le  dedans  du  portai  tout  paré  desdictes  armes; 
toutes  les  ruhes  tappissées  et  couvertes  de  blanche 
drapperye,  a  laquelle  de  tous  costés  pendoyent  grans 
escuz,  environnés  de  chappeletz  de  verdure  et  semés 
de  fleurs  de  lys  et  hermynes. 

Pour  tenir  manière  d'ordre  triumphal,  furent  a  l'en- 
trer les  seigneurs  et  cytoyens  de  la  ville  mys  devant, 
lesquelz  en  moult  grant  nombre  et  honorablement 
arroyés  estoyent.  Les  cent  Aîlemans  du  Roy\  armés 
de  leurs  alcrets,  les  picques  au  poing,  marchoyent 
après,  en  bon  ordre  et  fycre  contenance-.  Les  quatre 
cens  archiers  de  la  garde  et  ceulx  de  la  Roy  ne  ^, 

ceulx  qui  sont  les  plus  forts  que  font  les  Italiens,  car  naturelement 
ils  craignent  de  perdre  leurs  biens.  » 

1.  Les  cent  Allemands  du  roi  étaient  commandés  par  Louis  de 
Menthon,  seigneur  de  Lornay,  d'abord  commandant  de  la  garde 
suisse  des  ducs  de  Bretagne.  A  son  mariage,  Charles  VIII  con- 
gédia cette  garde.  Le  sire  de  Lornay  resta  pensionnaire  et  grand 
écuyer  de  la  reine  et  devint  «  chef  et  capitaine  de  cent  hommes 
de  guerre  suisses  de  la  nation  des  anciennes  ligues  des  haultes 
Almaignes  de  la  garde  du  roi  »  (Tit.  orig.,  Menthon,  n"  6;  dom 
Morice;  ms.  fr.  25783,  n'^  23,  24,  etc.). 

2.  La  garde  produisit  à  Milan  un  effet  extraordinaire.  Ou  crut 
voir,  non  pas  100,  mais  1,200  cavaliers,  «  et  questi  erano  de  sta- 
tura  piu  che  huomini,  »  dit  Prato. 

3.  De  la  compagnie  de  50  lances,  de  la  garde  de  la  reine,  com- 


104  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  1499 

avecques  leurs  hocquetons  de  livrée  et  habillemens  de 
guerre,  a  pié  marchoyent  ausi.  Le  seigneur  de  Cre- 
sol*,  Claude  de  La  Ghastre^  Sainct  Amadour  et  Gorge 


mandée  par  le  sire  de  Maillé  {Mém.  de  l'hist.  de  Bretagne,  III,  804; 
ms.  fr.  10188,  fol.  173). 

1.  Jacques  de  Crussol,  seigneur  de  Crussol,  Beaudiner,  Lévis, 
Florensac,  Thoiny,  Sezanne,  fils  aîné  de  Louis  de  Crussol  et  de 
Jeanne  de  Lévis,  dame  de  Florensac.  Jeanne  de  Lévis  était  une 
fille  unique  que  Louis  XI  maria,  toute  jeune,  le  22  juillet  1452,  à 
Louis  de  Crussol.  Louis  mourut  le  20  août  1473. 

Jacques  devint,  sous  Louis  XI,  chambellan  et  grand  panetier  de 
France,  avec  1,200  livres  de  pension  (1481);  le  23  juin  1491,  il 
reçut  le  commandement  de  200  archers  de  la  garde  du  roi  et  accom- 
pagna Charles  VIII  en  Italie;  il  épousa  en  1486  Simone  d'Uzès, 
qui  lui  apporta  la  vicomte  d'Uzès. 

Sous  Louis  XII,  sa  pension  fut  réduite  à  1,000  livres,  mais  il 
garda  le  commandement  de  ses  gens  de  pied.  En  1.504,  il  prit  le 
titre  de  vicomte  d'Uzès.  En  1503,  il  reçut  l'ordre,  avec  ses  archers, 
de  se  rendre  à  Rome  et  à  Gaëte  pour  protéger  la  retraite  de  l'ar- 
mée. L'année  suivante,  il  devint  capitaine  de  Nîmes  et  sénéchal 
de  Beaucaire.  La  Chesnaye  des  Bois  rapporte  qu'il  acquit,  en  1500, 
par  voie  d'engagement  la  chàtellenie  de  Sezanne  en  Brie  et  qu'en 
1503  il  acheta  à  Louis  de  Joyeuse  d'importantes  seigneuries.  Le 
même  auteur  le  fait  mourir  en  1505,  mais  il  est  certain  qu'il  vivait 
encore  en  1524  (Tit.  orig.,  Crussol,  n^^  18-54  ;  ms.  fr.  25718,  n<>90  ; 
fr.  25784,  n°^  88,  89,  142;  compte  de  1503,  fr.  2927;  fr.  26107, 
n»  300,  etc.). 

2.  Sans  l'exactitude  habituelle  de  Jean  d'Auton,  nous  croirions 
qu'il  se  trompe.  Claude  de  la  Châtre,  seigneur  de  Nansay  et  de 
Besigny,  capitaine  des  archers  français  de  la  garde  du  roi,  avait 
soixante-dix-neuf  ans  ;  on  admirait  sa  verte  vieillesse  et  la  vigueur 
avec  laquelle  il  avait  fait,  à  soixante-quatorze  ans,  la  campagne 
de  Naples  et  de  Fornoue.  Attaché  d'abord  au  duc  de  Guyenne,  il 
épousa,  en  1460,  Catherine  de  Menou.  Son  attachement  au  duc  de 
Guyenne  le  rendit  suspect  à  Louis  XI  qui  le  fit  arrêter  par  Tris- 
tan l'Ermite;  mais  la  loyauté  du  prisonnier  plut  tellement  au  roi 
que  non  seulement  il  lui  rendit  la  liberté,  mais  qu'il  créa  une 
compagnie  d'archers  de  la  garde,  dont  il  lui  donna  le  comman- 


Oct.  1499]  L'ENTREE  DE  MILLAN.  105 

Coquebourne^,  capitaines  a  pié,  conduysoient  les 
archiers.  Les  trompettes,  roys  et  hayraulx  d'armes 
après,  en  ensuyvant  deux  cens  gentishomes  de  la  mai- 
son du  Roy  et  ceulx  de  la  Roy  ne,  qui,  sur  groz  che- 
vaulx,  le  long  des  rulies,  faisoyent  carrière  a  toutes 
mains.  Le  compte  de  Guyse,  sur  un  coursier  griz,  qui 
a  droict  marchoit  le  pavé,  suyvoit  après.  Le  compte 
de  Ligny,  sur  ung  roncin  bayart,  qui  a  tous  destours 
avoit  corps  a  main,  avecques  ung  riche  accoustrement 
de  veloux  cramoisy  et  ousseure  pareille,  suyvoit. 
Le  duc  de  Valentinoys,  en  estât  moult  seignourieux, 
avecques  les  autres  princes,  accompaignoit  le  Roy.  Le 


dément  (1473).  Claude  de  la  Châtre  devint  chambellan  en  1475  et 
garda  jusqu'à  son  dernier  soupir  ces  deux  fonctions. 

Il  obtint  la  survivance  de  sa  charge  pour  son  fils  aine,  Abel, 
puis,  après  la  mort  de  celui-ci  en  1496,  pour  son  fils  cadet,  Gabriel. 

Il  est  extraordinaire  de  lui  voir  faire  encore  la  campagne  de  1499. 
Il  mourut  la  même  année  (La  Thaumassière,  Hist.  du  Berry,  édi- 
tion in-fol.,  p.  353). 

I.  Georges  Coquebourne  ou  Cockburn,  que  J.  d'Auton  range 
parmi  les  capitaines  de  gens  de  pied,  était  un  archer  écossais, 
porte-enseigne  (ms.  fr.  2927,  fol.  111),  d'abord  lieutenant  de  la 
compagnie  écossaise  de  Stuart  d'Aubigny.  C'est  lui  que  Brantôme 
appelle  «  le  sire  de  la  Conquebourne  »  (II,  303)  et  qui  fit,  avec  sa 
compagnie,  la  campagne  de  Xaples  en  1495.  Il  y  avait,  du  reste,  une 
foule  de  Coquebourne  aux  gages  de  la  France.  Signalons  Guillaume 
Coquebourne,  domestique  du  duc  d'Orléans  en  1410;  Jean  Coque- 
borne,  écuyer  du  pays  d'Ecosse,  qui  reçoit  du  Régent  une  gratifi- 
cation en  1419;  au  xvi*  siècle,  Tom  ou  Thorames  Coquebourne, 
arcber  de  la  garde  écossaise  en  1518;  Georges  Coukebourne  en 
1513  (ms.  fr.  26431),  Jaimes  Coquebourne  de  la  compagnie  Stuart 
d'Aubigny  en  1529  (Tit.  orig.,  Coqueborne,  n^^  2,  3,  6,  12).  En 
1507,  Louis  XII  envoie  en  mission  en  Ecosse  Robert  Coqueborne, 
son  conseiller  et  aumônier  (fr.  20436,  fol.  39).  La  Thaumassière, 
dans  son  Histoire  du  Berry,  a  donné  une  généalogie  de  Coqueborne, 
qui  ne  remonte  pas  à  Georges. 


106  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  1499 

seigneur  infent  de  Fouez,  le  compte  de  Diinoys,  le 
sire  de  la  Trimoille,  les  mareschaulx  de  Gyé  et  de 
Bourgoigne^  aloyent  après.  Messire  Jehan  Guybé-, 
après,  portoit  l'espée  royale  ^ .  Les  vingts  quatre  archiers 
de  la  garde  du  corps 

Et  puis  le  Roy,  couvert  d'ung  poisle  blant  tout  semé 
de  tleurs  de  lys^,  vestu  d'une  robe  blanche  avecques 


1.  Le  maréchal  (ou  sénéchal)  de  Bourgogne  était  Philippe  de 
Hochberg,  marquis  de  Rothelin,  cousin  du  marquis  de  Bade,  qui 
avait  déjà  ce  titre  en  1481  (ms.  Clair.  10,  fol.  633);  capitaine 
de  50  lances  (compte  de  1501,  ms.  fr.  2960),  il  eut  pour  succes- 
seur François  de  Vienne,  sire  de  Listenois.  Il  était  pensionnaire 
du  roi  pour  8,000  liv.  (compte  de  1503,  ms.  fr.  2927)  et  sa  fille 
épousa  Louis  d'Orléans-Dunois.  Il  commandait  50  lances  (mss. 
Clair.  239,  240,  p.  481,  503). 

D'un  autre  côte,  Guillaume  de  Vergy,  ancien  capitaine  de 
Charles  de  Bourgogne,  s'étant  retiré  vers  l'empereur  Maximilien, 
reçut  de  lui  le  titre  de  maréchal  de  Bourgogne  à  la  fin  de  1498, 
après  la  mort  de  Jean  de  Neufchatel,  et  fit,  cette  même  année, 
campagne  contre  la  France.  Remarquons,  en  passant,  que,  le 
17  juin  1498,  le  sire  de  Vergy  commandait  encore  50  lances  pour 
le  compte  de  Louis  XII  à  Dijon;  cette  compagnie  était  en  fort 
mauvais  état  et  réduite  à  un  tiers  de  son  effectif  (ms.  fr.  25783,  n°  3). 

Le  maréchal  de  Bourgogne  passait  immédiatement  après  le 
maréchal  de  Gié;  la  question  de  préséance,  un  instant  fort  aiguë, 
avait  été  tranchée  en  faveur  de  ce  dernier  par  le  Conseil  de  régence 
de  Charles  VIII. 

2.  Nous  avons  parlé  plus  haut  (p.  70)  de  Jacques  Guibé.  Jean 
Guibé  fut  attaché  au  service  personnel  du  duc  d'Orléans  dès  ses 
premiers  voyages  en  Bretagne;  il  était  déjà  écuyer  d'écurie  du  duc 
en  1485  et,  depuis  lors,  figure  constamment  avec  cette  qualité  (Tit. 
orig.,  Guibé,  n»^  2-5). 

3.  D'après  les  ambassadeurs  vénitiens,  le  roi  portait  lui-même 
son  épée  nue. 

4.  Ce  baldaquin  était  fourré  de  vair,  comme  le  costume  du  roi 
lui-même,  et  porté  par  huit  cavaliers,  chefs  de  la  noblesse  de 
Milan.  Le  collège  des  docteurs  de  la  ville,  vêtus  d'écarlate,  l'en- 


Oct.  1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  107 

une  tocque  royale  de  mesme,  monté  sur  ung  cheval 
d'Espaigne  moult  aventaigcux,  en  triumphe  sumptueux 
marchoit  le  long  de  la  ville. 

Le  cardinal  légat  Pétri  ad  Vincula,  le  cardinal  d'Am- 
boise,  le  duc  de  Savoye,  le  duc  d'Albanye,  le  sire  de 
Ravestain,  avecques  plusieurs  autres  grans  seigneurs 
et  prelatz,  aloient  après  le  Roy.  Les  autres  deux  cens 
gentishomes  et  pencioniiaires  faisoyent  l'arriére  garde, 
avecques  telle  suyte  d'autre  gens  de  feste  et  peuple 
innumerable  que  mon  sens  ymaginatif  default  a  deue- 
ment  sollempniser  le  triumphe. 

Et,  ainsi  que  par  les  ruhes  passoit  le  Roy,  grans  et 
petiz  a  haulte  voix  crioyent  :  France,  France,  en  fai- 
sant feste  si  grande  et  tant  joyeuse  chère ^  qu'il  n'y 
avoit  cueur  si  endurcy  qui  en  estât  de  doulce  nature 
n'en  fust  reduyt.  x\insi  chevaucha  le  Roy  le  long  de  la 
ville  jusques  a  l'entrée  de  l'église  de  Nostre  Dame  du 
Dôme,  ou  illecques  pour  faire  orason  a  Dieu  et  autres 
cérémonies  deues  descendit;  puys,  vers  le  chasteau, 
pour  prendre  entière  pocession  de  sa  duché  de  Millan, 
prist  son  chemin,  et,  ainsi  accompaigné  avecques  sons 
et  clangueurs  de  trompettes,  bucynes,  cors  et  tabou- 
rins,  dedans  la  forte  place  de  La  Roque  s'en  entra,  ou 

tourait.  Simone  Rigoni  marchait  près  du  baldaquin,  avec  Fr°  B'"" 
Visconte  et  autres  seigneurs  du  parti  français. 

1.  Monslrando  tutti  gran  jubilo  et  alegreza.  Selon  un  rapport 
secret  adressé  à  la  seigneurie  de  Venise,  au  contraire,  on  cria  peu 
France  et  l'on  invectivait  les  Vénitiens.  On  traîna  publiquement 
dans  la  boue  un  San  Marco;  on  répandait  sur  les  désastres  de 
Venise  les  bruits  les  plus  fâcheux.  Le  peuple  criait  aux  Vénitiens  : 
«  Habiamo  dato  da  disnar  al  re,  vui  lui  dareti  da  cena.  »  Les  Véni- 
tiens n'osaient  se  montrer.  Les  femmes  mêmes  leur  disaient  : 
«  Possiati  andar  ramenpri  !  b 


108  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Oct.  1 '(99 

par  les  siens  a  moult  grant  triumphe  fut  conduyt  et  a 
telle  révérence  par  ceulx  de  la  ville  receu;  lesquelz  de 
tantes  honorables  services  et  dons  d'aceptable  munifi- 
cence luy  firent  presens  et  entremetz  que,  qui  d'autant 
ne  se  contenteroit,  peu  d'autres  mondains  obgects  a 
son  appétit  donneroyent  parfaicte  reffection.  Si  metz  je 
en  reste  les  bancquetz  sumptueulx  qui  dieux  les  comptes 
Bourrommes,  a  la  maison  du  Dôme'  et  au  logiz  du 
seigneur  Jehan  Jacques  furent  faictz  au  Roy,  qui  tant 
en  excellence  furent  excessifz  que  le  plus  n'est  au 
pouhoir  humain  possible. 

Toutesfois  ne  voulut  le  Roy,  a  conviz  epulaires  et 
féminins  blandisses%  comme  Sardanapalus,  prester 
l'oreille,  mais  seullement  donner  œuvre  a  l'ordre  pol- 
litique^  et  faire  arest  sur  le  nombre  des  deniers  deuz 
a  luy  a  cause  de  sa  duché  de  Millan,  et  icelle  mectre 
en  garde  soubz  le  pouhoir  de  main  armée.  Et  toutes 
ses  choses  deuement  exécutées^,  désir  de  veoir  la 
Royneet  vouloir  d'approcher  son  très  heureux  royaume 
de  France  le  misrent  hastivement  au  retour,  et  tant 
que,  de  Millan  a  Romoraintin,  ou  la  Royne  estoit, 
heurent  de  chemin  le  postes  sur  luy  peu  d'avantaige^. 


1.  Le  palais  municipal,  sur  la  place  du  Dôme. 

2.  V.  à  ce  sujet  Prato,  Claude  de  Seyssel,  etc. 

3.  Il  régla,  avant  de  partir,  toute  l'administration  du  duché 
(Ordonnance  du  H  novembre  1499)  et  distribua  d'immenses 
domaines  à  ses  serviteurs  et  partisans.  Il  assista  déjà  à  Milan  à  des 
scènes  violentes  de  rébellion. 

4.  Les  princes  et  ambassadeurs  ne  commencèrent  à  quitter 
Milan  qu'à  partir  du  23  octobre. 

.0.  Le  roi,  d'après  Prato  et  Burchard,  quitta  Milan  le  7  novembre, 
après  y  avoir  passé  juste  un  mois.  Contrairement  à  ce  que  dit  Jean 
d'Auton,  il  s'arrêta  à  Vigevano  et  y  ût  de  nouveau  un  séjour  de 


Oct.  1499]  L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  109 

Et  a  tant  feray  période. 

Toutesfois,  si  les  œuvres  méritoires  de  ceulx  qui  de 
labeurs  recommandables  doyvent  estre  célébrés,  je 
n'ay,  par  mes  escriptz,  scelon  deu,  sollempnizées,  ou 
que  des  noms  et  gestes  d'iceulx  ostencion  particulière 
en  mon  papier  ne  soit  faicte,  je  prye  humaine  con- 
dicion  que  entre  mon  deffault  ignorant  et  le  motif 
irascible  des  intéressés  daigne  moyenner,  car  je  n'ay 
heu  tant  le  courage  noircy  de  vicieux  vouloir  que  j'aye 
les  biens  faictz  des  moindres,  par  noncballoir  desdai- 
gneux,  voulu  taire  et  arrière  lesser,  ne  les  gestes  des 
plus  grans,  par  acteption  favorable,  eslargir  et  magni- 
fier; et,  supposé  que,  par  les  sincopes  de  mon  lan- 
gaige  maternel,  j'aye  les  termes  et  stragenyes  de  la 
guerre  divertiz  et  dégénérés,  si  ay  je,  scelon  mon 
pouhoir,  au  plus  près  de  la  vérité,  des  mérites  de 
chascun  faicte  descripcion  ;  toutesfoys ,  si  le  deffault 
exedoit  le  surplus,  pour  tant  ne  veulx  je  avoir  lessé 
tumber  ce  peu  que  j'en  ay  peu  recueillir,  et,  sy  mon 
escript  entre  les  autres  devoit  estre  colloque  par  ung 
chiffre  de  nul  extime,  si  l'amé  je  myeux  en  vain  que 
nul,  sachant  ausi  l'omission  et  le  surplus  de  ce  par  la 
plume  du  croniqueur  en  myeulx  estre  rédigé  ^ . 

plusieurs  jours.  Il  en  repartit  seulement  le  13  (Diarii  di  Sanuto). 
Pour  aller  plus  vite,  il  prit  le  coche  à  Roanne,  puis  il  courut  en 
poste  de  la  Loire  à  Romorantin  (Saint-Geiais). 

1.  Ces  protestations  modestes  et  honnêtes  rendent  à  la  chronique 
de  Jean  d'Auton  une  justice  qu'elle  mérite  :  la  probité  la  plus  par- 
faite, l'impartialité  la  plus  consciencieuse  y  régnent  d'un  bout  à 
l'autre. 

La  rapide  conquête  du  duché  de  Milan  avait  excité  en  France 
un  grand  enthousiasme.  Le  voyage  du  roi  en  France  et  notam- 
ment à  Lyon  fut  un  triomphe  (Saiut-Gelais).  C'est  à  ce  propos  que 


I 
110  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  1 

* 

Si  les  astres  veullent  favorizer 

Souvant  aux  ungs  et  les  auctorizer, 

Sur  les  autres,  en  axes  et  recueil, 

Ne  pence  nul  pour  ce  thesorizer, 

Car  en  veoyant  les  ans  temporizer 

Chascun  au  tour  a  reffuz  et  accueil, 

Dont  n'est  mestier  faire  amas  et  recueil 

De  la  chose  qui  n'est  seure  et  estable 

Ung  sumptueux  palais  devient  estalle, 

Ung  simple  serf  presumptueux  et  fier. 

Condition  mondaine  est  variable, 

Nulx  se  doit  en  fortune  fyer. 

Cirus  cuydant  luy  tout  seul  maistriser 

Par  une  femme  vist  sa  force  brizer, 

Monstrant  a  tous  combien  profilte  orgueil. 

Pompée  ausi  qui  moult  fut  a  priser 

Et  Hanibai  nous  peuhent  advizer 

Que  humaine  gloire  souvant  retourne  en  dueil, 

Julie  Gesar  dont  forment  je  me  dueil 

A  qui  fut  heur  tant  amy  et  trectable 

Qu'entre  les  preux  le  voulut  mectre  a  table^ 

Puys  tout  soubdain  a  mort  le  deffyer 

Trop  est  le  sort  de  ce  monde  mutable 

Nul  y  se  doit  en  fortune  fyer. 

0  vous,  mondains,  voulans  seignorizer, 
Quant  vous  aurez  les  moindres  desprizer, 

doux  orfèvres  IVançais  exécutèrent  à  Lyon  une  célèbre  médaille 
dessinée  par  Jeau  Perréal  et  souvent  reproduite  ou  décrite  comme 
un  des  plus  beaux  produits  de  lart.  Elle  porte  le  buste  de  Louis  XII, 
sur  un  cbamp  de  fleurs  de  lis,  avec  la  légende  :  «  Felice  Lodovico 
régnante  duodecimo,  Gesare  altero,  gaudet  omnis  nacio;  »  au 
revers,  le  buste  d'Anne  de  Bretagne,  sur  cbamp  de  fleurs  de  lis  et 
hermine,  avec  la  légende  :  «  Lugdun.  republicagaudente,  bis  Anna 
régnante,  bénigne  sic  fui  conflata.  1499.  »  (V.  net.  Jul.  Friedlaen- 
der,  Die  italienischen  Schaumûnzen  des  fûnfzehnten  Jahrhunderts, 
pi.  XLI;  ms.  fr.  10442.) 


L'ENTRÉE  DE  MILLAN.  '^ 

D'une  chose  advertir  je  vous  vueil, 
(Vest  que  scelon  le  vray  mondanizer 
Qui  tout  a  gré  cuyde  sollempnizer, 
Il  en  advient  autrement  que  a  son  vueil. 
Ayez  donques  souvenir  au  réveil, 
Que  luy  qui  peult  du  trésor  proffitabie 
A  qui  luy  plest  faire  don  acceptable, 
Oster  le  peult  après  magnifier  : 
Dangereux  est  tel  hazart  et  doubtable. 
Nul  y  se  doit  en  fortune  fycr. 

Prince,  on  ne  peult  la  mer  toute  espuyser, 
Mais  toutesfoys  qui  veult  forpayser 
Pour  la  voye  d'honneur  amplifyer, 
Affm  que  a  temps  on  viegne  au  raviser 
Suffize  a  l'ueil  sa  portée  viser. 
Nul  y  se  doit  en  fortune  fyer. 

Princes  et  roys,  et  terriens  seigneurs, 
Furent  jadis  de  vertus  enseigneurs 
Pour  demonstrcr  a  tous  autres  humains 
Le  droict  chemin  par  ou  mainttes  et  maincts 
Sont  parvenus  aux  souverrains  honneurs. 

Guerres  civilles  entre  grans  et  mineurs 
Et  les  desrois  des  foulz  entrepreneurs 
Ont  exiliez  persans,  grez  et  rommains. 

Princes. 
Estre  envers  tous  des  bienfaictz  guerdonneurs, 
Et  des  vices  chastiz  et  repreneurs, 
Privez  aux  bons,  aux  parvers  inhumains, 
Et  a  justice  sur  tout  lever  les  mains. 
Est  ce  qui  faict  prospérer  les  grigneurs. 
Princes. 


LA  CRONICQUE 

DU  ROY  TRES  CHRESTIEN,  LOUYS,  DOZIESME  DE  CE  NOM, 

DE  LAN  MILLE  CINCQ  CENS, 

AVECQUES  LE  REMANANT  DE  L'ANNÉE  PRECEDENTE, 

Contenant  les  tdtransmontaines  gestes  des  Prançoys'^. 


Considérant  par  les  escriptz  anticques, 
Des  dignes  faictz  et  œuvres  autenticques 
Des  preteritz  triumphaleurs  humains 
Assyriens,  Persans,  Grecz  et  Rommains, 
Lesquelz  jadis  soubmirent  et  domptèrent 
Princes  et  roys  el  leur  ceptre  augmentèrent, 

1.  D'après  le  manuscrit  original,  coté  fonds  français  n°  5081,  à 
la  Bibliothèque  nationale  :  registre  de  parchemin  à  reliure  moderne 
de  cuir  jaune,  de  0'"J93  sur  O^^QS,  d'une  même  écriture  gothique, 
haute  et  soignée,  à  marges  ;  ms.  de  G7  feuillets,  plus  six  de  garde 
et  de  couverture  au  commencement  et  quatre  à  la  fin.  Les  titres 
sont  écrits  en  lettres  rouges  et  forment  des  rubriques  bien  déta- 
chées du  texte.  Les  alinéas  se  terminent  par  des  bouts  de  ligne 
enluminés.  Les  lettres  initiales  sont  en  couleur. 

Ce  volume  a  toujours  appartenu  à  la  Bibliothèque.  Il  ne  porte 
aucune  mention  particulière  :  la  formule  finale  Cy  finist  la  cro- 
nicque  du  Roy  très  cristien,  Louys  douziesme  de  ce  nom,  de  Van 
mille  cincq  cens,  figure  seule  sur  le  feuillet  67^  et  dernier  du  texte. 
Au  verso  du  cinquième  feuillet  de  garde  du  commencement  est  le 
titre  La  cronicquc...,  etc.  Le  verso  du  feuillet  suivant  (fol.  6)  est 
entièrement  occupé  par  une  grande  miniature.  L'intérieur  du  texte 
comprend  quatorze  miniatures  intercalaires  qui  occupent  généra- 
lement une  demi-page,  soit  en  haut,  soit  en  bas  du  feuillet.  Ces 
miniatures  paraissent  toutes  de  la  même  main  :  leur  exécution  est 
ordinaire,  leur  dessin  un  peu  lourd.  Elles  nous  donnent  en  détail 
les  fanions  des  diverses  troupes;  l'armée  française,  dans  ces  qua- 
torze miniatures,  ne  présente  pas  moins  de  vingt-trois  fanions  dif- 
I  "  8 


114  CllllOMQUHS  DE  LOUIS  Xll. 

Tant  que  sur  tous  furent  les  souverains, 
Iraperateurs,  monarques,  primerains, 
Dont  les  clers  gestes  et  reluvsans  exemples 
Sont  descouvers,  apparans  et  très  amples 

férents  ;  ou  en  compte  huit  pour  l'armée  de  Ludovic  le  More;  la 
quatorzième  miniature  reproduit  les  deux  étendards  pisans,  plus 
les  étendards  de  France  et  de  Bretagne  arborés  sur  les  murs  de 
Pise  par  les  assiégés.  Le  fanion  des  Suisses  de  Ludovic  à  Novare 
(noir  à  croix  d'or,  miniature  iO^j  est  le  même  que  celui  des  Suisses 
de  France  (miniatures  8'  et  14');  fait  important,  par  lequel  on  a 
explique  la  désertion  des  Suisses  de  Ludovic. 

Voici  l'mdication  sommaire  de  ces  miniatures  : 

!•  (fol.  10  v«).  O'"!!  sur  0°'123.  L'armée  de  La  Trémoille  fran- 
chissant les  monts.  Des  gens  d'armes  de  l'ordonnance  descendent 
une  route  de  montagne,  à  l'entrée  d'une  plaine. 

2°  (fol.  15  r°).  0'^144  sur  0">13.  Les  gens  d'armes  de  Ludovic  entrant 
à  Corne. 

3°  (fol.  17  r°).  0™14  sur  0™105.  Ligny  et  Jean-Jacques  sortant  de 
Milan. 

4"  (fol.  19  r'').  0™13  sur  0™10.  Louis  d'Ars  traversant  la  Lomhardic. 

5°  (fol.  25  r).  0™13  sur  0™10.  Rencontre  devant  Vigevano. 

0"  (fol.  29  r").  O'^ISQ  sur  0'»103.  Le  cardinal  d'Amboise  se  rendant 
en  Milanais.  Le  cardinal,  sur  une  mule  menée  à  la  main  et  escorté 
d'une  troupe  de  gentilshommes  à  cheval,  traverse  une  plaine. 

7"  (fol.  32  v»).  0™11  sur  0"il3.  Assaut  de  Ludovic  le  More  à  Novare. 
Les  combattants  se  font  face  sur  la  brèche. 

8°  (fol.  36  V).  O-^ISS  sur  0'nl03.  Combat  entre  Mortara  et  Vigc- 
vatio.  Les  Allemands  sont  massacrés. 

9^  (fol.  43  v).  0™128  sur  0"'103.  Les  Français  sortant  de  Mortara, 
le  5  avril. 

10°  (fol.  46  r°).  0™11  sur  0™136.  Capitulation  des  Suisses  de  Ludo- 
vic. Les  Suisses  de  Ludovic  s'avancent,  les  Suisses  de  France  s'en 
vont. 

11°  (fol.  49  r").  O^lSe  sur  0'"104.  5'o?'f/e  de  iVomre  des  Allemands 
et  Bourguignons  de  Ludovic. 

12"  (fol.  55  T°].  0°'137  sur  O^^lOl.  Départ  de  l'armée  française 
pour  Pise. 

13°  (fol.  56  \°).  0^137  sur  0"^10.  Tournoi  d'Ainay.  Les  tribunes 
du  roi  et  de  la  reine  sur  le  devant;  dans  le  fond,  l'abbaye  d'Ainay. 

14°  (fol.  62  r").  0™137  sur  O'nlO.  Assaut  à  la  brèche  de  Pise.  De 


PIIOLOGUE.  115 

Par  elegyes,  tiltres  et  epitaphes 

Et  les  volumes  des  liystoriographes, 

Soubz  les  fables  des  poètes  acteurs 

Et  les  ditez  des  fluens  orateurs, 

Qui  tant  en  ont  mys  au  long  et  au  large 

Que  deuement  ont  remplye  la  marge, 

Dont  aucun  d'eulx  vraye  hystoire  en  racompte, 

Et  les  autres  ont  enrichy  le  compte 

Et  embelly  d'impossibles  merveilles, 

Si  que,  a  l'ouyz  des  plus  sourdes  oreilles. 

Causent  propos  de  pencée  admirable; 

Quoy  plus  ?  le  sort  de  Fortune  muable, 

Qui  les  plus  grans  a  bas  faict  trébucher 

Et  les  moindres  haultement  emcrucher, 

grands  canons,  braqués  sur  la  place,  ont  ouvert  une  large  brèche 
où  l'on  combat  corps  à  corps.  Les  Pisans  sont  souriants,  maigre 
le  sang  qui  ruisselle  sur  eux  ;  presque  tous  sont  en  costumes  bour- 
geois et  dépourvus  d'armure. 

La  Bibliothèque  nationale  possède,  sous  la  cote  fonds  français, 
n°  17522,  une  copie  ancienne  du  même  texte,  registre  de  papier, 
à  reliure  moderne  élégante,  de  0™186  sur  0'"296,  d'une  écriture  du 
xvi^  siècle,  de  71  feuillets,  plus  deux  de  garde  au  commencement 
et  deux  à  la  fin.  Les  titres  sont  tracés  en  lettres  d'or,  en  carac- 
tères romains  ;  les  lettres  initiales  sont  peintes  en  bleu  et  chargées 
d'une  petite  branche  de  fleur,  le  tout  sur  un  petit  carré  d'or,  poin- 
tillé dé  couleur.  Ces  lettres  sont  nombreuses,  mais  d'exécution 
médiocre. 

Ce  volume  a  pour  titre  :  (f  Cronicque  des  faictz  et  gestes  du  roy 
Loys  douzeiesme,  faicles  delà  les  nions  en  l'an  mil  cinq  cens.  »  Le  pro- 
logue versifié  n'y  est  pas  reproduit.  Le  ms.  provient  de  l'ancien 
fonds  Saint-Germain;  antérieurement,  il  avait  appartenu  aux 
bibliothèques  Coislin  et  Séguier.  Au  verso  du  deuxième  des  premiers 
feuillets  de  garde  est  peint,  en  grand  format,  le  blason  de  Claude  It 
de  Lorraine,  duc  d'Aumale,  mort  en  1573.  Cette  copie  a  donc  été 
faite  au  milieu  du  xvi^  siècle. 

Le  ms.  238  du  fonds  Godefroy,  à  la  Bibliothèque  de  l'Institut, 
contient  aussi  une  copie  du  xvi«  siècle  du  même  texte,  faisant  suite 
à  la  copie  de  la  Chronique  de  1499  (voir  ci-dessus,  p.  2,  note)  et 
dans  les  mêmes  conditions,  du  fol.  2G  au  129«. 


H6  CimOMQUES  DE  LUUIS  Xll. 

Apres  avoir  ceulx  tant  favorizez 

Que  devant  tous  fuient  auctorisez 

Et  sublimez  en  haultcce  suprême, 

A  la  parfin,  soubz  un»-  tribut  extrême 

Les  asservit,  et  tant  voulut  oultrer 

Qu'ilz  se  veirent  de  leur  règne  frustrer, 

Et  leur  puissance  soubmarchéc  et  llecliye, 

De  main  en  main  passer  la  monarcliye 

Par  trect  de  temps  et  terme  dévolu, 

Ainsi  que  Dieu  l'a  permys  et  voulu, 

Jucques  a  ce  que  les  Uomains  decheurent 

Va  que  aux  Françoys  les  tiltres  en  escheurent, 

Qui  a  leur  rang  ont  au  droict  succédé 

i*]t  ja  long  temps  tenu  et  possédé 

(jomme  leur  chose  deue  et  propriétaire, 

Sans  que  nul  autre  aict,  par  sort  millilaire, 

i^cur  excellant  seigneurye  occupée, 

Au  fer  de  lance  et  tranchant  de  Tespée, 

Par  les  climatz  et  angletz  de  la  terre 

Ont  semée  la  fureur  de  la  guerre. 

Et  faict  sentir  leur  povoir  et  leur  stille 

A  tous  venans  a  coups  de  main  hos tille, 

Tant  que  partout,  de  ea  de  la  la  mer 

Se  sont  a  cler  faict  cognoistre  et  nommer 

Par  leurs  conquestes,  triumphes  et  victoyres, 

i'^t  haultz  labeurs  dignes  et  méritoires, 

(^omme  il  appert  par  histoire  et  cronicque  : 

Or,  a  la  tin  (jue  partye  ou  relicque 

Des  faictz  louhables  de  noz  Franeoys  modernes 

Puissent  durer  immortels  et  eternes, 

Par  vrays  ecriptz,  en  convient  mencion 

Faire  aux  futurs  et  clcre  ostcncion. 

Et  tant  a  plain  leurs  biensfaictz  publier 

Que  on  ne  puisse  jamais  les  oublyer, 

(]omme  jadis  ont  esté  plus  d'ung  cent 

D'hommes  dignes  de  regnom  florissent, 

Voyre  de  telz  qui,  de  frcsche  mémoire, 

Ont  a  la  mort  perdu  louange  et  gloire, 


PROLOGUE.  117 

Pour  n"avoir  mys  pour  eulx  main  a  la  plume. 
Affin  doncques  que  mon  propos  résume, 
En  ensuivant  ma  Gronicque  première, 
Par  laquelle  j'ay  laissée  en  lumière 
La  conquesle  de  Millan  et  la  prise, 
Par  cy  dessoubz  sera  dit  de  Temprise, 
Que  sur  le  Roy,  par  ung  cliemin  oblie, 
Voulut  poursuyvre  le  seigneur  Ludovic, 
Et  de  plusieurs  pays  priz  et  conquys 
Sur  les  Italles  et  autres  droiclz  acquis 
Par  les  prochas  des  Françoys  et  efTors 
Des  armées,  des  secours,  des  ramfors, 
•     -    Des  rancontres,  des  courses,  des  saillyes 
El  des  places  durement  assaillyes. 
Des  victoires,  des  vertueuses  gestes 
Et,  en  somme,  de  tous  faictz  manifestes 
Qui  ne  doyvent  en  reste  demeurer, 
Mais  amplement  sont  a  commémorer. 

Jaçoit  ce  que  plusieurs  liistoriograffes  et  croni- 
queurs,  a  plain  volume,  ayent  ample  descripcion 
faicte  des  louables  œuvres  du  triumphant  Roy  très 
chrestien  Louys,  doziesme  de  ce  nom,  et  que,  par  le 
trect  de  leur  dorée  plume,  les  reluysans  gestes  des 
Françoiz  soyent  a  compte  aourné  commémorées,  ce 
neantmoins,  affin  que  le  fruyt  de  leurs  labeurs  ne 
puisse  de  mon  costé  tumber  a  terre,  ou,  par  longue 
revolucion  de  jours,  de  la  cognoissance  des  humains 
estre  frustré,  de  ce  que  j'en  ay  peu  ouyr  et  savoir 
par  le  dire  des  aucteurs  de  court  et  le  rapport  des 
ducteurs  des  armes,  a  la  vérité  ou  au  plus  près  d'icclle, 
en  ay  voulu  faire  ung  abrégé  recueil  :  non  présumant, 
sur  ceulx  a  quy  par  raison  l'office  en  apartient  ^,  entre- 

L  On  voit  que  cette  seconde  chronique  est  la  suite  de  la  pre- 


118  CHRONIQUES   DK   INOUÏS   \ll. 

prendre,  mais  sachant  que  œuvre  taillé  assez  y  a  pour 
euk  et  pour  moy,  et  que  de  plus  riches  ecriptz  ne 
peulz  décorer  la  marge  de  mon  papier.  Aucuns  jours, 
d'autres  affaires  substraictz,  a  celuy  passe  temps  ay 
voulu  employer,  et  aussi,  en  ensuyvant  la  Cronicque 
par  moy  faicte  sur  la  première  conqueste  de  la  duché 
de  Millau,  monstrer  aux  Françoys,  parlectre,  les  actes 
recommandables  que  a  la  poincte  du  glaive  par  leurs 
mains  ont  estez  mys,  en  estre  pardurable,  pour  leur 
mectre  en  veue  apparante  la  souvenance  de  leurs 
bienfaictz  et  donner  vouloir  de  persévérer  de  bien  en 
mieulx  ;  tant  que  la  louange  de  leurs  vertuz  puisse  de 
tous  tiltres  d'honneur  eulx  enrichir  et  aux  autres  estre 
exemple  de  glorieuse  renommée.  Doncques  me  fault 
passer  oultre  et  dire  |:>lus,  tant  pour  la  doubte  que 
l'abille  mémoire,  tournant  soubdain  souvenance  en 
oubly,  a  temps  ne  s'esloigne  de  la  vérité  de  ce, 
que  aussi  pour  l'exaltacion  des  hommes  coUaudables 
magnifyer.  Toutesfoys,  si,  en  donnant  porcion  de 
louange  a  chascun  scelon  deue  desserte,  mes  ecriptz 
n'estoyent,  a  l'intencion  de  tous,  imprimez,  a  pencer 
est  que  le  vice  d'ambicion  ne  doibt  posséder  le  loyer 
de  vertus;  ne  l'appétit  insaciable,  de  gloire  mondaine 
affamé,  engorger  tous  les  fruytz  de  laborieux  mérite  : 
vucillent  doncques  les  plus  grans,  sans  appetisser 
leur  priz,  suffrir  les  maindres  vertueux  avoir  part 
congrue  au  relief  d'honneur,  et  les  maindres,  en 
accroissant  leur  valleur,  des  plus  haultz  dignes  de 
gloire  publyer  le  bruyt   heureux  et  a  eulx  désirer 


mière,  conçue  et  exécutée  dans  les  mêmes  conditions,  comme 
passe-temps  et  sans  que  l'office  en  appartînt  à  J.  d'Auton. 


Nov.  1499]     DE  L\  CONQUFSTE  DE  LA  CONTÉ  D'YMOLLE.        1  19 

prospérité  de  loz;  et  ainsi  chascun,  eslevant  soy  et 
autruy,  sera  du  sien  content  et  sans  decepcion  party. 
Plus  ne  veulx  de  ce  compte  ennuyer  les  oyans, 
mais  donner  œuvre  a  la  continuacion  de  mon  premier 
propos  et  revenir  a  la  séquence  des  hystoires  ultram- 
montaines,  auxquelles,  l'an  précédant,  au  chief  de  la 
réduction  de  Millau,  je  mys  une  paille  jucques  a  temps. 
Et,  pour  donner  face  de  ordonnée  forme  a  mon 
escript,  pour  ce  que  la  conqueste  de  la  conté  d'Ymolle 
en  Itallye  doit  ycy  tenir  son  rang  et  avoir  lieu  en  cest 
endroit,  a  ce  faire  ma  main  garnye  de  plume  et 
d'encre  luy  prestera  son  ayde. 

I. 

De  la  conqueste  de  la  conté  d'Ymolle. 

Pour  entrer  doncques  en  matière,  après  que,  au 
trenchant  de  l'espée,  par  la  force  des  Françoys,  fut 
soubmise  et  conquestée  la  duclié  de  Millan  et  le  sei- 
gneur Ludovic,  usurpateur  d'icelle,  chacé  et  débouté 
jusques  aux  Allemaignes,  voulant  le  Roy,  premier  que 
retourner  de  Lombardye  en  France,  par  les  Italles 
faire  flamboyer  les  armes  et  fleurir  le  lys^  quatre 
cens  hommes  d'armes,  troys  mille  cinc  cens  AUemans, 

1 .  Louis  XII,  par  lettre  de  Milan  du  5  novembre  1499,  informa 
la  seigneurie  de  Bologne  de  ses  vues  sur  Imola,  «  comme  protec- 
teur de  l'Église,  »  et  de  la  nomination  du  duc  de  Valentinois 
comme  son  lieutenant  pour  opérer  la  restitution  de  ce  comté  au 
pape.  Cette  lettre  a  été  publiée  dans  le  livre  de  M.  Alvisi,  Cesare 
Borgia,  duca  di  Romagna,  qui  contient  tout  le  récit  critique  de 
cette  campagne. 


120  CHROMQUES  DE  LOUIS  XTT.  [Nov.  1499 

doze  cens  Gascons  et  Normans  et  vingt  et  une  pièce 
d'artillerie  mist  en  avant  ;  et  au  duc  de  Vallentinoys 
bailla  ledit  excercite  pour  aller  conquester  la  conté 
d'Ymolle  et  la  soubmectre  au  pape,  a  qui  de  droict 
elle  appartenoit,  a  cause  des  clefz  apostolicques.  Et 
tenoit  icelle  conté  dame  Katherine  Sforce,  seur  bas- 
tarde  *  du  seigneur  Ludovic  et  vefve  du  conte  Hero- 
nime,  auquel  avoit  le  feu  pape  Sixte,  derrenier  mort, 
donnée  ladicte  conté.  Et  estoit  dedans  une  moult  forte 
place,  nommée  Fourly,  icelle  contesse  et,  avecques 
elle,  estoyent  le  conte  Alexandre,  le  conte  de  Merse, 
ses  frères  ^,  et  ung  jeune  gentilhomme,  nommé  Jean 
du  Gazai  ^,  son  bien  familyer^,  lesqueulx  avoyent  si  a 
point  proveues  aux  villes  et  places  de  celuy  pays  de 

1.  Nièce  et  non  sœur;  elle  était  fille  bâtarde  de  Galeazzo  Maria. 
Mariée  en  1477  à  Girolamo  Riario,  neveu  de  Sixte  IV,  elle  fit  la 
fortune  d'Ascanio  Sforza,  que  Sixte  nomma,  en  1481,  évèque  de 
Pavie  et  légat  à  Bologne,  et,  en  1484,  cardinal.  Elle  était  toute 
dévouée  à  Ludovic  (Spelta,  Hisloria  délie  vite  di  tutti  i  vescovi  di 
Pavia,  p.  431). 

2.  Alessandro  Sforza,  Galeazzo  Sforza,  comte  de  Melzo,  tous  deux 
fils  naturels,  comme  Catherine,  de  Galeazzo  Maria  Sforza. 

3.  Giov,  da  Casai  appartenait  à  une  famille  notable  du  Milanais. 
C'est  Frédéric  de  Casai  qui,  en  1495,  avait  été  chargé  par  Ludovic 
le  More  de  déclarer  la  guerre  à  Louis  d'Orléans  (La  Perrière, 
Deux  années  de  mission  à  Saint-Pétersbourg,  p.  11).  Un  Jacques  de 
Casai  figure  comme  trompette  dans  les  comptes  d'écurie  de 
Charles  VIII  et  de  Louis  XII  (ms.  fr.  2927). 

4.  Catherine  Riario-Sforza  était  une  sorte  de  virago,  disait  l'am- 
bassadeur vénitien.  Veuve  en  1488,  elle  avait  eu  d'abord  pour 
amant  Jacomo  Feo,qui  mourut,  puis  Giov.  de'  Medici,  puis  Achiles 
Tyberti,  auquel  elle  donna  pour  successeur  Giov.  da  Casai.  Il  nous 
reste  d'elle  des  médailles  frappées  en  son  honneur  :  on  y  lit  :  Tibi 
et  virluti,  —  Diva  Catherina  Sfortia,  —  Victoriam  fama  seqnetur 
(Armand,  les  Médailleurs  italiens,  I,  87;  IL  49,  58).  Ratti  cite  une 
vie  manuscrite  de  Cath.  Sforza. 


Nov.  1499]     DE  LA  COXQUESTE  DE  LA  CONTÉ  D'YMOLLE.        1-21 

souldartz,  vivres  et  artillerie  que  des  assaulx  de  la 
main  armée  du  pape  avoycnt  peu  de  craincte.  Toutes- 
foys,  sachans  entre  le  pape  et  le  Roy  estre  amytié  fer- 
mée, au  moyen  de  ce  doubtoyent  la  venue  des  Fran- 
çoys,  dont  a  l'avantaige  tous  les  lieux  deffensables  de 
la  conté  avoyent  remparez  et  fortifiiez. 

Pour  la  conduyte  des  gens  d'armes  et  adresse  du 
charroy  de  l'artillerye  de  France,  ordonna  le  Roy  le  sei- 
gneur d' Allègre  pour  estre  en  ceste  besoigne  son  lieu- 
tenant, leseigneurde  Champdée,  le  capitaine  seigneur 
de  Saint  Prest,  messire  Anthoine  de  Bessé,  baillif  de 
Disjon^,  le  seigneur  de  Montoison-,  le  pannetier,  filz 

1 .  Antoine  de  Bessey,  baron  de  Trichastel,  seigneur  de  Longi- 
court,  bailli  de  Dijon,  capitaine  des  Suisses,  était  fils  de  Jean  de 
Bessey  et  de  Jeanne  de  Saulx  ;  il  avait  épousé  Jeanne  de  Lenon- 
court.  Il  avait  joué  sous  Charles  VIII  un  rôle  important  ;  il  accom- 
pagnait le  roi  dans  l'expédition  de  Naples,  notamment  à  son  entrée 
à  Florence  le  17  novembre  1494.  (Récit  ms.,  Arch.  de  la  Loire- 
Inférieure,  E.  235;  Philippe  de  Gommines.) 

Son  frère  Philippe  de  Bessey  était  gruyer  de  Bourgogne  ou  bailli 
de  Bourgogne;  il  reçut  une  compagnie  de  45  lances  et  la  garde  du 
château  de  Tirano,  au  nord  du  Milanais,  sur  les  confins  suisses 
(ms.  fr.  25784,  n°'  79,  100,  106). 

Plusieurs  fois  ambassadeur  en  Suisse,  Antoine  de  Bessey  jouis- 
sait d'un  crédit  particulier  auprès  des  Suisses  ;  le  Loyal  serviteur 
l'affirme,  et  son  histoire  le  démontre  amplement.  Il  commandait 
20  lances,  portées  à  40  à  la  mort  du  sire  de  Polignac  (ms.  fr.  2960, 
fol.  14). 

2.  Cette  appellation  pourrait  prêter  à  la  confusion,  car,  en  1500, 
il  y  avait  deux  notables  sires  de  Montoison  :  Artus  de  la  Forest, 
seigneur  de  Beauregard  et  Montoison,  chambellan,  bailli  de  Gévau- 
dan  (ms.  fr.  26107,  n'  192),  et  Philibert  de  Clermont,  seigneur  do 
Montoison,  dauphinois,  connu  sous  le  nom  de  Monteson,  Montoi- 
son, Monthoison,  ou  capitaine  Montoyson,  et  qui  signait  :  «  Ph. 
Clermont  »  ou  «  Ph.  Clermon.  »  Il  s'agit  évidemment  de  ce  der- 
nier. C'était  un  vieux  capitaine,  pensionnaire  du  roi  pour  1,200  1. 
(U.  Chevallier  et  Lacroix,  Inventaire  des  archives  dauphinoises. 


|-?2  niRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Nov.  l 'lOO 

du  maistre  de  rartillerye^  le  maistre  d'ostel  Concres- 
sault^.  Et,  avecques  iceulx,  furent troys  gentishommes 
pencionnaires  du  Roy,  nommez  Adrien  de  Brymeu^, 

I,  288),  placé  dès  1401  à  la  tête  d'une  compagnie  de  30  hommes 
d'armes,  presque  tous  dauphinois  (A.  du  Rivail,  De  Allohrogibus , 
p.  548).  Chambellan  de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII,  il  devint  en 
4507  sénéchal  du  Valentinois  et  Diois  (Tit.  orig.,  Clermont-Ton- 
nerrc,  n"^  44,  48).  Sa  compagnie,  néanmoins,  ne  cessa  pas  de  tenir 
garnison  en  Milanais  (fr.  2578i,  n^^  94,  97).  En  1503,  Louis  XII  lui 
abandonne  une  aubaine  d'une  valeur  de  1,500  liv.  (fr.  2927,  compte 
de  1503).  On  l'appelait  (merUlon  de  guerre  (Brantôme),  parce  qu'on 
le  voyait  toujours,  dit  le  Loyal  serviteur,  «  le  c...  sur  la  selle.  »  Il  ne 
dormait  pas  en  campagne  ;  à  chaque  instant,  il  était  debout,  vigilant 
et  consciencieux.  A  Fornoue,  il  secourut  efBcacement  Charles  VIII. 
Vieux  et  cassé,  il  reçut  en  1511  le  commandement  de  Ferrare,  avec 
la  mission  de  réconforter  le  duc;  il  prit  la  fièvre,  et  on  le  jugea 
aussitôt  perdu  (ms.  fr.  2928,  fol.  17);  il  fut  enterré  à  Ferrare. 

En  1499,  Clermont  reçut  la  garde  du  château  de  Lodi,  qu'il  con- 
serva jusqu'à  sa  mort.  Lors  de  l'insurrection  de  1500,  il  tint  bon 
et,  an  mois  de  mars,  il  appuya  le  mouvement  des  Vénitiens.  Au 
mois  d'avril,  le  roi  le  délégua  en  ambassade  à  Venise  avec  le  séné- 
chal de  Beaucaire,  pour  réclamer  Ascanio  Sforza  (MarinoSanuto). 

1.  André  de  «  Lizièrcs  »  .i*  (ms.  fr.  2927,  fol.  157).  Le  maître  de 
l'artillerie  était,  comme  nous  l'avons  dit,  Guinot  de  Lauzières. 

2.  Alexandre  de  Menipeny,  seigneur  de  Varennes,  d'une  famille 
écossaise,  devenue  française  sous  Charles  VII  ;  il  épousa  Margue- 
rite de  Foucard,  fille  de  Patrick  Foucard,  sénéchal  de  Saintonge. 
Il  acheta  à  Beraud  Stuart  d'Aubigny  la  seigneurie  de  Concorsault 
en  Berry  (ou  Concressault)  et  porta  dès  lors  le  titre  de  sire  de 
Concressault.  Il  devint  maître  d'hôtel,  puis  chambellan.  Son  frère 
Guillaume  de  Menipeny  fut  élu  archevêque  de  Bourges  en  1512 
(La  Thaumassière). 

En  1514,  Alexandre  de  Menipeny  devint  chevalier  d'honneur  de 
Marie  d'Angleterre. 

3.  Adrien  de  Brimeu,  seigneur  d'Imbercourt  ou  d'IIumborcourt, 
pensionnaire  du  roi,  appartenait  à  une  nombreuse  famille,  qui  avait 
tenu  le  premier  rang  à  la  cour  des  ducs  de  Bourgogne.  On  verra 
se  déployer  sa  bouillante  ardeur;  il  figure  dans  toutes  les  batailles 
et  y  reçoit  plus  d'une  blessure;  en  1511,  un  astrologue  de  Carpi 
lui  prédit  pourtant  qu'il  vivrait  encore  dix  ou  douze  ans  (/.e  Loyal 


Nov.  1499]     DE  LA  CONQUESTE  DE  LA  CONTÉ  D'YMOLLE.        \2Z 

Anthoyne  de  Gastelferriis  et  Louys  de  Malestroict  ' , 
lesquelz  avoyent  voué  le  voyage  de  Romme  ',  et  se 
voulurent  trouver  a  cest  affaire,   et  avecques  tant 

serviteur),  ce  qui  ne  fut  pas  exact.  Capitaine  de  40  lances  sous 
Louis  XII,  il  est  partout  à  la  fois  :  il  se  distingue  à  Ravenne,  il 
fait  les  campagnes  de  Guyenne,  de  Navarre,  de  Picardie,  portant 
partout  ses  «  grant  couraige,  fervente  affection  et  bonne  loyauté  » 
pour  son  roi.  François  I^"",  le  14  janvier  1515,  lui  donne  4,000  écus 
d'or,  avec  une  lettre  qui  rend  le  plus  brillant  hommage  à  ses  ser- 
vices; il  le  fait,  en  outre,  chambellan,  capitaine  de  80  lances,  capi- 
taine d'Arqués  (Tit.  orig.,  Brimeu,  nos  24-39). 

D'Imbercourt  était  légendaire  dans  l'armée  française  et  au  dehors  ; 
il  paraissait,  à  cheval,  ne  pas  sentir  le  soleil  ;  voulait-on  parler, 
au  XVI'  siècle,  d'une  chaleur  excessive,  on  disait  la  frescheur  de 
M.  d' Imber court  ;  c'était  un  proverbe.  Détail  bizarre  :  ce  capitaine, 
qui  fut  capitaine  toute  sa  vie  et  qui  aimait  avec  passion  la  fumée 
des  combats,  éprouvait  toujours,  au  commencement  d'une  action, 
une  impression  vive  et  matérielle  sur  les  entrailles;  du  moins, 
Brantôme  le  raconte. 

Il  fut  tué  en  1515,  à  Marignan  ;  d'après  le  même  Brantôme,  ou  vou- 
lut l'ensevelir  là  où  il  était  mort,  au  champ  d'honneur,  et  l'on  écrivit 
sur  sa  tombe  :  Ubi  honos  partus,  ibi  tumidus  erectus.  Cependant, 
d'après  le  récit  d'un  témoin  oculaire,  on  aurait  au  contraire  em- 
baumé son  corps  pour  le  rapporter  en  France  (voir  ms.  Moreau  774, 
n»  7,  une  lettre,  du  10  septembre  1515,  faussement  datée  de  1494. 
Cf.  Origine  e  vicende  délia  Cappella  espiatoria  francese,  in  Zivido, 
par  le  cljan.  Inganni). 

1.  Louis  de  Malestroit  était  un  breton;  il  tenait  de  très  près  à 
la  famille  de  Rohan  et,  par  suite,  la  reine  le  traitait  de  cousin. 
Louis  II  de  Rohan-Guéménée  et  le  maréchal  de  Gié,  son  frère, 
avaient  une  sœur  qui  épousa  le  sire  de  Pont-1'Abbé  ;  Jean  de  Males- 
troit, seigneur  de  Kaer,  épousa  Hélène  du  Pont,  issue  de  ce  mariage, 
et  il  eut  Jean  de  Malestroit  qui  aurait  épousé,  d'après  Du  Paz,  sa 
cousine  germaine,  fille  de  Louis  II  de  Guéménée,  et  qui  serait 
mort  en  1524.  Il  est  souvent  question  de  Jean  de  Malestroit  dans 
les  textes  bretons  contemporains.  Louis  de  Malestroit,  seigneur  de 
Kaer,  son  fils  cadet,  vivait  sous  François  I^'.  Bien  certainement, 
ce  n'est  pas  le  Louis  de  Malestroit  dont  parle  J.  d'Auton.  J.  d'Au- 
ton  doit  s'être  trompé  :  il  veut  parler  de  Jean  de  Malestroit. 

2.  A  cause  du  jubilé  promulgué  pour  l'année  1500. 


]-24  niRONIQUES  DE  LOUIS   XIT.  [NoY.  U99 

d'autres  asseurez  hommes  contre  l'effort  de  la  guerre 
que,  pour  le  destour  de  la  fi'oide  saison,  qui  pour  lors 
estoit  en  vigueur,  ne  double  des  ennemys,  ne  retar- 
dèrent leur  voyage.  Mais,  ledoziesmejourde  novembre, 
en  l'an  mille  quatre  cens  quatre  vingtz  dix  neuf, 
prindrent  leur  chemin  droict  a  l^arme,  au  bourg 
Sainct  Denys  \  a  Furnoue  "^  et  a  Bouloigne  la  Grasse^, 
et  tant  marchèrent  que,  sur  la  fin  du  moys  de 
novembre,  davant  la  ville  d'Ymolle  ariverent  :  aus- 
quelz  furent  sans  contredit  les  portes  de  la  ville 
ouvertes  et  logis  offert^;  et  la  dedans  gens  d'armes  et 
artillerie  firent  demeure.  Le  chasteau  estoit  moult 
adventageux  ;  car,  avecques  ce  qu'il  estoit  de  fortes 
murailles  et  larges  fossez  enceint,  de  troys  cens  Alle- 
mans  et  deux  cens  Bourguignons,  bons  souldartz, 
estoit  garny,  avecques  force  vivres,  bonne  artillerye 
et  cannonnieres  au  mestier  tant  apriz  que  peu  de  meil- 
leurs en  estoit.  Mais,  ce  neantmoings,  pour  ce  ne  resta 
(jue,  toute  nuyt,  les  pionniers  ne  meissent  les  mains 

1.  Borgo  S.  Dionisio,  indiqué  sous  ce  nom  avec  la  plus  grande 
précision  dans  tous  les  itinéraires  de  l'époque  comme  gîte  d'étape; 
ce  gîte  correspond  au  village  actuel  de  CoUecchio. 

2.  Fornovo  sur  le  Taro,  au  pied  des  Apennins,  sur  la  route  de 
Pise,  célèbre  par  la  victoire  des  Français  en  1495. 

3.  Une  grande  partie  de  ces  troupes  descendirent  le  Pô  par  eau 
ol  gagnèrent  Bologne  par  Ferrare  ou  par  Bondena,  où  elles  com- 
mirent de  regrettables  excès  (Diario  Ferrarese;  Frizzi,  Memorie 
délia  storia  di  Ferrara,  IV,  197).  L'itinéraire  indique  par.l.d'Au- 
ton  est  bien  invraisemblable. 

\.  La  ville  se  rendit  le  24  novembre  ;  César  Borgia  y  entra  solen- 
nellement le  27  (Alvisi).  Les  liabitants  se  hâtèrent  d'envoyer  un 
ambassadeur  porter  à  Alexandre  Yl  l'expression  de  leur  soumis- 
sion et  d'un  chaleureux  dévouement  (Jacobi  Mczamici,  juriscon- 
sulti,  reip.  Immolensis  ad  Alex.  VI  ponlificem  max.  Oralio,  in-4% 
de  6  feuillets,  s.  1.  n.  d.). 


Nov.  1499]     DE  LA  CONQUESTE  DE  LA  CONTÉ  D'YMOLLE.       125 

aux  tranchées  et  que,  le  lendemain,  au  plus  matin, 
devant  la  place  ne  fust  l'artillerie  chargée  et  affustée 
et  de  toutes  pars  mys  le  siège.  Sur  les  six  heures  au 
matin,  commença  la  baterye,  tant  desmesurée  qu'il 
sembloit  que  vens  et  tonnerres  fussent  deslyez.  Quatre 
jours,  sans  cesser,  dura  la  tempeste,  tant  impétueuse 
que  tout  autour  terre  trambloit.  Defîences  et  repaires 
demeuroyent  souvant  au  desproveu,  car  nul  les  habi- 
toit  qui  a  danger  mortel  ne  se  soubmist.  Ainsi  estoyent 
a  la  rigueur  trectez  les  souldartz  de  la  place.  Mais  tant 
y  a  que,  si  rigoureusement  on  les  assailloit,  vigoureu- 
sement   se   deffendoyent;   car,    au   dedans  du   fort, 
estoyent  plus  de  vingt  cinc  bons  cannonniers,  qui  aux 
Françoys  donnoyent  si  a  droict  que  nul  osoit  l'ueil 
descouvrir  qui   ne  fust   actaint,  tant  que   plusieurs 
davant  la  place  leur  mansion  perpétuèrent.  Ung  gen- 
tilhomme, nommé  Adryain  de  Brymeu,  estant  au  der- 
rière d'une  chappelle,  avecques  grant  nombre  d'autres, 
d'une  pierre  d'artillerye  eut  sur  luy  tout  le  derrière  de 
sa  brigandine  emporté,  et  fut  moult  foullé  et  estonné 
du  coup;  toutesfoys,  ne  fut  gueres  blecyé.  Mais,  a 
touchant  de  luy,  ung  sien  varlet  du  mesme  coup  heut 
la  teste  emportée,  et  ung  jeune  page,  serviteur  du 
maistre  d'ostel  Goncressault,  fut  de  ce  coup  pareille- 
ment occiz.  Pour  abregier,  tel  eschec  fut  faict  sur  les 
Françoys  que  du  sang  d'iceulx  au  devant  de  la  place 
en  plusieurs  lieux  fut  la  terre  taincte  et  enrougye. 
Quoy  plus,  si  n'est  que  tant  fut  mortelle  la  baterie  du 
dedans  que  chascun   coup  d'artillerie  qu'ilz  deschar- 
geoyent  portoit  la  mort  d'ung  ou  de  plusieurs  Fran- 
çoys. Mais  pourtant  ne  cessoycnt  noz  cannonnyers  de 
donner  coups  et  patacz  contre  murailles  et  boulouars 


126  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Nov.  1499 

l4  ruer  tout  par  terre;  et,  après  que  la  baterye  fut  si 
grande  que  sufizante  brèche  leur  sembla  pour  donner 
l'assault,  en  advisant  le  moyen  pour  ce  faire,  virent 
(jue  les  fossez  estoient  moult  profondz,  larges  et  plains 
d'eau,  et,  du  lez  de  la  place,  la  montée  si  hault  et 
tant  malaisée  que  impossible  chose  sembloit  a  prendre 
par  celuy  costé;  dont  fut  advisé,  entre  les  capitaines 
et  maistres  de  l'artillerie,  qu'on  bastroit  un  boulouard 
qui  estoit  a  l'entrée  de  la  place  et  que,  par  la,  pour- 
roit  on  plus  a  gré  donner  l'assault. 

II. 

Comment  le  chasteâu  d'Ymolle  fut  prins. 

La  nuyt  emsuyvant,  fut  la  grosse  artillerie  chargée 
et  aliltrée  devant  celuy  boulouart  et,  au  plus  matin, 
donné  au  travers;  mais  non  de  première  advenue,  car 
tant  estoit  ouvré  de  forte  matière  et  artificieuse  que 
troys  pierres  des  plus  grosses  pièces,  quand  vint 
au  donner,  demeurèrent  plantées  moytié  dedans  la 
muraille  et  moytié  dehors.  Entre  ce  boulouart  et  le 
chasteâu,  avoit  ung  pont  levys  a  mont,  par  ou  l'on 
entroit  de  l'ung  a  l'autre;  et  adviserent  cannonniers 
que,  si  celuy  pont  povoit  estre  mys  a  bas,  que  par  la 
pourroient  Françoys  avoir  entrée;  et  grans  coups 
d'artillerye  celle  part  envoyèrent,  et  si  a  droict  que 
tost  fut  une  des  chaynes  qui  tenoit  le  pont  froissée  et 
mise  en  pièces.  Ainsi  ne  tenoit  plus  la  force  de  la 
place,  ne  la  vye  des  souldartz  qui  dedans  estoient, 
que  au  pouvoir  d'ung  seul  crampon,  qui  de  tous  costés 
de  coups  d'artillerie  estoit  assailly.  A  celle  heure,  les 


Nov.  1499]     COMMENT  LE  ClIASTEAU  DYMOLLE  FUT  PRINS.     127 

laquays  et  pionniers  qui  estoient  aux  tranchées,  voyans 
que  d'approcher  estoit  temps,  sans  demander  a  nulz 
obéissance  que  a  leurs  premiers  motifz,  saillirent  des 
tranchées  et,  a  banyere  desplyée,  donnèrent  sur  le 
boulouart.  Ceux  de  la  place,  voyans  que  deffence  leur 
estoit  nécessaire,  nulz  coups  d'artillerie  et  de  traict 
par  eulx  furent  mys  en  espargne,  mais  deschargez  si 
menu  sur  les  assaillans  que  plus  de  trente  a  l'entrée  y 
demeurèrent.  Celuy  qui  portoit  l'enseigne  aprocha  de 
tant  que,  joignant  du  boulouart,  se  mist  a  pied  ferme 
et,  nonobstant  coups  d'artillerie  et  de  pierres  dont  il 
estoit  batu  de  toutes  pars,  ne  voulut  desmarcher  ne 
reculer  ung  seul  pas  par  craincte  de  mort,  dont  a  la 
fin  ne  fut  exempt,  car  il  mourut  sur  le  champ, 
avecques  d'autres  assez.  Mais,  pour  ce,  ne  cessa  l'as- 
sault,  car  ung  autre,  nommé  Jannot,  gascon,  reprinst 
l'enseigne,  et,  aseuré  contre  mortelle  menace,  de 
tout  ce  qu'il  montoit  remplist  la  périlleuse  place, 
et,  la,  de  plus  en  plus  fort  iceulx  pionniers  et  laquays 
assaillirent  le  fort,  et  si  chauldement  poursuy virent 
leur  emprise  que,  en  moings  d'une  heure,  heurent  le 
boulouart  entre  mains  et  couchèrent  la  nuyt  dedans; 
mais  leur  fallut  avecques  tables,  portes  et' autre  cou- 
verture, le  jour  durant,  fermer  le  dessus  de  leur  fort, 
pour  eulx  asseurer  contre  le  dangier  des  pierres;  ce 
que  ne  peut  estre  faict  que  plusieurs  n'en  eussent  a 
besoigner,  car  nul  d'eulx  povoit  sortir  au  descouvert 
pour  faire  prochas  de  ce  que  leur  fasoit  mestier,  que 
du  trect  du  chasteau  ne  fussent  actainctz,  ou  faillis  de 
bien  près;  toutesfoys,  leur  demeura  le  logis.  Les  soul- 
dartz  de  la  place  heurent  a  celle  heure  la  meilleur  part 
de  leur  seureté  perdue;  et,  voyans  que  de  ceulx  dont 


128  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Dec.  1499 

ilz  avoyent  le  povoir  en  estime  de  rien  et  que  moings 
rcdoubtoyent,  estoyent  les  plus  assailliz,  heurent  si 
graiit  double  du  surplus  que  les  plus  hardys  n'estoyent 
asseurez;  la  nuyt,  voulurent  mectre  la  main  au  rem- 
par  et  eulx  rainforcer  de  plus;  mais  la  lune,  qui  celle 
nuyt  avoit  mys  ses  raidz  aux  champs,  descouvrit  leur 
embusche  ;  tellement  que,  par  la  guyde  de  sa  lumière, 
cannonniers  françoys  a  coups  d'artillerie  leur  impo- 
sèrent sillence;  et  voyans,  iceulx  Sforciains,  que  plus 
n'en  povoyent,  sur  la  mynuyt  parlamenterent  et  bail- 
lèrent pour  hostaige  le  frère  du  capitaine  de  la  place 
et,  le  lendemain  au  matin,  leurs  bagues  sauves,  se 
rendirent'.  Les  Françoys,  entrez,  séjournèrent  la, 
depuys  celuy  jour,  qui  estoit  ung  dimenche,  premier 
jour  de  décembre^,  jusques  au  vendredi  ensuyvant, 
que  l'ost  prinst  son  chemin  vers  Fourly,  ou  estoit 
dame  Katherine  Sforce  avecques  ses  gens;  et,  ainsi 
que  l'armée  de  France  marchoit,  les  potestatz  et  sei- 
gneurs des  villes  et  places  des  environs  apportèrent 
les  clefz  et  se  soubmirent  a  obbeissance.  Ainsi  mar- 
chèrent gens  d'armes  en  avant,  en  approchant  la  ville 
de  Fourly,  et  logèrent  deux  jours  en  la  terre  de 
Sainct  Marc^. 

111. 

Du  SIEGE  DE  Fourly. 
Le  lundi,  neufiesme  jour  de  décembre,  sur  les  dix 

1.  Il  n'y  eut  aucune  trahison,  quoi  qu'on  ait  dit  (Alvisi). 

2.  Burchard,  dans  son  Diarium,  prétend  que  la  nouvelle  de  la 
prise  d'imola  parvint  à  Rome  le  11  décembre  seulement.  Cela  est 
bien  difGcile  à  croire  (t.  II,  p.  581). 

3.  Territoire  de  l'ancienne  Marche  de  Ravenne,  récemment 
conquis  par  les  Vénitiens. 


Dec.  1499]  DU  SIEGE  DE  FOUKLY.  129 

heures  du  matin,  arrivèrent  les  Françoys  devant  la 
ville  de  Fourly,  laquelle  n'eut  semblant  de  deffence, 
mais,  a  portes  ouvertes  et  manière  transquille,  receut 
rexcercile  françoys  ^  Apres  que  chascun  fut  au  cou- 
vert, par  les  capitaines  de  l'armée  et  les  maistres  de 
l'artillerie  fut  le  chasteau  de  toutes  pars  mis  en  advys  ; 
et,  après  que  tout  fut  en  veue,  fut  trouvé  que  par  le 
dehors  de  la  ville  seroit  le  siège  plus  a  main  et  que, 
par  la,  estoit  le  chasteau  plus  foible,  Toutesfoys,  les 
ennuys  de  la  froidure  et  empeschemens  de  la  pluye, 
qui  pour  l'eure  avoient  cours,  deiïendirent  par  celuy 
costé  làdicte  place  aux  Françoys  n'assaillir,  mais  du 
lez  de  la  ville,  supposé  que  ce  fust  le  plus  fort;  car 
plus  a  plaisir  se  pourroyent  faire  les  tranchées  et  plus 
a  seureté  conduyre  et  affuster  l'artillerie,  et  ausi  que 
les  gens  d'armes  seroyent  tousjours  a  couvert,  eulx  et 
leurs  chevaulx,  qui  en  tel  affaire  est  ung  avantaige, 
lequel  se  faict  moult  a  louer.  Et,  tout  ce  considéré,  fut 
l'advis  mys  a  effect.  Et  la  nuyt  commaincerent  pion- 
niers a  faire  fossez  et  tranchées,  cannonnyeres  a  taul- 
dir  et  charger  leurs  menues  pièces,  pour  batre  les 
creneaulx  et  deffences  de  la  place,  afïin  que  le  charroy 

1.  Les  habitants  de  Forli  avaient  cherché  à  se  défendre  par  des 
moyens  plus  détournés.  Le  18  novembre,  on  arrêta  à  Rome  un 
certain  Thomas  de  Forli,  musicien  de  la  cour  pontificale,  venu  à 
Rome,  disait-on,  avec  des  lettres  cachées  dans  une  canne.  Il  devait 
présenter  au  pape,  comme  une  supplique  des  habitants  de  Forli, 
ces  lettres  qui  contenaient  un  poison  subtil  et  violent.  A  leur  lec- 
ture, le  pape  devait  tomber  mort.  Thomas  fut  trahi  par  des  confi- 
dents. Il  avoua  son  dessein  avec  courage  et  déclara  qu'il  était  tout 
dévoué  à  Catherine  Sforza  qui  l'avait  élevé  (Diarium  de  Burchard, 
t.  II,  p.  579).  Alexandre  YI  raconte  cet  attentat  dans  un  bref 
adressé  à  la  seigneurie  de  Florence  le  21  novembre  1499  (publié 
par  M.  Thuasno,  Ibid.;  cf.  Alvisi,  p.  74). 

I  9 


130  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Dec.  1499 

de  la  grosse  artillerie  ne  fust  par  ceulx  de  dedans 
einpesché  (car,  de  l'entrée  d'une  plaine,  qui  estoit 
entre  la  ville  et  le  chasteau,  lacjuelle  avoit  de  large 
plus  d'ung  gect  d'arc,  jusque  près  des  fossez  de  la 
place,  failloit  aller  au  descouvert),  et  aussi  que  les 
pyonniers,  a  l'affaire  des  tranchées,  qui  plus  de  demy 
mille  avoyent  de  œuvre,  ne  fussent  destourbez  :  ainsi 
bâtirent  creneaulx  et  deffences,  jusques  trenchées 
fussent  faictes  et  toute  l'artillerie  mise  a  point.  Tant 
de  coups  venoyent  de  la  place  que  homme  n'osoit 
monstrer  le  doy  qui  ne  fust  rancontré,  tant  que  moult 
de  Françoys  y  demeurèrent  :  mais,  sitost  que  les  plus 
grosses  pièces  furent  assises  et  chargées,  le  bruyt 
commança,  tant  impetueulx  et  espouventable  que  du 
terremote  voragineulx  les  verrières  et  tuilles  des  mai- 
sons prochaines  alloyent  a  bas  ;  et  avoient  les  cannon- 
niers  françoys  tant  approchée  la  place  que  la  bouche 
de  leur  artillerie  au  dedans  des  fossez  plus  d'une 
brace  apparoissoit.  Et,  voyans  ceulx  du  fort  qu'ilz 
estoient  ainsi  malmenez,  adroisserent  leurs  canons 
vers  l'artillerie,  qui  du  dedans  des  fossez  leur  tiroit, 
et  donnèrent  tant  près  d'icelle  que,  sur  le  bort  de  la 
bouche  d'une  grosse  coullevrine,  assennerent  ung 
coup  tel  que,  tout  le  long  du  dos  de  la  pièce,  fist  une 
passée  suffisante  a  coucher  le  bras  d'ung  homme.  Les 
aultres  pièces,  estans  au  descouvert,  se  trouvèrent  a 
telle  presse  que  a  leur  doz  apparoissoit  clerement  que 
a  rancontré  de  coups  s'estoyent  trouvées  ;  et  ne  furent 
tant  au  couvert  ceulx  qui  estoient  aux  tranchées 
enterrez  que  plusieurs  ne  fussent,  a  plus  de  six  piedz 
de  profond,  par  les  coups  de  ceulx  de  la  place  rain- 
contrez  et  actainctz.   Somme,  la  baterye  des  deulx 


Dec.   1499]  DU   SIEGE   DE  FOURLY.  13i 

partiz  estoit  si  chaudement  menée  (lue  l'ung  coup 
n'actendoit  l'autre,  et  est  a  pencer  que,  ou  tant  de 
gens  avoit,  qu'a  feste  funeralle  estoyent  plusieurs  sou- 
vant  conviez  ^  Que  diray  je?  L'orage  turbineux  dura 
plus  de  dix  huyt  heures,  que  nuyt,  que  jour  ;  si  que, 
par  la  continuation  de  la  jacture,  les  murales  furent 
tant  batues  que  l'assault  se  povoit  donner.  Donc  chas- 
cun  se  mist  a  gecter  fagotz,  tables,  portes,  charrectes 
et  autres  aydes  dedans  les  fossez,  qui  estoient  plains 
d'eau  et  moult  profondz;  et  ne  furent  iceulx  de  beau- 
coup près  que  d'assez  comblez  et  rempliz,  que  on  ne 
se  mist  au  travers.  Ung  j\Iore,  serviteur  du  duc  de 
Vallentinoys,  entra  le  premier;  après,  le  seigneur 
d' Allègre,  Louys  de  Malestroit,  ung  archer  gascon  de 
ceulx  du  conte  de  Ligny,  nommé  Fortune.  A  celle 
entrée  se  monstrerent  ceulx  qui  plus  avoyent  leur 
honneur  pour  recommandé  que  craincte  de  leur  vie. 

Le  duc  de  Vallentinoys^,  voyant  les  capitaines  et 
hommes  plus  extimez  des  premiers  a  la  charge,  ne 
voulut  tant  son  honneur  lesser  escarter  que  a  l'aiTaire 
ne  se  preuvast,  tant  que  a  la  foulle  se  mist  au  travers 
des  fossez.  Mais  deux  pas  n'eust  cheminé  en  avant 
que  en  l'eau  ne  se  trouvast  jusques  au  dessus  des 
genoilz;  qui  moult  le  refroidist.  Auprès  de  luy,  estoit 
ung  des  gentishommes  de  la  maison  du  Roy,  nommé 
Castelferrus,  qui  a  ce  besoing  luy  fut  si  propice  que, 
tout  le  travers  de  l'eau,  a  son  coul  l'en  emporta.  Ghas- 
cun  fasoit  tel  devoir,  que  nul  de  reproche  de  lascheté 
povoit  estre  actainct. 

1.  Il  y  eut  400  morts. 
^   2.  Selon  Burchard  (t.  II,  p.  578),  César  Borgia,  rentré  «  secrè- 
tement »  à  Rome  le  18  novembre,  était  reparti  le  21  pour  présider 
au  siècçe  d'Imola. 


132  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Déc.  1499 

Les  cannonnyers  de  la  place,  voyans  que  nécessité 
leur  apreiîoit  a  defFendre  leurs  vies,  nulle  pièce  d'artil- 
lerye  hcurent  en  reserve;  mais  a  tel  affaire  mirent 
tout  leur  povoir  en  œuvre,  tant  que,  pour  la  peste  de 
leurs  coups,  plus  de  vingt  cinc  Françoys  furent  a 
l'entrée  ensepvelliz.  Ung  archier  gascon,  nommé  For- 
Lune,  qui  des  premiers  s'estoit  mys  au  fossez,  au  tra- 
vers de  sa  brigandine  heut  deux  coups  de  hacquebute, 
telz  que  les  deux  pierres  luy  demeurèrent  dedans  le 
corps  ;  lequel ,  pour  l'angoisse  des  coups  mortels, 
estant  en  butte  et  visée  des  ennemys,  après  grande 
effusion  de  sang,  se  trouva  débilité  du  povoir  et  offus- 
qué de  la  veue  ;  et,  labourant  en  ce  doulloureux  tra- 
vail, ainsi  que  je  luy  ay  ouy  dire,  se  voua  a  Nostre 
Dame  de  Haulte  Paye  ' ,  et  tout  soubdain  reprist 
lumière  occulaire  et  force  corporelle  recouvra ,  tant 
que  a  la  fin  de  l'assault  se  trouva,  et  depuis,  sain  et 
liectyé,  fut  a  son  voyage. 

Pour  rentrer,  l'assault  fut  moult  dur  et  la  deffence 
vigoureuse;  mais  tant  se  monstrerent  Françoys  gens 
de  bien  a  ceste  besoigne  que,  pour  les  coups  d'artil- 
lerie du  dedans,  ne  l'empesche  des  fossez  (lesquelz, 
nonobstant  les  planches,  failloit  a  plusieurs,  pour 
passer,  oultrenager),  ne  toute  la  deffence  des  souldartz 
du  chasteau,  ne  demeura  que  a  vive  force  d'assault  ne 
fust  emporté.  Je  ne  veulx  au  long  descripre  le  mérite 
de  tous  ceulx  qui  a  cest  affaire  firent  chose  digne  de 
loz,  car  par  trop  en  scroit  la  marge  de  mon  papier 
eslargie;  toutesfoys,  l'assault  l'ut  tel  que  la  place,  qui 
sembloit  inexpugnable,  fut  gaigné  en  peu  de  temps. 

1.  En  Périgord. 


Dec.  1499]  COMMANT  DAME  KATHERINE  SFORCE  FUT  PRIZE.  loo 

IV. 

COMMAXT   DAME    KATHERINE    SfORCE   FUT   PRIZE. 

Entre  les  périlleux  dangiers  de  tant  durs  assaulx, 
dame  Katherine  Sforce,  comme  une  preuse  Thamaris', 
vigoureusement  se  maintenoit  et,  aux  plus  desvoyez 
ennuys  de  sa  perverse  fortune,  d'une  joyeuse  chère 
couvrant  le  dueil  de  son  infelicité,  donnoit  a  ses  gens 
cueur  et  hardement  par  audacieux  langage.  Et,  voyant 
les  Françoys  par  force  gaigner  le  chastoau,  de  riens 
ne  se  mist  en  effroy  ;  mais,  avecques  les  siens,  contre 
ses  ennemys,  jusques  a  ce  que  povoir  desfaillist  a  la 
volunté,  tinst  illecques  le  fort^. 

Les  cannonniers  de  France,  en  tous  les  lieux  ou 
gens  de  deffence  povoient  adviser,  adroissoyent  la 
leurs  coups,  sans  espargner  le  repaire  ou  estoit  icelle 
dame.  Deux  ou  troys  foys,  donnèrent  encontre  d'elle, 
au   travers  des  creneaulx;   dont  la  pluspart  de  ses 

i.  D'après  Hérodote,  Gyrus,  maître  de  l'Asie,  ayant  attaqué  les 
Massagètes,  tomba  entre  les  mains  de  Thomyris,  reine  de  ce  petit 
peuple.  Thomyris  le  fit  décapiter  et  plongea  sa  tête  dans  un  bas- 
sin rempli  de  sang,  en  disant  :  «  Tiens,  monstre,  abreuve-toi  de 
sang,  puisque  tu  l'aimes  !  »  Cette  scène  énergique  (contredite  par 
le  récit  de  Xénophon)  fut  fort  admirée  au  xm^  siècle;  Rubens  l'a 
reproduite  dans  un  tableau  célèbre  (Musée  du  Louvre),  et  les  poètes 
du  temps  de  J.  d'Auton,  pour  célél)rer  la  mâle  vertu  dont  les 
femmes  sont  capables,  rappelaient  volontiers 

la  bonne  dame 
De  Thanaris,  qui  fist  Cirus  occire. 
(V.  A.  de  Montaiglon,  Recueil  d'anciennes  poésies  françaises,  X,  252.) 
2.  Le  fort  ou  7'occa  était  séparé  du  castello  par  un  nouveau  fossé. 


l:r,  rnR(iMQri:s  i»i;  i.nns  \ii.  [Hoc.  j 'i'.i',i 

;ivcl<"s.  comme  laselK's  et  an-ccru/'.  lialiandomicrçii! 
l('ur>  (Icllences:  cl  elle,  soiil)/  corps  femiiiiii,  monlra 
ctieiii^  virille  cl  vcrtiieulx:  car  oiicques,  pour  nul  dau- 
i;icr.  lant  luy  tust  il  j^>roche,  ne  inisl  eu  arrière  la 
marche.  Mais  elle,  sov  voyant  des  siens  liabbandoiuiée 
et  assaillye  des  eiinemys,  sans  espei'ence  de  recceuvre. 
a\ecc(ues  ses  plus  |)rive/.  iiaii;"ua  ung  reveliu.  estant 
derrière  la  citadelle,  et  la.  soy  voyant  sur  le  i)ort  de 
la  tosse  de  son  exil  et  le  prochain  interit  sanglant  de 
ses  souldartz  coj;noissant.  m(;nsli\anl  avoii"  moini^s  de 
l'Ciiret  de  la  perte  de  son  |»ays  (jue  doulleur  de  la 
mort  de  ses  gens,  siu'  la  muraille  se  mist  toute  en 
veue,  et  la  vint  résumer  constance  el  dire;  aux;  l-'ran- 
covs,  en  langaige  itallyen  :  «  0  vous,  l)cllic(|ueulx 
KraïK^ovs,  qui,  a  la  secousse  de  vosti'c  diu'c  main, 
toute  la  terre  des  Italles  t'aides  |)lyer  et  tramhicr. 
puisrjue  Fortune  incertaine  nTa .  par  vostre  povoir, 
au  joug  de  captivité  submise  et  domhttje,  suttize  vous 
a  tarit,  et  uc  vueillez  la  pauvre  déshéritée  el  tant 
desollee  \e\'\c.  a  mort  pei'secul<'r  ;  car  ce  scroit  onivre 
contre  la  pi'ojirieté  recommandée  d<'  vostre  noble 
nature:  et,  si  vous  avez  la  gent  supperbe  de  ce  pays 
maclée,  pardonnez  aux  humbles;  et  si  l'igueur  de 
guerre  vous  a|)prend  est rc  cruclz  aux  l'cbelles,  iuimain 
remori  vous  commande  esti'c  |)iteux  aux  vaincus,  cai' 
tout  povoi)' est  instabille.  (jui  est  vuyde  de  clémence! 
Ne  semmez  donc(|ues  le  sang  de  cculx  dont  la  mort  ne 
vous  pciilt  donner  tiltre  de  louanges  ne  la  Noye  em|)es- 
chcr  Icmosen  de  voti'c  |)roiilil  ! «  Mainctes  aullres 

1.  .-l/'/vY7'î/\-,  (lu  mot  français  rrcni  (midu,  tiarassé,  n'en  |inavaiii 
plus),  roulVirré  du  prétixe  ar,  coninif  ou  Bearu. 


Dec.  1499]  GOMMANT  DA:ME  KATHERINE  SFORCE  FUT  PRIZE.  135 

doulces  parolles  heut  aux  Françoys'.  Lesquelz  pour 
ce  ne  cessèrent,  mais  entendoyent  a  mectre  du  tout 
le  chasteau  et  la  cytadelle  entre  leurs  mains  et  trecter 
les  soubdartz  scelon  la  costume  de  prise  d'assault. 
Ung  capitaine  de  laquays,  gascon,  nommé  Bertrand, 
avoit  esté  des  premiers  a  la  prinse  du  chasteau,  et, 
voyant  que  ou  fort,  ou  estoit  la  contesse  Sforce,  devoit 
avoir  quelques  gens  de  bonne  prise,  avecques  doze 
laquays  -  gascons  et  huit  allemans,  entra  dedans  et 
prist  la  foy  de  la  dame.  Les  Allemans  eurent  la  foy  de 
ses  frères  et  de  Jehan  du  Cazal,  et  tuherent  doze  ou 
treze  Italliens  qui  la  se  trouvèrent.  Ce  durant,  le  duc 
de  Vallentinoys,  le  seigneur  d'Allègre,  le  seigneur  de 
Gastelferus  et  ung  nommé  le  petit  Aulbigny  entrèrent 
dedans  le  ravelin  ou  estoit  la  contesse,  et  la  print  le 
duc  de  Vallentinoys. 

Le  conte  de  Merse,  le  conte  Alexandre  et  Jehan  du 
Cazal  ^  furent  mys  entre  les  mains  du  baillif  de  Disjon, 
capitaine  de  Allemans.  Le  duc  de  Vallentinoys  en 
enmena  la  contesse  Sforce  au  chasteau,  avecques  une 
sienne  dame  d'honneur,  nommée  Argentine,  et  sept 
ou  huyt  autres  damoiselles.  Le  capitaine  Bernard*, 

1.  Catherine,  du  haut  des  remparts,  avait  déjà  conversé  avec 
César  Borgia,  qui  l'engageait  vainement  à  se  rendre. 

2.  Les  laquais,  appelés  à  servir  les  hommes  d'armes,  ne  se  bat- 
taient généralement  pas  ;  mais  ils  intervenaient  toujours  au  moment 
des  bénéfices  ou  du  pillage. 

3.  Les  Colonna  les  enlevèrent  à  leur  escorte  sur  la  route  de 
Rome  ;  on  les  retrouve,  un  peu  plus  loin,  à  Novare. 

4.  D'après  les  relations  vénitiennes  (fort  suspectes  toujours),  ce 
capitaine  était  bourguignon  et  non  gascon,  comme  le  dit  Jean 
d'Auton  plus  haut,  en  l'appelant  Bertrand.  Les  Vénitiens  pré- 
tendent aussi  que  ce  capitaine,  mécontent  de  ce  que  Valentinois 
lui  donnait  pour  la  rançon  de  Catherine,  pour  laquelle  on  avait  pro- 


136  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Dec.  1490 

qui  la  foy  de  la  dame  a  voit  premier  heue,  fut  par  le 
duc  de  Valientinoys  contenté.  Tous  les  Allemans, 
Bourguignons  et  aultres  souldartz  de  la  place  furent 
au  tranchant  du  glaive  habbandonnez,  qui  tant  cruel 
leur  fut  que  ung  tout  seul  d'iceulx  n'eust  respit  de 
mort,  si  n'est  autant  que  fuyte  de  cloz  pourpriz  devant 
leurs  ennemys  leur  en  peult  donner.  Et  fut  le  chap- 
pliz^  si  sanglant  que  plus  de  sept  cens  hommes  furent 
illecques  mys  a  l'espée. 

Tout  ce  faict,  le  duc  de  Valientinoys,  lequel  estoit 
las,  pour  se  vouloir  desarmer  et  prendre  repos, 
dedans  une  chambre  haulte  se  retira.  Mais  bon  besoing 
luy  fut  de  tost  desloger  de  ce  lieu  ;  car,  au  dessoubz 
de  luy,  dedans  une  salle  basse,  plaine  de  pouldre  de 
canon  et  d'artillerie,  estoient  entrez  vingt  cinc  ou  trente 
Allemans,  avecques  du  feu,  pour  visiter  le  logis,  et, 
ainsi  qu'ilz  fasoyent  leur  recherche,  trouvèrent  du  vin, 
et  la  se  misrent  a  dringuer,  tant  que  la  doulceur  du 
brevaige  leur  fist  oublier  le  danger  du  feu  et  de  la 
pouldre.  Ung  des  gens  du  duc  de  Valientinoys,  voyant 
ce  péril  eminant,  promptement  l'en  advertist  ;  lequel 
ne  séjourna  plus  a  mont ,  mais  tost  se  retira  autre 
part  loing  d'illecques.  Bientost  après  ce  qu'il  se  fut 

mis  10,000  ducats,  s'emporta,  séance  tenante,  et  voulut  couper  le 
cou  de  la  prisonnière.  La  présence  de  Catherine  donna  lieu  à  de 
vifs  débats  entre  César  Borgia  et  Yves  d'Alègre,  qui  regardait 
comme  déshonorant  pour  un  Français  de  faire  une  femme  prison- 
nière. Catherine  fut  conduite  à  Rome,  où  Yves  d'Alègre  lui  fit 
rendre  la  liberté.  Munie  même  d'une  lettre  de  recommandation 
chaleureuse  du  pape,  elle  se  rendit  à  Florence,  en  annonçant  qu'elle 
allait  entrer  en  religion.  Elle  ne  tarda  pas  à  y  déclarer  qu'elle  avait 
épousé  Giov.  de'  Medici  (Alvisi,  etc.). 

1.  Chaple,  chapleiz,  combat  à  l'épée  (vieux  mot  que  Jean  d'Au- 
ton  affectionne). 


Dec.  1499]  GOMMANT  DAME  KATHERINE  SFORCE  FUT  PRIZE.  1:57 

osté  du  chemin,  les  AUemans  firent  si  bon  feu  que  la 
pouldre  qui  dedans  la  salle  estoit  fut  soubdainement 
toute  en  flamme,  et  la  chambre  dont  estoit  sorty  le 
duc  de  Vallentinoys  toute  abbrazée.  Une  partye  de 
ceulx  qui  les  plus  près  furent  de  la  porte,  de  feu  et 
de  soulphre  les  visaiges  et  les  mains  tout  enfumez, 
teinctz  et  noirciz,  se  sauvèrent  ;  les  autres  furent,  sans 
secours,  estainctz  et  brûliez. 

Celle  nuyt,  couchèrent  les  Françoys  dedans  le 
chasteau  ;  et,  le  lendemain,  a  ceulx  qui  voulurent  sortir 
fallut  faire  pons  et  planches,  car  tant  estoit  forte  la 
place  qu'au  lieu  mesme  ou  avoit  esté  donné  Fassault, 
sembloit  la  passée  tant  doubteuse  que  nul  sans  ayde 
osoit  par  la  repasser.  Apres  celle  deffaicte  et  prise, 
séjourna  l'armée  dedans  Fourly  quinze  jours  ^.  Et, 
premier  que  partir,  bonne  garde  fut  lessée  pour  la 
seurté  de  la  place  ;  et  puis  se  mist  l'ost  au  chemin  droit 
a  Pesre,  une  forte  ville  sur  le  chemin  de  Romme, 
laquelle  estoit  du  Papat,  a  cause  d'Ymolle*.  Et,  lorsque 
les  gens  du  pays  seurent  la  venue  des  Françoys,  par 
une  nuyt,  tous  les  blez  des  environs,  vins,  fains,  boys, 
maisons,  loges  et  toutes  autres  choses  nécessaires 
pour  soustenir  ost,  par  les  montaignes  et  autres  lieux 
prochains  de  la  ville,  misrent  au  dangier  du  feu,  qui 
tellement  sur  ce  mist  son  povoir  en  œuvre  que,  depuis 
le  temps  que,  scelon  les  poètes,  Pheton  versa  le  currc 


1.  Un  des  premiers  actes  de  César  Borgia  fut  d'exempter  de 
toute  charge  civique  l'historien  A.  Bernardi  de  Forli,  pour  qu'il 
pût  vaquer  entièrement  aux  études  historiques  (ms.  itai.  250, 
fol.  IV  v»). 

2.  En  fait,  Pesaro  appartenait  à  Giov.  Sforza,  seigneur  de  Pesaro. 
gendre  d'Alexandre  VI. 


138  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Dec.  1499 

de  Phebus  sur  la  terre,  n'apparut  si  grande  flamme  ; 
et,  de  vray,  si  nul  de  ceulx  qui  veyoit  le  spectacle  au 
mont  Etlina  avoit  esté  a  l'eure,  luy  en  povoit  souvenir, 
car,  a  val,  a  mont  et  sur  la  cruppe  des  montaignes, 
plus  de  quatre  mille  de  pays  autour  de  Pesre,  n'appa- 
roissoit  que  feu  et  fumée.  Et  tout  ce  avoyent  faict  les 
paysans  pour  mectre  l'ost  en  disecte  de  vivres  et  des- 
cœuvre  de  logis. 

Ainsi  que  l'armée  marchoit  pour  aller  assiéger 
Pesre,  au  seigneur  d'Allègre  vindrent  lectres  du  Roy\ 
par  lesquelles  luy  estoit  mandé  a  toute  diligence  vers 
la  duché  de  Millau  faire  retourner  les  gens  d'armes, 
et  que  besoing  en  estoit  tel  que,  sans  brief  secours, 
estoit  icelle  duché  par  le  seigneur  Ludovic  en  voye 
d'estre  reconquestée.  Et,  a  ce  mandement,  sans  mar- 
cher oultre,  se  misrent  Francoys  au  retour.  Le  duc  de 
Vallenlinoys,  avecques  les  troys  gentishommes  pen- 
cionnaires  dessus  dis  ~,  prinst  le  chemin  de  Romme 
et,  avecques  luy,  en  enmena  prisonnière  dame  Kathe- 
rine Sforce. 

V. 

Du   COMMANCEMENT   DE   LA    REBELLION   DE   MiLLAN. 

Icy  est  a  dire  que  le  Roy  estoit  ja  de  retour  en 
France,  lequel  n'eust  sitost  la  duché  de  Millau  desem- 
paré que  segrete  mutinerie  et  rébellion  cellée,  de  jour 

1.  Le  26  décembre,  à  Montefiore. 

2.  Adrien  de  Brimeu,  Antoine  de  Castelfcrrus  et  Louis  de  Males- 
troit  qui  se  rendaient  à  Rome  au  jubilé,  par  suite  d'un  vœu,  et 
qui  avaient  seulement  fait  une  pointe,  en  passant,  pour  prendre 
part  au  siège  d'imola. 


Dec.  1499]  DE  LA  REBELLI(3N  DE  MILLAN.  189 

en  autre,  en  Lombardye  ne  se  forgeast.  Et,  comme 
chose  difficille  est  entre  les  humains  povoir  assouvir 
commun  appétit,  tant  n'avoit  sceu  le  Roy  adhérer  au 
vouloir  de  tous  que  plusieurs  ne  se  cuydassent  mal 
partis;  et,  entre  autres,  ung  nommé  messire  Jacome 
Andrée,  varlet  de  chambre  du  seigneur  Ludovic 
(duquel  avoit  donné  le  Roy  la  confiscation  a  maislre 
Théodore,  son  médecin),  et  ung  autre,  nommé  Nicho- 
las,  barbier  et  cirurgien  de  la  ville  de  Millau^.  Lesquelz 
s'en  allèrent  en  Allemaigne,  devers  le  seigneur  Ludo- 
vic, auquel  dirent  et  promirent  maintes  belles  choses  : 
et  luy  promist,  celuy  Jacome  Andrée,  que  quinze  jours 
ne  seroyent  révolus  que  sa  main  n'eust  premier 
baignée  ou  sang  du  seigneur  Jehan  Jacques  et  que 
mort  ne  l'eust  rendu  ;  Nycholas  le  cirurgien  se  fist  fort, 
envers  le  seigneur  Ludovic,  de  faire  insulter  la  com- 
mune de  Millau  contre  les  Françoys  qui  dedans  estoyent 
logez,  et  de  aller  de  maison  en  maison  suader  et 
induyre  chascun  Millannoys  de  tuher  son  oste  et  de 
occire  tous  ceulx  qui  au  despourveu  se  pourroient 
trouver,  sans  en  prendre  ung  tout  seul  a  mercy.  Le 
seigneur  Ludovic  de  ce  remercya  très  amplement  iceulx 
transfuges,  et  plus  affectueusement  leur  recomanda  le 
prodicieux  affaire  ;  ausquelz  dist  que  hardyment  missent 
la  main  a  ceste  besoigne  et  que,  pour  les  secourir, 
tost,  avecques  grosse  armée,  se  mectroit  sus  et  que, 

1.  Jacobo  Andréa  da  Ferrara,  Nicolo  délia  Bussola.  D'après 
Prato,  ils  cherchèrent  à  corrompre  la  garnison  française  du  châ- 
teau, avec  laquelle  ils  étaient  en  rapports  fréquents.  Maître  Théo- 
dore, Théodore  Gaynier,  Teodoro  da  Pavia,  était  un  médecin  de 
Pavie,  engagé  jadis  au  service  de  Charles  YIII  (Godefroy).  Il 
accompagna  Louis  XII  à  Milan  et  y  fit  partie  de  son  conseil 
(Gozzadini,  Memorie  di  Bentivoglio,  p.  lxxi). 


1-iO  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Dec.  I'i90 

pour  ce  faire,  avoit  ja  toute  Lombardie  et  la  pluspart 
des  Italles  a  poste.  Et,  tout  ce  faict  et  dit,  droict  a 
Millan  s'en  retournèrent  les  compaignons.  Sur  le  cueur, 
tristes  et  pensiz,  gardoyent  ceste  crimineuse  entre- 
prise, en  actendant  l'eure  opportune  pour  icelle  exé- 
cuter. Mais  Celuy  qui  des  choses  mal  proposées  deue- 
inent  dispose  autrement  en  ordonna  ;  car  ceulx  qui  la 
machinée  promesse  devoyent  pour  leur  proffict  mectre 
soubz  la  clef  a  leur  damps,  le  vingt  deusiesme  jour  de 
décembre,  dedans  Teglize  des  Gordelliers  de  Millan,  a 
ung  nommé  Anthoine  de  Visconte^  compère  dudit 
Jacome  Andrée,  leur  affaire  communicquerent,  pencent 
qu'il  fust  des  malcontans  et  que  des  conjurez  de  la 
rebelle  insurrection  vousist  estre.  Toutesfoys,  comme 
celuy  qui  de  tache  de  traison  ne  vouloit  sa  ronommée 
noircir,  le  fist  autrement  ;  car,  après  que  les  ungs  des 
autres  furent  séparez,  au  chasteau  de  Millan  segrete- 
ment  s'en  alla  et  de  la  machinacion  susdicte  les  cappi- 
taines  de  la  place  deuement  en  advertit.  Et  tout  en 
l'eure  furent  iceulx  traistres  envoyez  prendre  ;  lesquelz 
furent  mys  dedans  la  Roquete  et  bien  gardez,  jusquez 
a  temps  que  telle  pugnicion  d'eulx  seroit  faicte  que 
leur  desmerite  requeroit-. 

\.  Anl°  Vesconte  appartenait,  en  effet,  à  une  famille  toute 
dévouée  à  Ludovic,  mais  on  le  savait  enclin  au  parti  français  ;  il 
ne  rjuitta  pas  ISIilan,  malgré  l'arrivée  de  Ludovic,  et  il  fut  ensuite, 
avec  Giberto  Borromeo,  le  chef  du  parti  français,  un  des  plénipo- 
tentiaires délégués  au  camp  français  par  la  ville  pour  traiter  de  sa 
reddition. 

2.  Il  se  produisit  à  Milan  des  événements  dont  on  trouve  le 
récit  détaillé  dans  Prato  et  Da  PauUo  (cf.  Yerri,  Ripamonti,  etc.i. 


Janv.  15001     COMMENT  LUDOVIC  SE  MIST  AU  CHAMPS.  1  il 

VI. 

Comment  le  seigneur  Ludovic  se  mist  au  champs. 

Par  messaigiers  segretz  et  lectres  closes  avoit  le 
seigneur  Ludovic,  envers  le  peuple  de  Lombardie  el 
aucunes  villes  des  Italles,  si  bien  ouvré  que  de  la 
faveur  et  ayde  d'iceulx  se  tenoit  pour  asseuré  ;  dont 
avoit,  faict  tel  amas  de  soubdartz  que  assez  fort  se  cuy- 
doit  pour  la  duché  de  Millan  rcconquester.  Et,  vou- 
lant mectre  en  lumière  son  propos  et  exécuter  son 
vouloir,  sur  la  fin  du  moys  de  janvier,  avecques  son 
ost  prist  les  champs  et  commança  bien  a  point  a  mectre 
main  a  l'œuvre  et  assiéger  aucunes  villes  et  places 
limitrophes  et  confines  des  AUemaignes;  et,  voyant, 
les  garnisons  qui  dedans  estoient  pour  le  Roy,  que 
longuement  ne  pourroyent  tenir  et  secours  leur  estre 
en  arrière  main,  par  composicion  se  rendirent  et,  leurs 
bagues  sauves,  vuyderent  les  places.  Ainsi  comaiçoit 
bel  et  bien  le  seigneur  Ludovic  de  recouvrer  pays  et 
bien  cuydoit,  premier  que  finy  fust  l'yver,  avoir  toute 
Lombardye  et  les  pays  des  environs  reconquestez  et  a 
son  obbeissance  reduytz;  et,  pencent  du  tout  la  chose 
au  vray  future  a  son  advantage,  de  nouvelle  divise 
voulut  user,  et,  l'eau  et  le  feu  de  sa  première  divise 
veoyant  asséchez  et  estainctz,  prist  ung  tabourin, 
disant  :  «  Je  sonneraij  Vijver  pour  danser  Veste.  » 
Mais  par  Celuy  qui  victoires  et  triuraphes  donne  a  qui 
luy  plest  autrement  en  fut  disposé,  et  de  plus  de  moy- 
tyé  a  chief  de  l'emprise  fut  celuy  Ludovic  deceu  de 
son  propos,  comme  cy  dessoubz  apperra  par  escript. 


142  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.    [Janv.-févr.  1500 

Le  Roy,  estant  lors  a  Loches,  en  l'entrant  du  moys 
de  feuvrier^  sceut  au  vray  que  le  seigneur  Ludovic, 
avecques  grosse  gensdarmée,  s'estoit  mys  au  champs, 
plain  de  délibéré  vouloir  de  par  force  reconquester  la 
duché  de  Millan  ou  a  la  poursuyte  demeurer,  et,  pour 
son  emprise  perfinir,  la  vye  de  mainctz  souldartz  aux 
perilz  de  la  guerre  du  tout  habbandonner;  et  que, 
pour  ce  deduyre,  comme  a  l'estremme  besoing  et 
derreniere  nécessité  de  son  plus  urgent  affaire,  le  priz 
des  trésors,  le  secours  des  amys,  le  povoir  de  la  force, 
le  savoir  des  espriz  et  tous  les  moyens  de  remède, 
dont  ayder  se  povoit,  avoit  mis  en  avant,  et  faict  tel 
proclias  de  gens  d'armes  que  de  plus  de  vingt  mille 
souldartz  Allemans,  Bourguignons,  Suyces,  Albanoys, 
Lombars  et  Romains-,  prestz  d'exposer  leurs  corps  a 
effusion  de  sang  pour  son  vouloir  exécuter,  se  trou- 
voit  acompaigné,  avecques  le  secours  des  nobles  et  la 
faveur  populaire  de  toute  Lombardye^,  et  l'appuy  des 
principales  villes  des  Italles,  ausquelles  avoit,  par  soub- 
tilz  moyens,  sur  ce  intelligence  fermée  et  confédérée 
alyence  :  ce  qui,  au  champs  et  a  la  maison,  au  pencer 
du  Roy  fist  continuellement  subcieuse  compaignye, 
jusques  si  deuement  y  heust  proveu  que,  par  la  force 

1.  Il  y  avait  passé  le  mois  de  janvier.  ..•,•. 

2.  D'après  Saiiit-Gelais,  Ludovic  avait  emporté  force  ducats. 
Son  armée,  d'après  lui,  était  de  7  ou  8,000  lansquenets,  autant  de 
Suisses,  4  ou  500  hommes  d'armes  bourguignons,  autant  d'Ita- 
liens, ce  qui  revient  à  peu  près  au  chiffre  donné  par  Jean  d'Au- 
ton.  Ludovic  comptait  beaucoup  sur  l'appui  de  Bajazet  et  du  roi 
de  Naples,  auxquels  il  avait  envoyé  d'Allemagne  deux  émissaires. 
Corio  reproduit  ses  instructions  à  ses  émissaires. 

3.  J,  d'Auton  exagère.  Plaisance,  Novare,  Lodi,  notamment,  se 
déclarèrent  pour  les  Français. 


Janv.  1500]      COMMENT  LE  ROY  TMNSMIST,  ETC.  143 

des  siens,  luy  semblast  le  povoir  de  ses  ennemys  savoir 
domter  ;  ce  qu'il  tist,  ainsi  que  par  après  en  escript 


sera  rédigé. 


VII. 


Gomment  le  Roy  transmist   de  la  les  mons  le 

SEIGNEUR    DE    LA   TrLMOILLE,    AVECQUES    CINQ    CENS 
HOMMES   d'armes. 

A  l'affaire  de  Millan  me  fault  revenir  et  a  l'armée  de 
France,  qui  dedans  estoit,  mais  tant  affoiblie,  pour  la 
separacion  susdicte,  que  bon  mestier  avoit  de  rain- 
fort  ;  et  pencoit  bien  le  seigneur  Ludovic  en  briefz 
jours  venir  a  chef  de  son  emprise  ;  et  est  a  croire  que 
ainsi  fust  il  si  le  Roy,  par  secours  dilligent,  n'y  heusl 
proveu,  ainsi  qu'il  fîst.  Car,  sachant  le  besoing 
extresme  des  siens,  voulant  mectre  barre  de  seurté 
entre  le  povoir  de  son  excercite  ultrammontain  et  les 
assaulx  de  ses  ennemys,  hastivement  transmit  oultre 
les  mons  le  sire  de  la  Trimoille ,  avecques  cinc  cens 
homes  d'armes',  et  furent  soubz  sa  charge  les  capi- 
taines qui  s'ensuyvent,  avecques  leurs  compaignies  : 
Le    seigneur    de    Mauleon  -,    le   seigneur    de    Beau- 

1.  600  ou  700,  d'après  Saint-Gelais.  Ea  même  temps,  le  roi 
expédiait  en  toute  hâte  Antoine  de  Bessey  en  Suisse,  où  il  leva 
•10,000  hommes,  avant  même  que  L.  de  la  Trémoille  eût  rcnini 
ses  gens  d'armes  d'ordonnance  (Saint-Gelais). 

2.  Jacques  de  la  Trémoille,  seigneur  de  Mauléon  et  de  Bom- 
miers,  frère  de  Louis  II  de  la  Trémoille.  Il  épousa  Avoye  de  Cha- 
bannes.  En  1498,  il  était  capitaine  de  40  lances  (ms.  fr.  26106, 
n»  56),  et  recevait  en  1499  une  pension  de  2,000  livres  (Compte 
de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu).  Sa  compagnie  était  encore  à 


l'ii  rnuoMQUES  de  louis  xn.  [Janv.  1500 

mont\  le  seigneur  de  Xandricourt-,  le  seigneur  de 

Lyon  le  19  février  1500;  elle  resta  en  Italie  jusqu'en  1501,  revint 
se  reformer  à  La  Charité  et  fit  ensuite  la  campagne  de  Naples 
uns.  Clair.  240,  fol.  525,  535,  547,  551). 

1.  Jean  de  Polignac,  seigneur  de  Beaumont  en  Auvergne  et  de 
Handan,  qui  va  jouer  un  rôle  important,  était  un  capitaine  vieilli 
sous  le  barnois,  mais  plus  brave  soldat  que  bon  capitaine.  Com- 
mandant de  25  lances  en  1489,  il  se  distingua  par  sa  bravoure 
dans  les  campagnes  de  Picardie;  en  1490,  chambellan,  il  est  com- 
mis, avec  deux  autres  chambellans,  à  passer  la  revue  des  Suisses. 
Dans  sa  propre  compagnie,  passée  en  revue  par  Pierre  du  Puy  du 
Fou,  seigneur  de  Bourneau,  chambellan,  on  trouvait  des  hommes 
d'armes  de  choix  :  le  bâtard  de  Tournon,  le  bâtard  de  Genoilhac, 
Antoine  de  Ravel,  Jean  de  Genoilhac.  Il  prit  une  part  fort  active 
à  l'expédition  d'Italie.  Gouverneur  de  Livourne  et  de  Pietra-Santa, 
il  y  laissa  de  bons  souvenirs  et  seconda  efficacement  la  politique 
des  Florentins.  Charles  YIII  l'envoya  à  Gênes  pour  faire  pronon- 
cer cette  ville  en  faveur  des  Français.  Depuis  1495,  Jean  de  Poli- 
gnac commandait  une  compagnie  de  40  lances.  Il  avait  épousé,  en 
1493,  Jeanne  de  Jambes,  dame  d'honneur  d'Anne  de  Bretagne, 
fille  de  Jean  de  Montsoreau  et  de  la  dame  de  Montsoreau,  Jeanne 
Chabot.  Il  fut  un  des  témoins  du  mariage  de  Louis  XII,  à  Nantes. 
Il  était  en  procès  avec  le  sire  de  Chaumont,  à  propos  d'une 
rente  assise  à  Chaumont;  sa  veuve  perdit  ce  procès  en  1503. 
Polignac  mourut  l'année  même  de  la  campagne  de  Pise,  qui 
avait  un  peu  terni  sa  réputation  (Tit.  orig.,  Polignac,  n»**  28-35, 
37,  38  ;  ms.  fr.  26106,  n^^  90,  172;  ms.  de  Dom  Morice,  n^  1809  à 
la  bibliothèque  de  Nantes,  p.  132;  Commines,  Dom  Morice,  Jali- 
gny,  etc.). 

La  moitié  de  sa  compagnie  passa  à  Antoine  de  Bessey  (ms. 
fr.  2960,  compte  de  1501,  fol.  14-25). 

Par  sa  femme,  Jean  de  Polignac  était  beau-frère  de  Philippe  de 
Commines. 

2.  Louis  de  Hédouville,  seigneur  de  Sandricourt,  dont  J.  d'Au- 
ton  parlera  souvent,  appartenait  à  l'ancienne  intimité  du  roi. 

Philippe  de  Hédouville,  son  père,  mari  de  Hugueie  de  Brilhac, 
dame  d'honneur  de  Marie  de  Clèves,  fut  successivement  écuyer 
tranchant  et  premier  maître  d'hôtel  de  Charles  d'Orléans;  à  la 
mort  de  Charles,  il  cessa  son  service,  comme  beaucoup  d'autres 
officiers  attachés  à  la  maison  d'Orléans  ;  mais,  aussitôt  après  la 


Janv.   1500J      CO.MMtNT  I.K  IIUV  TIUNSMIST,  ETC.  145 

mort  de  Louis  XI,  il  redevint  chambellan  de  Louis  d'Orléans  et 
son  actif  auxiliaire  dans  les  événements  de  148i.  Depuis  1451,  il 
était  maître  des  eaux  et  forêts  du  duché  de  Valois  (Tit.  orig., 
Hédouville,  n°^  4-39,  43).  Il  parait  être  mort  en  1486. 

Louis  de  Hédouville,  dès  1484  et  1485,  est  employé  par  le  duc 
aux  missions  de  confiance  de  sa  maison  ;  le  duc  l'envoie  au  roi,  à 
M™«  de  Beaujeu  ;  il  l'envoie  aussi  chercher  ses  oiseaux  de  chasse, 
laissés  à  Paris  en  1485.  Écuyer  d'écurie  en  1492,  il  reçoit  du  duc 
10  écus  d'or  pour  acheter  une  mule,  dont  le  prince  le  charge  de 
faire  don  à  saint  François  de  Paule.  En  1493,  il  s'illustre  par  le 
tournoi  qu'il  donne,  tournoi  connu  dans  l'histoire  sous  le  nom  de 
Pas  de  Sandricourl,  et  qui  le  ruine.  Le  duc  d'Orléans  fit  faire  à 
cette  occasion  trois  grandes  cornettes  de  soie  de  diverses  couleurs, 
mi-parties  soie  et  or,  ornées  de  deux  grandes  houppes  avec  deux 
gros  boutons,  comme  objets  de  prix  à  distribuer.  Le  duc  expédie 
alors  Sandricourt  à  Asti,  refuge  ordinaire  de  tous  les  serviteurs 
de  la  maison  d'Orléans  à  qui  le  séjour  en  France  était  devenu 
difficile  ou  impossible.  Là,  un  incident  grave  se  produisit;  San- 
dricourt commit  un  faux,  pour  la  punition  duquel  la  justice  d'Asti 
consentit  à  transiger  moyennant  une  amende  de  100  écus  d'or.  Le 
duc  remboursa  de  ses  deniers  cette  amende  à  Sandricourt,  le  fit 
revenir  près  de  lui,  et,  le  29  avril  1495,  le  nomma  bailli  et  capi- 
taine de  Blois,  en  remplacement  de  Guyot  Pot  qui  venait  de  mou- 
rir; de  plus,  il  augmenta  d'une  crue  de  200  livres  les  gages  habi- 
tuels (160  livres)  de  la  capitainerie  de  Blois,  malgré  la  résistance 
de  la  Chambre  des  comptes.  Entre  temps,  Sandricourt  était  devenu 
écuyer  d'écurie  et  maître  d'hôtel  de  Charles  VIII,  qui,  comme 
Louis  d'Orléans,  aimait  ces  tempéraments  aventureux. 

Dès  l'avènement  de  Louis  XII,  Sandricourt  est  bailli  du  pays 
de  Caux,  capitaine  d'Arqués  et  à  la  tête  d'une  compagnie  de 
40  lances.  Il  reçoit  une  pension  de  1 ,500  livres.  Sa  compagnie 
tenait  toujours  garnison  à  Asti  (ms.  Clair.  239,  p.  475). 

Sandricourt  était  brave,  fastueux  et  élégant.  Eu  retournant  à 
Asti  en  1496,  il  y  emmena  deux  coursiers  si  beaux  que  le  duc 
d'Orléans  voulut  se  les  faire  amener,  pour  les  voir  avant  qu'ils  ne 
passassent  les  monts  (Tit.  orig.,  Guibé,  n°  5;  Sandricourt,  40-42, 
41-58  ;  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927;  compte  de  1499,  Portefeuilles 
Fontanieu;  compte  de  1501,  ms.  fr.  2960,  fol.  14:  ms.  fr.  20106, 
no  16). 

Après  la  guerre,  sa  compagnie  conserva  sa  garnison  en  Italie; 
le  27  mai  1501,  elle  se  trouvait  incomplète  à  Robbio,  près  de  Mor- 
tara;  elle  revint  en  1502  se  compléter  à  Asti,  oii  Jean-Jacques 
I  10 


146  CHUONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [,lanv.  1500 

Lanque\  le  bailli  de  la  Montigne^  le  seigneur  de  la 
Fayetc^,  lieutenant  de  la  compaignie  de  l'admirai  de 

Trivulce  la  passa  en  revue  le  27  février  (ms.  fr.  25783,  n^^  29  et 
40).  Eu  1503,  elle  se  grossit  de  10  lances  de  la  compagnie  du  sire 
de  Miolans  (ms.  Clair.  240,  fol.  579). 

1.  Philibert  de  Choiseul,  seigneur  de  Langues,  deuxième  fils  de 
Guillaume  de  Choiseul,  baron  de  Clémont,  et  de  Jeanne  du  Chàtelet  ; 
chambellan  de  Charles  VIII  et  de  Louis  XII,  capitaine  de  Noyers 
en  1486,  gouverneur  d'Arras,  lieutenant  général  de  Bourgogne  en 
1493,  gouverneur  de  Langres,  capitaine  de  40  lances  en  1499,  de 
100  lances  depuis  1501,  il  mourut  le  4  août  1504  et  fut  enterré  à 
Lanques. 

11  avait  épousé  Louise  de  Seuly,  dont  il  laissa  dix  enfants  (Tit. 
orig.,  Choiseul,  n"^  12,  343,  347;  ms.  fr.  29G0,  fol.  14;  compte  de 
1500). 

2.  Josselin  du  Bois,  bailli  des  Montagnes  d'Auvergne,  confirmé 
dans  ses  fonctions  le  27  juin  1498,  fut  remplacé  le  12  janvier  sui- 
vant par  Poncet  de  Lespinasse,  serviteur  personnel  du  maréchal 
de  Gié.  Il  avait  pour  lieutenant  Pierre  Gouffier,  qui  devint  con- 
seiller au  grand  conseil  le  28  décembre  1501  (ms.  fr.  21104).  Les- 
pinasse fut  destitué  le  2  septembre  1503  et  remplacé  par  Jean  de 
Brilhac  (ms.  Clair.  782;  Proccd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII). 

3.  Le  célèbre  Gilbert  de  la  Fayette  avait  eu  plusieurs  enfants, 
notamment  Charles  de  la  Fayette,  gouverneur  de  Boulogne,  l'aîné 
des  fils,  et  Gilbert,  le  troisième,  dont  il  est  question  ici.  Gilbert 
de  la  Fayette,  lieutenant  de  la  compagnie  de  l'amiral  de  Graville, 
était  un  cadet,  d'une  ambition  effrénée  et  peu  délicat  sur  le  choix 
des  moyens.  Nous  avons  raconté,  dans  notre  livre  Jeanne  de 
France,  duchesse  d'Orléans  et  de  Bcrry,  son  étrange  mariage  ;  il  se 
présenta,  à  la  tête  d'une  troupe  d'archers,  un  beau  soir,  au  châ- 
teau de  Polignac  en  Auvergne,  se  fit  ouvrir  au  nom  du  roi 
(Louis  XI),  maltraita  M"'"  de  Polignac  au  point  qu'elle  accoucha 
dans  la  nuit,  arrêta  le  sire  de  Polignac,  et  enleva  leur  fille 
Isabeau;  le  lendemain  seulement,  fit  bénir  son  union  par  un 
prêtre  de  passage.  Puis  il  emmena  à  Clermont  son  beau-père, 
avec  une  escorte  d'archers,  comme  un  malfaiteur.  M'"*'  de  Poli- 
gnac était  née  Amédée  de  Saluées  ;  elle  eut  beau  envoyer  sa  fille 
au  pays  de  Saluées  et  réclamer  près  du  roi,  Louis  XI  refusa  toute 
justice  et  tit  revenir  Isabeau  en  France;  le  sire  de  Polignac  en 
mourut  de  chagrin.  Gilbert  de  la  Fayette  eut,  du  reste,  seize 


Jauv.  1500]      COMMENT  LE  KO  Y  TRANSMIST,  ETC.  I 'i7 

France*,  le  seigneur  de  Mauvoisin^  lieutenant  des  gens 

enfants,  parmi  lesquels  Antoine,  gouverneur  de  Boulogne  en 
1515,  chambellan  et  lieutenant  du  roi  en  Provence  en  1529,  qui 
épousa  Marguerite  de  Rouville,  fille  de  Guillaume  de  Rouville  et 
de  Louise  Malet  de  Graville. 

1.  Louis  Malet  de  Graville,  amiral  de  France,  chambellan,  capi- 
taine de  60  lances,  seigneur  de  Marcoussis,  Milly,  Séez,  Bernay, 
etc.,  ne  prit  pas  part  personnellement  à  la  campagne,  non  plus 
qu'à  aucun  événement  saillant  du  règne  de  Louis  XIL  Fils  de 
Marie  de  Montauban,  petit-fils  de  Bonne  Visconti,  il  était,  par  là, 
cousin  du  roi  et  l'un  des  représentants  des  droits  de  l'ancienne 
famille  de  Milan.  Élève  de  l'amiral  de  Montauban,  son  oncle,  et 
de  Louis  XI,  l'amiral  joua  de  très  bonne  heure  un  rôle  considé- 
rable. D'un  caractère  noble,  droit,  énergique,  ferme,  il  incarnait 
la  politique  et  les  allures  d'Anne  de  Beaujeu  ;  prépondérante  sous  le 
gouvernement  d'Anne,  son  influence  s'éclipsa  à  la  fin  de  la  régence. 
Il  déconseilla  énergiquement  l'expédition  de  1494,  ce  qui  donna  le 
dernier  coup  à  sa  faveur;  pendant  l'expédition,  Pierre  et  Anne 
de  Bourbon  l'appelèrent  néanmoins  à  Moulins  pour  collaborer  à  la 
direction  des  affaires.  Une  de  ses  filles  avait  épousé  Charles  d'Am- 
boise,  sire  de  Chaumont.  Sous  Louis  XII,  il  conserva  ses  charges 
et  la  capitainerie  d'un  certain  nombre  de  places,  Dieppe,  Hon- 
fleur,  Pont-de-l' Arche...;  il  recevait  10,000  livres  de  pension,  y 
compris  sa  charge  d'amiral  (Compte  de  1499,  Portefeuilles  Fonta- 
nieu)  ;  mais  il  ne  retrouva  quelque  faveur  qu'après  la  disgrâce  du 
maréchal  de  Gié,  son  cousin  germain,  qu'il  contribua  à  faire  tom- 
ber du  pouvoir  et  dont  il  fut  néanmoins  l'un  des  deux  exécuteurs 
testamentaires  peu  de  temps  après.  En  1508,  il  se  défit  de  sa  charge 
d'amiral  en  faveur  du  sire  de  Chaumont,  et,  après  la  mort  de 
celui-ci,  il  la  reprit,  en  1511.  Le  17  mai  1513,  sur  l'engagement  de 
Melun,  Gorbeil  et  Dourdan,  il  prêta  au  roi  90,000  livres.  Le  22  du 
même  mois,  il  fit  son  testament  et  légua  purement  et  simplement 
au  roi  cette  somme,  en  le  priant  de  décharger  d'autant  les  bail- 
liages les  plus  pauvres.  Il  avait  déjà  possédé  autrefois  Dourdan 
(Compte  de  1503,  ms.  fr.  2927).  Il  mourut  à  Marcoussis,  le  30  oc- 
tobre 1516,  à  l'âge  de  soixante-dix-huit  ans.  Nous  avons  encore 
un  reçu  du  26  août  1516  signé  de  sa  main  (Tit.  orig.,  Graville; 
Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII ;  ms.  fr.  25783,  nos  5^  g^  92; 
Jaligny,  etc.,  etc.).  Sa  compagnie  resta,  après  la  guerre,  dans  le 
comté  d'Asti  (ms.  Clair.  240,  fol.  531). 

2.  Peut-être  Jacques  de  Mauvoisin,  page  de  Louis  XII  en  cette 


148  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Janv.  i'M 

d'armes  du  bastard  Mathieu  de  Bourbon ,  Olivier  de 
Plouet  ^  lieutenanl  de  ceulx  du  mareschal  de  Gyé,  el 
jilusieurs  autres  bons  conducteurs  et  chiefz  de  guerre; 
lesquelz  tirèrent  vers  Lyon  sur  le  Rosne  et  la  furent 
(juelque  peu  de  temps  a  séjour,  en  actendant  tout  le 
nombre  de  leurs  gens  a  venir. 

Au  sire  de  la  Trimoille  tardoit^  ja  qu'il  n'estoit  en 
Lombardye,  pour  escliauffer  la  guerre  contre  les  Lom- 
bars  et  lancequenestz,  et  bonne  envie  [avoit]  de  les 

année  (ms.  fr.  26107,  fol.  329;  fr.  2927,  fol.  65).  D'autre  part,  Jean 
Mauvoisin,  chevalier  de  l'ordre,  fils  de  Léonard  Mauvoisin,  sei- 
gneur de  la  Forest-Mauvoisin,  maître  d'hôtel  du  duc  de  Bourbon, 
frère  de  Charles  Mauvoisin,  écuyer  du  connétable  de  Bourbon, 
époux  de  Jeanne  de  Malleret,  père  de  François  Mauvoisin,  qui 
épousa  en  1510  Jaquette  de  Brisay,  pourrait  être  celui  que  désigne 
J.  d'Auton.  Le  nom  de  Mauvoisin  était,  du  reste,  assez  répandu; 
il  était  porté  encore  par  Jean  de  Gastillon,  écuyer,  seigneur  de 
Mauvesin,  capitaine  de  Bazas,  et  par  la  famille  des  marquis  Mal- 
vicino,  de  Plaisance,  nommés  eu  France  (où  ils  servirent  plus 
tard),  Malvaisin,  Mauvesin...  (Tit.  orig.,  Lupé,  Mauvoisin-Malvi- 
cino,  de  Mauvoisin  ;  La  Thaumassière,  Histoire  du  Berry,  p.  933.) 

1.  Erreur.  Olivier  de  Plouer,  ou  Plouet,  était  un  breton,  servi- 
teur du  maréchal  de  Gié,  qui  l'emploie  souvent;  le  15  juin  1494, 
le  maréchal  le  délègue  pour  passer  des  revues.  Son  nom  se 
prononçait  Ploé  (Tit.  orig.,  Plouer,  u»  2;  Procéd.  polit,  du  règne 
de  Louis  Xfl ,  p.  8,  750;  M.  de  la  Borderie,  Complot  breton  de 
M  CCCC  XCll,  p.  6,  n.  2). 

Le  lieutenant  de  la  compagnie  du  maréchal  de  Gié  était  Roland 
de  I^loret,  autre  breton,  qui  n'avait  rien  de  commun  avec  son  quasi- 
homonyme.  Roland  de  Ploret,  écuyer,  seigneur  de  Ploret,  au  diocèse 
de  Saint-Malo,  était  non  seulement  le  lieutenant,  mais  l'homme  de 
confiance  du  maréchal.  Le  10  janvier  1499,  le  maréchal  le  délégua 
précisément  pour  passer  des  revues  de  troupes.  En  1503,  Ploret 
fut  impliqué  dans  le  procès  criminel  du  maréchal  de  Gié  et  l'objet 
d'une  instruction  séparée  [Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII,  pas- 
sim;  Tit.  orig.,  Ploret,  n"  2). 

2.  La  Trémoïlle,  au  contraire,  s'elTrayait  de  cette  expédition  ol 
ne  l'entreprit  que  sur  les  instances  du  roi  (V.  notre  livre  la  Veille 
de  la  Bé forme). 


Janv.  I500J     rOMMENT  LK  r'«  DE  I.KINY  FUT  A  COMME.  149 

assembler  aux  plains,  et  de  faire  au  Roy,  a  ce  besoing, 
(juelque  bon  service.  Le  seigneur  de  Xandricourt,  qui 
avecques  le  sire  de  la  Trimoille  n'estoit  party,  après 
avoir  disposé  de  son  affaire,  sachant  que  l'armée  s'as- 
sembloit  a  Lyon,  pour  non  estre  des  derreniers,  de 
son  hostel  jusques  la  courut  la  poste,  de  l'ung  a  l'autre 
distant  de  plus  de  cent  lieues,  et  la  arriva  a  heure 
deue.  Sitost  que  tout  fust  assemblé  et  que  heure  de 
partir  sembla  au  sire  de  la  Trimolle,  avecques  son 
armée  se  mist  aux  champs,  pour  accomplir  son  voyage  ; 
et,  a  veoir  la  manière,  l'ordre  et  l'arroy  de  ses  gens, 
bien  sembloit  excercite  conduytsoubz  main  impérieuse, 
car  tout  alioit  de  poix  par  compas  et  de  mesure,  et 
soubz  le  chasty  de  discipline  de  chevalerye^. 

VIIL 

Gomment  le  conte  de  Ligny  fut  a  Comme  au  devant 
DE  l'armée  du  seigneur  Ludovic. 

Gy  sont  a  commémorer  les  faictz  ja  commaincez  par 
le  seigneur  Ludovic,  sur  la  reprise  de  Millan,  et  suyvre 
le  moyen  pour  tirer  a  la  fin,  qui  fut  telle  que,  après 
que  ledit  seigneur  Ludovic  heut  priz  le  vent  et  abbordé 
la  Lombardye,  le  conte  de  Ligny,  lieutenant  du  Roy 
delà  les  mons,  ayant  le  maninient  de  la  chose  milli- 
taire,  sachant  l'armée  dudit  Ludovic  avecques  luy 
marcher  en  avant,  sans  avoir,  de  sa  part,  esgart  au 
peu  de  nombre  de  gens  qu'il  avoit  ne  doubte  de  la 

1.  «  C'estoit  belle  chose  à  voir,  »  ditSaint-Gelais.  La  belle  tenue 
de  ces  troupes  n'empêcha  malheureusement  pas  des  scènes  de 
désordre,  comme  on  le  verra  plus  loin. 


150  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Janv.  1500 

force  de  se[s]  ennemys,  avecques  deux  cens  hommes 
d'armes  saillit  de  Millan  et  se  mist  en  voye  vers  Gomme, 
pour  aller  secourir  la  garnison  qui  dedans  estoit  et  pour 
les  ennemys  rebouter,  et  ausi  pour  garder  le  passaige, 
qui  estoit  la  principale  entrée  de  la  duché  devers  les 
Allemaignes. 

Tantost  après  qu'il  fut  en  la  ville  de  Comme,  nou- 
velles furent  que  Bellinsonne  s'estoit  rebellée,  qui  est 
une  ville  moult  forte  entre  les  montaignes  d'AUe- 
maigne,  en  laquelle  avoit  garnison  de  Françoys.  Et, 
pour  icelle  rainforcer,  transmist  le  conte  de  Ligny  ung 
gentilhomme  de  Savoye,  avecques  cincquante  chevaulx 
et  cent  piétons.  Mais  les  gens  de  la  ville,  sachans  la 
venue  du  seigneur  Ludovic  et  son  armée  prochaine, 
fermèrent  les  portes  aux  Françoys  et  commancerent  a 
tirer  grans  coups  de  trect  et  d'artillerie  contre  eulx. 
Et,  sachant  le  conte  de  Ligny  la  diversité  des  querelles, 
de  rechief^  la  transmist  Louys  d'Ars,  son  lieutenant, 
avecques  quarante  hommes  d'armes  et  cent  archiers, 
lesquelz  se  mirent  a  passer  le  travers  des  montaignes, 
oun'avoit  chemins  accessibles,  fors  petiz  santiers  pour 
la  passée  d'ung  homme  seul  a  la  foys  ;  et,  au  bas  de 
la  montaigne,  estoit  une  rivière  courant,  nommée  la 
Treze-,  royde,  tant  impétueuse  et  bruyant  qu'il  n'y 
avoit  cueur  tant  asseuré  qui  la  n'eust  assez  occassion 
de  frayeur;  toutesfoys,  pour  ce,  ne  retarda  la  passée, 

1 .  Il  semble  résulter  do  là  que  le  gentilhomme  de  Savoie  était 
rovenu  près  du  comte  de  Ligny  sans  coup  férir.  Quel  était  ce  gen- 
tilhomme? Ce  ne  pouvait  être  que  le  sire  de  Coursingc. 

2.  Jean  d'Auton  commet  ici,  sans  doute,  une  confusion.  11  veut 
parler  de  l'Adda,  qui  passe  sous  le  château  de  Trezzo,  dans  la 
montagne,  et  dont  les  rives,  en  cet  endroit,  sont  effectivement 
très  escarpées  et  des  plus  rudes. 


Janv.  1500]     COMMENT  LE  CM  DE  MGNV  KLT  A  COMME.  151 

mais  tant  errèrent  Françoys,  par  ses  voyes  scabreuses, 
que  tost  approchèrent  Benlinsonne.  Dedans  la  ville 
estoit  demeuré  ung  «gouverneur  pour  le  Roy,  lequel 
a  ung  sien  frère  avoit  baillé  en  garde  ung  des  chas- 
teaux  de  la  ville,  avecques  bonne  garnison  de  Fran- 
çoys et  autres  deffences,  pour  servir  a  l'affaire  de  la 
place.  Or  avisèrent  les  Lombars  qu'il  prendroyent 
celuy  gouverneur  et  que  tellement  le  trecteroyenL 
que,  si  sondit  frère,  capitaine  du  chasteau,  n'amoit 
mieulx  le  veoir  cruellement  mourir  que  rendre  la 
place,  bientost  l'auroyent  entre  mains;  et  ainsi  le 
firent,  car  le  gouverneur,  qui,  pour  quelques  affaires, 
estoit  allé,  troys  ou  quatre  jours  devant,  a  Millau,  fut, 
a  sa  venue,  par  ceulx  de  la  ville  priz  et  arresté  ;  auquel, 
sans  autre  propos  luy  tenir,  dirent  que,  s'il  ne  fasoit 
a  son  frère,  qui  le  chasteau  avoit  en  garde,  que  tost 
en  l'heure  entre  leurs  mains  ne  fust  mys,  que,  pre- 
mier que  jour  couchast,  au  povoir  de  la  corde  habban- 
donneroyent  sa  vye;  et,  afïin  qu'il  ne  mist  la  chose 
en  double,  en  la  place  de  la  ville,  aux  emseignes  des 
justices  plantées,  luy  monstrerent  le  mortel  apprest 
de  son  interit  prochain.  Voyant  celuy  gouverneur  le 
tumulte  civille ,  la  rébellion  du  peuple  et  la  menace 
des  grans  contre  luy  préparer  telz  efïors,  ne  sceut 
contre  ce  danger  a  quel  appuy  se  tenir,  sy  n'est  a  une 
pencée  d'espoir,  qui  a  mémoire  luy  ramenoit  que, 
pour  le  rachapt  de  sa  vie,  son  frère  randroit  icelle 
place;  auquel  manda  son  extrême  neccessité,  luy 
priant  que,  pour  le  retïuz  de  la  place,  ne  voulust  sa 
mort  consentir;  lequel,  pour  ce,  ne  voulust  vuider 
ne  rendre  le  fort,  jusques,  par  les  patibulaires  dressez, 
heust  clere  cognoissance   de  la  mort  jugée  de  son 


152  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIT.  [Janv.  1500 

frère;  qui  tant  liiy  ainollist  la  durté  du  cueur  que  fra- 
ternelle pitié  luy  tîst  tourner  le  doz  a  tous  droitz  de 
sévérité.  Les  soubdartz  de  la  garnison,  sachans  la 
chose,  voulurent  aller  recourir  celuy  gouverneur  et 
flonner  sur  les  villains;  mais  le  cappitaine,  doubtant 
qu'ilz  ne  faillissent  a  leur  emprise  et  que  son  frère  ne 
fust  secouru,  ne  voulust  nul  pai'mectre  aller  en  avant, 
mais  rendit  la  place  et  retira  sondit  frère  d'entre  les 
griffes  des  Lombars. 

Dedans  la  ville  avoit  encores  ung  fort,  quetenoyent 
des  laquays  gascons,  desquelz  estoit  le  cappitaine  ung 
nommé  le  bastard  de  Moncassin',  et  contre  toute  la 
commune  de  la  ville  gardoyent  iceulx  laquays  une  gal- 
lerye  assez  forte,  et  la  deffendoyent  si  a  point  queLom- 
bart  n'en  approchoit  qui  a  coups  de  trect  ne  fust  ren- 
voyé. 

Le  cappitaine  Louys  d'Ars  fut,  a  sa  venue,  adverty 
comment  la  place  estoit  rendue  aux  Lombars  et  de  la 
rébellion  du  peuple  ;  et,  sans  deslay,  se  mist  a  regar- 
der tout  autour  de  la  ville,  pour  veoir  si  par  quelque 
lieu  on  la  pourroit  assaillir.  Mais  ceulx  du  dedans  sans 
cesser  liroyent  trect  et  artillerie,  en  sorte  que  nul  osoit 
approcher  :  ainsi  se  retira  avecques  ses  geiîs  dedans 
la  place  que  tenoyent  les  laquays  et,  le  lendemain,  se 
mist  aux  champs  vers  le  pays  de  Suyce,  et  trouva  que 
ranfort  pour  le  seigneur  Ludovic  venoit  de  tous  cos- 
tez  ;  et  avecques  ceulx  fallut  avoir  meslée,  qui  fut  tell(î 
que,  deux  ou  troys  jours  suyvans,  ne  furent  que  escar- 
mouches,  car  les  gens  du  pays  a  cheval  et  a  pié 


1.  La  seigneurie  de  Moncassin  appartenait  à  la  famille  gasconne 
de  Lupiac. 


Févr.  1500]  DE  LA  REBELLYON  DE  MILLAN.  ]r)3 

avecques  Allemans  et  Suyces  estoient  a  toute  heure  en 
armes  sur  les  chemins  et  passages.  Mais  par  le  secours 
de  ceulx  ne  fut  l'ost  du  seigneur  Ludovic  de  plus  ran- 
forcé  ;  car  les  ungs  furent  pris,  les  autres  tuhez  et  les 
autres  tant  escartez  qu'oncques  puys  tous  ne  se  ras- 
semblèrent. 

IX. 

De    la    REBELLYON    DE    MlLLAN. 

J'ay  dit  que,  sur  la  fin  du  moys  de  janvier,  le  sei- 
gneur Ludovic,  avecques  main  armée,  tenoit  les 
champs  ;  reste ,  de  la  rébellion  de  Millan ,  qui  en  ce 
temps  fut  descouverte,  faire  en  abrégé  quelque  récit 
et  dire  que,  lors,  dedans  la  ville  de  Comme  estoit  le 
conte  de  Ligny,  avecques  soixante  hommes  d'armes 
des  siens  et  la  compaignie  des  Escossoys,  que  ung 
nommé  Robbert  Stuart,  lieutenant  du  seigneur  d'Au- 
zon,  conduysoit.  Et  la  furent  nouvelles  que  l'armée  du 
seigneur  Ludovic  aprochoit,  et  de  tant  que,  a  dix  mille 
près  de  la  ville,  estoit  sur  le  lac  embarchée.  Et,  voyant 
le  conte  de  Ligny  la  ville  mal  garnye  de  Françoys, 
manda  venir  Louys  d'Ars,  avecques  ses  gens,  et  que 
le  plus  tost  qu'il  pourroit  se  retirast  dedans  Goni  '  pour 
le  rainfort  d'icelle,  car  besoing  estoit  de  ce,  et  que 
d'heure  pensast  du  retour;  qui  en  brief  luy  fut  chose 
nécessaire,  car  toute  la  duché  de  Millan  estoit  couver- 
tement  contre  les  Françoys  conjurée  et  les  Lombars, 
emtlez  de  poison  comme  vipères,  pour  plus  caultement 

1.  Como.  V.  p.  81. 


Ini  CHRONIQUES   DE  LOUIS  XII.  [Févr.   lôOO 

vomir  le  venin  de  leur  mortelle  traison,  aucuns  des 
poteslatz  et  seigneurs  de  la  ville  de  Millau,  avecques 
le  frère  du  trésorier  du  seigneur  Ludovic'  lequel, 
durant  la  première  conqueste  de  Millau,  avoit  aux 
prochaz  des  empruntz  par  ceulx  de  la  ville  esté  tulié, 
faignant  iceulx  Lombars  ne  vouloir  obbeyr  au  seigneur 
Jehan  Jacques,  comme  non  suffisant  au  gouvernement 
pollitique,  brigues  hyneuses  et  vulgaires  murmures 
contre  luy  insultèrent  et,  soubz  le  tappiz  de  celle  divi- 
sion, peu  a  peu  toutes  leurs  maisons  cellement  gar- 
nirent de  gens  armez.  Et  tant  couvertement  firent  leur 
menée  que  au  savoir  des  Françoys  fut  la  chose  incog- 
nue;  mais  tant  alla  le  fait  en  avant  que,  le  jour  de  la 
Conversion  saint  Pol,  au  seigneur  Jehan  Jacques, 
estant  en  la  Maison  de  la  ville,  près  le  Domme,  don- 
nèrent ung  allarme  tumultueux  ;  et  cuydoient  les  Fran- 
çoys que  le  débat  survint  a  cause  de  division  civille, 
mais  bien  autrement  alloit  de  la  chose  :  caries  traistres 
avoient  segrete  intelligence  et  promesse  jurée  au  sei- 
gneur Ludovic  de  mectre,  le  jour  de  la  Purification 
Nostre  Dame,  tous  les  Françoys,  qui  en  Lombardie 
estoient,  a  sacquement^;  et,  voyans  les  conjurez  le 

1.  Girolamo  Landriano,  général  des  Humiliés,  que  nous  avons 
vu  précédemment  assister  à  l'entrée  de  Louis  XII.  Les  auteurs  du 
soulèvement  du  27  janvier  étaient,  avec  lui  et  sous  lui,  Léon» 
Yesconte,  abbé  de  S.  Celso,  M.  B»"  Vesconte,  Aless"  Grivello,  pré- 
vôt de  S.  Petro  a  l'Olmo  (Prato).  L'évêque  de  Bari  prenait  aussi 
une  part  active  à  ces  menées,  œuvre  surtout  du  haut  clergé.  Aussi 
Louis  XII  euvoya-t-il  plus  tard  à  Milan  le  cardinal  d'Amboise. 

2.  On  voit,  par  ce  détail,  combien  le  souvenir  des  Vêpres  sici- 
liennes ne  cessait  de  hanter  l'esprit  du  peuple  italien.  Actuelle- 
ment encore,  il  n'est  pas  un  étranger  à  qui  l'on  ne  montre  à 
Paierme,  non  loin  du  palais  du  duc  d'Aumale,  la  cloche  qui  passa 
pour  avoir  donné  le  signal  du  massacre,  et,  récemment,  nous 


Févr.  1500]  DE  LA  REBELLYON  DE  MILLAN.  155 

terme  de  leur  emprise  approcher,  la  duché  de  Millau 
desarmée  de  Françoys  et  le  seigneur  Ludovic  avecques 
toute  force  marcher  avant,  cuydant  le  povoir  de  France 
foible  pour  a  luy  résister,  de  plus  se  rainforcerent;  et 
le  seigneur  Jehan  Jacques,  d'autre  part  :  tellement 
que,  après  ses  efFors,  le  Françoys  logez  dedans  la 
ville  se  doubterent,  et,  pour  obvyer  a  tous  dangiers, 
troys  jours  ensuyvant,  heurent  le  harnoys  sur  le  doz  ; 
et,  voyans  les  Millannoys  la  ville  mal  accompaignyée 
de  Françoys  et  le  conte  de  Ligny,  avecques  ses  gens, 
a  Gomme  pour  autres  affaires  assez  embesoigné,  le 
jour  de  la  feste  Nostre  Dame  de  Chandelleur\  don- 
nèrent l'assault  au  seigneur  Jehan  Jacques  ;  lequel  heust 
bon  besoing  de  soy  bien  deffendre  et  du  secours  qui 
luy  fut  proche,  car,  durant  le  débat,  ung  gentilhomme, 
nommé  Goursinge-,  lieutenant  du  duc  de  Savoye, 
avecques  soixante  chevaulx  survint,  a  tout  le  long 
de  la  grant  rue  et  le  travers  de  la  place  du  Domme, 
({ui  toutes  plaines  estoient  de  Lombars  en  armes,  passa 
et,  au  travers  de  la  presse  des  Millanoys,  la  lance  sur 
la  cuisse,  fut  jusques  devant  la  porte  de  la  Maison  de 
la  ville  ;  et  au  dedans  estoit  le  seigneur  Jehan  Jacques, 
armé  de  toutes  pièces,  lequel,  de  sa  part,  a  tour  de 

avons  vu  l'anniversaire  des  Vêpres  solennisé.  Au  moyen  âge,  mille 
légendes  se  greflaient  sur  ce  vivace  souvenir.  Elles  ont  été  recueil- 
lies par  M.  Giov.  Pitre,  Guglielmo  1  e  il  Vespro  siciliano  nella  tra- 
dizione  popolare  di  Sicilia  [Arch.  st.  siciliano,  1873).  Ces  légendes 
n'ont  guère  été  détruites  que  par  le  livre  de  l'illustre  Aniari,  la 
Guerra  del  Vespro  ilaliarto,  paru  en  1842,  et  qui  a  eu,  depuis  lors, 
de  nombreuses  éditions. 

1.  2  février. 

2.  Gentilhomme  savoyard.  Frézet  {Hist.  de  la  maison  de  Savoie) 
l'appelle  Gaspard  de  Cosinge. 


15fi  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

bras  deffendoit  l'entrée,  mais  contre  tant  de  (jeuple 
n'eiist  longuement  soustenu  l'escarmousche,  et,  si  le 
eapitainc  Goursinge  ne  l'eust  recoux,  sa  vye  estoit  en 
dangereux  hasart;  car  de  hayne  mortelle  l'assailloyent 
iceulx  Lombars.  Toutesfoys,  telle  ayde  luy  donna  ledit 
Goursinge'  que,  vousissent  ou  non  Millannoys,  du  dan- 
ger de  leurs  mains  furieuses  en  lasseureté  du  chasteau 
l'en  emmena,  voire  en  telle  heure  que  bien  luy  fut  de 
saison  :  car,  premier  qu'ilz  entrassent  en  la  place, 
commoction  de  commune  par  toute  la  cyté  heut  pour 
l'heure  contre  les  Françoys  audience  auctorizée  ;  et  n'y 
heust  ne  grant,  ne  petit,  qui  parler  sceust,  qui  a  haulte 
voyx  ne  criast  :  More,  More.  Plus  de  troys  heures 
durèrent  leurs  criz  et  huées;  et,  avecques  ce,  plus  de 
cent  mille  hommes  armez  se  misrent  en  place.  Sur 
l'eure  du  mydi  estoit  quant  le  tumulte  commança,  et  dura 
jusques  grosses  pierres  d'artillerye  leur  fussent  trans- 
mises du  chasteau  :  ce  que  firent  le  seigneur  de  l'Espy^ 

1.  Prato  prétend  que  le  sauveur  de  Trivulce  fut  Fr"  Bernardino 
Vesconte,  par  la  seule  puissance  de  la  persuasion. 

2.  Quoique  ce  personnage  ait  joué  par  la  suite  un  assez  grand 
rôle,  il  n'est  pas  fort  connu.  II  s'appelait  Paul  de  Busserade,  Beus- 
serade,  Busseraille  ou  Benserade,  seigneur  de  l'Espy,  ou  de  Cepy, 
ou  de  Cheppy.  Fils  de  Jean  de  Benserade  et  de  Jeanne  de  Ligny, 
il  était  flamand;  c'est,  croit-on,  l'aïeul  du  poète  Benserade.  On 
dit  généralement  qu'il  fut  créé,  en  1495,  grand  maître  de  l'artil- 
lerie de  France  ;  c'est  une  erreur.  D'après  La  Ghesnaye  des  Bois, 
il  devint  seulement,  en  1495,  lieutenant  général  de  l'artillerie.  Ce 
qui  est  certain,  c'est  qu'il  ne  fut  institué  grand  maitrequepar  des 
lettres  patentes  du  23  juin  1504  (ms.  fr.  6690,  fol.  7-8).  Il  fut  tué 
en  1512,  à  Avcsnes,  d'après  La  Ghesnaye,  à  la  bataille  de  Havcnne, 
selon  le  Loyal  serviteur. 

Il  est  à  remarquer  qu'en  1510  nous  voyons  passer  à  Gallai'ate  et 
à  Parme  une  revue  de  l'artillerie  par  i  Raoul  de  Bensseradde,  sei- 


Févr.  1500]  DE  LA  REBELLVON  DE  MILLAN.  lôT 

et  missire  Gode  Bécarre ^    capitaines   de  la   place; 
car,  oyant  ce  briiyt,  firent  a  coup  mectre  hors  hiiil 

gneur  de  Cheppj^  Rieu  et  ArgouUes,  maître  de  l'artillerie  »  (uis. 
fr.  25784,  n»  133). 

En  1499,  il  avait  reçu  le  commandement  du  château  ou  Rocca 
de  Milan,  et  Godeber  Carre  le  commandement  de  la  Roquette.  II  est 
porté  au  compte  des  pensionnaires  du  roi  pour  400  livres  sous  le 
nom  de  s''  d'Espoy  iComple  de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu).  Le 
P.  Anselme  assure  qu'il  était  mari,  et  non  fils,  de  Jeanne  de  Ligny. 
Sa  veuve  se  remaria  avec  un  sire  de  Gasenove. 

1.  Le  commandement  de  la  Roquette  fut  confié  à  un  Écossais, 
que  la  plupart  des  historiens  ne  nomment  pas  ou  qu'ils  décorent 
des  noms  les  plus  différents  :  Girard  du  Haillan  l'appelle  Andrc 
Quentin;  Gohori  (Hist.  manusc,  fol.  19),  «  Quintinuni,  scotum, 
liominem  bello  egregium;  »  Jean  Bouchot  et  autres,  Quentin  l'Es- 
cossois.  Il  s'appelait  en  réalité  Godeber  Garre  ou  Godebert  Garre, 
seigneur  de  Saint-Quentin-le-Verger  et  Parrigny;  il  était  cham- 
bellan et  capitaine  de  Libourne,  et  le  roi,  le  20  décembre  1500, 
lui  attribua  une  pension  de  100  livres.  Il  ne  savait  pas  écrire,  ou 
fort  peu;  sa  signature,  on  ne  peut  plus  mal  tournée,  permet  de 
lire  G.  Car.  (Tit.  ong..  Garé,  n"  2;  ms.  fr.  25718,  n»  53.) 

Il  avait  épousé  Martine  Stuart,  dame  de  Saint-Quentin  (Tii. 
orig.,  Stuart  d'Aubigny,  n°  17),  qui,  en  mourant,  légua  20  livres 
à  l'abbaye  de  N.-D.  d'Argensolles,  au  diocèse  de  Soissons,  et  qui 
était  sœur  de  Bérault  Stuart  d'Aubigny  et  de  Guillaume  Stuart, 
seigneur  d'Auzon.  Godeber  Garre  n'était  pas  riche  ;  il  possédait 
275  livres  de  rente  de  ses  biens,  un  revenu  de  100  livres  comme 
capitaine  de  Libourne  et  de  940  comme  capitaine  de  la  Roquette.  Il 
était  auparavant  capitaine  d'Amboise,  aux  gages  de  600  livres  par 
an  ;  mais  le  maréchal  de  Gié,  désireux  de  ce  poste,  le  lui  acheta 
et  lui  procura  sa  nomination  à  Milan.  Louis  XII,  en  1500,  lui 
donna  une  seigneurie  en  Milanais,  estimée  1,925  livres.  Godeber 
Garre,  malade,  rentra  en  France  en  1502  et  fut  remplacé  dans  son 
commandement  par  Guill.  Albernati.  Il  mourut  à  Paris  et  fut 
enterré  à  l'église  Saint- Paul.  Il  laissa  un  fils  encore  enfant,  Gatien 
Garre,  et  un  neveu,  Jean  Garre.  Sa  succession  comprenait,  avec 
ses  immeubles,  9,936  livres  de  bagues  et  anneaux,  966  livres  de 
meubles,  et  à  Milan  des  meubles  estimés  40  livres  et  sa  vaisselle 
d'argent.  Avec  cela,  on  le  trouvait  fort  à  l'aise,  et  il  prêtait  beau- 
coup. Antoine  de  Bessey  lui  devait  environ  90  liv.  (ms.  fr.  23980/. 


158  (^IRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Pevr.  1500 

des  plus  grosses  pièces  d'artillerie  qui  fussent  au 
dedans  et  descharger  coups  au  travers  des  maisons  et 
des  rues,  tant  horribles  qu'on  heust  dit  que  toute  la 
cyté  devoit  profonder  aux  abismes.  Somme,  la  bate- 
rye  et  tonnerre  de  l'artillerye  dura  des  une  heure 
après  mydi  jusques  au  soir,  et  fist  sur  la  ville  tel 
eschec  que  plus  de  trente  fortes  maisons  et  sumptueux 
édifices  furent  percez  et  mys  par  terre  et  tant  d'hommes, 
de  femmes  et  de  petiz  enfensmors  et  acranantés*  que 
l'orreur  de  ce  me  deffend  n'en  dire  le  nombre.  Mais, 
que  quessoit,  si  cher  comparèrent-  Millannoys  leur 
deffault  que,  une  autres  foys,  premier  que  rébellion 
commancer,  leur  devroit  venir  la  chose  a  mémoire. 
Jucques  au  millieu  de  la  place  qui  est  entre  le  chasteau 
et  la  ville^,  furent  les  Lombars  avecques  nos  gens 
escarmoucher  ;  et  tant  aprocherent  que  main  a  main 
se  rencontrèrent.  Si  a  point  se  monstra  le  seigneur  de 
l'Espy  a  ceste  affaire  que  a  la  deffence  de  l'artillerie  y 
parut  jusques  a  l'effusion  de  son  sang.  Qui  heust  lors 
veu  faire  tauldys  et  barrières  au  travers  des  rues  et 
autour  de  la  place  escarmoucher,  heust  bien  peu  dire, 
a  certes,  que  guerre  mortelle  avoit  la  trouvé  l'uys 
ouvert;  car,  tant  que  le  souleil  donna  lumière  a  ce  jour, 
le  tonnerre  de  l'artillerie  ne  le  bruyt  de  la  cyté  heust 
sillence.  Que  diray  je,  sitost  que  l'heure  tarde  fut 
venue ,  Lombars  bruytz  et  criz  transquillizerent ,  et 
Françoys,  eulx  et  leurartillerye,  se  retirèrent  au  chas- 
teau. 

1.  Ou  mieux  :  acravantês,  écrasés. 

2.  Achclcrent. 

3.  Du  côté  opposé  à  la  place  d'armes.  Trivulce  campait  dans  le 
parc  attenant  au  château.  Prato  prétend  que  les  capitaines  du  cliA- 
leau  lui  auraient  refusé  l'entrée  et  mCme  des  vivres. 


Févr.  1500J    rOMM'  LES  VIVRES  SE  CUYDEREM  PERDRE.        1  Û9 

X. 

GOADIENT    LES    VIVRES    DU    CHATEAU    SE    CUYDEREXT 
PERDRE. 

Avec  les  souldartz  de  la  place  estoit  lors  ung  Millaii- 
noys,  nommé  messire  Louys  de  Pors^,  de  grant  aage 
el  bien  emparlé,  aux  gaiges  du  chasteau,  servant  de 
truchement  pour  advitailler  la  garnison,  avecques  ung 
Françoys,  nommé  Pierre  Bordier,  commissaire  pour 
le  Roy  sur  le  faict  du  sel  a  Miilan;  lequel  de  Pors, 
pour  son  double  couraige  descouvrir,  après  que  clias- 
cun  fut  retiré  segretement,  habandonna  le  fort  et 
dedans  la  ville  s'en  alla,  et  du  povoir  de  la  garde,  des 
vivres,  de  l'artillerye  et  en  somme  de  toutes  les  autres 
choses  qu'il  avoit  pu  veoir  et  cognoistre  au  chasteau 
avertist  ceulx  de  la  ville,  et  fist  une  autre  chose,  qui 
de  plus  cuyda  nuyre  aux  Françoys,  car,  luy  qui  tous 
les  segretz  du  chasteau  avoit,  luy  estant  dedans,  coguuz 
et  advisez,  par  une  nuyt  ouvrit  les  bondes  et  passées 
de  l'eau  qui  abrairoit  les  fossés  de  dedans  de  la  place, 
tellement  que  le  moulin  qui  est  contre  les  murs  de  la 
lioquete,  devers  l'entrée  du  parc,  fut  inondé  et  d'eau 
tout  couvert.  Les  caves,  ou  estoyent  les  farines,  blez, 
vins,  lartz,  huylles,  gresses  et  autres  choses  néces- 
saires pour  le  soustien  des  souldartz  de  la  place  furent 
noyées  et  toutes  remplyes  d'eau,  tant  que,  a  toute 
peine,  peurent  estre  sauvez  les  vivres  qui  dedans 
estoient.  Et,  en  ce  faisant,  pour  satisfaire  a  toute 
somme,  celuy  de  Pors  mist  en  gaigc  le  priz  du  moule 

1.  Alvisiu  Porro  (Prato). 


460  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

de  son  chapperon  ;  qui,  puys  après,  comme  sera  dil, 
en  paya  la  folle  enchicre^. 

Dedans  la  ville  de  Millan  ne  fut  seuliement  ce  jour 
faict  le  butin,  mais  par  toutes  les  aultres  villes,  places 
et  burgades  de  la  duché  ;  lesquelles,  toutes  a  une  voix 
et  a  une  heure,  comme  entrepriz  estoit,  remplirent 
l'air  de  criz  Mauryens,  dont  tous  le  Françoys,  qui 
après  ce  desacompaignez  ou  escartez  en  ses  pays  se 
trouvèrent,  furent,  scelon  mon  advys,  maltrectez. 

XI. 

Comment  l'armée  du  seigneur  Ludovic  fut  a  Gomme. 

Le  premier  jour  de  feuvrier,  sur  les  deux  heures 
après  mydi,  estant  le  conte  de  Ligny  a  Gomme  avec- 
ques  ce  qu'il  avoit  de  gens,  après  avoir  longtemps 
actendu  l'armée  du  seigneur  Ludovic,  peut  veoir,  par 
expérience  vraye,  ce  que  par  ymaginacion  actendoit  ; 
car,  le  long  d'ung  lac  qui  des  AUemaignes  jusques  a 
touchant  de  la  ville  de  Gomme  retïlue,  plus  de  deux 
mille  de  pays,  par  eau,  a  combles  barques  et  pleines 
gabbarres,  luy  furent  en  barbe  gens  armez,  qui  ne 
demandoyent  que  la  guerre;  et,  pour  leur  en  donner, 
le  conte  de  Ligny,  avecques  partie  de  ses  gens,  leur 
fut  au  devant,  jusques  sur  le  bort  du  lac,  au  droict  de 
leur  descente,  et  la  fist  arranger  et  charger  son  artil- 
lerye,  et,  eulx  conviez  a  ce  banquet,  quatre  faulcons 
leur  mist  a  mont,  (jui  pour  rivière  firent  tel  vol  que, 
(jui  toute  leur  prise  hust  volu  mectre  en  cai'bonnade, 

1.  V.  plus  loin. 


Pévr.  1500]  COMMENT  COMME  FUT  RENDU.  161 

divers  entremetz  si  fussent  trouvez.  Pour  revenir  au 
parfait,  si  rudement  furent  reboutez  que,  plus  de 
demy  mille,  furent  contrainctz  reculler,  pour  gaigner 
une  abbaye  qui  estoit  au  bort  du  lac';  et,  en  eulx 
retirant,  sans  cesse  tiroyent  cannonnyers  au  travers  la 
greigneur  presse,  et  ne  fut  coup  deschargé  que  quel- 
qun  n'en  prist  le  bont  ou  la  voilée  ;  et  de  si  près  fut 
failly  le  cardinal  Escaigne  que  le  bort  de  sa  barque,  a 
deux  piedz  près  de  luy,  fut  d'ung  coup  d'artillerie 
emporté  ;  et,  eulx  retirez  a  seureté,  pour  la  nuyt  passer 
dedans  celle  abbaye  prindrent  logis. 

Voyant  le  conte  de  Ligny  que  autre  ennuy  ne  leur 
povoit  faire,  avecques  gens  d'armes  et  artillerye  se 
retira  dedans  la  ville,  laquelle  avoit  si  a  point  rampa- 
rée  et  fortiffyée  de  toutes  choses  neccessaires  pour 
actendre  sièges  et  assaulx  que  tout  asseuré  se  cuydoit 
de  la  maistrize  du  passage  contre  le  povoir  du  seigneur 
Ludovic  et  ses  lancequenestz,  jusques  a  la  venue  du 
secours  de  France,  si  plus  de  deux  moys  n'eust  esté 
en  demeure.  Et  bien  donna  le  jour  de  devant  a 
cognoistre  a  ses  ennemys  que  par  deffault  d'estran- 
giers  souldartz  peu  les  doubtoit,  car  six  cens  Lombars 
et  Piemontoys  estans  aux  gages  du  Roy  en  avoit 
envoyez  et  cassez,  sachant  aussi  que  de  seure  fidélité 
entre  eulx  est  peu  de  nouvelles. 

XII. 
Gomment  Comme  fut  rexdu  au  seigneur  Ludovic. 
La  nuyt,  vigille  de  la  Purification  Nostre  Dame,  le 

1.  San  Pietro?,  en  face  do  Como,  de  l'autre  côté  du  lac. 
1  11 


16-2  CHRONIQUES  DE   LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

seigneur  Jehan  Jacques  estant  dedans  le  chasteau  de 
Millan,  ja  adverty  des  approches  de  Tarmée  de  Ludo- 
vic, pencent  le  povoir  des  Françoys,  qui  estoient  a 
Gomme,  contre  les  assaulx  d'icelle  n'avoir  durée,  et 
sachant  que,  quelque  peu  de  force  qu'ilz  fussent,  pour 
double  de  mourir  n'abbandonneroyent  la  ville,  et  ausi 
que  bon  besoing  auroit  le  surplus  de  la  duché  de  leur 
secours,  troys  messaigiers  coup  sur  coup  transmist  au 
conte  de  Ligny,  auquel  mandoit,  par  lectres,  que,  si 
pour  l'honneur  et  proffit  du  Roy  se  vouloit  employer, 
que  incontinant  se  retirast  a  Millan  et  qu'il  en  estoit 
heure.  Mais  pourtant  ne  voulut  desemparer,  Tantost 
après  vint  segond  messaige  et  lectres  contenans  que, 
si  la  duché  de  Millan  se  perdoit  pour  le  Roy,  que  la 
deffence  et  tenue  de  Gomme  en  seroit  le  seul  moyen, 
veu  qu'elle  ne  povoit,  scelon  son  advys,  a  Ludovic 
résister  et  que  les  gens  d'armes,  qui  dedans  estoyent, 
estoyent  l'espoir  de  l'appuy  du  faix  de  la  guerre  ;  par 
quoy  estoit  mestier  de  lesser  la  place,  qui  tout  a  temps 
se  povoit  recouvrer  et  subvenir  a  l'affaire  du  plus,  qui 
de  secours  ne  se  povoit  passer.  Toutesfoys  ne  fut  celle 
remonstrance  occasion  de  retour  au  conte  de  Ligny  ; 
mais  dist,  de  rechief,  qu'il  s'essayeroit  de  garder  la 
place  tant  que  vivres  et  soubdartz  pourroyent  durer, 
et  luy  sembloit  bien  que  moult  longuement  pourroyent 
atendre  le  siège,  car  la  ville  pour  l'eure  estoit  assez 
fortiffyée,  et  pençoit  que,  si,  a  la  fin,  par  deffault  de 
vivres  ou  force  d'assaulx  d'ennemys  estoit  pressé,  que 
sans  dangicr  a  Millan  se  pourroit  retirer,  ou  ailleurs, 
a  seurté,  veu  qu'il  n'avoit  afaire  que  a  gens  de  pied 
et  ausi  qu'il  avoit  l'issue  du  costé  de  Millan  toute  au 
délivre.  Ainsi   heut  propos  délibéré  de  demeurer  et 


Févr.  15001  COMMENT  COMME  FUT  RENDU.  ifi3 

jusques  a  la  fin  def[ëndre  la  place  ;  et,  pour  ce,  mist 
gens  d'armes  et  artillerye  sur  les  murailles  de  tous 
costez,  si  a  point  que  aux  assaulx  des  ennemys  def- 
fence  mortelle  avoit  préparée.  Derrenieres  lectres 
vindrent,  par  lesquelles  estoit  dit  au  conte  de  Ligny, 
sur  toute  l'obéissance  qu'il  devoit  au  Roy  et  toute  la 
craincte  qu'il  avoit  de  l'ofFencer,  qu'il  se  retirast  a 
Millan,  et  pour  cause,  ou  sinon,  qu'il  feroit  en  sorte 
que  envers  le  Roy  se  pourroit  mal  trouver  ;  et,  en  les- 
sant  la  place,  de  riens  ne  povoit  amaindrir  le  priz  de 
son  honneur,  car  myeulx  estoit  soy  d'heure  retirer, 
pour  l'accroissement  du  commun  proffit,  que  a  la  longue 
tenue  d'honneur  singulier  s'arrester  et  hazarder  le  tout 
a  perdicion  inrecouvrable. 

Voyant  le  conte  de  Ligny  que,  si  plus  tenoit  la  ville 
et  que  par  avanture  inconveniant  en  advint,  que  par 
le  seigneur  Jehan  Jacques  envers  le  Roy  ne  seroit 
espargné,  et  ausi  que  myeulx  se  povoit  trouver  aux 
affaires  du  Roy  en  liberté  des  champs  que  en  subjec- 
tion  de  place  assiégée,  supposé  que  ce  fust  contre  son 
vouloir  de  lesser  la  place,  ce  neantmoings,  pour  des- 
loger, fist  armer  ses  gens  et  mectre  en  charroy  son 
artillerye,  et  ne  voulut  partir  de  la  ville  que  ne  fussent 
plus  de  huyt  heures  du  matin,  en  actendant  sur  la  place 
la  venue  de  Ludovic  et  son  armée,  pour  leur  vouloir  au 
départir  donner  une  escarmouche  ;  mais  oncques  ung 
seul  de  l'abbaye,  ou  ilz  avoient  celle nuyt  couché,  pour 
l'heure  ne  sortit.  Ainsi  se  misrent  Françoys  a  chemin 
droict  a  Millan.  Tout  ce  jour  chevauchèrent  jusques  au 
soir,  et  par  les  chemins  rancontrerent  plus  de  quatre 
mille  Lombars  en  armes,  cryans  :  3Iaure,  Matire,  a 
plaine  voix;  et  moult  ennuyèrent  les  gens  d'armes, 


164  CHRONIQUES  UE  LUUIS  XIl.  [Févr.  1500 

car  tousjours  estoyent  au  derrière  et  aux  costez,  eu 
aguect  d'actaiudre  quelqun,  mais,  tant  en  fust  estandu 
par  les  chemins  c|ue  de  leur  sang  estoyent  tous  emfon- 
dus.  Entre  les  cinc  et  six  heures  du  soir,  tant  appro- 
chèrent la  ville  de  Millan^  que  a  l'entrée  du  parc  se 
trouvèrent.  A  leur  venue  fut  en  la  ville  sonné  ung 
allarme,  et  tantost  furent  en  place  plus  de  quatre  mille 
Lombars  et  au  dedans  du  parc  contre  les  Françoys 
levèrent  une  escarmouche.  Voyant  le  conte  de  Ligny, 
qui  ancores  ne  savoit  de  la  rébellion*,  que  sur  ses 
Millannoys  failloit  charger,  au  devant  leur  envoya  deux 
faulcons,  qui  les  chacerent  sitost,  qu'il  n'avoyent  ail- 
leurs a  pencer  que  a  trouver  leurs  maisons  pour  le  plus 
seur.  Apres  qu'ilz  heurent  vuydé,  le  conte  de  Ligny 
avec(iues  ses  gens  entra  dedans  le  chasteau,  ouqucl 
fallut  pour  celle  nuyt  loger  gens  et  chevaulx  ;  car  la 
ville  estoit  pour  l'heure  empeschée,  voire  tant  esmeue 
que,  des  le  soir  jusques  au  matin,  ne  cessèrent  Milla- 
noys  de  b[r]ansler  baiffroiz  et  crier  allarmes.  Celle  nuyt 
la,  se  misrent  en  armes  plus  de  deux  cens  mille 
hommes,  car  toutes  les  rues  et  places  de  la  ville 
estoyent  tant  plaines  de  gens  armez  que  terre  soubz 
eulx  n'apparoissoit.  G'estoit  bien  merveilles  de  veoir 
l'esmotion  ci  ville  ;  car  elle  estoit  tant  impétueuse  qu'on- 
(jues,  despuis  le  temps  de  Marius  et  Lucius^  Sila, 
romains,  n'en  fut  veue  de  pareille. 

1.  Il  y  a  près  de  50  kilomètres  de  Milan  à  Como. 

2.  Le  récit  de  Jean  d'Auton  n'est  pas  très  clair.  Ligny  arrivait 
de  Como  le  jour  même  de  la  rébellion,  ayant,  la  veille  et  pendant 
la  nuit,  échangé  avec  J.-J.  Trivulce  trois  communications  succes- 
sives. Mais,  alors,  comment  la  nuit  qui  suivit  fut-elle  si  agitée? 
Jean  d'Auton  nous  avait  précédemment  dit  qu'elle  était  très  calme. 

3.  Ou  Lucius  Cornélius  Sylla. 


Févr.  1500]      COMMENT  LE  CONTE  DE  LIGNY,  ETC.  165 


XIII. 

Comment  le  conte  de  Ligny  et  le  seigneltr  Jehan 
Jacques  sortirent  du  chasteau  de  Millan  et  se 
misrent  aux  champs. 

A  tous  effors  se  reveilloit  guerre  mortelle  en  Lom- 
bardie  et  a  ruyneux  efFect  preparoit  hayneuse  dis- 
corde; mais  contre  ce,  que  povoyent  la  ores  les  Fran- 
çoys?  A  certes  tout  bien  advisé,  peu  de  chose;  mais 
pour  tant  ne  furent  cueurs  virilles  effeminez,  ains 
avisèrent  celle  nuyt  que  au  meilleur  remède  failloit 
avoir  recours,  et  si  a  point  misrent  l'affaire  en  conccil 
([ue  a  l'essay  de  nécessité  vergente  fut  mys  en  œuvre 
le  povoir  de  vertueux  courage.  Et,  cognoissant  le  conte 
de  Ligny,  qui,  a  la  peine  de  son  honneur,  avoit  le  faix 
de  la  guerre  a  soustenir,  la  rébellion  de  toute  Lom- 
bardie  contre  luy,  l'insurrection  du  peuple  de  Millan 
en  veue,  la  venue  de  l'armée  du  seigneur  Ludovic 
prochaine,  le  secours  de  France  longtain,  soy  mal 
acompaigné  de  souldartz,  le  chasteau  de  Millan,  pour 
longuement  soustenir  tous  les  gens  d'armes  qui  dedans 
estoyent,  mal  advitaillé,  fut  d'avys,  avecques  quelque 
nombre  de  gens,  de  prendre  les  champs,  doubtant 
que  par  siège  ne  fust  illecques  arresté.  Voyant  ausi 
que  la  place,  a  plus  peu  de  garde,  par  long  temps 
contre  la  puissance  du  seigneur  Ludovic  se  povoit  def- 
fendre  et  c[ue  toutes  les  autres  places,  tenans  pour  le 
Roy, estoyent  bien  envoyé  d'avo[i]rtostbesoingdebon 
secours.  Et,  tout  ce  mys  en  avant,  chascun  cognut  que 


166  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

c'estoil  le  moyen  dont  niyeulx  se  pourroyent  trouver. 
Le  troisiesme  jour  de  février,  sur  les  cinc  heures 
du  matin,  sortirent  de  la  place  le  conte  de  Ligny,  le 
seigneur  Jehan  Jacques,  le  seigneur  d'Auzon  et  le  capi- 
taine Goursinge,  avec  troys  cens  hommes  d'armes  et 
deux  cens  Suyces.  Pour  la  garde  du  chasteau  demeu- 
rèrent cinq  cens  souldartz,  soubz  la  charge  du  seigneur 
de  l'Espy  et  de  messire  Gode  Bécarre,  capitaines  de  la 
place,  avecques  grant  force,  artillerye  et  vivres  pour 
bien  long  temps.  Et,  avecques  ceulx  demeurèrent  le 
cardinal  de  Gosme\  l'evesque  de  Luxon,  chancellier 
de  Millau-,  l'evesque  de  Novarre^  ung  ambaxadeur 
de  Venise  (l[e]quel  mouroit  de  peur)*,  messire  Glande 


1.  Antonio  Trivulzio,  cousin  de  Jean-Jacques. 

2.  Pierre  Sacierges,  ou  de  Sacierges,  évoque  de  Luçon,  était, 
on  1470,  secrétaire  du  duc  de  Guyenne;  nous  le  trouvons,  en 
1475,  docteur  en  tous  droits,  notaire-secrétaire  du  roi,  procureur 
au  grand  conseil,  juge-mage  et  lieutenant-natif  du  pays  de  Quercy  ; 
en  1483,  serviteur  de  Charles  VIII  et  membre  du  conseil  de 
régence  ;  en  1498,  des  lettres  patentes,  du  13  juillet,  le  commettent 
<à  la  présidence  du  grand  conseil,  en  l'absence  du  chancelier. 
Louis  XII  le  désigna  comme  chancelier  de  Milan,  et  des  lettres 
patentes,  datées  de  Vigevano,  le  11  novembre  1499,  lui  main- 
tinrent ses  gages  du  grand  conseil,  malgré  sa  situation  de  chan- 
celier de  Milan,  ce  qui  n'indiquait  pas  une  bien  grande  foi  dans 
l'avenir  de  l'œuvre.  C'est  seulement  le  4  septembre  1501  que 
Pierre  Sacierges  fut  remplacé  au  grand  conseil  par  Gcrvais  de 
Beaumont  (Tit.  orig.,  Sacierges,  n»^  2,  3,  4  ;  ms.  fr.  21104,  fol.  24; 
ms.  fr.  10237,  fol.  63  ;  Dernier,  Procès-verbaux  des  sranccs  du  con- 
seil de  régence  du  roi  Charles  VJJI). 

3.  Girolamo  Pallavicino,  bien  connu  comme  poète.  La  lamill(> 
Pallavicino  s'était  ardemment  jetée  dans  le  parti  de  Louis  XII, 
qui,  en  1499,  reconnut  son  dévouement  en  lui  donnant  le  fief  de 
Borgo  S.  Donino  (Poggiale). 

4.  C'était  un  secrétaire  de  la  seigneurie  de  Venise,  nommé  Zuau 
Dolze. 


Févr.  1500]      COMMENT  LE  CONTE  DE  LIGNY,  ETC.  Kl? 

d'Aiz^  et  messire  Geoffroy  Caries-,  docteurs,  la  con- 
tesse  de  Misoc,  femme  du  seigneur  Jehan  Jacques,  et 
une  sienne  fille  ^.  Apres  c(ue  tout  fut  mys  en  ordonnée 
police,  au  partir,  prya  le  conte  de  Ligny  les  cappi- 
taines  de  la  place  que  a  la  garde  d'icelle  heussent  le 
proffit  du  Roy  et  leur  honneur  pour  recommandez  et 
que  de  dangier  n'eussent  double,  car  leur  secours 
estoit  en  voye,  qui  assez  d'heure  leur  viendroit  a 
besoing.  Et,  ce  dit,  aux  champs  se  misrent  les  Fran- 

1.  Claude  d'Aiz  n'est  antre  que  le  célèbre  historien  Claude  de 
Seyssel,  qui  prend  part,  en  1498,  au  procès  de  divorce  de  Louis  XII 
sous  le  même  nom  de  «  Claudius  de  Aquis.  »  Claude  de  Seyssel, 
né  à  Aix  en  Savoie,  maître  d'hôtel  du  duc  de  Savoie,  passa  en 
1465  au  service  de  la  France  sous  Louis  XL  On  croit  que  Claude, 
son  fils,  était  fils  naturel,  mais  cette  question  est  controversée. 
(Voy.  Notice  de  M.  G»  Promis,  dans  les  Miscellanca  di  storia  ila- 
liana,  t.  XIII.)  D'après  Belleforest,  Claude  était  encore,  en  1499, 
«  un  simple  soldat,  »  que  Louis  XII  vit  à  Milan,  prit  en  gré  et 

poussa  dans  l'Église Il  n'en  est  rien;  mais  ce  qui  est  certain, 

c'est  que  Seyssel  n'entra  pas  tout  d'abord  dans  les  ordres. 

Conseiller  au  grand  conseil  et  ambassadeur  le  29  juin  1499,  il 
fut  nommé  conseiller  lai  au  parlement  de  Toulouse;  la  même 
année,  il  entra  au  sénat  de  Milan  et  il  y  fut  définitivement  nommé 
le  2  mai  1502;  il  rentra  au  grand  conseil  le  27  janvier  1506,  anc. 
st.  (ms.  fr.  21104,  fol.  26,  38;  Tit.  orig.,  Seyssel,  n'^S,  6).  Il  rem- 
plit de  nombreuses  ambassades,  notamment  en  1513  près  des 
Suisses  (ms.  fr.  20979,  fol.  74),  puis  à  Rome.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu 
de  s'étendre  sur  sa  vie  et  ses  œuvres  ;  rappelons  seulement  qu'il  fut 
successivement  évêque  de  Marseille  et  archevêque  de  Turin;  il 
mourut  dans  cette  dernière  ville,  et  fut  enterré  dans  la  cathédrale 
(Ughelli,  Italia  sacra,  IV,  1483  et  s.;  Carutti,  Sloria  délia  diplo- 
mazia  délia  Corte  di  Savoia,  I,  527  et  s.). 

2.  Geoffroy  Caries  était,  dit-on,  originaire  du  pays  de  Saluées. 
Il  fut  premier  président  du  parlement  de  Grenoble  de  1510  à  1514 
(Ghorier,  Hist.  du  Dauphinc). 

3.  Béatrice  d'Inigo,  femme  de  Jean-Jacques.  Elle  accoucha  au 
château,  au  milieu  de  tous  ces  événements  (Marino  Sanuto,  III, 
202). 


168  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

çoys  et,  a  l'entrée  du  parc,  tinrent  ordre  de  bataille, 
les  piétons  devant,  marchant  le  droict  chemin  de 
Novarre.  Au  desloger  allarmes  de  toutes  pars  parmy 
la  ville  furent  criez,  et  les  Lombars,  a  turbes  et  a  tas, 
sur  les  piedz.  Tousjours  marchoyent  gens  d'armes 
françoys,  en  si  bon  ordre  que,  par  deffault  de  ce,  riens 
n'alloit  en  arrière  :  ausi  n'estoit  pour  l'heure  desroy 
de  saison,  ne  l'escart  proffitable;  car  la  nuyt  de 
devant  avoyent  les  gens  du  pays  par  les  chemins  et 
santiers  faict  tranchées  et  fossez,  pons  et  planches  abba- 
tuz,  grans  arbres  entraversez  en  la  voye  et  sur  les  pas- 
saiges  faict  tant  d'autres  empescliemens  que  moult 
fut  difficille  la  passée.  Toutesfoys,  chascun  comme  il 
peut  se  mist  oultre.  Sur  queuhe  estoyent  tousjours 
mille  ou  doze  cens  Lombars,  avecques  grans  picques 
et  partizanes,  en  leur  effort  de  trouver  quelqun  a  l'es- 
cart; mais,  après  tous  leurs  destours,  la  pluspart  de 
la  perte  fut  pour  eulx,  car  si  a  proffict,  a  chief  de  foys, 
furent  par  les  Françoys  rechargez  cfue  plus  de  cent  y 
demeurèrent.  Moult  heurent  ce  jour  les  Françoys  a 
besoigner,  car  oncques  ne  misrent  pied  a  terre,  et 
leur  fut  la  repeue  si  tarde  que  a  ventre  vuyde  pas- 
sèrent le  jour  jucques  a  cinc  heures  du  soir,  et  ne  fut 
sans  avoyr  maintz  ennuyeulx  allarmes,  car,  entre  Millau 
et  Novare,  failloit  passer  par  six  ou  sept  bourgades, 
nommées  Sainct  Pierre  d'Oulme*,  Sedryane%  Magente^ 


1.  San  Pietro  l'Olmo,  premier  village  de  la  roule  de  Milan  à 
Novare. 

2.  Sedriano,  arr.  d'Abbiategrassi). 

3.  Magenta,  illustré  par  la  bataille  de  1859.  Après  Magenta,  le.'; 
Français  n'avaient  plus  qu'à  traverser  le  Tésin  et  à  marcher  droit 
sur  Novare.  Mais  ils  durent  reculer  à  (^orbetta.  puis  descendre  au 


Févr.  1500]     COMMENT  LE  CONTE  DE  LIGNY,  ETC.  169 

Corbete^  Cast^,  Casten^,  rabb[a]ye  de  Brena"^  et  le 
port  de  Gaya^  sur  le  Tisin,  lesquelles  n'estoyent  fer- 
mées, mais  de  barrières,  taudys,  rempars  et  fossez 
fortiffyées  si  a  point  que,  a  gent  desarmée  de  vertueux 
couraige,  devoyent  iceulx  passages  sembler  inacces- 
sibles; mais  neccessité,  qui  ausi  les  foibles  rainforce, 
mist  la  son  povoir  en  avant,  tellement  que,  pour  l'em- 
pesche  des  chemins  trenchez  ne  les  embusches  des 
Lombars,  qui  sans  nombre  estoyent  illecques  en 
armes,  ne  demeura  que  Françoys  ne  tirassent  oultre, 
mais  non  sans  avoir  escarmouches  et  allarmes.  ïoutes- 
foys,  y  heurent  Lombars  si  peu  d'avantaige  que  leurs 
villes  furent  prises,  et  aucunes  d'icelles  données  au 
feu,  et  mesmement  Gorbele  et  Cast,  qui,  a  tous  def- 
fens,  le  passage  empesehoyent".  Dedans  Gorbete,  fut 
trouvé  ung  Françoys  prisonnier,  nommé  Symon  Noyer, 
clerc  d'ung  des  trésoriers  des  guerres,  nommé  Geof- 
froy de  la  Croix",  et  se  sauva  celuy  clerc  par  une 

sud,  et,  après  avoir  tâtonné,  ils  remontèrent  brusquement  vers 
Bernate,  au  nord,  où  ils  passèrent  la  rivière. 

1.  Corbetta,  arr.  d'Abbiategrasso. 

2.  Gastellazzo  de'  Barzi. 

3.  Casterno. 

4.  Bernate. 

5.  Galliate,  sur  la  rive  droite  du  Tésin. 

6.  Prato  cite  aussi  Sedriano. 

7.  Il  y  avait  deux  trésoriers  des  guerres,  Pierre  Legendre  et 
Geoffroy  de  la  Croix.  Geoffroy  de  la  Croix  exerça  ces  fonctions 
pendant  toute  la  durée  du  règne  de  Louis  XII  ;  disons  de  suite 
qu'il  avait  épousé,  à  Paris,  une  fille  de  Jean  Marcel  et  de  Jeanne 
Fouquet,  et  que,  veuf  dès  I50i,  il  avait  la  tutelle  de  ses  trois 
enfants,  Claude,  Anne  et  Marie.  Il  n'était  pas,  comme  on  l'a  dit, 
fils  de  Guillaume  de  la  Croix,  gouverneur  de  Montpellier  (Tit. 
orig..  De  la  Croix,  n»=^  32,  81,  82;  cf.  n°  70  et  s.).  Il  était  seigneur 
de  Ricquebourg  et  autres  lieux,  et  seigneur  on  partie  de  Plancy 


170  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

fenostre,  a  la  venue  des  Françoys,  lesquelz  firent  la 
courir  la  llamme,  qui  tantost  fut  si  grande  que  tout 
fut  espriz.  Les  Françoys,  avecques  tous  leurs  ennuyz, 
voyant  que  le  déluge  du  feu  ne  pardonnoit  a  nul  sexe 
et  les  femmes  et  petiz  enfens,  pour  crainte  du  glayve, 
se  lessoyent  abbrazer  en  passant  par  les  rues,  comme 
meuz  de  pitié,  avecques  lances  et  picques,  par  l'ou- 
verture des  fenestres,  donnoyent  ayde  a  ceulx  qu'ilz 
vcoyent  au  danger  du  feu  ;  et,  mesme,  le  conte  de 
Ligny,  par  une  corde  qu'il  tenoit  d'ung  costé,  des 
femmes  et  petiz  enfens,  qui  ja  sentoyent  l'arseure, 
par  une  fenestre  fist  descendre  et  mist  a  sauveté. 
Toutesfoys,  furent  les  maisons  brullées  et  tant  de  sang 
effus  que,  par  les  rues  et  chemins,  montjoyes^  de 
mors  servoyent  de  brisées  a  ceulx  qui  les  Françoys 
heussent  voulu  suyvre.  Tout  ce  jour  autre  mestier  ne 
firent  les  gens  d'armes  françoys,  jusques  sur  le  soir, 
qu'il  fut  droicte  heure  de  loger,  et  question  de  repestre. 
Dedans  une  petite  ville,  nommée  Gaya,  estant  atroys 
mille  près  de  Novarre ,  falut  aux  Françoys  prendre 
logis,  laquelle,  pour  l'heure,  ne  dist  mot  :  mais,  pour 
ce,  ne  fut  l'armée  tant  asseurée  que  gens  d'armes 
toute  nuyt,  supposé  que  besoing  extremme  heussent 
de  repos,  n'eussent  l'ueil  au  guet.  Apres  la  repeue, 
que  chascun  estoit  en  garde,  sur  l'heure  de  la  mynuyt, 
par  la  ville  fut  cryé  :  Maure,  Maure,  dont  gens  d'armes 
se  tindrent  serrez,  sans  faire  bruyt,  et  deffendit  le 


en  Champagne,  Quoiqu'il  eût  cédé  ses  droits  à  Jacques  de  Neul- 
chaslel,  son  fils,  Claude,  maître  des  comptes,  devint  la  tige  des 
barons  de  Plancy  (id.,  n»*  83-84,  87-96,  108). 

1.  On  appelait  à  proprement  parler  mont-joye  les  tas  de  pierres 
érigés  jadis  par  les  chevaliers  comme  monument  d'une  victoire. 


Févr.  1500]  COMMENT  LOUYS  DARS  PASSA.  171 

conte  de  Ligny  que,  pour  faire  occision  ou  roupturc, 
nul  ne  fust  en  desarroy,  doublant  que  rainfort  de 
Lombars  ne  fust  illecques  survenu  ;  toutesfoys,  si  par 
les  rues  nulz  espartz  ou  escartez  se  trouvoyent,  ce 
n'estoit  seullement  que  a  la  peine  de  leur  vye. 

XIV. 

CO\L\IENT  LE  CAPITAINE  LOUYS  d'ArS,  AVECQUES  QUA- 
RENTE  HOMMES  d' ARMES  ET  QUATRE  VIXGTZ  ARCHIERS, 
PASSA   TOUT   LE   TRAVERS    DE    LOMBARDYE. 

A  Bellinsonne  avoit  esté  transmys  Louys  d'Ars, 
pour  icelle  garder,  qui,  après  avoir  avitaillé  le  chas- 
teau  que  tenoyent  les  laquays  et  faict  plusieurs  cources 
et  escarmouches  sur  les  Allemans  et  Suyces  qui 
venoyent  au  secours  du  seigneur  Ludovic,  voyant 
(|ui  estoit  heure  de  soy  retirer,  ainsi  qu'il  luy  estoit 
mandé,  le  jour  de  la  Nostre  Dame  Chandelleur,  prist 
le  chemin  de  Comme,  cuydant  la  trouver  le  conte  de 
Ligny.  Devant  avoit  envoyé  vingt  archiers  pour  cuy- 
der  prendre  le  logis;  mais,  eux  approchez  a  quatre 
mille  près  de  Gomme,  sceurent  que  le  conte  de  Ligny 
estoit  parti  pour  aller  a  Millan,  et  que  le  seigneur  Ludo- 
vic et  le  cardinal  Eschaigne,  avecques  grosse  armée, 
estoient  dedans.  Et,  sans  plus  marcher  en  avant,  tour- 
nèrent bride  vers  le  Cartier,  ou  avoyent  lessé  leur 
capitaine  ;  mais,  par  deffault  de  guyde,  s'escarterent 
et  ne  le  trouvèrent  point,  dont  furent  moult  soubcyeux 
de  son  esloing,  et,  voyans  qu'il  n'en  estoit  autres  nou- 
velles, pencent  qu'il  avoit  sceu  la  venue  de  Ludovic 
et  que  vers  Millan  s'estoit  retiré,  prindrent  celle  part  : 


Mi  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

tout  ce  jour  furent  a  cheval  et,  de  toutes  pars,  avoyent 
Lombars  eu  queuhe,  qui  moult  leur  firent  d'ahan. 
Plusieurs  en  occirent  et,  malgré  eulx,  passèrent  leur 
chemin  :  plus  de  cent  mille  de  pays  firent  ce  jour, 
sans  repaistre  ;  et  tant  furent  a  la  parfin  mal  menez 
que  la  pluspart  d'eulx  perdirent  leurs  chevaulx  ;  car 
la  double  de  la  fureur  des  villains,  qui  partout  estoyent 
en  armes,  leur  avoit  interdit  l'entrée  des  villes  et  vil- 
lages, dont  n'avoyent  retrecle,  fors  les  champs  et  les 
boys,  qui  troys  ou  quatre  joui^s  leur  furent  de  saison  ; 
ou  la  de  peu  de  provision  furent  repeuz  ;  ilz  ne  tenoyent 
chemin  ne  voye  et  n'alloyent  que  de  nuyt.  Et,  eulx 
cstans  en  tel  affaire  et  voyans  le  plain  pays  pour 
Ludovic,  pencerent  que  Milian  n'en  faisoit  pas  moings  : 
dont  conclurent  que  a  Novarre  au  mieulx  qu'ilz  pour- 
royent  se  retireroyent.  Somme,  si  bien  avisèrent  en 
leurs  besoigne  queceulxqui  leurs  chevaulx  avoyent  peu 
garder  se  retirèrent  a  Novarre,  et  les  autres,  en  habitz 
déguisez,  l'ung  après  l'autre,  quatre  ou  cinc  jours 
après  la  Nostre  Dame,  tous  lassez  et  affamez,  se  ren- 
dirent. 

Louys  d'Ars,  qui  ses  gens  vers  Comme  avoit  envoyez, 
comme  dit  est,  veoyant  leur  longue  demeure,  ne  sceut 
que  pencer  d'eulx,  si  n'est  que  par  embusche  de 
Lombars  fussent  deffaictz  ou  desvoy  de  chemins  esloi- 
gnez,  dont  se  hasta  de  marcher  pour  en  ouyr  quelques 
nouvelles  ;  mais  d'eulx  autre  chose  ne  sceut  pour 
l'eure.  Et  fut,  en  tirant  vers  Comme,  averty  du  parle- 
ment du  conte  de  Ligny  et  de  la  venue  des  ennemys. 
Ja  estoit  sur  le  vespre  et  temps  de  chercher  logis  : 
touleffoys,  pour  l'heure  ne  luy  fut  illecques  sain  le 
séjour,  dont  prinst  son  adresse  vers  Milian.  Près  de 


Févr.  1500]  COMMENT  LOIJYS  DAUS  PASSA.  173 

la,  luy  et  ses  gens  prindrent  une  legiere  repue,  puys 
montèrent  a  cheval.  Toute  celle  nuyt  et  le  lendemain, 
jusques  sur  le  soir,  furent  en  voye.  Et  a  toutes  mains 
sur  eulx  cources  et  saillyes  fasoient  les  Lombars,  mais 
si  a  droict  estoyent  rechargez,  et  en  tel  ordre  tenoit 
celuy  capitaine  ses  gens,  et  si  a  point  conduisoit  son 
affaire  que,  a  chief  de  besoigne,  estoient  ses  ennemys 
tousjours  reboutez  et  les  siens  mys  au  délivre,  en  sorte 
que  d'ung  tout  seul  ne  fut  son  nombre  amaindry.  En 
approuchant  la  ville  de  Millau,  de  huit  mille  près, 
sceut,  par  aucuns  paisans,  que  le  conte  de  Ligny  et  le 
seigneur  Jehan  Jacques  tenoyent  les  champs  et  que  la 
ville  s'estoit  contre  eulx  rebellée,  et  que  vers  Novarre 
se  retiroyent  :  dont  luy  faillut,  a  cartier,  retournei' 
plus  de  quatre  mille,  pour  gaigner  le  droict  chemin. 
Ce  jour,  troisiesme  de  février,  luy  et  ses  gens,  sans 
desemparer  le  chemin,  furent  a  cheval.  De  Lombars 
en  armes  estoit  la  voye  toute  remplye,  qui,  a  tour  de 
bras,  a  la  passée  donnoyent  aux  Françoys  coups  et 
horions  et  leur  fasoyent  le  comble  du  pys  qu'ilz 
povoyent,  mais,  a  l'espirer,  de  si  mal  leur  servit  leur 
aguet  apencé  que  des  ennuiz,  dont  ilz  cuydoyent  les 
gens  d'armes  fatiguer,  furent  pressez  et  actaingtz,  et, 
comme  ceulx  qui  chéent  en  la  fosse  que  pour  la  mort 
d'autruy  préparent,  dedans  leurs  mesmes  embusches 
et  destroictz  furent  assommez  et  deffaictz.  De  l'interit 
et  nombre  d'iceulx  ne  feray  autre  compte,  si  n'est 
que,  par  les  chemins,  hayes,  buissons  par  ou  avoyent 
les  Françoys  passez,  tant  de  Lombars  et  autres  Mau- 
riens  souldartz  estoyent  applatiz  et  estandus  que,  a 
ses  enseignes,  heust  on  peu  dire  que  guerre  affamée 
avoit  illecques  faict  une  repeue.  Tousjours  marchoyent 


174  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

Françoys  pour  approcher  Novarre  ;  et,  sur  l'heure  de 
vespres,  dedans  une  burgade,  nommée  Bufferores^, 
pour  repaistre  descendirent,  car  besoing  en  avoyent, 
comme  ceulx  qui  de  tout  ce  jour  n  avoyent  de  cheval 
descendu.  Mais  sitost  n'eurent  chevaulx  establez  et  la 
première  vyande  a  la  bouche  que  les  Lombars  du 
bourg  et  des  environs  sur  le  passage  ne  fussent  en 
armes,  voire  en  tel  nombre  que  assez  sembloyent  estre 
pour  tenir  contre  dure  main  longue  bataille.  Hastive- 
ment,  remontèrent  Françoys  a  cheval,  pour  gaigner 
pays.  Avecques  picques  et  rançons  hors  du  village  se 
trouvèrent  iceulx  Lombars,  pour  au  Françoys  cloure 
le  chemin;  mais,  au  joindre,  cogneurent  que  a  leur 
desavantage  tournoit  leur  emprise,  car  la  n'y  heut 
Françoys  (nonobstant  les  travauJx  et  ennuyz  que,  deux 
jours  et  deux  nuytz,  avoyent  ja  soustenus)  qui,  a  cest 
alïaire,  ne  se  monstrast  si  vigoureux  que,  qui  les 
heust  lors  veuz  en  besoigne,  n'eust  pencé  que  de  las- 
seté  ou  de  famine  heussent  esté  actainctz.  Si  avoyent 
ilz,  ce  jour,  faict  sans  repaistre  plus  de  quatre  vingtz 
mille  de  terre.  Que  diray  je?  Ghascun  fasoit  ce  qui  est 
au  povoir  du  grant  possible  humain,  car,  nonobstant 
que  a  plus  de  quatre  mille  hommes  armés  heussent 
affaire,  toutesfoys,  a  toutes  hurtes,  avoyent  ilz  l'avan- 
tage et  mectoyent  leurs  ennemys  a  bas. 

Bien  se  faict  a  commémorer  que  le  cliief  fut  de  telle 
conduyte  que,  entre  tant  de  périlleux  dangiers  et 
mortelles  embusches,  ung  seul  des  siens  ne  perdit; 
car  tousjours  avoit  l'advys  et  la  main  a  la  deffence  de 


1.  Boffalora  sopra  Ticino,  sur  la  route  de  Milan  à  Novare,  entre 
Magenta  et  la  rive  gauche  du  Tésin. 


Févr.  1500]  COMMENT  LOUYS  D  ARS  PASSA.  170 

ceulx  qui  besoing  avoyent  d'ayde.  Somme,  si  des  tré- 
sors de  louange  vouloye  par  mes  escriptz  aucuns  enri- 
chir, a  cestuy  en  oseroye  si  largement  départir  que 
James  n'en  seroit  disecteux,  voire  et  n'auroye  pas  peur 
que  par  satire  future  j'en  fusse  repriz  ;  et,  a  tant,  je 
m'en  tays,  lessant  le  surplus  au  pencer  de  ceulx  qui 
plus  a  plain  le  labeur  et  mérite  des  œuvres  millitaires 
pevent  savoir. 

Et,  pour  rentrer,  malgré  toute  la  puissance  des 
Lombars,  celuy  capitaine,  avecques  quarante  hommes 
d'armes  et  quatre  vingtz  archiers,  passa  tout  le  travers 
de. la  duché  de  Millan  et  la  rivière  de  Tisin,  entre  Mil- 
lan  et  Novarre,  et  aprocha  le  bort  d'ung  des  autres 
costez  de  celle  rivière,  a  deux  mille  près  de  Gava.  Et 
ce  povoit  icelle  rivière  passer  a  gué  ;  mais,  pour  ce 
qu'il  estoit  de  nuyt  et  que  nul  ne  cognoissoit  le  pas- 
sage, et  ausi  que  les  paisans  de  autour  avoyent  tous 
rompus  les  pons  et  planches  abbatues,  ne  sceurent  les 
Françoys  oultre  passer,  car  voye  asseurée  n'apparois- 
soit.  Toutesfoys,  ung  Albanoys,  qui  estoit  de  la  com- 
paignye,  se  mist  a  traverser  le  gué  et  passa  oultre  ; 
lequel  d'avanture  se  mist  au  chemin  de  Gaya  et  fist 
tant  qu'il  vint  a  la  ville,  ou  trouva  le  conte  de  Ligny 
et  le  seigneur  Jehan  Jacques,  ausquelz  compta  com- 
ment Louys  d'Ars  et  ses  gens  estoient  hors  du  destroit 
des  montaignes  et  du  danger  des  Lombars,  qui,  deux 
jours  et  deux  nuytz,  sans  cesser,  leur  avoyent  donné 
la  chace,  et  comment  a  deux  mille  près,  entre  deux 
rivières,  les  avoit  tous  ensemble  lessez,  et  que  pour 
l'heure  n'avoyent  deffault  que  de  guyde,  avecques 
mestier  de  vivres  et  besoing  de  repos. 

Le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur  Jehan  Jacques  et 


ITf,  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

tous  les  oyans  heurent,  a  l'ymaginer,  merveilles  et 
joye  au  cueur  de  la  venue  d'iceulx,  comme  de  nouveau 
rapport  d'amys  mors  ressuscitez.  Tost  furent  gens 
envoyez  au  devant  pour  leur  monstrer  la  passée  du 
gué  et  le  chemin  de  la  ville;  mais,  ja,  estoyent  hors 
de  la  rivière  et  avoyez  droict  a  Gaya.  Entre  six  et  sept 
heures  au  matin,  entra  Louys  d'Ars  avecques  ses  gens 
dedans  la  ville  de  Gaya,  ou  trouva  le  conte  de  Ligny, 
le  seigneur  Jehan  Jacques  et  plusieurs  autres,  tant 
joyeulx  de  leur  venue  que  plus  ne  pouroit. 

Ce  jour,  qui  fut  ung  mardy,  quatriesme  de  feuvrier, 
les  seigneurs  de  la  ville  de  Novarre\  pour  monstrer 
que  vivre  vouloyent  en  l'amour  des  Françoys  et  pour 
leur  querelle  mourir  et,  a  besoing  extrême,  secou- 
rable  service  leur  donner,  nonobstant  la  grosse  puis- 
sance de  Ludovic  et  la  rébellion  de  toutes  les  autres 
villes  de  Lombardye,  aux  lieutenans  du  Roy  présen- 
tèrent leur  cyté,  demandant  secours  contre  la  force 
dudit  seigneur  Ludovic,  qui  la  ruyiie  desolable  d'icelle 
et  occision  du  peuple  avoit  jurée  ;  lesquelz  furent 
amyablement  receuz  et  de  leur  requeste  asseurez. 

Ce  mesme  jour,  transmist  le  conte  de  Ligny  une 
poste  devers  le  Roy,  qui  lors  estoit  a  Bloiz,  pour  l'aver- 
tir des  effors  de  Ludovic  et  des  prises  qu'il  avoit  faict 
sur  la  duché  de  Millan,  et  des  places  qui  ancores 
estoient  entre  les  mains  des  Françoys,  desquelles  ne 
failloit  jusquez  a  long  temps  avoir  nulle  double'-,  et 
que  sur  ce  a  son  plaisir  advisast. 

■1.  Et  particulièrement  les  TornicUi. 

2.  Les  Français  occupaient  tous  les  châteaux,  et  aucun  ne  fléchit. 
La  nouvelle  du  retour  de  Ludovic  causa  dans  toute  la  Lomhardie 
et  à  Gênes  un  trouhle  profond  et  amena  mille  désordres.  La  plu- 


Kévr.  1500]     COMISIENT  LE  Sgr  LLDOViC  FUT  A  MILLAN.  177 

De  ce  avoit  ja  le  Roy  esté  adverty  et  mise  son  armée 
sus  pour  aller  celle  part  ;  laquelle  conduisoit  le  sire  de 
la  Trimoulle,  qui,  a  toute  peine,  mectoit  diligence  de 
niectre  son  voyage  a  fm. 

Le  mercredi,  cincquiesme  jour  de  feuvrier,  le  conle 
de  Ligny  et  le  seigneur  Jehan  Jacques,  avecques  leurs 
gens  d'armes,  entrèrent  dedans  la  ville  de  Novarre,  et 
la  séjournèrent  dix  ou  douze  jours,  en  actendant  la 
venue  de  l'armée,  qui  estoit  allée  a  Fourly,  laquelle 
approchoit  et  estoit  sur  les  champs. 

XV. 

Comment  le  seigneur  Ludovic  fut  de  Comme  a  Millân. 

Le  jeudi,  sixiesme  jour  de  février,  le  seigneur  Ludo- 
vic, voulant  gaigner  pays,  avecques  son  armée  sortit 
de  Comme  et  se  mist  en  voie  droict  a  Millan,  ou  avoit, 
le  jour  de  devant,  envoyez  le  cardinal  Escaigne  et 
messire  Galeas  pour  prendre  le  logis  et  veoir  la  con- 

part  des  villes  se  virent  ainsi  réduites  à  Timpuissance  d'agir  dans 
un  sens  ou  dans  un  autre.  Alexandrie  et  Milan  se  déclarent  cepen- 
dant pour  Ludovic,  Gênes  et  Plaisance  pour  la  France  (Senarega  ; 
Ghilini;  Roselli,  Storie  Piacentine;  Poggiali,  Memorie  storiche  di 

Piacenza  ;  Schiavina ).  Quant  aux  Vénitiens,  ils  se  croisèrent 

les  bras,  malgré  les  pressantes  objurgations  de  Louis  XIL  A  défaut 
de  Vêpres  siciliennes,  on  massacra  obscurément  dans  les  hôtelle- 
ries du  Milanais  tous  les  Français  isolés  qui  se  rendaient  au  jubilé 
de  Rome.  Les  Français  plus  tard  brûlèrent  ces  hôtelleries  (Rozier 
Historial).  On  accusait  Ludovic  d'encourager  ces  assassinats  et 
de  payer  un  ducat  chaque  tête  de  Français  [ici.].  Ces  événements 
ont  été  très  inexactement  rapportés,  notamment  dans  Victoires, 
conquêtes,  revers...  des  Français,  t.  V. 

I  12 


178  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

tenance  du  peuple,  auquel  bonnement  ne  se  fyoit^. 
Toutesfoys,  avecques  partye  de  ses  gens,  entra  dedans 
la  ville  ;  mais  tant  ne  se  voulut  arrester  a  la  seurté 
des  cytoyens  que  plus  d'ung  jour  y  voulust  faire 
demeure  ;  ains  y  laissa  le  cardinal  son  frère  et,  a  tout 
son  ost,  prinst  le  chemin  de  I^avye,  en  laquelle  fut  de 
ceulx  de  la  ville  honnorablement  receu.  Dedans  le 
chasteau  a  voit  garnison  de  Françoys,  lesquelz  furent 
assiégez  et  batus  d'artillerye  longuement;  mais,  voyans 
que  assez  forte  n'estoit  la  place  et  que  de  secours 
n'estoit  pour  eulx  nouvelles,  parlamenterent  et,  après 
maintz  bons  partiz  que  leur  promist  le  seigneur  Ludo- 
vic, leurs  bagues  sauves,  se  rendirent.  Et  dedans  fut 
dix  jours^  a  séjour  ledit  seigneur  Ludovic  et  puys  s'en 
alla  a  Vigeve^. 

Dedans  Novarre  estoient  lors  le  conte  de  Ligny  et 
le  seigneur  Jehan  Jacques,  avecques  les  autres  capi- 
taines et  gens  d'armes,  qui,  sans  cesser,  pensoyent 
de  l'affaire  de  la  guerre  :  et,  eux  sachans  l'armée  du 
seigneur  Ludovic  tant  prochaine  d'eulx  que,  d'heure 
en  autre,  n'en  actendoyent  que  la  veue,  tout  le  peuple 

1.  D'après  Prato,  Ascanio  entra  à  Milan  le  3  février,  et  Ludo- 
vic le  4. 

2.  Quinze  jours,  selon  Prato.  Vigevano  résista  et  obtint  d'échap- 
per au  pillage. 

3.  Un  des  premiers  soins  de  Ludovic  fut  d'engager  tous  ses 
bijoux,  estimés  150,960  ducats,  sans  compter  divers  parements 
d'or.  Plusieurs  de  ces  bijoux  étaient  estimés  10  et  même  25,000  du- 
cats. Il  en  tira,  sur  prêt,  environ  G3,000  ducats  (Fr.  Peluso, 
Archivio  storico  lombardo,  1878).  Il  fit  flèche  de  tout  bois  pour  se 
procurer  de  l'argent  et  mit  en  réquisition  les  couvents.  Le  16  mars, 
il  prit  au  trésor  du  Dôme  de  Milan  des  objets  précieux  donnés  par 
le  comte  Vimercati  (Annali  délia  fabrica  del  Duomo  de  Milano,  III, 
ITi.  Cf.  Prato). 


Févr.  1500]     COMMENT  LE  S?r  LUDOVIC  FUT  A  MILLAN.  17'.» 

de  Lombardie  bransler  soubz  la  main  du  seigneur 
Ludovic,  leurs  secours  espartz  et  escartez,  leur  povoir 
mal  appuyé  pour  longuement  pondereux  faix  de  la 
guerre  soustenir,  leurs  vivres  enchérir  et  appetisser, 
et  maintes  autres  menaces  que  la  main  tournant  de 
Fortune  incertaine  leur  fasoit,  si  de  pencer  soubcyeux 
furent  souvant  assailliz  merveille  ne  fut.  Toutesfoys, 
pour  mectre  la  chose  en  myeulx,  sur  ce  voulurent,  a 
porte  close,  conseil  célébrer,  qui  de  divers  propos  fut 
tenu;  dont  aucuns  d'eulx  furent  d'avys  que,  sans  autre 
rainfort  le  venue  du  seigneur  Ludovic  actendre,  c'es- 
toit  œuvre  a  l'aventure,  actendu  que  leur  povoir  n'es- 
toit  suffizant  pour  a  luy  résister,  et  myeulx  estoit  soy 
retirer  a  Verceil,  en  Piémont,  en  actendantleur  secours. 

Le  conte  de  Ligny,  qui  a  ce  fil  voyoit  l'honneur 
des  Françoys  bransler,  heut  pencée  moult  différente 
a  ce  propos  et  dist  que,  desemparer  la  place,  estoil 
ouvrir  le  chemin  de  seureté  aux  ennemys  et  cloure  le 
pas  de  retrecte  a  leurs  secours;  par  quoy,  n'estoit 
d'oppinion  d'abbandonner  le  fort  et  que,  de  sa  part, 
plus  tost  y  demeureroit  seul  aux  perilz  de  fortune  que, 
ung  seul  pas,  reculler  en  seureté  reprochable.  Et,  ce 
dit,  plus  question  ne  fut  de  retraicte. 

Apres  ce,  furent  nouvelles  que  le  seigneur  d'Allègre, 
avecques  ses  gens  d'armes,  approchoit  la  Lombardye, 
dont  fut  advisé  que  le  conte  de  Ligny  yroit  au  devant  ; 
lequel,  sans  avoir  doubte  des  embusches  de  l'armée 
du  seigneur  Ludovic,  avecques  soixante  chevaulx  sail- 
lit de  Novarre  et  prist  le  chemin  du  Cazal,  qui  est 
une  ville*  du  marquissat  de  Montferrat ,  sur  la  voye 

1 .  Et  même  la  capitale. 


180  CllKOMQUES  DE   LOUIS  XII.  [Févr.  InOO 

par  ou  devoit  passer  le  seigneur  d' Allègre  avecques 
ses  gens.  Sitost  qu'il  fut  en  la  ville ,  il  sceut  que  le 
seigneur  d'Allègre  marchoit  ;  et  affui  que  pour  l'em- 
pesche  de  la  rivière  du  Pau,  que  passer  failloit  a  l'ar- 
mée, elle  ne  fust  en  demeure,  avecques  bateaux 
atachez  l'ung  a  l'autre,  bien  foncez  et  ancrez  au  fons 
de  l'eau,  fist  le  conte  de  Ligny  ponter  icelle  rivière, 
qui  moult  estoit  large  et  profunde,  et  fist  le  passage 
tant  accessible,  que  gens  d'armes  a  cheval  et  le  cliar- 
roy  de  l'artillerie  y  povoit  passer  ausi  seurement  que 
par  ung  chemin  errant. 

XVI. 

Du  RETOUR  DE  l' ARMÉE  QUI  ESTOIT  ALLÉ  A  FOURLY. 

L'armée  que  conduisoit  le  seigneur  d'Allègre  s'es- 
toit,  comme  est  escript,  mise  au  retour,  pour  venir 
la  duché  de  Millan  secourir,  laquelle  prinst  son  adresse 
vers  Boulloigne  la  Grasse,  qui  est  une  ville  moult 
grande,  forte  et  bien  peuplée*;  et,  sachant  icelle  la 
venue  des  Françoys,  devant  le  povoir  desquelz  les 
fortes  places  des  Italles  n'avoyent  eu  tenue,  a  leur  veue 
volut  mectre  sa  force  en  place  et,  pour  monstrer  de 
quoy,  plus  de  cent  mille  hommes  devant  et  dedans 
ladicte  ville  furent  a  la  venue  desdits  Françoys  mis 
en  armes.  A  l'approcher,  voyans  gens  d'armes  fran- 
çoys si  grande  puissance  tenir  arroy,  sur  ce  ne 
sceurent  que  pencer,  si  n'est  que  pour  le  seigneur 
Ludovic  contre  eulx  voulsissent  garder  le  passaige, 

1.  Cf.  Toncluzzi  et  Minacci,  Historié  di  Faenza,  p.  551. 


Fevr.  1500]  DU  RETOUR  DE  L'ARMEE.  1,^1 

OU  que,  pour  doubte  de  pillage  ou  d'autre  force,  se 
fussent  ainsi  iceulx  Boullonnoys  armez.  Toutesfoys, 
sachans  que  par  la  falloit  passer,  hommes  d'armes 
prindrent  leurs  armetz  et  misrent  la  lance  sur  la  cuisse, 
cannonnyers  chargèrent  artillerye,  Allemans  hacque- 
butes  et  picques  apresterent  et  Gascons  bandèrent 
arbalestcs;  somme,  chascun  se  disposa  au  combat,  si 
besoing  en  estoit,  et,  en  bataille,  l'armée,  tout  le  long 
des  murailles  et  devant  les  portes  de  la  ville,  marcha 
ausi  fièrement  que  si  de  cincquantc  mille  hommes 
heust  esté  rainforcée  ;  et,  entre  tous  les  gens  d'armes 
françoys,  avoit  ung  esdit  que,  si  une  pièce  d'artillerye 
ou  ung  homme  seul  par  inconveniant  estre  arresté, 
que  chascun  s'arrestoit  jusques  a  ce  que  tout  fust  a 
point,  et  ainsi  par  desordre  riens  ne  se  perdoit. 

C'estoit  chose  bien  estrange  de  veoir  d'une  seulle 
ville  yssir  tante  puissance.  Tout  le  dessus  des  murailles 
estoit  couvert  de  testes  armées,  devant  chascune  des 
portes,  dont  il  y  en  avoit  huyt  ou  dix  :  plus  de  qua- 
rante '  quatre  mille  hommes  armez  estoyent  et,  tout 
le  long  des  rues,  par  la  veue  des  portes  qui  a  demy 
estoyent  entre  ouvertes .  n'apparoissoit  que  gens 
d'armes,  qui,  a  la  passée,  sans  faire  nul  semblant  d'em- 
pescher  l'armée,  cryoyent  :  France,  France.  Autre 
ennuy  ne  donneret  aux  Françoys.  Mais,  voyans  le  peu 
de  nombre  d'iceulx  au  regard  de  leur  povoir,  disoyent 
l'ung  a  l'autre  que,  a  celuy  jour,  acqueroyent  les  Italles 
le  plus  grant  reproche  de  lascheté  que  fist  oncques 
région  et  que   cestoit  grant  honte  a  tout  le  pays 


1.  Le  texte  original  porte  «  q.  quatre.  »  Le  texte  du  ms.  i~b^-2 
porte  seulement  quatre,  ce  qui  parait,  en  effet,  plus  probable. 


I8-?  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

d'Ylallye  lesser  a  si  peu  deFrançoys  charroyer  le  curre 
triumphal,  dont  furent  jadis  les  chevaliers  romains, 
sur  tous  autres  héritiers,  et  possesseurs  ;  que  le  pusil- 
lanime vouloir  des  Ytalliens  modernes  lessoit  bien 
estaindre  et  anyentir  la  glorieuse  renommée  des  pre- 
teritz  triumphateurs  de  Romme,  avec  plusieurs  autres 
parolles  envyeuses  du  loz  françoys;  lesserent  ainsi 
passer  l'armée,  laquelle  se  mist  en  voye  vers  la  duché 
de  Ferrare,  ou  bien  pencoit  trouver  l'ost  du  seigneur 
Ludovic,  qui  la  seur^  du  duc  de  Ferrare  avoit  esposée. 
Toutesfoys  autre  rancontre  n'y  trouva,  fors  de  deux 
cens  estradiotz  et  quelque  nombre  de  gens  de  pié, 
qui  luy  voulurent  empescher  la  voye  et  charger  sur 
l'arriére  garde  :  mais  tant  a  prouffit  rechargez  furent 
que  plus  de  vingt  Albanoys  demeurèrent  sur  le  champ, 
et  a  coups  de  trect  plusieurs  de  leurs  chevaulx  furent 
tuhez;  les  autres  gaygnerent  a  fuir.  Sur  l'enfenterie 
fut  faict  tel  chapliz  que  plus  de  deux  cens  passèrent 
par  la  pointe  de  l'espée.  Et  pensoit  on  que  le  duc  de 
Ferrare  eust  faict  faire  l'escarmouche;  toutesfoys,  il 
desavoua  le  faict  ;  dont  occasion  n'eurent  les  Françoys 
luy  courir,  mais  |)rindrent  le  chemin  de  Parme  et  de 
Plaisance,  lesquelles  receurent  l'armée  sans  contredit. 
Apres,  fut  faict  le  logis  a  une  petite  ville  nommée 
l'Estradelle^.  Et,  au  desloger,  heurent  les  Françoys 
sur  les  champs  quatre  cens  estradiotz  en  barbe,  qui, 
de  la  longueur  d'une  picque,  l'arriére  garde  et  les 
helles  de  la  bataille  souvant  approchoyent,  mais  aux 
lances  baisser  tournoycnt  le  doz  et,  des  ce  qu'on  mar- 


i.  La  fille  du  duc  de  Ferrare,  Béatrix  d'Esté. 
2.  Stradella. 


Févr.  1500]  DU  RETOUR  DE  L'ARMÉE.  183 

choit,  de  rechief  revenoyent  et  ainsi  conduisirent  l'ar- 
mée de  la  jusques  a  ung  pont,  ung  mille  près  d'une 
ville,  nommée  Voguere,  en  la  duché  de  Millan.  Et, 
pour  le  danger  des  embusches,  aux  gens  d'armes 
avoyent  les  capitaines  deffendu  que,  pour  suyvre  ceulx 
estradiotz,  homme  ne  prist  l'escart.  Et,  ainsi  que  les 
Françoys  passoyent  celuy  pont  a  la  fille,  sur  les  der- 
reniers  voulurent  charger  estradiotz  et  empescher  le 
pas.  La  fut  ung  jeune  gendarme,  nommé  Chavanes, 
guydon  de  la  compignye  du  seigneur  de  Ghampdée; 
et,  voyant  l'ennuyeux  passetemps  de  ses  coureurs, 
avecques  vingt  hommes  d'armes  se  vint  mesler  entre 
eulx  si  rudement  que  dix  de  ses  Albanoys  furent  par 
terre  emportez  en  l'heure,  que  jamais  plus  n'en  rele- 
vèrent ;  les  autres,  voyans  que  pour  eulx  peu  de  gaing 
avoit  la,  se  misrent  au  retour.  Droict  a  Voguere  prinst 
l'armée  son  chemin  et  ne  voulurent  la  gensdarmes 
arrester;  mais  a  troys  mille  oultre  furent  loger. 

Le  lendemain,  devant  Tourtonne,  entre  six  et  sept 
heures  du  matin,  fut  l'arme  en  arrest  ;  car  les  gens  de 
la  ville  avoyent  fermées  les  portes  et  ne  vouloyent  a 
riulz  donner  entrée.  Le  seigneur  de  Ghampdée,  qui 
lors  estoit  de  l'avan  garde,  voyant  qu'il  n'estoit  heure 
d'actente,  après  plusieurs  refuz,  commanda  que  chas- 
cun  fist  effort  de  gaigner  le  logis.  Et,  tost  en  l'heure, 
halbardes,  haches,  picques  et  coignées  furent  mises 
en  besoigne,  tellement  que  chaynes  furent  coppées, 
pons  abbatus,  portes  et  murailles  rompues  et  faite 
ouverture,  si  ample  que  a  tous  venans  fut  commun 
le  passaige. 


184  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

XVII. 

Comment  Tourtonne  fut  pillée  par  les  Francoys. 

Les  pouvres  gens  d'armes,  qui  moult  long  temps 
parmy  les  dangiers  de  la  guerre  sans  riens  prendre 
avoyent  estez  a  la  chace,  voyans  leur  gibier  pour  l'heure 
en  pays  raisonnable,  deslongerent,  et  comme  ceulx 
qui  d'appétit  délibéré  vouloyent  repaistre,  donnèrent 
vivement  sur  la  proye,  et  la  prindrent  une  si  chaulde 
queurée  que  c'estoit  assez  pour  remectre  sus  les  plus 
rebutez.  Que  fut  ce,  si  n'est  que  a  l'entrée  de  la  cyté, 
les  Lombars,  qui  premiers  furent  la  trouvez  en  armes, 
par  les  piétons  furent  atournez,  en  manière  que  telle 
frayeur  donnèrent  au  surplus,  que  hommes  et  femmes 
et  petis  enfans,  cuydans  que  tout  fust  au  povoir  du 
glayve  habbandonné,  maisons  et  biens  a  la  mercy  de 
leurs  ennemys  lesserent  et,  pour  la  seureté  de  leurs 
vyes,  prindrent  les  églises.  Toutesfoys,  par  les  capi- 
taines de  l'armée  furent  le  feu  et  le  sang  deffenduz, 
mais  la  voye  du  pillage  aux  pellerins  de  Mars  amplif- 
fyée.  Quoy  plus,  les  portes  clozes  des  maisons  furent 
froissées,  coffres  brisez,  bouticques  ouvertes,  aumaires 
et  escrins  emcherchez,  caves  et  posternes  visitées  et, 
en  somme,  tous  les  lieux  segretz,  ou  chose  de  value 
se  pouvoit  musser,  desnuez  et  descouvers,  et  la  les 
Allemans  et  Gascons  et  autres  gens  de  pié,  (jui  des 
premiers  estoyent  entrez,  fourrèrent  leurs  mitaines. 
Chascun  y  fist  tel  devoir  que,  dedans  la  ville,  chose 
de  prise  qui  trouver  se  peust  ne  demeura,  si  n'est  se 
qui  ne  se  peut  emporter,  voire  et  tel  marché  y  avoit 


Févr.  1500J       COMMENT  TOCRTONM':  I  TT  PILLEE.  185 

de  metridal*  que  a  souhet  y  peurent  triacleurs-  faire 
leurs  besoignes. 

Apres  que  le  butin  fut  mys  en  place ,  nouvelles 
furent  que  le  seigneur  Ludovic  devoit,  la  nuit  ensuy- 
vant,  entrer  dedans  Alixandrie  ;  dont  convint  aux 
Françoys  desloger  et  tirer  celle  part.  Le  seigneur 
d'Allègre,  avecques  bonne  garde,  transmist  en  Ast  le 
butin  de  Tourtonne,  pour  le  faire  vendre,  et,  a  temps, 
le  départir  a  la  main^  commune. 

Plusieurs  de  ceulx  ([ui  au  pillage  avoyent  faict  leur 
pacquet,  voyans  qu'ilz  avoyent  leur  charge,  comme 
ceulx  qui  au  parcial  proffit  plus  entendent  que  au  deu 
acquipt  de  loyal  service,  lesserent  l'armée  et  segrete- 
ment  se  retirèrent. 

De  Tourtonne  prist  l'armée  son  chemin  vers  Alixan- 
drie, ou  troys  mille  près  de  la  fut  a  loger  celle  nuyt*. 
Et,  le  lendemain,  gens  d'armes  tant  matin  deslogerent 
que,  a  l'aube  du  jour,  furent  devant  les  portes  de  la 
ville,  lesquelles  furent  ouvertes;  et,  sans  autre  con- 
traire, entrèrent  dedans.  Et,  voyans  que  la  n'estoitde 
la  venue  du  seigneur  Ludovic  nouvelles,  après  avoir 
faicte  une  repue,  deslogerent  et  tirèrent  droict  au 
Cazal,  ou  estoit  le  conte  de  Ligny,  lequel  avoit  faict 
ponter  la  rivière  du  Pau,  pour  passer  l'armée. 

1.  Métridat,  électuaire,  à  base  d'opium,  inventé,  disait-on,  par 
Mithridate.  Dans  un  sens  plus  large,  on  appelait  métridat  ou 
tiriacle  les  électuaires  en  général. 

2.  Triacleurs,  expression  dédaigneuse  pour  désigner  les  apothi- 
caires peu  consciencieux,  marchands  de  tîriacles,  de  drogues, 
d'orviétan... 

3.  En  distribuer  le  prix,  de  manière  à- être  tous  à  butin,  confor- 
mément aux  règlements  militaires. 

'i.  Dans  la  plaine  de  Marengo. 


186  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

Lorsque  gens  d'armes  et  artillerye  furent  arivez  au 
Gazai,  chascun  prist  logis  ;  et,  a  la  venue,  grantchierre 
se  firent  le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur  d'Allègre, 
tous  les  autres  capitaines  et  gens  d'armes,  qui,  deux 
jours  durans,  la  tous  ensemble  séjournèrent,  parlans 
de  r affaire  de  la  guerre  et  de  Ludovic,  qui  estoit  a 
Vigeve  avecques  grosse  armée. 

Le  tresiesme  jour  du  moys  de  feuvrier,  le  conte  de 
Ligny  et  le  seigneur  d'Allègre  avecques  leurs  gens 
d'armes  sortirent  du  Cazal  et  droict  a  Morterre  se 
acheminèrent. 

Le  seigneur  Jehan  Jacques,  qui  estoit  demeuré  a 
Novarre  avecques  troys  cens  hommes  d'armes,  après 
que  le  conte  de  Ligny  fut  party  pour  aller  au  Cazal, 
dedans  Novarre  lessa  garnison  et,  avecques  le  surplus 
de  ses  gens,  dedans  une  autre  ville  de  la  duché  de 
Millan ,  nommée  Pallestre  ^ ,  s'en  alla  ;  en  laquelle 
demeura  jucques  a  ce  que  de  la  venue  du  seigneur 
d' Allègre  et  de  son  armée  sceust  nouvelles. 

Entre  le  Cazal  et  Morterre  estoient  le  conte  de 
Ligny  et  le  seigneur  d'Allègre,  a  tout  leurs  gens  ;  et, 
sitost  que  le  seigneur  Jehan  Jacques  sceut  leur 
aproche,  avecques  ce  qu'il  avoit  de  genz  marcha  au 
devant,  a  dix  mille  près  de  Morterre  s'assemblèrent, 
dont,  a  ceste  venue,  entre  les  ungs  et  les  autres,  heust 
joyeuse  feste.  Ensemble  marchèrent  vers  le  logis,  sans 
avoir  doubte  de  l'effort  du  seigneur  Ludovic,  sept  cens 
hommes  d'armes  et  troys  mille  piétons,  de  tel  arroy 
que  bien  leur  sembloit  sans  arrest  devoir  passer  par 
toutes  les  Ytalles. 

1.  Palestro,  près  de  Verceil,  à  proximité  de  Mortara. 


Févr.  1500]     COMMENT  LES  FRANCOYS  COURURENT.  187 

XVIII. 

Comment  les  Francoys  coururent  devant  Vigeve, 

EN  laquelle  ESTOIT  LE  SEIGNEUR  LUDOVIC  AVECQUES 
SON   ARMÉE. 

Apres  que  l'armée  des  Francoys  fut  a  Morterre, 
celle  nuyt,  conclurent  les  capitaines  que,  le  lendemain 
au  matin,  xiiu""^  jour  de  feuvrier,  pour  veoir  la  con- 
tenance des  gens  d'armes  du  seigneur  Ludovic,  qui 
estoient  a  Vigeve,  coureurs  seroyent  devant  envoyez 
pour  y  donner  quelque  allarme;  dont,  au  point  du 
jour,  furent  quatre  cens  homes  d'armes  a  cheval  et 
mys  en  voye.  Pour  iceulx  conduyre,  furent  ordonnez 
le  conte  de  Misoc,  le  seigneur  d'AlIegre,  Louys  d'Ars, 
Aulbert  de  Rousset,  Chastellart  et  le  capitaine  Fon- 
tralles.  Et,  eulx  estans  aux  champs,  avisèrent  que, 
pour  la  descuevre  du  pays,  seroit  bon  quelques  avan 
coureurs  mectre  en  chemin  :  et  heurent  la  charge  de 
ce  deux  gentishommes ,  nommés  le  Petit  Seigneur  \ 
guydon  de  la  compaignye  du  duc  de  Vallentinoys,  et 
Anthoine  de  Chavanes,  guydon  de  la  compaignye  du 
seigneur  de  Ghampdé  ;  lesquelz ,  avecques  soixante 
chevaulx,  vers  Vigeve  s'adressèrent  et  tant  s'avancèrent 
que,  en  moings  d'une  heure,  de  plus  de  troys  mille  de 
pays  esloignerent  leur  bataille.  Entre  laquelle  et  eulx, 
estoit  le  capitaine  Fontrailles,  avecques  quarante 
hommes  d'armes,  qui,  a  demy  mille  près  d'iceulx,  le 

1.  Jacques  du  Rival,  dit  le  Petit-Seigneur,  sommelier  d'échan- 
sonnerie  du  Commun  du  duc  d'Orléans  en  1498  (Compte  des  wùe5 
à  pension,  ms.  fr.  2927,  fol.  27  et  s.). 


188  CHHUMQUES  DE  LOUIS  XII.  [Févr.  15(1(1 

grant  tropt  marchoit  sur  queiihe,  affin  que,  si  d'avan- 
ture  estoient  reboutez,  au  besoing  de  rainfort  leur  ser- 
vist.  Tant  se  hasterent  iceulx  avan  coureurs  que,  hors 
de  la  veue  de  leur  suyte,  a  deux  mille  près  de  Vigevc 
se  trouvèrent  et  la  heurent  en  barbe  le  conte  Main- 
froy^,  qui  du  guect  de  Tarmée  du  seigneur  Ludovic 
avoit  ce  jour  la  charge,  et  estoit  de  six  vings  chevaulx 
accompaigné  ;  et  voyant  celuy  Mainf'roy  le  peu  de 
nombre  de  Françoys  qui  contre  luy  marchoyent,  ne 
en  heut  extime  de  tant  que  ses  gens  daignast  mectre 
en  ordre,  disant  que  pour  ceulx  n'estoit  mestier  tenir 
autre  arroy.  Mais,  desdaigner  ses  ennemys,  qui  plu- 
sieurs déçoit,  a  son  desavantage  luy  aprist  pour  une 
autre  foys  ung  tour  de  vielle  guerre;  car,  voyans  les 
avan  coureurs  françoys  le  desordre  de  leurs  ennemys 
et  qu'il  estoit  heure  d'assembler,  couchèrent  lances  et 
donnèrent  des  espérons,  si  \ivement  que  tous  a  la  foys 
chargèrent  sur  le  guect.  Au  raincontrer,  fut  le  conte 
Mainfroy  mys  par  terre,  avecques  plusieurs  des  siens, 
ainsi  fut  pris  et  quelques  autres  bons  prisonniers.  Du 
surplus,  les  ungs  furent  tuhez  et  les  autres  chacez 
jucques  devant  les  portes  de  Vigeve.  Ainsi  que  se  hutin 
duroit,  le  capitaine  Fontrailles,  avecques  ses  quarante 
hommes  d'armes,  s'en  vint  aux  avant  coureurs  assem- 
bler et  derechief  recomancer  la  meslée. 

Voyans  les  capitaines  de  l'armée  du  seigneur  Ludo- 
vic que  a  rainfort  venoyent  les  Françoys,  troys  mille 
chevaulx   legiers  misrent  aux  champs  qui  tost  aux 


i.  Indication  un  peu  vague.  Il  ne  s'agit  assurément  pas  d'un 
Manfredi,  de  Faenza.  Peut-être  est-ce  le  comte  Manlredo  Lande, 
chef  du  parti  gibelin  et  des  partisans  de  Ludovic  à  Plaisance. 


Févr.  1500]     COMMENT  LES  FllANCOYS  COURURENT.  189 

nostres  adressèrent.  Et,  ainsi  que  escarmouche  de 
tous  costez  se  lievoit,  les  quatre  cens  hommes  d'armes, 
qui  au  derrière  tenoyent  bataille,  survindrent  et  pas- 
sèrent ung  petit  pont,  a  demy  mille  près  de  la  ville, 
marchant  vers  ou  estoit  le  bruyt.  Le  seigneur  Ludovic, 
voyant  gens  d'armes  françoys  a  grant  nombre  tant 
aprocher,  pencent  que  la  ville  voulussent  assiéger, 
jucquez  a  une  des  portes  de  l'autre  lez  de  la  ville  se 
retira,  disant  qu'il  valloit  myeulx  retourner  a  Pavye 
jucques  le  tout  de  son  secours  fust  venu.  Messire 
Galeas  et  ses  autres  capitaines,  voyans  que  le  seigneur 
Ludovic  n'estoit  asseuré  et  que  d'habbandonner  la 
ville  tenoit  propos,  luy  remonstrerent  que  les  Fran- 
çoys n'estoyent  la  venus  que  par  une  manière  de 
course  et  que,  pour  mectre  siège,  n'avoyent  artillerye 
ne  gens  de  pie  ;  dont  n'estoit  besoing  de  soy  retirer  : 
ainsi  fut  le  propos  de  son  esloing  remys  en  demeure. 
Dedans  la  ville  de  Vigeve,  entre  les  Françoys  et  estra- 
diotz  de  plus  en  plus  fort  se  recommançoit  l'escar- 
mouche; car  dix  a  dix,  vingt  a  vingt,  par  escoadres, 
d'ung  costé  et  d'autre,  sortoyent  en  place.  Parmy  les 
compaignyes  de  France,  avoit  aucuns  estradiotz,  les- 
quelz,  avecques  grant  nombre  de  Françoys  armez  a 
l'aise,  souvant  assemblèrent  les  Albanoys  du  seigneur 
Ludovic.  A  la  foys  estoyent  Françoys  reboutez,  etpuys 
estradiotz  Mauryens  si  tost  rechassez  que,  pour  leur 
mieux,  estoit  heure  de  monstrer  la  vitesse  de  leurs 
chevaulx.  Entre  les  deux  partiz  estoit  ung  assez  large 
fossé,  mais  si  peu  profond  que,  sans  autre  empesche- 
ment,  de  legier  se  povoit  passer  sur  le  bort;  duquel, 
tout  ce  jour,  main  a  main  fut  combatu  et,  plus  de 
quatre  foys,  gaigné  par  les  Albanoys  du  seigneur  Ludo- 


190  CHRONIQUES  DE   LOUIS  XII.  [Févr.  1500 

vie  et  par  les  Françoys  regaigné  ;  et  ne  fut  sans  que, 
d'ung  costé  et  d'autre,  aux  seures  enseignes  de  la 
guerre  plusieurs  ne  fussent  cognuz. 

La  pluspart  des  hommes  d'armes  françoys  tenoyent 
bataille  sans  marcher,  par  quelque  affaire  que  leurs 
gens  heussent,  pencent  que,  si  les  Allemans  qui  estoient 
dedans  la  ville  fasoyent  saillye,  que  tout  a  temps  pour- 
roient  estre  au  combat,  et  ausi  que,  au  besoing  néces- 
saire, espargne  est  de  saison.  Touteffoys,  de  la  ville 
ne  saillirent  aucuns  gens  de  pié. 

Tousjours  duroit  l'escarmouche  devant  Vigeve  et 
souvant  alloyent  les  estradiotz  du  seigneur  Ludovic 
jucquez  près  de  ceulx  qui  ensemble  tenoyent  bataille; 
mais,  aux  lances  baisser,  a  coup  souldain  tournoyent 
bride  iceulx  estradiotz,  et  si  vistement  se  retiroyent 
que  de  les  actendre  n'estoit  nouvelles;  par  quoy  peu 
d'ennuy  leur  povoit  on  faire;  toutesfoys,  ceulx  qui 
tant  près  approchoyent  que  on  les  povoit  chocquer, 
estoyent  asseurez  de  aller  par  terre,  au  dangier  de 
plus  ne  relever.  Je  ne  veux  plus  agrandir  ce  compte, 
ne  descouvrir  les  œuvres  qui,  a  l'imaginer  de  ceulx 
({ui  a  telz  affaires  se  sont  trouvez,  sont  clerement 
ampliffyées  :  mainctes  lances  rompues,  courses,  saillyes 
et  combatz  dignes  de  loz  furent  illecques;  car,  sans 
autre  œuvre  mectre  a  effect,  tout  ce  jour  dura  l'es- 
carmouche. Sur  le  vespre,  estradiotz  se  retiroient  a 
Yigeve,  desaccompaignez  du  conte  Mainfroy  et  de  plu- 
sieurs leurs  consors.  Les  Françoys,  avecques  peu  de 
perte  et  grant  butin,  tout  le  pas  prindrent  le  retour 
de  Morterre. 

En  celuy  mesme  jour,  au  baillif  de  Disjon  lurent 
nouvelles  du  Roy,  pour  aller  en  Suyce  faire  amastz  de 


Févr.  1500]     COMMENT  LES  FRANCOYS  COURURENT.  191 

quatorze  ou  quinze  mille  souldartz^,  pour  rainforcer 
son  armée.  Lequel,  sans  autre  demeure,  se  mist  a 
chemin  et  tant  mist  la  chose  en  avant  que,  bientost 
après  le  mandement  royal,  exécuta  la  teneur  d'iceluy, 
et  heut  le  nombre  accomply  prest  de  partir,  sitost  que 
premier  payement^  auroient  récent 

Les  Françoys  (qui  estoient  a  Novarre,  en  actendant 
le  sh^e  de  la  Trimoille  et  son  armée  et  le  baillif  de 
Disjon,  qui  au  pays  des  Ligues  estoit  allé  quérir  rain- 
fort),  huyt  ou  dix  jours  durans,  ne  firent  que  saillies 
et  courses  et,  a  toutes  foys,  Albanoys,  Lombars  et 
Romains  se  trouvoyent  au  champs  ;  tant  que  les  four- 
rageùrs  de  Morterre  n'osoyent  sans  bonne  garde  sor- 
tir ung  mille  de  la  garnison,  car  ja  plusieurs  y  estoient 
demeurez.  Ainsi  failloit  que  gens  d'armes  françoys  a 
toute  heure  fussent  a  cheval. 

Durant  ce,  vindrent  au  secours  du  seigneur  Ludo- 
vic quatre  cens  hommes  d'armes  bourguignons,  que 
conduisoyent  Louys  de  Vauldray^,  Alvarade^,  Jannot 
des  Prés^  et  ung  nommé  Le  Gousturier,  avecques  plus 

1.  V.  ci-dessus  p.  143,  note  1. 

2.  Un  acompte  :  ils  ne  touchèrent  leur  entrée  en  campagne 
qu'à  Verceil,  au  moment  de  pénétrer  en  Milanais  (voy.  ci-après, 
p.  228). 

3.  Ant.  de  Bessey,  comme  on  le  verra  plus  loin,  aussitôt  sa 
mission  accomplie,  revint  à  l'armée  où  le  succès  de  ses  démarches 
lui  fit  grand  honneur  ;  il  y  joua,  dès  lors,  un  rôle  important. 

4.  Louis  de  Vaudray,  capitaine  de  la  garde  de  Maximilien,  dit 
Louis  le  Beau. 

5.  Alvarade,  aventurier  espagnol,  que  nous  retrouvons  plus  tard 
à  la  bataille  de  Ravenne,  où  il  périt. 

6.  Ce  nom  est  fréquent  dans  les  domaines  de  Tarchiduc.  Il 
a  été  notamment  porté  par  Jean  des  Preis,  dit  d'Outremeuse, 
auteur  du  Myreur  des  histors.  En  1500,  il  y  avait  en  Bretagne  un 


192  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Févr.  l.JOD 

de  dix  mille  Allemans  et  lancequenetz,  lesquelz  sans 
séjour  esloyent  par  pays. 

Le  xv"""  jour  de  feuvrier,  le  lieutenant  du  seigneur 
do  Ghampdée,  nommé  Ghastellart,  avecques  cincquante 
hommes  d'armes,  l'ut  aux  champs  conduyre  les  four- 
l'ageui's  de  Morterre,  jucques  a  cinc  mille  loings  sur  le 
chemin  de  Yigeve,  dont  estoyent  ce  jour  sortiz  mes- 
sire  Bernardin  Garaiche^,  capitaine  des  Albanoys  du 
seigneur  Ludovic,  messire  Gyerve,  romain  Goullon- 
noys^,  et  le  frère ^  du  marquis  de  Mante,  acompai- 
gnez  de  quatre  cens  chevaulx;  lesquelz  raincontra  en 
plaine  champaigne,  en  bon  ordre  et  fyere  marche, 
mais,  pour  ce,  ne  resta  que  a  ceulx  n'en  voulust,  et, 
sitost  que  d'assez  les  approcha ,  luy  et  les  siens ,  a 
course  de  cheval  et  pointe  de  lance,  leur  firent  pour 
entendre  que  guerre  despiteuse  a  voit  entre  eulx  mor- 
telz  deffiz  publyez  ;  car  tant  rudement  leur  coururent 
que.  au  rancontrer  des  lances,  plusieurs  d'iceulx 
allèrent  par  terre.  Le  capitaine  Bernardin  et  ses  Estra- 
diotz,  voyans  leurs  Jacques  embourrez  en  danger 
d'estre  percez,  n'actendirent  le  choc,  mais  tout  a  temps 
se  retirèrent.  Le  frère  du  marquis  de  Mante,  doubtant 

Jean  des  Prez,  (ils  de  Pierre  ou  Perrot  des  Prez,  dont  le  Cls  s'ap- 
pelait Jean  également, 

1.  Ce  capitaine  est  appelé  aussi  Jean-Bernardin  Cazaiche. 

2.  Don  Prospero  Colonna,  duc  de  Traetta,  comte  de  Fondi, 
frère  du  cardinal  Jean  Colonna,  mort  en  1523.  Il  avait  été  désigné 
en  ]^99  pour  commander  les  troupes  que  le  roi  de  Naples  devait 
envoyer  au  secours  de  Ludovic. 

3.  Jean  Gonzaga,  marquis  de  Vescovato,  frère  cadet  du  mar- 
quis de  Mantoue,  né  en  lAl'i.  Il  avait  donc  vingt-six  ans.  Il  avait 
épousé,  en  1493,  Laura  Bentivoglio  de  Bologne;  il  mourut  le 
23  septembre  1525,  sans  enfants  légitimes  (A.  Ferraris,  Histoire 
généalo'jique  de  la  maison  impériale  et  royale  de  Gonzaga,  etc.). 


Fév.  1500]       COMMENT  LES  FRANÇOYS  COURURENT.  193 

que  de  plus  luy  mesadviiit,  ne  fist  illecques  long  séjour 
et,  voyant  messire  Bernardin  Caraiche  a  la  retrete, 
se  tinst  a  son  oppinion,  et,  sans  plus,  se  mist  a  che- 
min vers  Vigeve,  lessant  le  débat  aux  Françoys  et  aux 
Romains,  qui  moult  longtemps  se  combatirent,  et, 
comme  ceulx  qui  de  longue  main ,  entre  eulx ,  ont 
pour  le  triumphe  millitaire  cruente  guerre  emcomman- 
cée ,  firent,  les  ungs  contre  les  aultres,  telz  effors 
d'armes  que  povoir  savoit  porter.  Et  volut  la  bien 
monstrer  messire  Gyervc  que  de  la  chevaleureuse  gent 
romaine  estoit  issu  :  car  tant  vigoureusement  se  def- 
fendit  que,  plus  d'une  heure,  sans  riens  perdre  du 
sien,  soustint  le  hurt  du  combat  et,  voyant,  a  la  foys, 
par  la  force  des  Françoys,  ses  gens  espartiz  et  des- 
royez,  tant  a  point  les  mist  en  ordre  et  ralya,  et,  de 
luy,  fasoit  d'armes  ce  que  preux  chevallier  povoit  faire. 
Apres  que,  d'une  part  et  d'autre,  sans  savoir  qui 
avoit  du  myeux,  longuement  heut  duré  l'escarmouche, 
doublant  le  seigneur  de  Ghastellart  que  de  rainfort  de 
Bourgoignons  ou  AUemans  luy  et  les  siens  ne  fussent 
ennuyez  et  voyant  que,  sans  donner  a  droict,  n'au- 
royent  part  a  ce  butin,  dist  a  ses  gens  d'armes  : 
«  Qu'est  cecy,  Françoys?  trouverons  huy  en  cest 
affaire  moyen  advantageux  ;  puisque,  a  si  grant  labeur, 
l'avons  encommancé  et  a  tant  dur  travail  poursuyvy, 
reste  a  toute  peine  a  fin  honorable  le  reduyre  :  ce  que 
ferons,  si  par  ordre,  dilligence  et  vertus  mectons  main 
a  la  besoigne  ;  donnons  doncques  au  travers  et  a  droict 
et  que  homme  a  la  peine  de  honteux  vitupère  encou- 
rir ne  se  faigne  !  »  A  chief  de  ses  parolles,  les  Françoys, 
comme  lyons  affamez,  de  rechief  tous  ensemble 
avecques  leurs  ennemys  se  meslerent  ;  et,  a  celle  foys, 
I  13 


194  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Fév.  1500 

fut  messire  Cyerve  mys  par  terre  et  pluspart  de  ses 
gens  desfaictz.  Ainsi  tut  priz  et  enmené  avecques  qua- 
rante hommes  des  siens;  aucuns  des  autres  se  sau- 
vèrent a  fuyr  et  les  autres  demeurèrent  sur  le  champ. 
Apres  celle  deffaicte,  les  Françoys,  avecques  leur 
prise,  a  Morterre  se  retirèrent. 

Le  Roy,  qui  lors  estoit  a  Bloiz,  de  jour  en  jour  avoit 
la  poste,  et  a  toute  heure  lectres  en  main  et  nouvelles 
de  tout  ce  que  delà  les  monts  se  fasoit;  et,  la,  fut 
averty  comment  les  gens  d'armes  qui  estoyent  allez  a 
Fourly,  pour  le  duc  de  Vallentinoys,  et  ceulx  qui  en 
la  duché  de  Millan  estoyent  demeurez  s'estoyent  ras- 
semblez, et  des  courses  et  saillyes  qu'ilz  fasoyent  tous 
les  jours  sur  l'armée  du  seigneur  Ludovic.  Et,  pour 
faire  payer  troys  mille  cinc  cens  Suyces,  de  ceulx  qui 
de  Fourly  estoyent  retournez  a  Morterre,  transmist  en 
poste  ung  nommé  Françoys  Doulcet^  contrerolleur 
des  guerres  extraordinaires. 

1.  J.  d'Auton  répète  plus  loin  un  noramé  Doulcel  avec  une 
nuance  de  dédain.  Ancien  contrôleur  de  la  maison  du  duc  d'Or- 
léans (en  1486,  il  cautionne,  en  cette  qualité,  Jacques  Doulcet, 
censi'er  de  Blois  ;  Biblioth.  de  Blois,  ras.  n°  1526  ;  ms.  Moreau  406, 
fol.  412),  devenu  maître  de  la  Chambre  aux  deniers,  commis  au 
paiement  des  officiers  domestiques  de  l'hôtel  et  de  l'extraordinaire 
des  guerres,  Uoulcet  était,  dans  ses  délicates  fonctions,  fort  sus- 
pect de  malversations;  il  en  fut  convaincu  par  la  suite.  Doulcet 
appartenait  à  une  famille  de  linanciers,  et,  en  lui  donnant  à  tort  le 
titre  de  contrôleur,  J.  d'Auton  parait  un  peu  le  confondre  avec  «  le 
contrôleur  Doulcet  :  »  Guillaume  Doulcet,  écuycr  de  cuisine  du 
duc  d'Orléans  en  1485,  puis  contrôleur  de  ses  finances,  devenu, 
sous  Louis  XII,  contrôleur  de  l'argenterie,  mourut  avec  cette 
qualité;  il  avait  épousé  Catherine  Aloyau  (Biblioth.  de  Blois, 
ms.  n°  1591).  Les  noms  de  ces  deux  Doulcet  se  retrouvent  dans 
un  grand  nombre  de  pièces  de  comptabilité.  On  a  confondu  à  tort 
le  second  avec  un  secrétaire  du  roi,  Guillaume  Doulco.  (Tit.  orig., 


Fév.  1500]     COMMENT  LES  FRANCO YS  COURURENT.  195 

Le  XVI™®  jour  de  feuvrier,  fut  a  Morterre  faicte  la 
montre  d'iceulx  Suyces  et  leur  volut  on  faire  paycmenl 
du  service  d'ung  moys  qui  leur  estoit  deu;  lesquelz 
tirent  de  leur  argent  refuz,  disant  que  paye  de  sixsep- 
maines  leur  estoit  en  reste;  et  tout  ce  faysoyent,  pen- 
cent  que  l'affaire  de  gens,  en  quoy  le  Roy  pour  l'heure 
setrouvoit,  prefburniroit  leur  entente.  Toutesfoys,  par 
ung  nommé  Courcou',  commissaire  de  gens  d'armes, 

Doulcet,  Doulcet  à  Paris;  Chartes  royales,  passim;  Procéd.  polit. 

du  régne  de  Louis  XII,  p.  1101,  868,  924, 1038, 1095 )  La  famille 

Doulcet  remontait  à  Jean  Doulcet,  maître  de  la  chambre  aux 
deniers  de  Charles  d'Orléans,  anobli  par  ce  prince  en  1454-55,  et 
qui  bâtit  ou  répara  le  château  de  Beauregard,  près  Blois,  avec 
l'appui  des  libéralités  du  prince  (Archives  du  Collège  héraldique, 
n°  1637).  Ce  Jean  Doulcet  fut,  lui-même,  convaincu  de  concus- 
sion, et  sa  veuve,  Marion,  subit  un  procès  prolongé  en  rembour- 
sement des  concussions  de  son  mari. 

1.  Ce  nom  bizarre  venait  de  Court-col,  ou  Courcoul,  sobriquet 
donné  à  Etienne  du  Plessis,  écuyer  d'écurie  de  Charles  d'Anjou 
en  1437.  Geoffroy  du  Plessis,  sans  doute  son  fils,  seigneur  de 
Tournan,  près  de  Bray-sur-Seine,  était  mort  en  1451.  Jean  du 
Plessis,  dit  Courcou,  dont  il  est  question  ici,  devint  maître  d'hô- 
tel de  Marie  de  Glèves,  mère  de  Louis  XU,  pendant  que  François 
du  Plessis  devenait  écuyer  tranchant  du  duc.  En  1469,  Jean  du 
Plessis  obtient  de  la  duchesse  pour  Ysabeau,  sa  mère,  une  grali- 
iication  de  35  écus  d'or;  en  1471,  il  avait  acheté  la  seigneurie 
(VOschamps,  au  comté  de  Blois,  et  obtenu  de  ne  payer  précisément 
que  35  écus  de  droit  de  quint  et  requint.  En  1475,  1476,  il  passa, 
comme  beaucoup  de  serviteurs  de  la  famille  d'Orléans,  au  service 
de  Louis  XI,  qui  le  nomma  conseiller,  maître  d'hôtel  et  vicomte  de 
Bayeux  ;  il  avait  commencé  par  exercer  les  simples  fonctions  de 
commis  à  la  vicomte  de  Bayeux.  Louis  XI  le  maria  brillamment; 
il  obligea  le  conseiller  au  parlement  Jean  Popincourt,  homme 
fort  distingué,  à  lui  donner  sa  fille  unique.  Courcou  paraît  avoir 
épousé,  en  secondes  noces.  Renée  de  TheUgny.  Il  devint  maître 
d'hôtel  et  homme  de  confiance  d'Anne  de  Bretagne  ;  en  1500, 1 501 , 
il  est  secrétaire  du  roi,  contrôleur  général  des  guerres.  En  1500, 
Louis  XII  l'envoie  en  ambassade  à  Florence.  Somme  toute,  c'était 


196  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Fév.  1500 

et  le  contrerolleur  Doulcct  leur  fut  dit  qu'ilz  ne  seroyent 
payez  que  pour  ung  mois  et  que  plus  n'avoyent  servy. 
Sur  ce,  dyrent  les  Suyces  que,  sans  ce  qu'il  deman- 
doyent,  de  prendre  party  estoyent  délibérez.  Lesdis 
commissaire  et  contrerolleur,  voyant  le  desraisonnable 
propos  de  ses  Suyces,  estans  sur  terme  de  eulx  en 
aller,  l'affaire  que  le  Roy  avoit  de  souldartz,  le  rain- 
fort  qu'ilz  pourroyent  donner  au  seigneur  Ludovic,  s'ilz 
prenoyent  son  party,  et  l'apetissement  du  nombre  de 
gens  dont  ilz  affoiblyroyent  l'armée  de  France,  d'autant 
qu'ilz  estoyent,  qui,  par  compte,  estoyent  troys  mille 
cinc  cens,  ne  sceurent  a  quel  remède  actacher  leur  pen- 
cée,  si  n'est  de  trouver  moyen  pour  adoulcir  la  chose  ; 
et,  pour  ce,  devers  les  capitaines  de  ses  Suyces  se  reti- 
rèrent et,  avecques  doulces  paroles  et  quelques  dons 
et  promesses  qu'ilz  leur  firent,  de  parler  a  iceulx  et 
les  arrester,  si  possible  estoit,  heurent  des  capitaines 
jurées  promesses. 

A  la  monstre,  fut  a  tous  faict  euffre  de  payement 
pour  ung  moys  et  a  ceulx  qui  s'en  vouldroyent  aller 
donner  sauf  conduyt;  et,  sur  ce,  heurent  conseil  tous 
ensemble.  Les  capitaines,  qui  avoyent  promysdebien 
faire  la  besoigne,  en  acquiptant  leur  promesse,  après 
diverses  opinions,  dirent  a  leurs  gens  :  «  Gompignons, 
on  peut  a  temps  faire  des  choses  tant  mal  ordonnées 
que  James  plus  ne  se  pevent  ramender.  Vous  povez 

un  aventurier  heureux;  mais  il  iinit  fort  mal.  On  verra  itlus  loin 
qu'il  fut  convaincu  de  concussion  comme  trésorier  des  guerres  et 
condamné  (Proccd.  poiit.  du  régne  do  Louis  XII,iKissim;  Tit.  orig., 
Du  Plessis,  nos  ig  et  suiv.,  Popincourt,  n^^  7,  8,  9).  Néanmoins, 
son  fils  Charles  fut  maître  d'hôtel  du  roi.  Sa  famille  prospéra.  11 
eut  pour  petit-fils  Roger  du  Plessis,  seigneur  de  Liancourt,  pre- 
mier duc  de  la  Roclie-Guyon. 


Fév,  1500]     COMMENT  LES  FRANÇOYS  COURURENT.  197 

veoir  que  ce  que  nous  dcbatons  choit  en  desraison  ; 
car  par  autant  n'avons  servy  que  de  salaire  deman- 
dons. Pour  ce,  premier  que  désemparer,  pençons  quel 
meilleur  party  pourons  choisir  que  celuy  du  Roy,  qui, 
par  noz  régions,  semme  l'argent  en  habbondance,  qui 
la  gent  de  noz  pays  tient  en  extime  tant  louée  que  a 
la  defïence  de  ses  terres  et  garde  de  son  corps,  sur 
toutes  autres,  a  esleue.  Considérons  ausi  que,  sans 
autre  achoison  et  a  besoing,  faire  un  tant  desloyal 
tour  au  Roy  que,  a  tousjours,  envers  luy  et  les  siens, 
pourrons,  non  seullemcnt  nous,  mais  toute  nostre 
nacion,  demeurer  en  hayneux  despriz.  » 

Apres  ces  remonstrances  et  autres  parolles  au  pro- 
pos afférentes,  tous  ensemble  tirent  conclusion  de 
demeure,  sans  plus  faire  refuz  de  l'argent  que  on  leur 
présentait , 

Pour  plus  souvant  avoir  nouvelles  de  l'affaire  de  la 
duché  de  iMillan  et  au  besoing  d'icelle  prestement  sub- 
venir, le  xviiJ*^  jour  de  feuvrier,  partit  le  Roy  de  la 
ville  de  Bloiz  ^  et  prist  le  chemin  de  Lyon  sur  le  Rosne, 
et  la  fut  le  xix^  jour  de  mars.  La  Royne,  qui  a  Sainct 
Glaude  devoit  ung  voyage,  sachant  que  a  passer  par 
Lyon  n'avoit  grand  esloing  de  son  droict  chemin,  tira 
celle  part.  Le  Roy,  estant  a  Lyon,  d'heure  en  autre 
chevaucheurs  et  postes  envoyoit  ;  et,  sitost  que  chose 
de  nouveau  luy  survenoit  de  cjuelque  affaire  que  ce 
fust,  tout  en  l'heure,  ainsi  que  possible  luy  estoit,  vou- 
loit  a  tout  mectre  provision  ;  le  travers  du  Daulphiné 
et  la  coste  des  montaignes  de  Savoye  souvant  chevau- 

'I.  Légère  erreur.  Le  19  février,  Louis  XII  signa  encore  à  Blois 
une  ordonnance  confirmant  à  Jeanne  de  France  la  jouissance  du 
grenier  à  sel  de  Pontoi.se  {Chartes  royales). 


i98  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  fFév.  1500 

choit,  prest  aller  outre  si  besoing  en  estoit' .  Son  affaire 
par  deffault  d'argent  ne  tardive  dilligence  n'estoit  en 
arrest,  car,  a  toute  heure,  estoient  trésoriers  en  voye 
et  postes  a  la  course. 

XIX. 

Comment  le  Roy  transmist  le  cardinal  d'Amboise 

DELA   les   MONS. 

Sachant  le  Roy  que  l'armée,  que  le  sire  de  la  Tri- 
mouUe  conduisoit,  aprochoit  la  Lombardie,  et  la  venue 
des  Suyces  que  le  bailli f  de  Disjon  amenoit  des  Ligues, 
pencent  qu'eulx  assemblez  avecques  les  Françoys  qui 
estoyent  en  la  duché  de  Millau,  auroient  tost  faict  ou 
failli,  afifin  que  entre  ses  lieutenans  et  chiefz  de  son 
armée,  pour  le  gouvernement  d'icelle  vouloir  avoir, 
controversité  envieuse  ne  se  conceust,  pour  obvier  a 
ce  et  moyenner-  entre  paix  heureuse  et  ruyneuse  dis- 

i.  Louis  XII  aimait  beaucoup  la  cliasse  du  Dauphiné;  de  Lyon, 
il  s'y  rendait  sans  cesse.  La  "vie  active  qu'il  mena,  d'après  Jean 
d'Auton,  en  mars  1500,  s'accorde  assez  mal  avec  ce  que  nous  dit 
Saint-Gelais  de  sa  grave  maladie  à  cette  même  époque  {Histoire  de 
Louis  XI],  publiée  par  Th.  Godefroy,  Paris,  1622,  in-i",  p.  175). 
Mais  l'erreur  vient  ici  du  copiste  de  Saint-Gelais.  Tous  les  détails 
que  donne  Saint-Gelais  sur  la  prétendue  maladie  du  roi  en  1500 
se  rapportent  évidemment  à  celle  de  1503;  dans  l'ordre  du  récit, 
l'épisode  se  trouve  également  à  la  date  do  1503.  Il  faut  donc  cor- 
riger le  chiffre  1500  de  l'édition  de  Th.  Godefroy  (qui  a  donné  le 
change  à  tous  les  historiens)  et  lui  substituer  celui  de  1503. 

2.  Allusion  aux  difficultés  qui  s'étaient  produites  dans  la  cam- 
pagne précédente  entre  Trivulce  et  Ligny.  On  a  vu  que,  pour  la 
conduite  générale  des  opérations,  et  dernièrement  encore  pour 
l'évacuation  de  Côme,  ils  avaient  été  d'avis  très  diflëreuts.  Les 
difficultés  étaient  maintenant  tellement  aiguës  que  le  roi  cherchait 
à  «  moyenner  »  entre  la  paix  et  la  discorde. 


B'év.  1500]  DU  CONSEIL  QUI  FUT  TENU.  199 

corde,  et  ausi  pour  la  reconciliacion  des  villes  insul- 
tées de  Lombardye  deuement  trecter,  delà  les  mons 
transmist  le  cardinal  d'Amboise  ;  lequel  auctoriza  de 
povoir  royal,  sur  ce  et  toutes  ses  autres  affaires,  pour 
encomancer,  moyenner  et  diffînir,  comme  luy  mesme 
en  propre.  Avecques  ledit  cardinal  furent  le  sei- 
gneur de  Grandmont,  le  seigneur  de  Neufcliastel^ 
maistre  Jacques  Hurault,  trésorier^,  et  plusieurs 
autres. 

XX. 

Du  CONSEIL  QUI  E-XTRE  LES  LIEUTENANS  DU  ROY  ET 
LES  CAPITAINES  DE  l' ARMÉE  FUT  TENU  A  MORTERRE, 
ET   DE    l'OPPINION   d' AUCUNS   d'iCEULX. 

A  Vigeve  estoit  lors  le  seigneur  Ludovic  avecques 

1.  Philippe  de  Hochberg,  de  la  maison  de  Bade,  gouverneur  de 
Provence,  était  marquis  de  Rothelin  et  comte  de  Neufchàtel  ;  il 
mourut  en  1503.  Mais  il  s'agit  assurément  ici  de  Henri  de  Neuf- 
chastel,  seigneur  de  Neufchastel,  Chastel  sur  Mezelle  et  Épinal, 
gouverneur  de  Bar,  chambellan,  capitaine  de  50  lances.  Henri  de 
Neufchastel  était  membre  du  conseil  du  roi,  et  l'un  des  plus 
actifs,  des  plus  influents  (Tit.  orig.,  Neufchastel,  n"^  13,  18,  19, 
25,  26;  Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII). 

2.  Jacques  Hurault,  s""  de  Cheverny,  Vibraye,  etc.,  baron  d'Hu- 
riel,  d'abord  trésorier  du  duc  de  Guyenne,  trésorier  des  guerres 
sous  Louis  XI,  chambellan,  trésorier  général  du  duc  d'Orléans, 
trésorier  de  France,  général  des  finances,  gouverneur  de  Blois, 
ambassadeur  en  Suisse,  figure  dans  un  très  grand  nombre  de  pièces 
de  comptabilité.  D'après  sa  déposition  au  procès  de  divorce  de 
Louis  XII,  il  avait  cinquante  et  un  ans  en  1498  {Procéd.  polit,  du 
règne  de  Louis  XII,  p.  1036),  bien  que  La  Chesnaye  des  Bois  lo 
fasse  mourir  à  quatre-vingts  ans,  le  25  octobre  1517.  II  avait  un 
cousin,  Denis  Hurault,  seigneur  de  Saint-Denis  et  Villeluisant, 
trésorier  de  la  reine,  dont  le  iils,  Jacques,  épousa  sa  sœur,  Marie 
Hurault. 


200  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Fév.  1500 

son  armée  ;  auquel  de  jour  en  jour  venoit  rainfort,  et 
tant  que  de  plus  de  trante  mille  souldartz  se  vit  illecques 
acompaigné;  et,  voyant  que,  le  plus  tost  que  pour 
son  affaire  pouroit  ses  gens  embesoigner,  seroit  son 
myeulx,  haut  propos  de  aller  mectre  le  siège  a  Mor- 
terre,  ou  estoyent  les  Françoys,  ou  a  Novarre,  qui 
estoit  leur  retrecte  et  passaige  de  leur  secours.  Les 
Françoys  qui  la  estoyent,  advertis  de  ce,  misrent  la 
chose  en  conseil;  et  fut  par  le  seigneur  Jehan  Jacques 
aux  capitaines  de  l'armée,  sur  ce,  demandé  leur  oppi- 
nion. 

Et  premier  a  messire  Anthoine  de  Bessé,  baillif  de 
Disjon,  auquel  dist  le  seigneur  Jehan  Jacques  :  «  Le 
louable  rapport  du  savoir  affluant  et  famé  très  heureuse 
de  vous,  seigneur  baillif  de  Disjon,  vers  vostre  domi- 
nacion  me  faict  adresser,  pour  avoir,  du  fons  de  vostre 
cler  advis,  provision  de  conseil  secourable  sur  le  pro- 
fitable salut  de  nostre  présent  affaire,  lequel  touche 
l'augmentation  de  la  seigneurye  du  Roy,  le  priz  de 
nostre  honneur  et  le  dangier  de  noz  vies.  Et,  pour  ce 
que  a  mainctes  batailles,  journées,  raincontres,  courses, 
saillyes  et  assaulx,  avez  exploictées  les  armes,  les  sei- 
gneurs presens  et  moy  avecques  eulx,  vous  requérons 
nous  en  tenir  afferant  propos.  » 

Et  ce  dit,  telle  responce  heut  le  baillif  de  Disjon. 

XXL 

De  l'oppinion  du  baillif  de  Disjon  sur  le  faict 
de  la  guerre. 

«  Pour  avoir  deue  raison  de  telle  demande,  mal 


Fév.  1500]  OPPIMON  DU  BAILLIF  DE  DISJON.  ^201 

adressez  a  moy  vous  êtes,  seigneurs.  Toutesfoys, 
puysque  excuse  n'a  lieu  ou  auctorité  commande  et  que, 
par  le  povoir  de  ce,  besoing  m'est  dire  mon  advys  de 
la  chose  que  cbascun  de  vous,  Messeigneurs,  plus  a 
cler  entendez;  pour  ouvrir  seullement  quelque  passée 
du  chemin  de  seureté  ou  tendre  nous  est  besoing,  deux 
motz  de  ce  que  j'en  peulz  entendre  présentement  vous 
en  diray.  A  nostre  savoir  n'est  chose  incogneue  fjue  le 
seigneur  Ludovic,  avecques  son  armée,  ne  soit  en 
bransle  de  cy  venir  mectre  le  siège,  ou  bien  a  Novarre. 
Or,  avons  nous  a  savoir  le  lieu  des  deux  ou  mieulx 
pourrons  servir  le  Roy,  asseurer  nostre  excercite  et 
résister  aux  ennemys.  Nous  voyons  a  l'ueil  que  ceste 
ville  de  Morterre  est  moult  foible  et  desproveue  de 
vivres  et  que  a  moult  grande  puissance  avons  affaire  : 
pour  quoy,  demeurer  et  actendre  le  siège  et  les  assaulx 
des  ennemys  est,  ce  me  semble,  bazarder  par  trop 
tous  ceulx  qui  sont  dedans,  avecques  l'artillerie,  qui 
est  une  des  meilleurs  pièces  de  nostre  harnoys.  Mal 
sommes  accompaignez  pour  contre  noz  adverses  tenir 
le  combat.  Nostre  secours  tant  proche  ne  nous  est  que, 
soubz  l'espérance  de  sa  venue,  plus  fors,  pour  ceste 
heure ,  tenir  nous  devons.  Pencer  icy  longuement 
arrester  sans  assiégez  estre  de  noz  ennemys,  est  igno- 
rer vérité  le  destroict  du  lieu  :  le  séjour  ample  nous 
prohibe  l'approche  de  la  guerre,  nous  seniont  d'esloi- 
gner  la  paix  et  contre  tous  hostilles  effors  préparer 
vertueuse  deffence.  Quoy  plus,  armée,  a  nous,  invin- 
cible combatre  nous  fault  ou  a  fain  canine  dompter 
nostre  apetit;  et,  si  Fortune  mobille  vouloit  que  nous 
feussions  deffaictz,  ausi  a  tard  viendroit  notre  rainfort 
que  le  secours  d'Espaigne  ;  dont  se  pourroyent  contre 


202  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Fév.  1500 

le  Roy  mutiner  toutes  les  Italles,  qui  moult  desavan- 
ceroit  sa  conqueste.  Avecques  ce ,  en  lessant  ceste 
ville,  n'est  chose  perdre  que,  nous  rassemblez,  entroys 
heures  n'ayons  reconquestée.  Novarre  est  une  bonne 
ville,  forte  et  bien  avitaillée,  près  de  noz  Marches, 
dont  nous  pourront  venir  vivres  et  secours  d'heure  en 
moment;  et,  avecques  ce,  chasieau  moult  avantageux 
et  tort,  pour  a  besoing  retirer  nostre  artillerye.  Ainsi, 
sauf  meilleur  advis,  bon  seroit,  ce  me  semble,  nous 
mectre  dedans,  en  actendant  noustre  secours.  »  Les 
parolles  du  baillif  de  Disjon  Unies ,  es  autres  capi- 
taines, sur  ce  qu'il  avoit  oppiaé,  fut  demandé  advys  ; 
lesquelz  furent  tous  de  son  party,  reservez  le  conte  de 
Ligny  et  le  seigneur  de  Champdée. 

Apres  que  chascun  heut  advisé,  le  seigneur  Jehan 
Jacques  dist  au  conte  de  Ligny  :  «  Ainsi  que  a  bonne 
bouche  se  do  y  vent  garder  frians  morceaulx,  a  vous 
est  réservée  la  conclusion  de  ceste  matière  doubteuse, 
seigneur  conte  de  Ligny,  qui,  jouxte  la  raison,  en  sau- 
rez plainement  décider  et  au  droict  point  de  son  arrest 
deuement  la  ramener.  Guy  avez  par  cy  devant  l'oppi- 
nion  de  chascun;  reste  de  vostre  intencion,  a  vostre 
plaisir,  sur  ce  nous  emboucher.  »  Ce  dit,  le  conte  de 
Ligny,  adroissant  la  première  parolle  au  seigneur  Jehan 
Jacques,  heut  ceste  oraison. 

xxn. 

Comment  le  conte  de  Ligny  fist  responce 
SUR  ce  que  avoit  oppiné  le  baillif  de  Disjon. 

«  Seigneur,  j'ay  bien  peu  veu  du  faict  de  la  guerre, 


Fév.   15U0]     (OMMENT  LE  (  '«  DE  LIGNY  FIST  RESPONTE.  lOA 

et  ne  m'a  tant  instruyt  aux  armes  expérience  que  a 
l'oppinion  de  tante  chevalerye,  sur  la  chose  millitaire 
deusse  contrarier;  toutesfoys,  sans  vouloir  empescher 
Tarrest  de  la  plus  saine  part,  mais  seullement  affin  que 
de  rechief  chascun  puisse  a  cler  debatre  et  sainement 
esclarcir  nostre  affaire,  tant  que  la  vérité  du  miculx 
se  puisse  actaindre,  et  nous  trouver  chemin  qui  seure- 
ment  nous  puisse  adresser,  voyant  ausi  que  l'œuvre 
de  la  guerre  encommancé  n'est  a  reflaire  et  que  ramen- 
der  ne  se  peut,  et  que  a  la  fin  de  ce,  doit  on  premier 
prévenir  de  meure  pencée  que  au  principe  mcctre  la 
main  :  a  l'oposite  de  ce  que  paravant  a  esté  allégué, 
par  une  manière  de  dire,  me  veulx  tenir.  Et  la  raison  : 
s'il  est  ainsi  que,  par  l'advis  d'aucuns,  la  disecte  de 
vivres  et  foiblesse  de  ceste  ville  de  Morterre  et  le  des- 
troict  d'icelle  nous  deffende  le  demeurer,  au  regard 
des  vivres,  tant  que  le  marquissat  de  Montferral  sent 
pour  nous  (qui  ja  ne  nous  fauldra),  deffaut  n'en  aurons  : 
car  noz  ennemys,  qui  a  l'extime  de  nous  sont  peu  a 
cheval,  tant  emserrer  ne  nous  sauront  que,  malgré 
leur  povoir,  ne  sortissons  aux  champs  et  que  ne  soyons 
souvant  avitaillez.  Si  la  ville,  pour  actendre  la  puis- 
sance et  longuement  soustenir  les  assaulx  de  noz  enne- 
mys, n'est  deuement  fortiffyée,  il  n'est  muraille  seure 
que  de  hommes  vertueulx,  qui  par  nulz  effors  d'aver- 
sité  surmontez  ne  pevent  estre.  Si  en  ce  heu  sont  noz 
corps  a  destroict,  en  amplyacion  de  vigueur  nous  fault 
les  cueurs  eslargir  et  avoir  espérance  de  bonne  For- 
tune, qui  tousjours  a  la  main  preste  pour  les  audacieux 
ayder'.  Couvrons  nous  hardyment  des  asseurez  escuz 

1.  Audentes  fortuna  juvat  {Enéide,  I.  X,  v.  28'i). 


?04  CHRONIQUES  DE  LOUIS  \ll.  [Fév.  1500 

de  constance  immobile  ;  car,  au  piz  aller,  si,  pour  Tcn- 
nuyeux  faix  de  la  guerre  longuement  supporter  ou  par 
Irop  dur  siège  ou  maisgre  famine  endurer,  a  l'ex- 
tremme  reiTuge  de  retrecte  nous  fault  avoir  recours, 
quant  ores  sur  nostre  ost  eschec  pourroit  advenir, 
riens  ou  bien  peu  de  perte  y  pourroit  avoir  le  Roy. 
Quant  est  des  gens  de  cheval,  la  voye  de  seurté,  par 
le  destour  de  l'armée  du  seigneur  Ludovic,  ne  leur 
pourroit  estre  empeschée,  veu  que  la  pluspart  de  ses 
gens  est  en  piétons.  Au  regard  de  rarlillerye,  tant  a 
main  luy  est  le  charroy  que  de  léger  sauver  se  pourra  ; 
et,  quant  elle  sera  mise  devant,  assez  bons  gens  d'armes 
françoys  avons  pour  la  garder  et  conduyre  jucques  a 
Novarre  ou  ailleurs,  malgré  le  povoir  de  noz  ennemys. 
S'il  advenoit  que  affaire  nous  survint,  ce  ne  pourroit 
estre  que  sur  une  partye  de  nostre  gent  de  pié,  dont 
le  Roy  peu  seroit  endommagé,  et  du  sien  gueres  n'au- 
roit  a  dire  ;  car  autres  piétons  n'ovons  que  Suyces  et 
Piemontoys,  et  peu  de  nombre  de  Gascons  :  ainsi 
grande  perte  ne  s'en  pourroyt  ensuyr.  Si  nous  desem- 
parons la  place,  elle  est  pour  nous  perdue,  et  les  vivres 
du  marquissat  de  Monferrat  arrestez;  et  diront  noz 
ennemys  que  summes  chassez  et  proffugues  :  par  quoy 
prendront  cueur  asseuré  et  audacieux  vouloir  contre 
nous.  Millan,  qui  espoyre  la  venue  de  nostre  infortune, 
|30ur  le  seigneur  Ludovic  se  mectra  toute  en  armes. 
Nous  perdrons  la  reputassion  ;  qui  a  noz  ennemys  le 
courage  eslevera,  et  rabessera  nostre  bruyt,  dont  sur 
nous  cryeront  toutes  les  Italles.  Les  Venissians,  qui 
autre  chose  n'actendent  que  veoir  qui  aura  du  mycux 
pour  tenir  se  party,  se  pourront  contre  nous  declerer. 
Si  l'armée  du  seigneur  Ludovic  marche  vers  Novarre, 


Mars  1500]  DU  RAINFORT  DE  NOVARRE.  "205 

nous  y  envoyrons  partye  de  noz  gens  d'armes, 
avecques  bon  nombre  de  gent  de  pié,  lesquelz  pour- 
ront, a  l'ayde  de  la  ville,  tenir  moult  longuement,  et 
nous,  a  besoing,  les  secourir.  Pour  ce,  seront  tous- 
jours  noz  ennemys  en  doubteuse  pencée  et  noz  gens 
en  propos  asseuré.  Ainsi  me  semble  que  pié  coy  devons 
tenyr  ycy  pour  le  myeulx.  » 

L'oppinion  du  conte  de  Ligny  mise  en  audience,  sans 
autre  replicque  a  ce  contraire ,  fut  par  le  seigneur 
Jehan  Jacques  et  autres  capitaines  approuvée  et  tenue, 
et  sur  riieure  appoincté,  pour  mectre  barrières  au 
devant  de  l'armée  du  seigneur  Ludovic,  dedans  Novarre 
garnison  de  Françoys  seroit  envoyée  ;  et  la  fut  trans- 
mys  le  seigneur  d'Allègre,  avecques  cent  hommes 
d'armes,  mille  Piemontoys  et  cinc  cens  Gascons. 

Le  Y""®  jour  de  mars,  le  seigneur  Ludovic  avecques 
son  ost  partit  de  Vigeve,  et  pour  la  garde  d'icelle 
laissa  huit  cens  Allemans  et  quatre  cens  chevaulx 
legiers,  soubz  la  charge  d'ung  gentilhomme  lombart 
nommé  Jehan  du  Gazai,  qui,  a  la  prise  d'Ymolle,  au 
bailli  de  Disjon  avoit  esté  prisonnier;  et  s'en  alla  ledit 
Ludovic  loger  dedans  une  petite  ville  nommée  le  Tra- 
caz\  a  six  milles  près  de  Novarre. 

XXIIL 

Du   RAINFORT   DE   NOVARRE   ET    DU    SIEGE    d'iCELLE. 

Le  seigneur  d' Allègre  estant  dedans  Novarre,  sachant 
la  venue  du  seigneur  Ludovic  et  son  armée,  et  luy, 
pour  longuement  contre  telle  puissance  garder  la  ville, 

1.  ïrecate,  sur  la  route  de  Novare  à  Milan,  entre  Nuvare  et 
Magenta. 


206  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Mars  1500 

mal  apparente,  manda  au  conte  de  Ligny  que  secours 
luy  envoyast;  dont  fut  advisé  que  Aulbert  du  Rous- 
set,  Robert  Stuart  et  le  seigneur  de  Coursinge,  avecques 
deux  cens  hommes  d'armes,  seroyent  la  transmys. 

Le  vii'^  jour  de  mars,  fut  ledit  rainfort  transmys  a 
Novarre^  ;  et,  pour  doubte  que  des  embusches  de  l'ar- 
mée du  seigneur  Ludovic  par  les  chemins  ne  fussent, 
ceulx  qui  audit  rainfort  de  Novarre  alloyent,  raincon- 
trez,  le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur  Jehan  Jacques, 
avecques  trois  cens  hommes  d'armes,  les  conduisirent  ; 
lesquelz  ne  furent  sitost  par  une  des  portes  de  la  ville 
entrez  que  le  seigneur  Ludovic,  avecques  son  armée, 
devant  l'autre  n'eust  mys  le  siège  ;  et  tout  en  l'heure 
tîst  faire  trenchées,  tauldix  et  charger  son  artillerye- 
et  commancer  la  baterye,  tant  aigre  et  depiteuse  que, 
sur  la  muraille,  homme  ne  se  osoit  descouvrir  qui  tost 
ne  se  trouvast  par  terre  ;  et  tant  continuèrent  coups 
que  en  cinc  heures,  telle  passée  au  travers  des  murs 
fut  faicte  qu'elle  suffisoit  aux  assaillans  pour  leur  devoir 
donner  entrée. 

Au  desavantage  des  Françoys  sembloit  bien  estre  la 
chose  ;  car,  avecques  peu  de  gens  contre  grosse  armée, 
grande  place  et  foible  leur  falloit  garder;  et  de  tant 
estoit  le  chemin  des  ennemys  ampliffîé  que  autour  de  la 
muraille  n'avoit  nulz  fosscz  qui  empeschement  leur  feist. 

1 .  Ludovic,  d'autre  part,  pressait  l'Empereur  de  lui  amener  eu 
personne  du  secours  ;  il  lui  députa  à  cette  fin  des  citoyens  de 
Milan  et  de  Pavie.  Sa  lettre  au  gouverneur  de  Pavie  pour  organi- 
ser cette  démarche  est  datée  «  ex  felicibus  castris  apud  Novariam, 
die  12  martis  1500  »  (Ang.  Salomoni,  Memorie  slorico  ch'plomatice 
degli  ambasciatori,  p.  3).  Mantoue,  la  Mirandole,  Carpi,  Correggio 
lui  envoyèrent  des  secours. 

2.  Ludovic  avait  peu  d'artillerie.  Le  10  mars,  il  reçut  des  pièces 
envoyées  par  Maximilieu. 


Mars  1500]      ORAISON  QUE  LE  Ss^  D'ALLEGRE  EUT.  207 

XXIV. 

De  l'assault   que  l'armée    du   seigneur   Ludovic 

DONNA   a   NOVARRE,    ET   GOMMANT   PLUSIEURS    BOUR- 
GUIGNONS   ET   AlLEMANS    y   DEMEURERENT. 

Voyant  le  seigneur  Ludovic  et  les  capitaines  de  son 
armée  que  par  force  entrer  leur  failloit  et  que,  pour 
ce  faire,  assez  leur  sembloit  avoir  ouverture  et  povoir, 
commandèrent  que  chascun  approchast  la  brèche, 
laquelle  fut,  en  ung  moment  souluain,  de  plus  de  dix 
mille  Allemans  et  douze  cens  Bourguignons  environ- 
née. Au  dedans  de  la  ville,  tout  autour  de  la  ronptui'e, 
tous  en  armes  estoyent  les  Françoys  en  tel  arroy  que 
l'ung  n'enpeschoit  l'auire ,  et  tel  ordre  estoit  entre 
eulx  gardé  que,  pour  coup  d'artillerye  ou  autre  dan- 
gier,  nul  de  son  lieu  desbransloit. 

Les  capitaines  françoys,  voyans  l'assault  tant  ap- 
presté  que  de  ce  ne  restoit  que  l'assembler,  enhorterent 
leurs  gens  de  monstrer  aux  ennemys  que  la  durté  du 
fer  par  fer  failloit  amollir.  Chascun  des  capitaines 
remonstroit  aux  siens  par  parolles  ce  que  par  la  main 
devoit  estre  exécuté  et,  entre  autres,  le  seigneur  d'Al- 
lègre eut  a  tous  ceste  oraison. 

XXV. 

Une  oraison  que,  sur  le  point  de  l'assault, 
LE  seigneur  d'Allègre  eut  aux  Françoys. 

«  Pour  ce  que  en  multiplication  de  langage  ne  gis! 
tout  l'effect  de  vertueux  vouloir,  et  que  aux  ennemys. 


•?08  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

qui  nous  sont  en  veue  prochaine,  grant  procès  sans 
coups  donner  ne  povons  avoir,  long  sermon  n'est  a 
nous,  pour  l'heure,  de  saison,  seigneurs  françoys  ; 
mais  savoir  nous  l'ault  que  si,  en  couraige,  en  audace, 
en  nature  ou  en  meurs,  les  hommes  ont  valleur  nulle, 
aux  armes  se  doit  demonstrer  ;  pour  ce,  si  jamais  vou- 
lons avoir  nostre  honneur,  le  service  du  Roy  et  noz 
vyes  pour  recommandez,  a  ce,  besoing  le  nous  fault 
par  efïect  mectre  en  place  ;  et,  si  noz  ennemys  hardy- 
ment,  comme  lyons,  nous  assaillent,  deffence  furieuse 
de  sanglier  nous  fault  contre  eulx  avoir;  et,  si  de 
murailles  summes  deproveuz,  audace  de  ce  nous  ser- 
vira, voire  de  telle  seurté  que  par  nulz  coups  de  main 
hostille  seront  froissez  noz  escuz.  Perilz  ne  gloire  ne 
nous  exitent,  mais  seulle  vertus,  qui  contre  tous  effors 
glorieusement  triumphe  !  Asseurons  nostre  voulloir 
contre  les  dangiers  de  fortune  et  en  laborieux  travail 
rainforcons  nostre  povoir,  et,  aux  premiers  coups 
donner,  mectons  les  armes  a  lesploict,  pour  résister 
aux  ennemys  ;  car,  si,  a  ceste  foys,  par  noz  dextres 
sont  vigoureusement  reboutez,  d'icy  en  avant  doubte- 
ront  de  tant  nous  approcher.  0  Françoys,  telz  comme 
nous  summes  soyons,  et  gardons  a  la  peine  d'immor- 
tel reproche  que  la  reluisant  mémoire  de  noz  pères 
anticques,  desquelz  les  nous  tinrent  jadys  toutes  autres 
nacions  en  craincte,  ne  soit  par  nous,  soubz  l'ombre 
ténébreux  de  lascheté  reprouvée,  honteusement  obs-, 
curcye.  Fasons  doncques,  a  la  poincte  du  glayve,  sen- 
tir aux  assaillans  des  places  que  aux  vaincqueurs  des 
terres  ont  a  besoigner;  et  adjoustons  aux  paternelz 
mérites  nouveaux  tiltres  de  glorieuse  renommée  !  » 
A  ses  motz,  furent  Françoys  rainforcez  de  doubles 


Mars  1500]     ORAISON  QUE  LE  Sg-"  DALLEGRE  EUT.  209 

armes  ;  car  tant  heurent  les  cueurs  endurciz  de  furieux 
vouloir  que  plustost  heust  esté  le  harnoys  amolly  que 
le  courage  vaincu,  et  n'y  heut  celuy  a  qui  ne  tardasl 
la  venue  de  l'assault  ;  lequel  fut  si  soubdain  que  on 
ne  se  donna  garde  que  l'enseigne  des  Bourguignons 
joygnant  de  la  brèche  fut  plantée  ;  car,  pour  vou- 
loir avoir  l'honneur  de  l'assault  et  proffit  de  la  prise, 
s'estoyent  iceulx  Bourguignons  mys  des  premiers  et, 
a  celuy  honnorable  affaire,  les  hommes  plus  extimez 
et  la  Heur  de  toute  leur  bende  estoit  en  place.  Quoy 
plus,  l'assault  fut  donné  moult  rudement,  et  tant  que, 
pour  le  bruyt  de  coups  d'artillerye  et  de  main,  qui, 
d'une  part  et  d'autre,  se  faisoit  ung  mille  autour  de 
la  place  tonnerre  n'eust  esté  ouy.  ^lain  a  main  com- 
mança  le  combat,  si  dur  que,  a  la  foys,  estoyent  Fran- 
çoys  par  force  reculiez,  et  puys  Bourguygnons  et 
Allemans  vigoureusement  rechacez.  Moult  hardyment 
assailloyent  ;  car,  pour  poux^  de  lances  ne  coups  de 
trect  et  d'artillerye  qu'on  leur  donnast,  n'esloignoyent 
la  passée;  et  tant  approcha  celuy  qui  portoit  l'enseigne 
des  Bourguignons  que  ung  pié  au  dedans  de  la  brèche 
mist  a  ferme,  et  la  y  heut  merveilleuse  foulle,  car  les 
assaillans  de  plus  en  plus  fort  se  rainforçoient  et, 
supposé  que  plusieurs  d'iceulx  fussent  mortellement 
menez,  pourtant  nelessoyent  l'ombre  de  leur  enseigne. 
Les  Françoys,  voyans  que  pour  les  coups  mortel/ 
de  leurs  ennemys  rabbatre,  le  tout  de  leur  deffence 
failloit  avancer,  chascun  d'eulx  tant  aigrement  mist  le 
fer  en  besoigne  que  de  sang  humain  tout  autour  d'eulx 
estoit  la  terre  taincte  et  emrougie,  et,  comme  ceulx 


1.  Poussée,  «  pulsus.  » 

I  44 


210  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

que  neccessité  esvertuoit,  faisoyent  mervelles  d'armes. 
Ung  jeune  gentilhomme  françoys,  nommé  le  bastard 
d'Amenzay\  tant  avança  la  marche  que,  avecques 
eeluy  qui  l'enseigne  des  Bourguignons  portoit,  main 
a  main  heut  la  meslée,  telle  que  après  que  le  singulier 
combat  des  deux  champions  fut  emcommancé,  a  grans 
coups  d'espée  par  le  franeoys  fut  l'enseigne  mise  par 
terre.  Le  bourguignon  la  tenoit  d'ung  costé  et  le 
françoys  de  l'autre;  et,  ainsi  que  eulx  se  comba- 
toyent  a  qui  elle  demeureroit,  les  Bourguignons  et 
Allemans,  voyans  leur  affaire  tant  rabesser,  a  tous 
effors  vindrent  leur  emseigne  secourir.  Oncques  sur 
le  dur  Sceva  Gesarien  ^  tant  de  dars  ne  furent  tirez 
pour  une  heure  que  a  celle  foys ,  contre  celuy  fran- 
çoys, de  coups  de  trectz  et  hacquebutes  deschargez, 
et  tant  mortellement  que,  tout  au  travers  du  corps, 
par  le  degouct  du  sang,  en  plusieurs  lieux  en  appa- 
roissoit  la  vraye  enseigne^.  Mais,  pour  ce,  ne  lascha 
sa  prise,  ains  du  poing  du  bourguignon  a  vive  force 
l'arracha,  et,  tout  autour  de  son  bras,  malgré  ses 
ennemys,  la  plya.  N'estoit  ce  bien  légitimer  dégénérée 

1.  Nous  manquons  de  renseignements  sur  ce  jeune  bâtard,  dont 
on  va  voir  la  mort  héroïque;  il  était  sans  doute  fils  de  Jacques 
d'Amanzé,  gentilhomme  bourguignon,  qui  se  maria  deux  fois. 
Quoique  bâtard,  selon  un  usage  constant,  J.  d'Auton  le  qualifie 
de  gentilhomme. 

2.  Mucius  Scaevola,  sans  doute. 

3.  Une  miniature  du  ms.  (fol.  32  v),  qui  représente  l'assaut 
donné  par  Ludovic  à  Novare,  reproduit  l'enseigne  portée  par  ses 
troupes.  Cette  enseigne  était  rouge,  à  lions  d'or.  Le  rouge  et  l'or 
étaient  les  couleurs  de  Ludovic  (v.  la  miniature  fol.  25  r").  A  la 
reddition  de  Novare,  nous  voyons  dans  l'armée  de  Ludovic  divers 
fanions  :  un  noir  à  croix  d'or,  un  rouge  rayé  d'or,  un  blanc  et 
rouge  pointillé  d'or  (miniature  du  fol.  -'iG  r"). 


Mars  1500]     ORAISON  QUE  LE  Sgr  D'ALLEGRE  EUT.  211 

nature?  Si  estoit,  car,  aiicores  comme  ung  autre  Epa- 
minundas,  duc  de  Thebes,  qui,  joyeusement,  en  mou- 
rant, baisa  l'ecu  dont  il  avoit  vigoureusement  la  chose 
publicque  deffandue*,  pareillement,  nonobstant  les 
extrêmes  singlotz  dont  estoit  celuy  françoys  actaint, 
jucques  a  son  logis  l'enseigne  en  emporta,  sans  mons- 
trer  visage  triste  par  proximité  de  fin,  sachant  heu- 
reuse Renomée  de  vertuz  embellye,  après  mort  tem- 
porelle, porter  le  triumphe  de  louange  eterne.  Or, 
afifin  que  par  le  trop  long  récit  des  louables  œuvres  et 
faictz  méritoires  des  maindres,  a  l'ouyr  des  grans  ne 
soit  mon  compte  ennuyeulx,  de  cestuy  ne  ditz  autre 
chose,  si  n'est  que  le  vol  de  la  mémoire  de  telz  devroit 
tout  le  monde  environner. 

Long  seroit  mon  escript,  si  tous  ceulx  qui  a  ceste 
affaire  eslargirent  vertus,  scelon  deue  desserte,  vou- 
loye  collauder. 

Ayant  tout  ce  mys  a  part,  a  l'assault  dont  j'ay  pro- 
pos emcommancé  me  fauît  revenir,  lequel  duroit  sans 
cesse,  moult  aspre  et  cruel,  et  n'y  avoit  françoys  qui 
ne  deust  estre  las,  car  le  combat  avoit  ja  bien  duré 
(juatre  heures,  et  avoyent ,  a  tous  coups,  ennemys 
refreschiz  et  a  relaiz  ;  mais  chascun  fasoit  ce  que  povoir 
savoit  :  les  capitaines  estoient  tousjours  devant ,  les 
homes  d'armes  et  archiers  par  craincte  de  mort  ne 
recuUoyent  ung  seul  pas,  les  gens  de  pié  se  mons- 
troycnt  moult  fièrement  et  mesmement  les  Gascons, 
car,  de  leur  part,  si  a  point  deff'endoyent  l'assault  que 

4.  Diodore  raconte  la  mort  d'Epaminondas,  qui,  frappé  à  mori 
sur  le  champ  de  bataille  de  Mantinée,  se  fit,  comme  on  sait, 
apporter  son  écu  et  voulut  mourir  les  yeux  fixés  sur  co  symbole  do 
la  patrie. 


212  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

homme  n'approclioit  la  brèche,  pour  cuyder  entrer, 
qu'il  ne  fust  empenné.  Au  derrière  d'ung  créneau 
demy  abbatu  estoyent  soixante  hommes  d'armes  bour- 
guignons pour,  a  besoing,  rainforcer  Fassault  sans 
faire  bruyt.  Quelqu'un  françoys  advisa  leur  embusche, 
lequel  monta  segretement  sur  la  muraille,  au  droict 
de  celuy  créneau,  et  le  desbranlla;  en  sorte  que  sur 
yceulx  Bourguignons  le  vint  adresser,  dont  les  ungs 
furent  assommez  et  les  autres  affoliez,  tellement  que 
de  tant  près  plus  n'approchèrent.  Autour  de  la  muraille 
ou  l'assault  se  donnoit  avoit  tant  de  mors  que  aux 
autres  empeschoyent  le  chemin;  car  plus  de  cent 
Bourguignons,  des  plus  gens  de  bien,  y  demeurèrent, 
et  plus  de  six  vings  Allemans,  avecques  deux  de  leuK> 
enseignes.  Des  Françoys,  y  moururent  le  bastard 
d'Amanzay,  ung  homme  d'armes  de  la  compaignye 
d'Aubert  du  Roucet,  nommé  Cyprien  d'Auton^,  deux 
archiers  et  quatre  laquays.  Mais,  a  la  parfin,  l'assault 
fut  cessé  au  dommage  des  Bourguignons  et  Allemans 
et  au  desavantage  du  seigneur  Ludovic.  Ainsi,  loings 
de  leur  propos  et  frustrez  de  leur  entente,  furent 
envoyez. 

Sitost  que  chascun  fut  retiré,  les  Bourguignons,  qui 
plusieurs  gens  de  bonne  extime  a  l'assault  avoyent 
perduz,  a  la  ville  transmirent  une  de  leurs  trompettes, 
ayant  charge  de  pryer,  pour  l'honneur  de  Dieu,  les 
capitaines  françoys  parmectre  enterrer  les  mors,  les- 
quelz,  durant  leur  vye,  avoyent  estez  telz  que,  après 
leur  deces,  ne  dcvoyent  leurs  corps  de  la  dens  des 
chiens  ne  du  bec  des  oiseaulx  estre  dévorez.  Les  Fran- 

1 .  Evidemment  dauphinois. 


Mars  1500]     ORAISON  QUE  LE  Sgr  DALLEGRE  EUT.  ■1\S 

çoys,  oyans  la  juste  demande  d'iceulx  Bourguignons, 
ne  voulurent,  comme  les  Thebayens,  aux  corps  exa- 
nimez  refuser  sépulture;  mais  furent  contans  que, 
l'ung  après  l'autre,  avecques  peu  de  gent,  sans  dan- 
ger, on  les  emporlast.  Et,  affin  que,  soubz  ombre  de 
ce,  machinacion  ne  fust  occulte,  fut  dit  que,  a  la  peine 
d'ung  coup  d'artillerye  ou  de  trect,  plus  de  deux  ou 
troys  a  la  fbys  n'approchassent  la  muraille.  Apres  que 
les  mors  furent  mys  hors  de  la  place  et  chascun  a  son 
logis  retiré,  au  rampar  de  la  roupture  fut  mise  la 
main,  en  manière  que,  tout  autour  de  la  ville,  n'avoit 
de  plus  seur  emdroict.  Les  Françoys,  voyans  que,  au 
long  aller,  de  secours  seroyent  besoigneux,  au  conte 
de  Ligny  et  au  seigneur  Jehan  Jacques  mandèrent  leur 
affaire,  lesquelz,  de  rechief,  leur  envoyèrent  deux  cens 
hommes  d'armes ,  et  menèrent  iceulx  le  conte  de 
Misoc,  fîlz  du  seigneur  Jehan  Jacques,  messire  Aymar 
de  PryeS  Louys  d'Ars,  le  capitaine  Sainct  Prest  et  le 

1.  Aymard  ou  Émard  de  Prie,  seigneur  de  Prie  ou  Prye  en 
Nivernais  (Collection  Jault,  n^^  804  à  825),  de  Montpoupon, 
Lezillé  et  autres  lieux,  baron  de  Biisançais  en  Berry  et  de  Toucy, 
(Hait  fils  cadet  d'Antoine  de  Prie  et  de  Madeleine  d'Amboise  (ms. 
Clair.  3,  fol.  123).  D'abord  chambellan  de  Louis  d'Orléans,  il 
reçoit  de  lui,  le  12  juillet  1491,  les  droits  de  rachat  dus  pour  le 
trépas  de  Michel  d'Étampes,  seigneur  de  la  Ferté-Imbault  et  de 
Valençay.  Échanson  de  Charles  VIII,  il  fut,  sous  Louis  XII,  cham- 
bellan, capitaine  de  50  lances,  gouverneur  du  Pont-Saint-Esprit, 
grand-maitre  dos  arbalétriers,  bailli  du  Cotentin  (1514).  Louis  XII 
lui  confia  en  Italie  le  commandement  de  la  citadelle  d'Alexandrie, 
avec  30  hommes  d'armes  à  pied  (Tit.  orig.,  Prie,  n»*  7, 11-13;  ms. 
fr.  25783,  n°  68),  et  du  château  de  Tortonne,  avec  cinq  hommes 
d'armes  de  pied  (ms.  fr.  25784,  n°  104).  Il  avait  épousé  Avoye  de 
Chabannes,  sœur  d'Antoinette  de  Chabannes,  femme  de  René 
d'Anjou,  baron  de  Mézières  (ras.  fr.  23986,  partage  de  1505).  Sa 
fille  Renée  épousa  François  de  Blanchefort,  fils  de  Jean  de  Blan- 


214  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

seigneur  de  Chastelart,  lesquelz  rainforcerent  la  place 
de  tant  (jue  leurs  ennemys  n'en  approchèrent  foys, 
que  la  retrecte  ne  fust  a  leur  desavantage. 

Et  ne  fut  jour,  durant  ce  temps,  que,  par  les  Fran- 
çoys,  saillyes  et  escarmouches  ne  fussent  faictes.  Louys 
d'Ars,  Robert  Stuart,  le  seigneur  de  Chastellart  et  les 
autres  capitaines  françoys  réveillèrent  souvant  Tost  du 
seigneur  Ludovic  ;  et  tant  y  firent  de  criz  et  de  allarmes 
y  donnèrent  que,  si  ceulx  de  la  place  estoyent  bien 
lassez,  a  repos  n'estoyent  ceulx  du  dehors. 

L'artiilerye  du  seigneur  Ludovic  estoit,  sans  séjour, 
mise  a  l'exploict,  tel  que  murailles,  boulouars,  def- 
fences,  repaires  et  créneaux,  devant  ses  coups, 
n'avoyent  durée.  Tant  fut  la  baterye  continuée  que,  en 
cinc  jours,  la  passée  fut  si  grande  et  la  roupture  tant 
près  de  terre  que,  en  tous  endroictz,  gens  d'armes 
françoys  estoyent  en  veue  et  au  descouvert  dedans  la 
place,  ou,  jour  et  nuyt,  le  harnoys  sur  le  doz,  aux 
brèches  et  passées  de  la  muraille,  plus  de  quinze  jours 
durans,  leur  fallut  tenir  pié  ferme,  sans  ce  que  nul 
osast  sa  place  habbandonner.  La  nuyt,  ramparoyent 
et  fasoyent  fossez  et  tauldiz  pour,  le  jour,  eulx  garen- 
tir,  et  n'y  avoit  ne  grant  ne  petit  qui  a  l'œuvre  ne 
mist  la  main.  Entre  eulx,  estoyent  les  cerimonyes  de 
guerre  si  bien  gardées  que;,  pour  double  de  coups 
d'artillerye,  d'assault  ou  d'autre  danger,  nul  desmai'- 
choit  de  son  ordre,  voire  a  la  peine  d'ausi  grant 
reproche  encourir,  comme  si  d'une  bataille  honteuse- 
ment s'en  fust  fouy.  A  bien  pencer  la  chose,  c'estoit 

chefort,  maire  de  Bordeaux  et  l'un  des  principaux  serviteurs  de 
Louis  XI  (ms.  Clair.  224,  n°  433,  contrat  de  1510;  ms.  Clair.  225, 
arrêt  de  1530). 


Mars  1500]      ORAISON  QUE  LE  S&i  DALLEGRE  EUT.  215 

bien  mys  au  champs  les  raidz  luysans  de  louable  ver- 
tuz  et  ampliffyé  le  chemin  errant  de  glorieuse  proesse 
a  ceulx  qui  au  triumphe  d'honneur  veullent  parvenir. 
Pour  au  propos  retourner,  a  ce  besoing  servirent  les 
hommes  vertueulx  de  mur  inexpugnable.  De  jour  en 
jour,  donnoyent  Bourguignons  et  Allemans  assaulx 
moult  furieux  aux  Francovs,  non  seullement  en  uno; 
lieu,  mais  souventes  foiys  en  troys  ou  en  quatre;  et, 
plusieurs  foys,  furent  cinc  boulouars  a  ung  coup  tous 
assailliz;  mais,  par  les  Françoys,  tousjours  deffendus' 
tant  vigoureusement  que  leurs  ennemys  sur  eulx,  par 
force,  ne  gaignerent  pied  de  terre. 

Le  seigneur  Ludovic,  moult  esmerveillé  de  la  longue 
tenue  et  ferme  résistance  des  Françoys,  qui,  au  regard 
de  la  multitude  des  siens,  n'estoyent  que  une  poignée 
de  gens,  pençent  que,  si  leur  secours,  qui  venoit  de 
France,  estoit  du  vouloir  d'iceulx  et  que  ensemble  se 
peussent  joindre,  moult  loing  se  trouveroit  de  la  fin 
de  son  emprise,  mais,  tout  ce  dissimullé,  heut  manière 
asseurée  et  fist  baterye  et  assaulx  de  plus  en  plus  fort 
continuer,  et  heut  délibéré  propos  de  tost  prendre  la 
ville  de  Novarre  d'assault  ou  que  a  la  poursuyte  seroit 
deffaicte  son  armée.  Bien  estoit  adverty,  par  ses 
espyes,  que  le  sire  de  la  Trimolle,  avecques  grande 
puissance,  estoit  sur  les  champs  et  qu'il  approchoit  a 
toute  diligence,  pour  les  Françoys  secourir,  et  enten- 
doit  bien  que,  si  la  place  n'estoit  prise  premier  que 
eulx  fussent  assemblez,  que  tout  son  affaire  estoit  en 
demeure  :  dont  a  tous  effors  mectoit  peine  a  gaigner 
le  logis  et  deffaire  les  hostes  qui  estoyent  dedans,  les- 
quelz  avoyent  ja  tant  endurez  d'ennuys,  soustenuz 
d'assaulx,  heu  nuyt  et  jour  criz  et  allarmes,  travaulx 


216  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

sans  repos,  disecie  de  vivres,  et  tant,  au  froict  et  a  la 
pluye,  de  harnoys  estez  endossez  que  plus  ne  pou- 
hoient;  leurs  murailles  et  rampars  ne  leur  servoit 
plus,  fors  d'autant  leur  cmpescher  la  voye  que  a  leurs 
ennemys,  car  tout  estoit  par  terre. 

XXVI. 

Comment  les  Françoys  rendirent  Novarre 
.\u  seigneur  Ludovic  par  gomposicion. 

Le  sabmedy,  vingt  uniesmc  jour  de  mars,  adviserent 
les  capitaines  et  gens  d'armes  françoys  que  plus  lon- 
guement soustenir  le  siège,  veu  leur  ennuyeulx  fatigue 
et  adventageux  arroy  de  leur  ennemy,  c'estoit  mectre 
en  douhteuse  adventure  tant  de  gens  de  bien  que,  si 
Fortune,  qui  tourne  a  tous  vens,  vouloit  parmectre 
leur  deffaicte,  que  trop  grant  dcffault  en  pourroit 
avoir  le  surplus  de  l'armée  de  France  et  que  myeulx 
estoit,  avecques  honorable  composicion,  rendre  la 
place,  qui  a  temps  se  povoit  recouvrer,  que,  pour  la 
vouloir  garder,  eulx  adventurer  a  perte  trop  domma- 
geable ;  et,  ausi,  que  cinc  cens  hommes  d'armes, 
bien  montez,  estoyent  la  dedans,  qui,  par  deffault  de 
vitaille,  si  plus  duroit  le  siège,  pourroient  eulx  affoi- 
blir  et  de  perdre  leurs  chevaulx;  lesquelz,  après  ce, 
ne  sauroyent,  a  quelque  bataille  ou  autre  grand  affaire, 
tenir  lieu  que  de  varletz.  Et,  sur  ce,  parlamenterenl 
et  au  seigneur  I^udovic  telle  composicion  demandèrent 
que  tous,  a  cheval,  en  armes,  la  lance  sur  la  cuisse, 
sortiroyent,  et  tous  leurs  piétons  devant  eulx,  la 
picque  au  poing  ou  arbalestres  bandées,  et  que  leur 


Mars  1500]     COIVIMENT  Vie  ALLEMANS  FURENT  DEFFAICTZ.     217 

artillerye  seroit  retirée  dedans  le  chasteau,  lequel,  de 
troys  jours  après  leur  parlement,  n'assauldroyent  ;  ce 
qui  leur  fut  accordé  et  tenu. 

Le  dimanche,  vingt  deusiesme  jour  de  mars,  de 
Novarre  sortirent  les  Françoys,  tous  en  armes,  avec- 
ques  leurs  gens  de  pié,  et  tous  ceulx  de  la  ville,  qui 
suyvre  les  volurent,  beurent  de  ce  liberté.  Toute 
l'armée  du  seigneur  Ludovic  devant  la  ville  se  mist 
en  ordre  pour  voir  la  passée.  Plus  de  deux  mille  de 
pays,  avecques  les  Françoys  chevauchèrent  deux  cens 
hommes  d'armes  bourguignons,  eurent  entre  eulx, 
sur  le  faict  de  la  guerre  ^  plusieurs  parolles,  puys  se 
retirèrent  chascun  a  son  carlier.  Les  Bourguignons 
retournèrent  a  Novarre,  et  droict  a  Morterre  prindrenl 
Françoys  leur  adresse. 

XXVII. 

Comment  six  gens  Allemans  de  ceulx  du  seigneur 
Ludovic  entre  Morterre  et  Vigeve  par  les 
Françoys  furent  deffaictz. 

Le  niesme  jour,  le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur 
Jehan  Jacques  estoient  sailliz  de  Morterre,  cuydant 
aller  rainforcer  la  garnison  de  Novarre,  et  marchèrent 

1 .  A  partir  de  ce  moment  commencèrent  les  intelligences  des 
Français  avec  les  Suisses  de  Ludovic,  intelligences  qui  prirent 
corps  pendant  une  absence  de  Ludovic,  retourné  à  Milan  chercher 
de  l'argent.  Ludovic  avait  promis  à.  ses  Suisses  les  dépouilles  de 
Novare,  et  Trivulcc  avait  compris  qu'en  évitant  les  risques  d'un 
assaut,  une  capitulation  priverait  les  Suisses  de  ce  butin  et  les 
rendrait  furieux. 


218  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mar?  InOO 

jucques  a  ung  bourg,  nommé  Robu^  a  quatre  mille 
près;  mais  ja  se  retiroyent  ceulx  de  la  garnison  par 
ung  autre  chemin,  dont  ne  se  rancontrerent.  Au  partir 
de  Morterre,  avoit  le  conte  de  Ligny  envoyé  ung  cap- 
pitaine  gascon,  nommé  Perot  de  Payennes-,  a  tout 
cent  hommes  d'armes,  pour  garder  une  ville  près  de 
la,  nommé  Vessepolla";  mais,  tantost  qu'ilz  furent  a 
chemin,  remenda  iceulx  par  une  trompette  hastive- 
ment  retourner  a  Morterre,  doubtant  que  les  Allemans 
et  autres  gens  d'armes,  qui,  pour  le  seigneur  Ludovic, 
gardoyent  Yigeve,  ne  allassent  prendre  le  logis,  qui, 
pour  Fheure,  de  Françoys  estoit  desprovcu;  et  ausi 
renvoya  celle  part  ung  gentilhomme,  nommé  Roque- 
bertin^,  avecques  vingt  chevaulx  pour  estre  des  pre- 

1.  Robbio,  près  de  Mortara,  sur  la  roule  de  Mortara  à  Vercoil 
et  près  de  la  frontière  du  Piémont. 

2.  Nous  n'avons  point  de  renseignements  sur  Perrot  de 
Payennes.  La  famille  de  Payennes  était  établie  à  Paris  au 
xvi^  siècle,  dans  la  personne  de  Jean  de  Payennes,  mort  avant 
1590,  et  de  Jacques  de  Payennes,  chevalier  de  l'ordre  (Tit.  orig., 
Payennes). 

3.  Vespolate,  sur  la  route  de  Novare  à  Mortara,  à  12  kilomètres 
de  Novare,  à  13  de  Morlara. 

4.  Pierre  de  Rocqueborti,  ou  Roquebertin,  n'était  pas,  comme 
on  l'a  cru,  un  italien,  mais  un  catalan,  fait  prisonnier  par  Louis  XL 
qui  se  l'attacha,  lui  donna  en  1474  la  seigneurie  de  Sommières  et 
le  nomma,  dès  1473,  chambellan,  gouverneur  de  Roussillon  et  de 
Sardaigne  (Cerdagne),  avec  une  pension  de  2,000  livres,  portée  en 
147.')  à  6,000  livres,  et  les  années  suivantes  à  5,000.  En  1476,  il 
prit  possession,  au  nom  du  roi,  de  la  ville  de  Lane  en  Cerdagne, 
y  installa  une  garde  de  40  laquais,  avec  du  blé,  un  moulin  à  blé 
et  autres  ustensiles  \I\i.  orig.,  Roquebertin,  u»*  2-8;  Commines, 
n,  266-267).  En  1473,  Louis  XI  lui  donne  une  gratification  de 
7,000  livres,  par  le  motif  que  Roquebertin  avait  engagé  ses  biens 
pour  le  service  de  la  France  (Tit.  orig.,  id.,  n»  3).  Roquebertin 
fut  chargé,  en   1507,  d'une  ambassade  en  Suisse  fms.  fr.  20979, 


Mars  4500]     COMMENT  Vie  ALLEMAN'S  FURENT  DEFFAICTZ.      JIO 

miers  a  l'entrée.  Droict  a  Morterre  se  misrent  les 
ungs  et  les  autres  au  retour,  et  tant  picquerent  que, 
sur  les  dix  heures  du  matin,  tous  ensemble  devant  les 
portes  de  ladictc  ville  de  Morterre  se  trouvèrent. 

La  garnison  de  Yigeve  avoit  bien  sceu  comment  les 
Françoys,  pour  aller  Novarre  secourir,  avoyent  lessé 
Morterre;  dont  s'estoyent  mis  aux  champs  six  cens 
Allemans  et  deux  cens  chevaulx  legiers  que  conduisoit 
ung  Lombart,  nommé  Jehan  du  Cazal,  dont  j'ay  parlé 
dessus,  avecques  quelques  autres  capitaines,  pour  le 
seigneur  Ludovic,  et  cuydoyent  iceulx,  sans  faillir, 
gaigner  la  ville  de  Morterre;  mais,  a  eulx  et  aux 
Frainçoys,  furent  les  portes  fermées.  Toutesfoys,  par 
doulces  parolles,  heurent  les  Françoys  ouverture  et 
entrèrent.  Sitost  que  chevaulx  furent  establez  et  que 
gens  d'armes  commancerent  a  repestre,  nouvelles 
furent  que,  sur  les  fossez  et  devant  les  portes  de  la 
ville,  estoyent  les  Allemans  du  seigneur  Ludovic,  a 
grant  nombre;  et,  tost  en  l'heure,  les  Françoys,  qui 
ancores  n'estoyent  desarmez,  remontèrent  a  cheval  et 
ceulx  qui  peurent  tout  a  la  tille,  vers  la  porte  ou 
estoyent  iceulx  Allemans  marchèrent,  et  la  heurent 
entre  eulx  quelques  parolles  de  rigueur;  mais,  tost 
après,  injurieux  langaiges  et  deffiz  hayneux,  efïect  de 
main  mise  vint  en  jeu,  car  les  Françoys  tirent  ouvrir 

fol.  74);  mais  la  part  qu'il  prit  aux  évéaempats  fut  généralement 
fort  secondaire.  Il  se  mit  au  service  du  comte  de  Ligny  comme 
gouverneur  de  ses  domaines  du  Milanais  (Poggiali,  Memorie  di 
Piacenza,  VIII,  168). 

En  1508,  le  sire  de  Ravenstein  l'envoya  au  duc  de  Savoie 
débattre  des  intérêts  tout  personnels  (ms.  fr.  281'2,  fol.  4). 

Commines  cite  en  1495  et  1496  un  autre  Jean  Roquebertin. 
catalan  (II,  503,  544). 


220  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  150(1 

les    portes    et   sur   leurs   ennemys    saillirent   moull 
rudement. 

Le  capitaine  Perot  de  Payennes,  soy  doublant  de 
(juelque  embusche  et  sans  ordre  voyant  ses  gens  a  la 
saillye,  volut  ceulx  arrester  et  feist  fermer  les  portes; 
toutesfoys,  plus  de  soixante  chevaulx  se  misrent  hors 
et  commancerent  a  charger  si  rudement  que,  au  ran- 
contrer,  dedans  de  petilz  guez  et  ruisseaux  qui  la 
couroyent,  plus  de  quarente  de  ceulx  lancequenetz  et 
Allemans  furent  plungez  et  noyez,  et  les  autres  chacez 
plus  d'ung  trect  d'arc.  Voyant  le  capitaine  Perot  la 
charge  que  fasoyent  ses  gens  du  dehors,  et  que  ja 
fort  esloignoyent  la  ville,  doublant  que  affaire  leur 
survint,  ne  les  volut,  sans  luy  plus  lesser  escarter; 
mais,  avecques  le  surplus  de  ses  gens  et  emseigne  des- 
plyée,  se  mist  après,  si  viste  que  tost  les  heut  actaings. 
A  l'assembler,  furent  les  Allemans  a  leur  perte  emme- 
nez, jucquez  a  une  chappelle,  a  demy  mille  loings  de 
la  ville,  en  laquelle,  et  tout  autour  d'icelle,  estoit  une 
embusche  de  deux  cens  chevaulx  et  de  cinc  cens 
soixante  Allemans,  lesquelz,  tous  ensemble  et  en 
marche  ordonnée,  saillirent  sur  les  Françoys,  et  la, 
d'ung  et  d'autre  lez,  commança  l'escarmouche,  telle 
(juc  besoing  estoit  a  chascun  d'avoir  l'ueil  a  son 
alTaire.  Les  gens  d'armes  françoys  se  tenoyenl  ensemble, 
et,  quant  aux  ennemys  assembler  leur  failloit,  tous  a 
la  foys  donnoyent  la  charge,  sans  ce  que  nul  en  queuhe 
demeurast  ou  se  mist  a  l'cscart,  afïin  (|ue,  entre  les 
gens  de  pié  et  les  chevaulx,  ne  fust  encloz.  Souvant 
furent  estradiotz  assailliz,  mais  a  nulz  coups  acten- 
doyent  le  hurt,  et,  quand  ilz  estoyent  pressez,  a  leurs 
piétons  se  rctiroyent,  qui,  tant  serrez  et  en  si  bon 


Mars  1500]     COMMENT  Vie  aLLEMANS  furent  DEFFAICTZ.     221 

ordre  se  tcnoyent,  que  on  ne  les  povoit  rompre  ne 
desassenibler  ;  mais  les  escartez  estoyent  a  coup  ram- 
barrez  et  mys  a  la  raison.  Voyans  iceulx  AUemans  et 
autres  souldartz  mauryens,  que  a  leur  trop  domma- 
geuse  perte  tournoit  leur  emprise  et  que,  pour  le 
myeulx,  retraicte  leur  estoit  vallable,  en  eulx  deffen- 
dant  a  tour  de  bras,  prindrent  le  chemin  de  Yigeve 
et,  plus  de  deux  mille  de  pays,  en  eulx  retirant,  ainsi 
recullerent.  Tousjours  en  demeuroit  quelqun  en  reste, 
et  ausi  a  coups  de  picques  et  hacquebutes  blecoyenl 
gens  et  chevaulx. 

Les  Françoys,  qui,  ce  jour,  estoyent  sailliz  de 
Novarre,  en  approchant  la  ville  de  Morterre,  sceurent 
par  avanture  la  meslée,  et  la,  le  plus  tost  qu'ilz 
peurent,  se  trouvèrent.  A  leur  venue,  fut  de  rechief 
l'escarmouche  recomancée,  d'ung  coté  et  d'autre 
moult  dure;  car  les  Ailemans  et  gens  de  cheval  du 
seigneur  Ludovic,  voyans  leurs  ennemys  de  nombre 
rainforcez,  de  vertueulx  courage  firent  leurs  escus,  et 
si  adroict  se  deffendirent,  pour  autant  qu'ilz  estoyent, 
que  nul  d'eulx  fasoit  a  reprandre.  Messire  Aymar  de 
Prye  sceut  bien  a  quoy  s'en  tenir,  car,  cuydant  avec- 
ques  eulx  avoir  meslée,  tant  empesché  entre  eulx  se 
trouva  que,  nonobstant  que  a  toutes  mains  deffence 
luy  fut  secourable,  chargé  fut  de  toutes  pars,  et  luy 
promptement  rebouté  avecques  ung  coup  de  hacque- 
bute,  que,  au  travers  de  la  cuysse,  en  emporta.  Le 
capitaine  seigneur  de  Sainct  Prest  les  approcha  de 
tant  que,  au  travers  du  gantellet,  d'ung  coup  de 
picque  heut  la  main  percée.  Somme,  nul  les  appro- 
choit  de  longueur  de  picque  que  ne  fust  actainct  ;  de 
quelque  part  que  on  les  assailloit,  sur  leurs  seures 


222  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

gardes  et  rusées  deffences  tenoyent  l'ueil,  le  pié  et  la 
main,  en  manière  qu'on  ne  les  povoit  deffaire.  Quant 
on  chargeoit  leur  gent  de  cheval,  ilz  se  ouvroyent  par 
le  devant  et  entre  eulx  les  recueilloyent  ;  et,  en  recul- 
lant,  ceulx  du  dariere  se  relournoyent  contre  les  Fran- 
çoys  et  nulle  foys  failloyent  d'actaindre  quelqun. 

De  leur  rim  sortoyent  huyt  a  huyt,  dix  a  dix,  si 
très  hardiment  qu'on  ne  sauroit  plus,  et  a  grans 
coups  de  picques  et  hallebardes  fasoyent  d'eulx  telles 
merveilles  que  homme  ne  les  veoyit  qui  n'en  heust 
frayeur. 

Ung  entre  les  autres  fut,  qui,  pour  myeulx  donner 
coups  a  l'aise  du  corps,  en  plain  champ  et  hors  sa 
bataille,  comme  s'il  heust  voulu  jouer  de  soupplesses, 
lascha  son  pourpoint  et,  en  donnant  le  bransle  aux 
espaules,  a  deux  mains  prinst  la  hallebarde  pour  ruer 
patacz;  et,  comme  celuy  qui,  pour  le  priz  de  la  mort 
d'autruy,  voulut  sa  vie  mectre  en  vente  contre  tous 
ceulx  qui  a  ce  marché  se  vouloyent  trouver,  tenoit 
pié  ferme.  Toutesfoys,  a  la  fin  du  jeu,  luy  mesadvint; 
car,  luy  et  tous  ceulx  qui  prindrent  ce  party,  s'escar- 
terent  de  tant  que  plus  ne  trouvèrent  le  chemin  du 
retour.  Les  autres  se  retir[e]rent  vers  Vigeve,  faisant 
fuyte  de  lou  ;  mais,  nonobstant  leur  deffence,  on  les 
chargeoit  de  si  près  qu'ilz  ne  savoyent  tour  donner 
qui  de  mort  les  sceust  garantir.  En  eulx  retirant  trou- 
vèrent, sur  le  chemin,  ung  petit  boys  assez  fort  et, 
eulx  cuydant  illecques  myeulx  sauver,  se  desordon- 
nerent  et,  pour  gaigner  le  fort,  levèrent  leurs  picques. 
Voyans  les  Françoys  le  desordre  de  ceulx  Allemans, 
avecques  quelque  gent  de  pié  qu'ilz  avoyent,  se  misrent 
après  et,  de  toutes  pars,   les  envahyrent;  lesquelz. 


Mars  1500]     COMMENT  vie  ALLEMANS  furent  DEFFAICTZ.     223 

voyans  sur  eulx  tuniber  le  faix  de  la  deffortune, 
volurent  aux  ennemys  lesser  cruente  et  luctueuse  vic- 
toire, car  a  tous  effors  leur  vie  detîendirent. 

A  l'entrée  de  ce  boucquet  dont  j'ay  parlé,  ung 
nommé  George  Rudich,  capitaine  d'une  bende  de 
Suyces  du  party  du  Roy,  se  mist  après  en  l'heure 
qu'onques  puys  ne  revint;  car  tant  se  liasta  que,  pre- 
mier qu'il  peust  estre  recoux,  les  Allemans  l'eurent 
occiz.  Ung  archier  de  la  compagnye  du  seigneur  de 
Sainct  Prest,  a  tout  une  arbaleste  bendée,  pour  plus 
droict  assenner  quelqun  de  ceulx  Allemans,  lascha  la 
reine  de  la  bride  de  son  cheval  et,  la,  tant  bazarda  sa 
vie,  soubz  lasseurté  de  la  conduyte  d'iceluy,  que  entre 
ses  ennemys  soubdaynement  l'en  emmena,  lequel  a 
coups  de  hallebardes  fut  illecques  assommé.  Assez 
d'autres  Françoys  blecyerent  iceulx  Allemans,  et 
heussent  plus,  mais  l'empeschement  des  branches  et 
des  arbres  du  boys,  ou  ilz  estoyent,  leur  nuysoit  de 
tant  que  leurs  picques  et  hallebardes  ne  peurent  plus 
embesoigner,  ne  eulx  ralyer;  par  quoy  furent  tous  en 
ce  lieu  tuhez  et  deffaictz,  et  en  mourut,  par  compte, 
cinc  cens,  et  cincquante  furent  priz,  lesquelz  furent, 
par  les  Suyces,  qui  a  celle  deffaicte  avoyent  perdu 
leur  capitaine,  entre  les  mains  des  Françoys  tous  occiz. 

Les  gens  de  cheval  se  deffendirent  longuement  ; 
leur  capitaine,  nommé  Jehan  du  Gazai,  heu  ung  coup 
de  lance  en  la  cuisse  et  fut  au  bras  blecié  en  deux 
lieux,  lequel  pourtant  ne  volut  oncques  habbandonner 
ses  gens,  supposé  que  a  l'avantage  fust  monté,  pour 
soy  retirer  d'heure  s'il  heust  voulu  :  ainsi  fut  priz 
avecques  la  plupart  des  siens. 

Les  autres  se  sauvèrent  comme  ilz  sceurent,   et, 


224  ruRONiQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1500 

après  ce,  droict  a  Morterre  se  retirèrent  les  Françoys, 
sans  avoir  perdu  que  deux  hommes. 

Le  lendemain,  xxiif  jour  de  mars,  le  conte  de  Ligny  et 
le  seigneur  Jehan  Jacques,  avecques  leurs  gens  d'armes, 
retournèrent  a  Morterre,  et  tîst  le  conte  de  Ligny 
ensepvellir  les  mors,  qui  ancores  estoyent  sur  la  terre 
estandus.  Lesquelz,  scelon  le  rapport  de  ceulx  qui  les 
veirent ,  furent  bien  des  plus  beaulx  hommes  que 
nature  puisse  ouvrer,  tous  eingrossez  de  cuers  virilles, 
dont,  après  la  mort,  louer  les  deusse,  si  presumptif 
oultrecuyder  n'eust  voulu  le  terme  de  leur  vie  anti- 
ciper, car  le  capitaine  de  leur  gent  de  cheval  disoit 
que  tant  estoyent,  au  partir  de  Yigeve,  enflez  de  fierté 
que  toute  l'armée  de  France,  scelon  leur  dire,  n'eust 
heu  povoir  pour  les  deffaire;  toutesfoys.  Trop  présu- 
mer, (jui  les  foulz  hardys  souvant  déçoit,  les  mist  en 
voye  prochaine  de  malheureuse  fin.  Ainsi  qu'on  les 
mectoit  en  terre,  une  trompette  du  seigneur  Ludovic 
vint  sur  le  lieu  pour  demander  ung  gentilhomme  lom- 
bart,  qui  avecques  les  Allemans  avoit  esté  tuhé  ;  mais 
on  ne  le  peult  cognoistre  entre  les  mors,  tant  avoyent 
les  visages  detrenchiez.  Les  corps  furent  mys  en  terre, 
et,  pour  les  péchiez  d'iceulx,  le  conte  de  Ligny  fist,  a 
Morterre,  faire  obseque  sollempnel. 

XXVIIL 

Comment  le  seigneur  Ludovic,  après  que  les  Fran- 
çoys EURENT  RENDUE  NOVARRE,  FIST  SON  ENTRÉE  A 
MiLLAN. 

Dedans  la  ville  de  Novarre  estoit  le  seigneur  Ludo- 


Mars  1500]      COMMENT  LUDOVIC  FIST  SON  ENTREE.  225 

vie  avecques  son  armée,  moult  joyeulx  de  la  réduction 
d'icelle,  pencent  que  les  Françoys,  après  avoir  faict 
celle  perte,  se  trouveroyent  hors  du  chemin  de  seure 
retrecte  et  que,  par  les  autres  villes  de  la  duché  de 
Millan,  tant  mal  receuz  qu'ilz  n'auroyent  cause  de  y 
faire  long  séjour,  et  aussi  que  toute  Lombardye  crye-  , 
roit  sur  eulx  Ville  guignée,  ce  qui  pourroit  leur 
fureur  adoulcir  et  amollir  leur  courage.  Et,  après  ce, 
cuydant  de  ses  ennemys  estre  le  vaincqueur,  comme 
celuy  qui  de  victoyres  heureuses  et  glorieux  labeurs 
voloit  la  palme  de  triumphe  recepvoir,  avecques  ses 
plus  sollempnelz  complices  et  quelque  nombre  de  gens 
d'armes,  dedans  la  ville  de  Millan  s'en  alla,  et  la  fist 
son  entrée  pompeuse. 

La  recepcion,  que  les  seigneurs  et  peuple  de  la  ville 
luy  firent,  fut  tant  magnificque  que,  a  ceulx  qui 
estoyent  au  spectacle,  povoit  sembler  que  Dieu  fust 
illecques  dessendu.  Tant  fut  en  honneur  avancé  et 
haultement  receu  c|ue,  de  tous  sallutz  amyables  et 
humbles  révérences  de  grans  et  de  petiz,  de  toutes 
pars  fut  seigneureusement  accueily;  et,  pour  plus  le 
monter  en  gloire  caducque,  a  peu  près  le  voulurent 
iceulx  Lombars  divinement  adourer.  Quoy  plus,  eulx 
cuydans  le  povoir  des  Françoys  du  tout  abbatu,  comme 
ceulx  qui  tousditz  aux  plus  fors  tendent  la  main,  après 
ce  recueil  tant  sumptueulx,  les  trésors  de  la  ville  luy 
ouvrirent,  pour  en  prendre  a  son  vouloir,  luy  priant 
que,  le  plus  tost  qu'il  pouroit,  heust  a  chacer  de 
Lombardye  tous  les  Françoys  qui  la  estoyent,  si  loings 
que  James  ung  tout  seul  n'en  peussent  veoir;  lequel 
leur  promist  que,  sans  faillir,  leur  requeste  seroit  en 
brief  exécutée,  si  Fortune  ne  luy  tournoit  le  doz.  Et 


220  CHRONIQUES  DE  LOLIS  XII.  [Mars  1500 

pour,  a  ce,  de  plus  se  vouloir  a  eulx  obliger,  de  leurs 
deniers  si  a  plein  garnist  ses  coffres  que  de  plus  de  deux 
cens  mille  ducatz  empira  leurs  houticques  ;  et,  comme 
non  assouvy  de  l'avoir  de  tant  de  bourses  deslyées, 
au  sainctuaire  de  Dieu  osa  mectrc  la  main  et  appro- 
prier a  son  mondain  usage  ce  qui  au  service  divin 
estoit  ordonné,  sans  avoir  doubte  de  la  pugnicion 
amere  emcorir,  dont  jadis  la  divine  vengence  voulut 
les  sacrilleges  et  expollyateurs  des  temples  cruellement 
chastier.  Mais,  tost  après  ce  grief  forfaict,  comme  la 
roe,  qui  devant  ung  bouffement  venteulx  tourne  du 
liauU  en  bas,  ainsi,  du  plus  sublime  degré  de  sa  gloire 
instabille,  applaty  et  assoupé,  dedans  la  fange  de  misère 
se  trouva.  Gueres  ne  séjourna  dedans  Milan  après  qu'il 
heut  ainsi  exploicté*,  ains  s'en  retourna  a  Novarre, 
ou  estoit  son  armée. 


1.  Depuis  son  retour  d'Allemagne,  Ludovic  Sforza  n'avait  fait 
que  traverser  Milan  une  seule  fois,  sans  y  séjourner.  On  voit,  par 
les  détails  que  nous  fournit  Jean  d'Auton  avec  une  précision 
remarquable,  qu'il  y  revint  seulement  lorsqu'il  eut  repoussé  l'ar- 
mée française  et  que,  cette  fois  encore,  il  n'y  séjourna  guère.  A 
ce  moment,  les  troupes  occupaient  en  force  considérable  Novare 
et  la  ligne  qui  s'étend  de  Novare  à  Pavie,  par  Vigevano,  c'est-à-dire 
la  ligne  du  Tésin  qui  couvrait  Milan.  Les  Français  se  trouvaient 
concentrés  de  Verceil  à  F'alcstro  et  à  Mortara,  ayant  à  ce  dernier 
point  leurs  postes  les  plus  avancés. 

Dans  ces  conditions,  on  ne  comprend  pas  très  bien  l'exploit 
attribué  à  Bayard  par  la  Chronique  du  Loyal  Scrvileur  (ch.  xiv 
et  xv)  ;  d'après  ce  récit,  Bayard,  emporté  par  son  ardeur  et  se 
trouvant  campé  à  vingt  milles  seulement  de  Milan,  aurait  enlevé, 
avec  40  ou  50  de  ses  compagnons,  après  un  rude  combat,  le  vil- 
lage de  Binasco,  entre  Pavie  et  Milan,  occupé  par  300  chevaux 
lombards  sous  les  ordres  de  Jean  Bernardin  Cazache;  il  aurait 
poursuivi  les  fuyards  jusqu'à  Milan,  serait  entré  pêle-mêle  avec 
eux  dans  la  ville  et  ne  se  serait  arrêté  que  devant  le  logis  de 


Mars  1500]  COMMENT  LA  ÏHIMOILLE  ARRIVA  A  MOUTERRE.    'i^l 


XXIX. 

Comment  le  sire  de  la  Trimoille,  avecques  son 
armée,  arriva  a  morterre  en  lomrardye ,  et 

DU    RAINFORT    QU'iL    DONNA    AUX    FrANÇOYS   QUI  LA 
ESTOYENT. 

Le  vingt  et  quatriesme  jour  de  mars,  le  sire  de  la 
Trimoille,  avecques  son  armée,  partit  de  Verceil  ^  ;  et, 

Ludoyic,  où  on  l'aurait  fait  prisonnier.  Touché  de  sa  bravoure, 
Ludovic  lui  rendit  la  liberté. 

Outre  que  le  récit  de  cet  exploit  a  une  forme  extérieure  un  peu 
romanesque,  nous  ne  pouvons  nous  empêcher  de  supposer  qu'il 
frise  fortement  la  légende Jean  d'Auton,  dont  le  récit  cons- 
ciencieux est  des  plus  circonstanciés  pour  cette  campagne,  raconte 
avec  soin  les  escarmouches  contre  le  comte  Bernardin,  capitaine 
(ÏAlba7iais;  il  ne  dit  rien  d'un  incident,  assurément  digne  de 
mémoire,  et  qu'il  n'eût  pas  manqué  de  noter.  Le  chroniqueur  de 
Bayard,  Aymar  du  Rivai),  si  précis  également  dans  ses  indica- 
tions, n'y  fait  pas  la  moindre  allusion,  non  plus  qu'aucun  autre 
récit. 

Or,  nous  aurions  besoin  de  témoignages  formels  pour  admettre 
l'authenticité  absolue  d'un  fait  aussi  extraordinaire  que  celui  de 
300  cavaliers,  rudes  comme  les  Albanais,  continuant  à  s'enfuir, 
poursuivis,  derrière  l'armée  de  Ludovic,  par  un  seul  homme,  cet 
homme  fùt-il  Bayard,  franchissant  de  la  sorte  la  porte  et  les  postes 
militaires  des  fortifications  de  Milan  et  sa  double  enceinte,  puis 
traversant  la  ville  entière  jusqu'au  logis  du  duc,  c'est-à-dire  tout 
le  cœur  de  la  cité. 

Quant  à  Ludovic,  on  voit,  par  le  récit  de  Jean  d'Auton,  qu'il 
séjourna  à  peine  à  Milan  et  qu'il  rejoignit  de  suite  son  armée.  De 
plus,  il  ne  se  trouvait  pas  alors  dans  des  dispositions  de  grande 
générosité. 

1.  La  Trémoille,  selon  son  habitude,  avait  été  long  à  s'ébranler, 
voulant  pourvoir  à  tout.  L'on  a  encore  la  note  des  préparatifs  per- 
sonnels qu'avant  de  quitter  la  France  il  avait  fait  faire  (Archives 


•i-28  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIl.  [Mars  1500 

ancores  non  sachant  la  ville  de  Novarre  estre  au  sei- 
j^neur  Ludovic  rendue,  cuydant  trouver  le  siège  devant, 
pour  secourir  les  assiégez  marchoit  le  plus  tost  qu'il 
povoit  celle  part,  pencent  que,  si  de  heure  se  assem- 
bloit  avecques  eulx,  que,  a  quelque  priz  que  ce  fust, 

de  M.  le  duc  de  la  ïrémoille,  note  manuscrite  :  S'cnsuyt  ce  qui 
est  neccessaire  pour  la  maison  de  liions'',  luy  estant  lieutenant  du 
Hoy  en  la  duché  de  Millan).  Nous  y  voyons  que  sa  suite  person- 
nelle se  composait  de  67  chevaux  à  livrée,  ainsi  répartis  : 

4  grans  chevaux  et  1  courteau;  0  mules,  haquenées  et  cour- 
teaux  ; 

3  chevaux  de  somme,  pour  la  chambre  de  monseigneur,  1  pour 
son  harnois,  1  pour  le  linge,  1  pour  la  cuisine,  1  pour  la  dépense 
pour  porter  la  vaisselle,  2  pour  les  ustensiles  de  la  cuisine 
(broches,  poêles,  etc.),  1  pour  la  boulangerie; 

2  pour  chacun  des  12  gentilshommes  de  sa  maison  (soit  24); 

4  pour  les  4  gens  de  sou  échansonnerie,  et  1  grand  cheval  pour 

2  barils  de  vin; 

(i  chevaux  pour  les  6  gens  de  la  cuisine  et  2  pour  les  bouchers; 

I  cheval  pour  le  barbier,  1  pour  le  couturier,  1  pour  le  valet  de 
chambre,  1  pour  le  fourrier,  1  pour  la  lavandière,  1  pour  le  secré- 
taire, 1  pour  le  clerc  qui  écrit  la  dépense. 

II  fallut,  pour  y  fournir,  acheter  5  chevaux  au  départ. 

«  Plus  se  fault  pourveoir  de  quatre  bouchiers,  de  deux  a  cheval 
et  deux  a  pié,  pour  mener  lesdits  moutons,  et  ung  garson  pour  les 
garder,  et  fault  merchandez  a  eulx  pour  savoir  combien  ilz  voul- 
dront  gaingner  par  moys.  » 

Il  faut,  pour  la  table,  2  nappes  cl  2  douzaines  de  serviettes  par 
jour;  pour  la  table  des  gentilshommes,  une  nappe;  pour  celle  de  ses 
archers,  une  aussi  ;  pour  celle  du  maître  d'iiôtel  et  autres  officiers, 

3  nappes  par  jour;  soit,  en  tout,  49  nappes  à  emporter  et  28  dou- 
zaines de  serviettes  ;  pour  la  cuisine,  2  nappes  et  une  demi-dou- 
zaine de  serviettes  par  jour.  La  Trémoille  a  ordonné  aussi  de  se 
pourvoir  de  boulanger  et  pâtissier,  et  de  voir  ce  qu'ils  voudront 
gagner  par  mois;  d'un  clerc  et  de  deux  lavandières;  d'emporter 
aussi  sa  vaisselle,  soit  2  douzaines  de  tasses,  sa  coupe  habituelle 
et  deux  autres,  4  flacons,  2  pots,  4  aiguières,  2  bassins  et  47  pièces 
de  vaisselle  de  cuisine. 

On  voit,  par  ce  détail,  à  quel  point  il  prévoyait  tout. 


Avril  1500]  COMMENT  LA  TRIMOILLE  ARRIVA  A  MORTERRE.    2-29 

a  ses  ennemys  feroit  ung  allarme,  voire,  si  bon  luy 
sembloit  le  combat,  sans  autre  raintbrt  attendre,  chaul- 
dement  leur  donneroit  la  bataille.  Ainsi  qu'il  appro- 
choit  Novarre,  par  les  gens  du  pays  fut  adverty  que 
les  Françoys  avoyent  rendu  la  ville  au  seigneur  Ludo- 
vic et  que  a  Morterre  s'estoyent  retirez,  dont  prinst 
le  chemin  de  Morterre;  et  la,  sur  les  six  heures  du 
soir,  arriva,  avecques  ses  gens  d'armes.  A  celle  venue, 
fut  l'excercite  de  France  contre  le  povoir  du  seigneur 
Ludovic  moult  rainforcée,  et  de  tant  que  assez  puissans 
se  cuydoyent  les  Françoys  pour  l'actendre  au  plains 
avecques  son  ost.  Le  sire  de  la  Trimoille  fut  maintes 
foys  d'avys  que,  si  la  demeure  de  leurs  Suyces  estoit 
plus  gueres  tarde,  que  la  bataille  fust  aux  ennemys 
promptement  donnée,  affin  que  de  plus  ne  se  rainfor- 
çassent,  et  que  les  Françoys,  qui  ensemble  estoyent 
doze  cens  hommes  d'armes\  avecques  quatre  mille 
piétons  et  bonne  artillerye,  estoyent  assez  fors  pour 
les  combatre  et  deffaire  et  que,  sur  ce,  ne  restoit  que 
vigoureusement  besoigner  et  donner  a  droict. 

Toutesfoys,  pour  ce  que  les  Suyces,  qu'on  atten- 
doit-,  estoyent  a  chemin  et  de  jour  en  jour  arrivoyent 


1.  D'après  le  dénombrement  donné  plus  loin  (p.  249)  par  .Tean 
d'Auton,  Ludovic  pouvait  mettre  en  bataille,  librement,  -'lOO  Bour- 
guignons, 800  Lombards,  4,000  chevau-légers,  18  à  20,000  Suisses 
et  lansquenets,  armée  à  laquelle  il  fallait  ajouter  l'artillerie  et 
toute  la  cavalerie  légère  des  Estradiotz. 

2.  D'après  Saint-Gelais,  les  Suisses,  au  contraire,  arrivèrent  les 
premiers,  sous  la  direction  d'A.  de  Bessey.  Or,  Antoine  de  Bessey, 
comme  nous  l'avons  vu,  était  revenu  à  l'armée  depuis  longtemps, 
depuis  les  premiers  jours  de  mars  (p.  200).  Quinze  jours  lui 
avaient  sufii  pour  lever  les  Suisses  (p.  191),  qui  n'attendaient  plus 
que  le  paiement  d'un  acompte  sur  le  prix  de  leur  mise  en  cam- 


•230  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XTI.  [Avril  1500 

par  compaignyes,  fut  dit  qu'on  ne  combatroit  jucques 
a  leur  venue.  Lesquelz  receurent  a  Verceil  leur  paye- 
ment et,  tous  près  a  mectre  en  besoigne,  furent  a 
iMorlerre  le  troisiesme  jour  d'avril.  Durant  le  temps 
de  leur  actante,  a  l'affaire  de  la  guerre  heut  tousjours 
l'ueil  le  sire  de  la  Trimoiile,  comme  celuy  qui,  sur 
toutes  autres  choses,  l'avoit  en  mémoire  pour  recom- 
mandée :  a  toute  heure,  visitoit  les  gens  d'armes, 
ayant  l'advys  a  la  manière  d'iceulx,  pourveance  de 
chevaulx  et  acoustrement  de  harnoys  ;  en  manière 
que,  si  quelque  pauvre  soubdart  estoit  par  inconvé- 
nient desmonté,  ou,  par  deftault  d'argent,  d'armeures 
desnué,  pour  le  secourir  et  remcctre  sus  son  escuyerie 
estoit  ouverte  et  sa  bource  deslyée^  Riens  n'avoit  en 
espairgne  pour  savoir,  par  seures  et  diligentes  cspyes, 
les  affaires  et  entreprises  des  ennemys;  sur  les  che- 
mins et  passaiges,  par  ou  pouvoyent  venir  secourables 
aydes  et  rainfort  d'armes  au  seigneur  Ludovic,  avoit 
grosses  embusches  et  descouvreurs  de  pays.  En  ordon- 
née police  tenoit  tous  les  gens  d'armes  françoys  et 
propos  délibéré  de  loyaument  servir  le  Roy  et  vigou- 
reusement combattre  leurs  ennemys;  et,  avecques 
asseuré  maintien  et  chère  joyeuse,  a  chascun  donnoit 
fermeté  de  courage  et  esperence  de  victoire.  Avecques 
le  conte  de  Ligny,  le  seigneur  Jehan  Jacques  et  autres 
capitaines  de  l'armée,  consultoit  souvant  sur  ce  qui 
au  mieulx  de  la  guerre  pouvoit  servir,  remonstrant 
a  iceulx  que  tant  vertueusement  par  cy  devant  la 
besoigne  emcommancée  et  poursuyvye  avoient,  que 

pagne.  Mais,  en  réalité,  les  Suisses  arrivèrent  en  môme  temps 
que  La  Trémoille. 

i.  L.  de  la  Trémoille  était,  personuellomeut.  fort  riche. 


Avril  1500]  COMMENT  LA  TRIMOILLE  ARRIVA  A  MORTERRE.    231 

a  fin  honorable  ne  povoyent  faillir.  Quoy  plus,  tant 
monstroit  son  vouloir  au  service  du  Roy  affectueulx 
que  le  tout  de  son  povoir  y  estoit  au  large  employé. 
Et  plus  n'en  diray,  si  n'est  qu'a  ceste  conclusion  veulx 
adjoxter  que  de  sa  venue  désirée  moult  joyeulx  furent 
les  Françoys  et  soubz  l'ombre  de  l'estandart  de  son 
heureux  regnon^  plus  asseurez. 

A  Verceil  estoit  lors  le  cardinal  d'Amboise,  qui, 
d'heure  en  autre,  avoit  la  poste  et  nouvelles  du  Roy, 
pour  entendre  aux  affaires  d'icelluy  et  l'advertir  du 
démené  de  ses  choses. 

Du  rainfort  et  secours  de  France  par  toutes  les  Italles 
furent  tost  nouvelles  semées,  dont,  avant  l'a  main, 
telz  y  avoit,  qui,  pour  la  perte  des  Françoys  paryer, 
avoyent  hazardé  leur  argent  et  leur  foy  engaigée,  qui, 
après  ce,  du  marché  se  repentirent  et  telz,  qui,  -n 
bride  abbatue,  couroient  a  la  perte  d'iceulx,  qui  tout 
court  furent  arrestez.  Et,  voyant  le  seigneur  Ludovic 
les  Françoys  rassemblez  et  unys  et,  de  jour  en  jour, 
de  plus  en  plus  fort  leur  puissance  agrandir,  ne  fut 
pas  certain  de  mectre  a  fin  son  emprise  joxte  le  voloir 
de  son  désir  :  dont,  au  lever  et  au  coucher,  de  divers 
propos  et  pencées  estranges  heut  continuelle  conpai- 
gnye  et,  pour  descharger  la  hocte  de  son  cueur  de 
faix  tant  pondereux,  a  ses  privez  capitaines  et  amys 
familyers  voulut  publier  se  segret  de  son  affaire,  aus- 
quelz  voulut  de  ses  parolles  tenir  consistoryal  propos. 

•1.  Ce  renom  datait  de  la  guerre  de  Bretagne,  où  Louis  de  la 
Trémoille  avait  définitivement  écrasé  les  Bretons  à  la  bataille  de 
Saint- Aubin-du-Cormier. 


'232  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XTI.  tAvril  1500 

XXX. 

Une  oraison  que  dedans  la  ville  de  Novarre  le 
SEIGNEUR  Ludovic  eut  a  ses  capitaines,  sur  le 

TRECTÉ   DE    SON   AFFAIRE. 

«  Si,  au  temps  d'heureuse  prospérité,  la  cognois- 
sance  des  amys,  par  fortune  concilyez,  m'a  esté  diffi- 
cille,  au  besoing  extrême  d'aversité  amere,  pourront 
estre  facillement  mys  a  la  preuve,  seigneurs;  pour  ce 
le  dy  que,  aux  ans  llorissans  de  ma  dorée  félicité, 
d'aucuns  de  ceulx  qui  plus  beau  visaige  m'ont  monstre, 
a  mon  plus  grand  affaire,  moings  de  secours  en  eulx 
ay  Irouvé.  Mais,  au  fort,  ce  n'est  que  ung  des  moindres 
tours  de  luyte,  dont  Fortune  abbat  les  plus  roydes  et 
ceulx  qui  plus  a  elle  se  cuydent  attacher  ;  car,  ceulx 
qu'elle  faict  amys,  Infelicité  rend  ennemys.  Et,  pour 
ce  que  vous,  mes  bons  et  fidelles  amys,  au  plus  hault 
degré  de  mon  seigneuryeux  estât  et  au  plus  bas  estage 
de  la  fosse  de  ma  douUante  exterminacion,  tous  temps, 
m'avez  acompaigné  et  suyvy,  et  ausi  que  experiment 
m'a  vostre  loyal  vouloir  descouvert,  a  vous,  comme 
aux  seures  gardes  et  jurez  concyerges  de  la  porte  de 
mon  cueur  et  fermes  appuys  de  toutes  mes  charges, 
l'intencion  de  mon  courage  veulx  amplifïier  et,  en 
mes  choses  adverses,  provision  de  conceil  et  remède 
de  secours  demander  ;  sachant  que,  en  la  lovaulté  des 
conseilliers,  gist  la  seuret(';  des  princes  et  le  salut  de 
la  chose  publicque. 

«  Vous  savez  comment,  par  plusieurs  ans,  du  tiltre 
seigneurieux  de  la  duché  de  Millau  j'ay  pacifiquement 


Avril  1500]         ORAISON  DU  SEIGNEUR  LUDOVIC.  îilS 

jouy  et  a  la  principauté  ducale  d'icelle  directement 
succédé  et  comment,  par  l'empereur  Maximilien 
moderne,  de  la  seigneurye  duquel  despend  ladicte 
duché,  a  la  succession  héréditaire,  comme  vray  sei- 
gneur, j'ay  esté  receu  et  au  droict,  qui  a  la  gent  Sfor- 
ziaine  peult  appartenir,  substitué  ;  et  que,  aux  jours 
luysans  de  ma  puissant  dominacion,  j'ay  tant  magny- 
fyé  mon  estât  que  entre  tous  les  princes  du  monde, 
j'ay  esté  l'ung  des  plus  redoubtez  ;  tellement  que  toutes 
les  Italles  et  autres  circunvoisines  régions  plyoyent 
soubz  le  povoir  de  ma  main  et  que  tant  me  suys  trouvé 
par  la  vertus  de  force  haultement  auctorizé  que  oncques 
ne  me  veiz  en  bransle  d'estre  submarchié,  jucques  a 
ce  que,  par  la  menée  d'aucuns  mes  hayneux  sugetz  et 
consentement  de  voulloir  popullaire,  qui  ne  demande 
que  nouvelletez  estranges  et  mutacions  de  princes, 
depuys  ung  an  en  ça,  les  Françoys,  par  armes,  sont 
venuz  courir  mes  pays,  desoller  mes  cytez,  dévaster 
mes  places  et  moy  débouter  et  chacer  jucques  aux 
AUemaignes,  sans  avoir  sur  moy  droict,  si  ce  n'est 
autant  que  force  leur  en  donne  :  dont  une  chose  sur 
ce  amèrement  me  cuyt,  car,  en  toute  l'adversité  de 
ma  fortune,  le  comble  de  mon  malheur  gist  en  l'infe- 
licité  future  de  mon  heur  prétérit. 

«  Or  ay  je  tant  faict,  a  l'ayde  de  mes  alyez  et  amys, 
et  par  subtilz  moyens,  que,  pour  chacer  mes  ennemys 
et  recouvrer  mes  terres,  grosse  armée  ay  mise  sus  et 
regaigné  le  cry  du  peuple  de  Lombardye,  avecquesla 
faveur  couverte  et  segrete  intelligence  des  plus  renom- 
mées villes  des  Italles,  et  de  tant  mon  emprise  advancée 
que,  réservé  le  chasteau  de  Millau,  toute  la  duché  en 
mon  obbeissance  ay  reduyte  et  de  tant  me[s]  ennemys 


234  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

pressez  que,  de  toutes  les  villes  de  Lombardye,  que, 
ancores  n'a  deux  moys  passez,  paisiblement  occu- 
poyent,  ne  leur  reste  que  Morterre,  pour  leur  extrême 
reffuge.  Puysque  ainsi  doncques  que  tourne  leur  chance 
et  que  Fortune  nous  rit,  prestement  les  nous  fault 
poursuyvre  et  a  mort  persécuter.  Reste  au  surplus 
adviser  la  manière  comment  a  leur  totalle  deffaicte 
plus  advantageusement  pourrons  procéder.  Grantrain- 
fort  leur  est,  ses  jours,  de  France  venu  et,  a  toute 
heure,  leur  viennent  Suyces  a  légions.  Savoir  povez 
quelz  ilz  sont  aux  armes;  car  souvant  les  avez  veuz 
aux  coups  deppartir,  et  les  plus  des  foys  a  nostre 
perte  et  desavantage.  Ja,  ont  ilz  deffaicte  la  garnison 
de  Vigeve,  ou  avons  perdu  beaucoup  de  bons  souldartz, 
et  de  jour  en  jour  nous  endommagent.  Perte  qu'ils 
lacent,  ne  les  apauvrist;  car,  tant  plus  sont  et  ont 
estez  assaiîliz,  de  plus  ont  esvertuez  et  esvertuent  leur 
courage.  Toutesfoys,  a  ce  ne  nous  fault  plus  arester, 
mais  vigoureusement  les  assaillir  et  leur  donner  san- 
glante bataille.  x\insi,  pourront,  scelon  mon  advis, 
estre  domptez.  Pour  nous,  avons  le  plus  seur  party; 
car,  si  aux  armes  sont  advantageux,  de  double  nombre 
contre  eulx  sommes  ranforcez;  grande  puissance  d'Al- 
lemans  fors  et  batailleux  avons,  grosse  compaignye 
d'hommes  d'armes  bourguignons,  qui  savent  leur 
mode  de  combatre,  Albanoys  et  Estradiotz  a  grant 
multitude,  pour  les  rassembler  s'il  prennent  l'escart, 
fortes  escaidres  de  Lombars,  qui  d'hayne  mortelle 
leur  vueuUent,  toute  la  commune  du  pays  en  armes  et 
en  aguet  sur  les  passaiges,  pour  leur  trancher  le  che- 
min, s'il  advient  qu'ilz  soyent  defïaictz  ou  mys  a  la 
chace,  affîn  que  d'eulx  ung  seul  ne  réchappe.  Par  quoy , 


Avril  1500]        ORAISON  DU  SEIGNEUR  LUDOVIC.  235 

si,  par  lascheté  de  cueurs  effeminez,  debillitées  ne  sont 
noz  dextres,  louable  victoire  contre  noz  ennemis 
obtiendrons.  Nous  summes  dedans  noz  terres  et 
régions,  que  toute  loy  nous  commande  deffendre 
Jacques  a  la  mort  ;  dont  nous  doyvent  les  cueurs  éver- 
tuer et  la  force  accroistre,  comme  a  ceulx  qui  leurs 
pays,  parens  et  libertez  d'armes  vueullent  couvrir. 

«  Pour  ce,  veulx  je  bien  a  la  discrection  de  voz 
espriz  ouvrir  le  répertoire  de  mes  segretz  et  pryer 
voz  seigneuryes,  sur  ce,  me  doner  tel  ayde  et  advys 
que  a  ma  neccessité  pourez  recognoistre  plus  secou- 
rable,  sachant  que,  en  ce  hazart,  gist  le  recœuvre  de 
ma  soubdaine  resource  ou  le  moyen  de  mon  perpé- 
tuel exil.  » 

Les  cappitaines  de  l'armée  du  seigneur  Ludovic, 
après  avoir  ouy  ses  remonstrances  et  propos,  et  autres 
ouvertures  et  moyens  sur  le  faict  de  leur  emprise  deba- 
tus  et  mvs  avant,  heurent  tous  unj?  voloir  unanime  de 
donner  aux  Françoys  la  bataille  et,  a  pied  ferme,  aux 
champs  le  actendre  ou  assaillir.  Et  a  ce  ne  povoyent 
faillir,  car  autant  en  pençoyent  les  Françoys,  qui  n'ac- 
tendoycnt  que  la  venue  de  leur  Suyces  pour  assaillir 
leurs  ennemys  et  la  guerre  leur  donner. 

Le  Roy,  qui  lors  estoit  a  Lyon  sur  le  Rosne', 
adverty  de  ses  nouvelles,  plusieurs  jours  ensuyvans, 
pour  la  conservation  de  son  bon  droict,  prospérité  de 
son  excercite  et  octroy  de  la  paix  heureuse,  proces- 
sions generalles  et  humbles  prières  au  De{rence[u]r  des 
justes  querelles,  (îst  continuellement  présenter,  et  luy 


1.  On  a  vu  plus  haut  que  le  roi  était  arrivé  à  Lyon  le  19  mars. 
Il  y  resta  (soit  à  Lyon,  soit  aux  environs)  jusqu'au  21  juillet. 


236  fHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  |Avril  iWt 

mesnie,  avecques  magnificques  otï'rendes  et  voyages 
méritoires,  voulut,  sur  ce,  la  grâce  du  Donneur  des 
victoires  dévotement  implorer. 

XXXI. 

Comment  grant  nonbre  de  gentilzhommes  de  la 
MAISON  DU  Roy  partirent  de  Lyon  en  poste, 

POUR   VOULOIR   ESTRE   A  LA   BATAILLE. 

Plusieurs  jeunes  gentishommes  et  autres  de  la  mai- 
son du  Roy,  oyans  nouvelles  de  la  bataille  et  sachans 
que  a  plus  honorable  affaire  ne  pourroyent  mectre 
leur  valleur  en  veue  ne  leur  force  employer,  pour 
vouloir  avoir  part  a  l'honneur  du  triumphe  ou  a  la 
perte  de  la  defTortune,  heurent  deliberacion  jurée  de 
eulx  trouver  a  celle  besoigne.  Et  furent  de  ceulx  le 
marquis  de  Baude^  le  conte  de  Roussillon^,  Jacques, 

1.  Ce  marquis  ou  margrave  de  Bade,  familier  et  serviteur  de 
Louis  XII,  était  Christophe  I^"".  Il  était,  en  outre,  gouverneur  de 
Luxembourg  et  avait  épousé  Ottilie  de  Catzenellobogen.  La 
famille  de  Bade  était  divisée  en  deux  branches;  l'ainée  représen- 
tée par  le  marquis,  la  cadette  ayant  pour  dernier  représentant 
Philippe  de  Hochberg-Saussenberg,  maréchal  de  Bourgogne  en 
1481  (ms.  Clair.  10,  foi.  633),  dont  la  fille  unique  épousa  Louis 
d'Orléans-Dunois,  duc  de  Longueville. 

Christophe  de  Bade  eut  deux  fils,  tiges  des  deux  grands  rameaux 
modernes  de  la  famille  de  Bade  :  Bernard,  margrave  de  Baden- 
Baden,  et  Ernest,  margrave  de  Baden-Durlach. 

Philippe  de  Hochbcrg  laissa  un  fils  naturel,  auquel  Louis  XII 
accorda  en  1509  des  lettres  de  légitimation  (Clair.  225,  n"  473). 

2.  Charles  de  Bourbon,  comte  de  i^oussillon  en  Dauphiné,  ins- 
crit pour  une  pension  de  600  livres  au  compte  de  1499,  fils  do 
l'amiral  Louis,  bâtard  de  Bourbon;  il  fit  la  campagne  de  Mételin; 
sa  pension   fut  portée  à  800  livres.  Il  épousa  en  1506,  selon  le 


Avril  1500]    C  NON'BRE  DE  GENTILZHOMMES  PARTIRENT.       ^237 

Monsieur  de  Rohan,  Louys  de  Bourbon,  bastard  du 
Liège \  le  bastard  de  Vandosme-,  Jacques  de  Chab- 
bannes,  seigneur  de  la  Palyce,  Jehan  de  Ghabbannes, 
seigneur  de  Vandenesse^,  Germain  de  Bonneval,  gou- 
verneur de  Lymosin^,  Louys  des  Barres,  pannelier 

P.  Anselme,  Anne  de  la  Tour,  et  mourut  peu  après,  car  sa  veuve 
se  remaria  en  1510. 

4.  Louis  de  Bourbon,  deuxième  fils  naturel  de  Louis  de  Bour- 
bon, évêque  de  Liège;  il  avait  été  enfant  d'honneur  de  Charles  VIIL 
Il  avait  deux  frères,  Pierre,  seigneur  de  Busset,  et  Jacques,  che- 
valier de  Rhodes. 

2.  Jacques  de  Bourbon-Vendôme,  fils  naturel  reconnu  ou  légi- 
timé de  Jean  de  Bourbon,  comte  de  Vendôme,  et  de  Philippe  de 
Gournay.  11  était  seigneur  de  Bonneval,  de  Vansay,  Fortel,  etc., 
baron  de  Ligny,  pensionnaire  du  roi;  il  devint  chambellan  de 
François  I^""  et  bailli  de  Vermandois  (Clair.  782). 

3.  Jean  de  Chabannes,  seigneur  de  Vandenesse,  pensionnaire 
du  roi  (500  livres,  compte  de  1503,  ms.  fr.  2927).  Un  petit  homme, 
la  bravoure  même.  Ses  adversaires,  les  Espagnols,  l'appelaient  le 
Petit  Lion,  le  Petit  Lion  au  grand  cœur.  C'est  surtout  dans  les 
années  suivantes  qu'il  déploya  cette  bravoure.  A  Agnadel,  il  fit 
prisonnier  le  général  en  chef  vénitien,  Alviano.  Il  fut  tué  en  1523 
(Brantôme,  II,  380;  VI,  422,  etc.). 

-4.  Germain  de  Bonneval,  écuyer,  était  un  de  ces  jeunes  gens 
dont  l'entrain  et  le  courage  plaisaient  tant  à  Charles  VIIL  II 
l'accompagna  en  Italie  en  1494  comme  échanson,  se  battit  auprè.^ 
de  lui  à  Fornoue  et  son  crédit  avait  donné  lieu,  suivant  Brantôme, 

à  ce  dire  : 

Chastillon,  Bourdilloii,  Bonneval 
Gouvernent  le  sang  royal. 

Pensionnaire  de  2,000  livres  sous  Charles  VIII,  Germain  de 
Bonneval  fit  sa  cour  au  duc  d'Orléans  en  prêtant  au  sire  d'Orval 
2,000  livres  pour  s'acquitter  d'une  vieille  dette  envers  la  maison 
(l'Orléans.  Charles  VIII  l'avait  fait  chambellan,  gouverneur  du 
Limousin,  et  il  acquit  en  Limousin  les  baronnies  de  Corrèze  et 
de  Chebotonne.  On  l'appelait  le  jeune  Bonneval,  pour  le  distinguer 
d'Antoine  de  Bonneval.  C'était  l'homme  des  tournois.  Sous 
Louis  XII,  sa  pension  fut  ramenée  à  1,600  livres.  Après  la  dis- 
grâce du  maréchal  de  Gié,  le  roi  lui  confia  le  soin  de  mener  la 


■238  CHROiNIQUES  UE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

du  Roy',  le  seigneur  de  Beaudmer-,  le  seigneur 
d'Arpajon^  le  baron  de  Beart,  le  seigneur  de  Liste- 
compagnie  du  maréchal,  en  attendant  la  nomination  d'un  nou- 
veau capitaine,  qui  fut  le  baron  de  Mailly  (Tit.  orig.,  Bonneval, 
nos  33..i9;  cf.  n°5  9  à  30;  fr.  26107,  fol.  317;  compte  des  pension- 
naires de  1503,  Portefeuilles  Fontanieu;  ms.  fr.  2928,  fol.  10;  le 
Loyal  Serviteur,  p.  37;  cf.  fr.  25783,  n°  69). 

1.  Il  y  a  de  nombreuses  familles  des  Barres  ou  Desbarres.  Louis 
des  Barres,  dit  Le  Barrois,  était  un  très  jeune  homme;  il  venait 
de  perdre  son  père  Jacques  des  Barres,  également  dit  Le  Barrois, 
seigneur  des  Barres  et  de  Neufvy-sur-Allier,  institué  par  Pierre 
de  Bourbon  capitaine  de  Perpignan  en  1491  et  de  la  Réole  en 
1492  (Tit.  orig.,  Des  Barres  de  Neufvy,  n^^  2,  3,  5,  6).  Sa  mère, 
Jeanne  d'Estouteville,  restée  veuve  avec  des  enfants  mineurs, 
François  et  Jean,  eut  à  soutenir,  à  propos  de  leur  tutelle,  un  long 
procès  contre  la  famille  d'Estouteville.  Après  sa  mort,  en  1522, 
Louis  des  Barres  reprit  ce  procès  (id.,  n"'  17  à  21,  26).  Louis  des 
Barres  succéda  à  son  père  comme  capitaine  de  la  Réole  (id., 
no^  27-31),  et  reçut  du  roi  une  pension  de  260  livres.  Il  devint, 
sous  François  Ifi"",  capitaine  de  Pontorson  et  maître  d'hôtel  ordi- 
naire du  roi  (Tit.  orig.,  Des  Barres,  n^s  51,  52),  et  mourut  en 
1549  (Tit.  orig..  Des  Barres  de  Neufvy,  n«  16). 

2.  Lire  :  Beaudiner.  François  de  Crussol,  seigneur  de  Beaudi- 
ner,  frère  cadet  de  Jacques  de  Crussol,  dont  nous  avons  déjà  parlé. 
Il  était  pensionnaire  du  roi  pour  600  livres  (Compte  de  1503, 
ms.  fr.  2927).  Il  mourut  vers  1512,  laissant  une  jeune  veuve, 
Péronne  de  Salignac,  dame  de  Magnac,  qui  épousa  en  secondes 
noces  Antoine  Soreau,  s"'  de  Saint-Géran,  et  en  troisièmes  noces 
René  de  Volvire. 

3.  Jean  d'Arpajon,  seigneur  et  baron  des  baronnies  d'Arpajoii 
(aliàs  Arpaion,  Arpayon),  Severac,  Espairac  et  vicomte  dAulte- 
rive  (Aultes  ribes),  sénéchal  de  Rodez.  Il  eut  avec  le  receveur  de 
la  baronnie  d'Arpajon  un  procès  pendant  lequel  ses  revenus  furent 
provisoirement  mis  sous  séquestre;  or  le  procès  dura  seize  ans, 
de  1492  à  1508  (Tit.  orig.,  Arpajon,  n'  12).  Il  était  valet  tranchant 
de  Charles  VIII  en  1470,  et  échanson  en  1496.  Il  était  sans  doute 
lils  de  Guy  d'Arpajon,  gouverneur,  en  1495  et  encore  en  1497,  du 
château  de  Mauléon  de  Soulle,  où  il  avait  pour  lieutenant  Gaston 
d'Arpajon;  Guy  d'Arpajon,  vicomte  de  Lautrec,  avait  été  ambas- 
sadeur sous  Louis  XI. 


Avril  1500]    C  NONBRE  DE  GENTILZHOMIMES  PARTIRENT.       "239 

nay  S  le  seigneur  de  Freraente,  le  tîlz  du  bastard  de  Car- 
donne-  ;  lesquelz  partirent  de  Lyon,  en  poste,  le  penul- 

A  la  même  époque,  nous  rencontrons  Hugues  d'Arpajon,  et 
plus  tard  René  d'Arpajon,  qui  épousa  Géraulde  du  Prat,  et  qui, 
veuf  en  1545,  soutint  alors  un  procès  au  nom  de  son  fils  Antoine 
d'Arpajon  (Tit.  orig.,  Arpajon,  no=  5,  6,  8,  9,  10;  ms.  iV.  698G, 
loi.  3;  Clair.  3,  fol.  279-283). 

1.  François  de  Vienne,  seigneur  de  Listenois,  d'Arc  en  Barrois, 
etc.,  sénéchal  et  maréchal  de  Bourgogne,  fils  de  Jean  de  Vienne, 
maréchal  de  Bourbonnais,  ambassadeur  à  Venise  en  1483,  etc., 
mort  le  11  septembre  1499,  et  d'Anne  de  Vienne.  On  dit  qu'il 
épousa,  en  1513,  Bénigne  de  Granson;  mais  il  est  à  remarquer 
que,  le  3  mai  1511,  il  passa  une  transaction  avec  le  marquis  de 
Rothelin  relativement  à  des  terres  qu'il  possédait  en  Barrois  du 
chef 'de  sa  femme  (ms.  fr.  4605,  fol.  4).  Une  de  ses  filles,  Fran- 
çoise, épousa  François  d'Amboise,  s""  de  Bussy.  Il  recevait  600  liv. 
de  pension  (Tit.  orig.  Vienne,  n^^  90  et  suiv.).  Il  mourut  vers  1517. 

2.  Ce  jeune  homme,  qui  a  laissé  peu  de  traces,  était  pension- 
naire du  roi  pour  400  livres  ;  il  figure  dans  les  comptes  sous  ce 
même  titre  de  fils  du  bastard  de  Cardonne  (ms.  Clair.  224,  n"  395). 

Son  père,  Jean,  bâtard  de  Cardonne,  dont  il  sera  question  plus 
loin,  était  fils  de  Jean,  comte  de  Cardonne  et  de  Brades,  con- 
nétable d'Aragon,  pensionnaire  de  Louis  XI  pour  8,000  livres, 
et  frère  de  Jean,  également  comte  de  Cardonne  et  de  Brades,  et 
également  connétable  d'Aragon  depuis  1481.  Louis  XI  enrôla  à 
son  service  plusieurs  membres  de  cette  puissante  et  nombreuse 
famille  catalane,  Michel  Cardonne  ou  de  Cardonne,  «  Miquael 
Cardona,  »  qualifié  chevalier  de  Cerdagne,  reçut  une  pension  de 
600  livres  lors  de  l'occupation  par  Louis  XI  du  pays  de  Puissar- 
dan  ;  il  devint  ensuite  panetier  de  Charles  VIII.  Un  autre  Jean- 
François  de  Cardonne,  seigneur  de  Coignat,  chambellan  et  maître 
d'hôtel  du  roi,  était  gouverneur  et  sénéchal  des  terres  d'Arma- 
gnac dira  Garonnam;  il  alla  visiter  Savonarole  (Commines,  t.  Il, 
p.  437).  Sous  Louis  XII  au  contraire,  tous  les  Cardonne  se  retrou- 
vèrent naturellement  du  côté  de  l'Espagne  et  s'y  distinguèrent 
contre  la  France.  Seul,  le  bâtard  de  Cardonne  resta  fidèle  à  son 
pays  d'adoption.  Louis  XI,  toujours  favorable  aux  bâtards  de 
grande  maison,  l'avait  fait  chambellan  et  lui  donna  une  compa- 
gnie de  25  lances,  qu'il  augmenta  en  1478  (n.  a.  fr.  1231,  p.  30, 
38).  Lorsque  Louis  d'Orléans  rompit  avec  Anne  de  Beaujeu,  il 
écrivit  au  bâtard  de  Cardonne  pour  chercher  à  l'enrôler  dans  sou 


540  CHRONIQUES   DE  LOUIS   XII.  [Avril  1500 

Lieme  jour  de  mars  et  tant  avancèrent  que,  en  troys 
jours  et  demy,  heurent  passez  tous  les  mons  de  Savoye 
et  les  terres  de  Pyemont,  qui  près  de  cent  lieues  de 
pays  contiennent,  et  a  chief  de  temps  arrivèrent  a 
Morterre,  en  Lombardye;  et,  la,  trouvèrent  le  conte 
de  Ligny,  le  sire  de  la  Trimoille,  le  seigneur  Jehan 
Jacques,  le  baillif  de  Disjon  et  toute  l'armée  de  France 
sur  bransle  de  marcher  en  avant  et  prendre  les  champs. 
Troys  gentishommes,  pencionnaires  du  Roy,  des- 
sus nommés^  qui,  avecques  le  duc  de  Vallentinoys, 
estoyent  allez  a  l'an  jubillé",  oyans  a  Romme  parolles 

entreprise  (ms.  fr.  15537,  fol.  232).  Mais  Cardonne  resta  cham- 
bellan du  roi,  quoique  mécontent  et  peu  en  laveur;  Charles  VIII 
lui  donna,  le  22  mai  1489,  des  lettres  de  légitimation  (Portef. 
Fontanieu).  Néanmoins,  Cardonne  continua  à  porter  son  titre  de 
«  Bâtard  de  Cardonne;  »  de  1495  à  1504,  nous  le  trouvons  à  la 
tête  d'une  compagnie  de  40  lances  qui,  en  dernier  lieu,  tenait  gar- 
nison en  face  de  l'Angleterre,  à  Boulogne-sur-Mer  (Tit.  orig., 
Cardonne,  n<"  3-20  :  fr.  26107,  n°  344  :  fr.  25781,  fol.  3  :  fr.  25783, 
n"  49).  Il  se  mit  un  moment,  en  1500,  à  la  solde  de  César  Bor- 
gia,  pour  lequel  il  commandait  au  siège  de  F'orli  une  compagnie 
de  200  hommes  (Marine  Sanuto,  III,  1049). 

Le  nom  patronymique  des  Cardonne  était  Folch,  mais  ils  ne  le 
portaient  point  dans  les  actes;  le  bâtard  de  Cardonne  signait  tou- 
jours Bastarl  de  Cardone,  et  sa  signature  présente  une  particularité. 
C'était  une  grilfe  imprimée,  et  le  bâtard  avait  deux  griffes  diffé- 
rentes. 

En  1498  et  1499,  les  Cardonne  étaient  au  comble  de  l'influence 
en  Espagne  et  à  Naples;  la  duchesse  de  Cardonne  venait  de  tenir 
sur  les  fonts  baptismaux,  avec  Ferdinand  le  Catholique,  un  neveu 
(lu  roi;  don  IJgo  de  Gardona  était  le  favori  de  Frédéric  de  Naples 
(Marine  Sanuto). 

1.  Adrien  de  Brimeu,  Antoine  de  Castelferrus  et  Louis  de 
Malestroit,  que  nous  avons  vus  assister  au  siège  d'Imola,  puis  se 
rendre  à  Rome  (p.  122). 

2.  L'an  1500,  pour  lequel  était  promulgué  un  jubilé  solennel, 
et  qui,  more  Hoinano,  avait  commencé  depuis  le  25  décembre  pri;- 
cèdent. 


Avril  1500]  COMMENT  L'ARMÉE  SAILLIT.  241 

de  la  bataille,  pour  ne  faillir  a  tel  affaire  se  voulurent 
mectre  au  retour  et,  pour  cuyder  avancer  leur  voyage, 
s'embarclierent  a  Ilostye,  ung  port  de  mer  près  de 
Romme.  Mais,  pour  l'ennuy  de  la  tormente  ne  peurent 
a  la  voille  donner  vent  a  gré,  dont  prindrent  terre,  et, 
de  la,  coururent  Ytallye  jucques  a  Gennes  et  tanthas- 
terent  leurs  cours  que,  de  Romme,  en  quatre  jours\ 
furent  a  Morterre,  en  Lombardye,  assemblez  avecques 
l'armée  de  France. 

XXXII. 

Gomment  l'armée  de  France  saillit  de  Morterre, 

POLU    ALLER    DONNER    LA    BATAILLE    A    l'ARMÉE    DU 
SEIGNEUR   LUDOMC. 

Ung  dimenche,  cincquiesme  jour  d'apvril,  en  l'an 
mille  cinc  cens-,  les  Françoys,  tous  en  armes,  sail- 
lirent de  Morterre,  avecques  tous  leurs  Suyces  en  point 
et  apprestez  pour  le  combat. 

Le  sire  de  la  Trimoille,  avecques  cinc  cens  hommes 
d'armes,  fasoit  l'avant  garde,  lequel  estoit  monté  sur 

1.  Cette  course  héroïque  mérite,  en  effet,  une  mention,  car,  de 
Rome  à  Mortara,  il  y  a,  en  chemin  de  fer,  environ  685  kilomètres, 
et  par  la  route  des  Maremmes,  alors  la  plus  insalubre,  la  plus 
dangereuse  et  la  moins  fréquentée  de  l'Italie.  Ils  auraient  donc 
fourni  une  course  d'environ  170  kilomètres  par  jour. 

2.  11  est  à  remarquer  que  Jean  d'Auton,  tout  en  rapportant  les 
faits  officiels  au  comput  officiel,  suit,  pour  son  compte,  le  système 
florentin  et  méridional  ;  il  commence  l'année  au  25  mars.  Après 
nous  avoir  raconté  le  rémanent  de  l'année  1499,  il  entre,  le  5  avril, 
dans  l'année  1500;  en  France,  on  en  était  encore  à  l'année  1499, 
jusqu'au  19  avril,  jour  de  Pâques. 

I  16 


242  CHRONIQUES  de  louis  XII.  [Avril  1500 

ung  coursier  moult  advantageux,  prompt  a  l'esperon 
et  legier  a  la  main;  et,  armé  de  toutes  pièces,  che- 
vauchoit  de  rang  a  rang,  pour  adviser  a  la  manière  et 
pollice  de  ses  gens  d'armes,  lequel  conduisoit  si  adroict 
que  nul  ne  desmarchoit  de  son  ordre. 

Le  conte  de  Ligny  avoit  la  bataille,  ou  estoyent  qua- 
torze mille  Suyces  et  toute  l'artillerye.  Et,  pour  myeulx 
ses  gens  acheminer,  avecques  eulx  se  mist  a  pié,  la 
hallebarde  au  poing,  vestu  d'ung  pourpoint  de  drap 
d'or,  my  party  de  damas  blanc,  bendé  au  travers  de 
vyolet,  le  halcret  dessus,  ung  chapeau  jaune  sur  sa 
teste,  garny  de  plumes  blanches ^  La  pluspart  des 
gentishommes  de  la  maison  du  Roy,  qui  la  estoyent 
allez  en  poste,  et  plusieurs  autres  luy  firent  compai- 
gnye,  lesquelz  mist  avecques  luy  au  front  de  la  bataille, 
entre  deux  Suyces  ung  Françoys,  tous  vestus  de  sa 
livrée  et  armez  a  la  mode  d'Allemaigne. 

Le  seigneur  Jehan  Jacques,  a  tout  cinc  cens  hommes 
d'armes,  conduisoit  l'arriére  garde,  lequel  ne  tenoit 
brin  de  desordre. 

Ainsi  commança  l'armée  de  France  a  marcher  et 
prendre  l'adresse  vers  la  ville  de  Novarre,  davant 
laquelle  estoit  le  seigneur  Ludovic  avecques  ses  soul- 
dartz,  dont  il  avoit  plus  de  trente  mille.  De  toutes 
pars,  avoyentles  lieutenans  du  Roy  mys  sur  les  champs 

1.  Par  ce  vêtement  luxueux,  le  comte  de  I^igny  montrait  qu'il 
n'avait  pas  peur  d'être  désigné  aux  coups  des  ennemis.  Ce  vête- 
ment rappelait,  en  outre,  le  lion  des  armoiries  du  comte  (le  comte 
de  Ligny  portait  :  iVanjent,  au  lion  de  gueules,  à  la  queue  nouée, 
fourchêc  et  passée  en  sauloir,  armé  et  couronné  d'or,  lampassé  d'azur, 
surmonté  d'un  lambcl  d'azur  à  trois  pendants.  Le  lambel  et  les 
couleurs  du  lion  distinguaient  son  blason  du  blason  de  Luxem- 
bourg). 


Avril  1500'  COMMENT  LARMEE  SAILLIT.  '243 

guectz  et  coureurs  pour  descouvrir  le  pays,  affin  que 
au  desproveu  ne  fust  surprise  l'armée,  et  envoyez 
explorateurs  pour  savoir  la  manière  des  ennemys,  qui 
ja  tenoyent  les  champs  ;  lesquelz  on  actendoit  de 
moment  en  autre  avoir  en  barbe,  dont  chascuii  sur 
«Tarde  se  tenoit.  Les  hommes  d'armes  avovent  leurs 
armelz  en  teste  et  la  lance  sur  la  cuisse,  arcbiers  et 
arbalestriers  les  arcz  tenduz,  les  Suyces  picques,  halle- 
bardes et  hacquebutes  prestes  a  mectre  en  œuvre, 
eannonniers  toute  leur  artillerye  chargée  et  atiltrée  ; 
tout  estoit  si  a  point  adressé  scelon  l'ordre  de  la  guerre 
qu'il  n'y  avoit  que  redire.  Chose  bien  merveilleuse  a 
ymaginer  et  plus  espoventable  a  regarder,  estoit  la 
raincontre  de  main  armée  tant  furyeuse,  ou  force  tant 
immodérée  sembloit  avoir  que  au  povoir  de  toutes  les 
Italles  n'estoit  de  la  savoir  dompter. 

Ce  jour,  sur  l'heure  de  vespres,  fut  l'armée  devant  une 
petite  ville  nommée  Yessepola^  a  troys  milles  près 
de  Morterre,  a  cartier  de  Novare,  et  la,  pour  nuyt  pas- 
ser, firent  gens  d'armes  leur  logis. 

Le  lendemain,  sixiesme  jour  d'apvril,  au  plus  matin, 
se  mist  larmée  aux  champs,  tout  le  pas  marchant  le 
droict  chemin  de  Xovarre,  et  pour  descouvrir  le  pays, 
avecques  les  coureurs  furent  envoyez  le  seigneur  de 
Beaumont  et  le  seigneur  de  Xandricourt.  Le  conte  de 
Ligny  marchoit  pié  a  pié  avecques  les  Suyces,  lesquelz 
tenoient  ordre  que  Tung  ne  passit  l'autre.  Le  sire  de 
la  Trimoille,  qui,  la  nuyt  devant,  avoit  heu  nouvelles 
du  Roy  pour  avancer  l'œuvre,  ne  regardoit  (jui  le  suy- 
voit,  mais,  comme  celuy  qui.  sans  différer,  a  l'excu- 

i.  Vespolate,  à  12  kilomètres  de  Xovare,  à  13  de  Mortara. 


244  (  HROXIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Avril  i50U 

cioii  de  la  guerre  entendoit,  hastoit  son  train,  et  moult 
luy  ennuyoit  la  tardité  de  l'heure  que  aux  ennemys 
n'a  voit  meslée. 

Tant  marcha,  ce  jour,  l'armée  de  France  que,  sur  le 
point  du  mydi,  a  ung^  mille  près  de  Novarre  prist 
logis*.  De  tous  costez  fut  le  guect  mys  aux  champs; 
et,  pour  celuy  de  plus  fortiffier  et  supporter  l'armée, 
le  seigneur  de  Xandricourt,  qui  ce  jour  n'estoit  du 
guect,  avecques  partie  de  ses  gens  d'armes  fut  a  che- 
val. A  la  venue  des  Françoys,  les  gens  du  seigneur 
Ludovic,  par  conpaignyes,  furent  a  l'estrade  et  les 
Françoys,  d'autre  part;  et,  la,  se  commancerent  les 
ungs  les  autres  mectre  a  l'essay,  tant  que  de  deux 
partiz,  plusieurs  foys,  ce  jour,  y  heut  raincontre 
jucques  a  la  mort  de  mainctz  souldartz.  Les  Estradiotz 
du  seigneur  Ludovic  n'estoyent  par  les  Françoys  mys 
a  l'espergne  ;  ausi  n'estoyent  les  Françoys  par  les 
Maui'yens  lessez  a  repos.  La  fut  tuhé  ung  jeune  gen- 
darme gascon,  de  la  conpaignye  du  seigneur  de  Ghas- 
tillon,  nommé  Françoys  de  Odaulx%  lequel  ce  jour  fist 
assez  pour  avoir  icy  une  assiete  de  mansion  eterne  ; 
car,  a  tous  hurtes,  avoit  sceu,  par  esperience,  com- 
ment les  premiers  coups  s'estoyent  donnez  et,  a  la 
retrecte  des  derreniers,  soustinst  la  meslée,  tant  que, 
pour  monstrer  de  quoy,  la  mortelle  enseigne  en 
apporta.  Jucques  au  soir  dura  l'escarmouche  et,  si 
tost  que  lumière  tist  place  aux  ténèbres,  chascun  a  son 
Cartier  se  retira. 

1.  On  voil  ici  que  J.  d'Auton  n'était  pas  présent  à  la  marche 
de  l'armée.  L'armée  n'avait  fait  qu'une  dizaine  de  kilomètres. 

2.  Du  côté  de  la  CTascogne,  on  connaissait  le  château  d'Audaus, 
arrondissement  d'Orthez,  et  Odos  eu  Bigorre. 


Avril  1500]  COMMENT  LARMÉE  SAILLIT.  245 

Le  lendemain,  ung  mardy,  septiesme  jour  d'ap\Til, 
Bourguignons  et  Albanoys  et  autres  souldars  du  sei- 
gneur Ludovic,  au  plus  matin,  furent  a  grosses  bendes 
a  la  course,  lesquclz  ne  séjournèrent  gueres  sur  le 
champ  sans  avoir  les  Françoys  aux  coups  départir, 
(jui,  de  leurs  conpaignyes,  estoyent  sortiz  six  a  six, 
dix  a  dix,  pour  eulx  essayer  et  mectre  leurs  chevaulx 
a  l'espreuve.  Tant  approchèrent  que  entre  eulx  se 
commanca  chaulde  meslée. 

Ung  homme  d'armes,  de  ceulx  du  seigneur  de 
Lauque,  nommé  Bernard  Descenon,  voyans  les  escar- 
moucheurs  francovs  parles  Bour£;ui2:nons  et  Estradiotz 
oultrez.  a  force  de  cheval  et  pointe  de  lance,  pour 
supporter  les  fouliez,  se  mist  au  travers  des  ennemys, 
tant  que  souvant  rompit  la  presse  et  long  temps  sous- 
tinst  le  faix  ;  mais,  a  la  fin,  tant  se  trouva  pressé  que, 
entre  les  jambes,  luy  fut  tuhé  son  cheval,  et  luy, 
avecques  l'ayde  qu'il  se  fîst  et  le  secours  de  ses  con- 
paignons,  se  remist  sus.  Ung  autre  Françoys,  nommé 
Yves  de  Malherbe',  capitaine  d'avanturiers,  se  trouva 

1,  La  famille  Malherbe  joua  sous  Louis  XII  un  rôle  important. 
Jean  Malherbe,  seigneur  de  la  Lande  et  autres  lieux,  fit  la  cam- 
pagne de  1503,  y  perdit  sa  fortune  (d'après  des  Mémoires  manus- 
crits) et  eut,  au  retour,  beaucoup  d'enfants. 

Son  frère  cadet,  Robert,  fut  prévôt  des  maréchaux  sous 
Charles  YIII  et  Louis  XII,  puis  prévôt  général  des  maréchaux 
(Tit.  orig.,  Malherbe  en  Normandie;  id.,  Malherbe;  ms.  Clair.  240, 
fol.  509,  523).  Mais  nous  n'avons  point  trouvé  trace  d'Yves  de 
Malherbe,  auquel  J.  d'Auton  décerne  la  qualité  de  c  capitaine 
d'aventuriers,  b  Le  Loyal  Serviteur  parle  ip.  216),  en  1510,  d'un 
gentilhomme  dit  «  le  jeune  Malherbe,  »  qui  ne  doit  pas  être  le 
même. 

Nous  supposons  qu'Yves  Malherbe  devait  être  fils  d'Alain  Mal- 
herbe, oncle  des  Malherbe  dont  nous  venons  de  parler. 


■2\6  (MIKOMQUKS  DE  LOUIS  XII.  |Avril  1500 

a  cesL  affaire,  lec[uel  heut  avccques  les  Estradiotz  mes- 
lée  telle  que  deux  de  leurs  chevaulx  en  amena. 

A  tous  effors  venoyent  souldartz  mauriens  a  l'escar- 
niouche  et,  voyans  les  Françoys  que  la  trouver  se  fail- 
loit,  trente  hommes  d'armes  de  ranfort  se  misrent  en 
avant  ;  et  des  premiers  fut  ung  nommé  Hymbercourt^ 
des  pencionnaires  du  Roy,  lequel,  sans  adviser  qui  le 
suyvoit,  donna  des  espérons,  et,  tout  seul,  avecques 
trois  cens  Allemans  se  vint  mesler  tant  rudement  qu'il 
perça  la  presse;  et  tant  hardiment  le  fîst  que  ce  fut 
par  trop,  car,  a  grans  coups  de  picques  et  halbardes, 
fut  son  cheval  tué  et  luy  blecyé  et  mys  par  terre  ;  et, 
si  de  ses  compaignons  n'eust  heu  brief  secours,  illec- 
ques  eust  esté  assommé  et  occis.  Durant  ladicte  escar- 
mouche la  nuyt  survint  et  chascun  se  retira. 

XXXIII. 

Comment  les  seiGixeurs  des  Ligues  voulurent 
empesgher  la  bataille. 

Durant  ce  temps,  les  seigneurs  et  gouverneurs  des 
Ligues,  comme  ceulx  qui,  pour  vouloir  avoir  part  a 
la  prise  en  eaue  trouble,  gectent  leurs  rectz,  pençent 
que,  au  moyen  de  celle  division  sur  la  duché  de  Mil- 
lau, quelque  pays  ou  places  pourroyent  conquester, 
voulurent  empescher  la  bataille  et  la  guerre  prolonger  ; 
et,  pour  ce,  transmyrent  leurs  postes  devers  les 
Suyces  souldoyers  du  Roy,  leur  mandant  expressé- 
ment que  a  combatre  n'eussent,  jucciucs  par  autres 

i.  Le  même  Adrien  de  Brimeu,  seigneur  d'Humbercourt,  que 
nous  avons  vu  revenir  en  poste  de  Rome. 


Avril  1500]    COJBIEM  LES  SEIGNEURS  DES  LIGUES,  ETC.     247 

ambaxades  heussent  d'eux  plus  amples  nouvelles.  Les 
Françoys,  qui,  de  toutes  pars,  avoyent  guectz  et 
espies ,  sceurent  la  chose  ;  de  laquelle  fut  premier 
adverty  le  cardinal  d'Amboise  par  ung  nommé  Fran- 
çoys Doulcet*,  lequel,  après  avoir  sceu  le  cas,  partit 
d'une  ville  nommée  Yvrée  et  de  la  fut  en  poste  jucques 
a  Verceil,  ou  estoit  ledit  cardinal,  pour  l'advertlr  du 
faict;  et,  tout  en  l'heure  qu'il  heut  faict  son  rapport, 
ledit  cardinal  le  renvoya  a  Vost  pour  ascavanter  les 
lieutenans  du  Roy  et  le  baillif  de  Disjon,  capitaine  des 
Suyces,  de  l'intencion  d'iceulx,  pour  obvyer  a  ce  des- 
tour et,  sur  ce,  trouver  moyen  de  remède,  et  que  le 
vouloir  du  Roy  estoit  que,  le  plus  tost  que  possible 
seroit,  on  les  mist  en  besoigne  ;  et,  tout  ce  mys  en 
advys,  ordonné  fut  par  les  lieutenans  du  Roy  et  les 
capitaines  de  l'armée  que,  le  jour  ensuyvant,  seroit 
aux  ennemys  donnée  la  bataille-. 

Le  jour  de  après,  qui  fut  ung  mercredi,  huytiesme 
d'apvril,  au  plus  matin,  l'armée  prist  les  champs  droict 
a  Novarre,  dont  estoit  sailly  le  seigneur  Ludovic, 
avecques  toute  sa  gent. 

Au  partir  du  logis,  comança  l'armée  de  France  a 
tenir  bataille  ordonnée  et  a  marcher  moult  tost,  et  tant 
que,  entre  le  conte  de  Ligny,  qui  estoit  chief  des  gens 
de  pié,  et  le  sire  de  la  Trimoille,  qui  les  gens  d'armes 
de  cheval  conduisoit,  y  heut  estrif  ^  a  qui  marcheroit 

\.  Voy.  p.  194. 

2.  M.  Morbio  (Storia  di  Novara,  p.  191)  prétend  qu'Antoine  de 
Bessey  arrêta  l'ordre  donné  par  les  Ligues  aux  Suisses  de  France 
et  fit  hâter  au  contraire  l'ordre  pareil  donné  aux  Suisses  de  Ludo- 
vic. Cet  ordre  avait  été  provoqué  près  de  la  diète  helvétique  par 
Galeazzo  Yisconti,  pour  sauver  Ludovic. 

3.  Estrif,  dispute. 


l'48  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  i500 

devant.  Toutesfoys  chascun  tint  si  bon  ordre  que  des- 
roy  n'y  heut  lieu.  Tous  les  piétons  et  le  charroy  de 
l'artillerye  bransloyent  soubz  la  main  du  conte  de 
Ligny  ;  et,  affin  que  nul  allast  coustier  et  que  chascun 
marchast  droict,  tousjours,  comme  guyde  et  a  pié, 
des  premiers  estoit  a  chemin  et,  en  marchant,  dist  aux 
siens  :  «  Seigneurs,  l'heure  est  venue  que  chascun  de 
nous  doit  pencer  a  son  affaire,  car  noz  ennemys  avons 
en  veue,  qui  bataille  nous  présentent.  Ne  refusons  ce 
party,  sachant  le  priz  de  la  valleur  des  hommes  estre 
du  tout  aux  faictz  des  armes  mys  a  l'extime.  Hastons 
nous,  pour  donner  des  premiers,  et  que  nul  de  nous 
aict  de  craincte  reprochable  le  cueur  amoly,  car,  en 
bataille,  tousjours  est  le  plus  de  péril  a  ceulx  mesme- 
ment  qui  plus  craignent  :  audace  est  ung  escu  de  seu- 
reté  dont  Fortune  cœuvre  les  avantureux,  Mectons 
doncques  en  la  sauvegarde  de  la  main  armée  le  priz 
de  l'onneur  et  la  teneur  de  la  vie.  » 

Le  sire  de  la  Trimoille  marchoit  en  manière  tant 
asseurée,  et  en  tel  ordre  conduisoit  ses  gens  d'armes, 
que  bien  sembloit  ducteur  d'excercite  belliqueulx  ;  et 
tant  se  hastoit  que,  a  ceulx  qui  le  suyvoyent,  donnoit 
bien  a  entendre  que  aux  ennemys  ne  vouloit  mar- 
chander. 

Le  seigneur  Jehan  Jacques,  auquel  la  chose  touchoit 
de  si  près  que  a  la  peine  de  sa  vie  seullement,  brans- 
loit  ce  hasart,  si  a  point  conduisoit  sa  charge  que  bien 
sembloit  avoir  la  chose  pour  recommandée. 


Avril  1500]     COMMENT  LARMÉE  DE  FRANCE  APROCHA.  "249 

XXXIV. 

Gomment  l'armée  de  France  aprocha  l'armée 
DU  SEIGNEUR  Ludovic. 

Lorsque  les  Françoys  approchèrent  Novarre,  de  tant 
que  les  deux  armées  se  peurent  veoir,  chascun  se  hasta 
pour  donner  dedans.  Les  gens  de  cheval  ne  se  pou- 
hoyent  avan[c]er  pour  l'empeschement  des  clostures 
et  fossez  qui  la  estoyent  ;  toutesfoys,  ce  ne  les  retarda 
que  tost  ne  fussent  près  de  choquer  leurs  ennemys. 
En  approchant  Novarre,  l'armée  de  France  sceut  que, 
dedans  une  abbaye  assez  forte*,  estant  a  demy  mille  de 
la  ville,  avoit  embusche  d'Allemans  et  de  Lombars, 
et  la  s'adressa.  Les  souldarsdu  seigneur  Ludovic,  qui 
la  estoyent,  voyans  les  Françoys  et  Suyces  contre  eulx 
venir  a  bataille  rengée,  n'actendirent  plus,  mais  se 
retirèrent  a  leur  armée,  qui  estoit  entre  la  ville  et  celle 
abbaye,  en  bel  arroy  et  nombre  moult  grand.  A  l'ung 
des  costés  de  leur  bataille  estoyent  quatre  cens  hommes 
d'armes  bourguignons  et  huit  cens  lombars. 

A  l'autre,  quatre  mille  chevaulx  legiers. 

Au  milieu,  tous  leurs  AUemans  et  lancequenestz, 
dont  il  y  en  avoit  de  dix  huyt  a  vingt  mille  ;  toute 
leur  artillerye  chargée  et  atiltrée  a  la  venue  des  Fran- 
çoys, Estradiotz  et  escarmoucheurs,  a  grosses  bendes 
et  compaignyes,  sur  les  champs,  pour  commancer  le 
hutin. 

Voyant  le  sire  de  la  Trimoille  que  temps  estoit 
d'exploicter  les  armes,  pour  avoir  parolles  a  ses  gens, 

l.  S.  Nazarô. 


250  rHROMQlKS  T)K  INOUÏS  xii.  [Avril  1500 

ung  peu  se  mist  a  carLier  et  en  veue  de  tous,  ausquelz 
dist  :  «  Seigneurs,  tant  avons  quys  noz  ennemys  que 
trouvez  les  avons;  voire  en  telle  puissance  que  le 
nonbre  d'iceulx  excède  le  nostre  de  moytié  près.  Mais 
savoir  nous  fault  que  tout  l'advantaige  de  la  guerre  ne 
gist  en  multitude  de  légions  d'hommes  armez,  ne  en 
turbe  innombrable  de  gent  esmeue,  mais  seullement 
en  la  seure  conduycte  des  saiges  capitaines,  droicte 
exécution  des  preux  souldarlz,  et  vigoureuse  deffence 
de  juste  querelle,  dont  a  suffire  summes  proveuz. 
Donnons  doncques  au  travers,  hardiement  et  tost;  car, 
par  le  vray  corps  de  Dieu,  se  nous  les  assenons  a 
droict,  a  l'ayde  de  Dieu  et  force  de  noz  bras,  sans  fail- 
lir, sur  eulx,  obtiendrons  louable  victoire;  car  je 
cognoys,  a  nostre  vouloir,  le  povoir  d'iceulx  estre  du 
tout  a  nostre  mercy.  »  Apres  ces  parolles,  le  sire  de 
la  Trimoiile  mist  cent  hommes  d'armes,  des  plus 
adroictz,  au  front  de  la  bataille,  pour  donner  le  pre- 
mier choc  et  faire  ouverture,  et,  a  leur  queuhe,  mist 
quatre  cens  autres  hommes  d'armes,  pour  supporter  les 
premiers  et  entrer  dedans  les  ennemys.  Et,  ce  faict, 
demanda  si  la  estoyent  nulz  gentishommes  qui  l'ordre 
de  chevalerye  voulussent  prendre,  dont  grant  nombre 
de  gens  d'armes  françoys,  qui,  ce  jour,  a  l'excercice 
des  armes  vouloyent  la  force  de  leurs  bras  desplyer 
et  perpétuer  leurs  noms  pour  ouvrir  au  courage  le 
chemin  de  prouesce,  du  tiltrc  de  chevalerye  se  vou- 
lurent enrichir.  Les  Françoys,  qui  estoyent  a  la  veue 
de  leurs  ennemys,  hasterent  leur  train,  avancèrent 
leur  artillerye  et  misrent  leurs  coureurs  en  place;  les- 
quelz  commancerent  la  charge  sur  les  escarmoucheurs 
du  seigneur  Ludovic.  L'artillerye  des  deux  partiz  fut 


Avril  1500]     COMMENT  L'ARMÉE  DE  FRANCE  APROCHA.  25 1 

deschargée  et  ruez  coups.  Les  capitaines  françoys  com- 
mancerent,  de  plus,  a  mectre  leurs  gens  en  ordonnée 
marche  et  les  semondre  de  monstrer,  a  ce  jour,  aux 
ennemys,  a  force  de  bras,  le  vouloir  que  aux  armes 
hommes  chevalleureux  doyvent  avoir,  et  faire  œuvres 
tant  vertueuses  que,  a  l'honneur  des  acteurs,  au  ple- 
sir  du  prince  et  a  l'exemple  des  futurs  pusse  servir  a 
tousjours  mais. 

Ainsi  que  l'armée  de  France  approchoit  ses  ennemys 
et  que  gens  d'armes  et  piétons  voulurent  bransler  pour 
donner  le  combat,  les  Allemans  du  seigneur  Ludovic, 
voyans  les  Françoys  en  barbe  et  propos  délibéré  de 
donner  la  bataille,  pencerent  que,  pour  celle  foys,  le 
combat  ne  leur  estoit  de  saison,  et  tout  soubdain 
heurent  oppinion  arrestée  de  non  actendre  la  meslée, 
et,  après  avoir  entre  eulx  quelques  briefves  parolles, 
dedans  Novarre  tous  ensemble  se  retirèrent.  Deux 
blanches  enseignes^  de  gens  de  cheval  du  seigneur 
Ludovic  tournèrent  le  doz  et  amaindrirent  le  nombre 
de  son  armée  de  deux  cens  chevaulx.  Le  seigneur  de 
Beaumont,  le  seigneur  de  Xandricourt  et  ung  capi- 
taine françoys,  nommé  Perot  de  Payennes,  avecques 
soixante  hommes  d'armes,  poursuyvirent  iceulx  fuytiz 
jucques  sur  le  bort  de  la  rivière  du  Tisin  ;  lesquelz  ne 
furent  actaintz,  car  tant  se  hasterent  que,  d'heure, 
gaignerent  le  passaige. 

Les  Bourguignons,  Albanoys  et  Lombars,  après  ce, 
ne  tirent  sur  le  champ  long  séjour;  mais,  le  plus  tost 
qu'ilz  peurent,  se  retirèrent.  Les  Françoys,  voyans 
celle  retrecte,  se  arresterent  et  tout  autour  de  la  ville 
misrent  le  siège. 

1.  Allusion  à  la  croix  blanche  liplvétique. 


252  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

Le  conte  de  Ligny  se  mist  dedans  l'abbaye,  dont 
j'ay  parlé  par  cy  devant,  et  coucha  celle  nuit  dedans, 
sans  gueres  dormir. 

Le  sire  de  la  Trimoille,  avecques  ses  gens  d'armes, 
prist  le  Cartier  en  approchant  la  ville;  lequel,  de  sa 
part,  faisoit  si  bon  guect  que  homme  par  la  ne  se 
povoit,  sans  sa  mercy,  sauver. 

Le  seigneur  Jehan  Jacques  estoit  de  l'autre  part  de 
la  ville,  avecques  ses  gens. 

Les  Suyceset  l'artillerye  autour  de  l'abbaye  estoient. 

Somme,  chascun  tist,  celle  nuyt,  devant  la  place  et 
aux  passages  prochains  de  la,  guectz  et  gardes,  affin 
que  nul  d'emblée  se  retirast. 

Le  seigneur  d'Allègre,  avecques  deux  cens  hommes 
d'armes,  fut  transmys  sur  la  rivière  du  Tisin  pour 
garder  le  passage.  Celle  nuyt,  commancerent  Françoys 
et  Bourguignons  a  parlementer.  Les  AUemans  du  sei- 
gneur Ludovic  et  les  Suyces  du  party  du  Roy  alloyent 
et  venoyent  ensemble,  comme  si  entre  eulx  fust  la 
triesve'.  Ung  nommé  le  capitaine  des  Piètres,  du  parti 
du  seigneur  Ludovic,  ce  rendit,  celle  nuyt,  au  conte 
de  Ligny,  dont  furent  les  Bourguignons  mal  contans; 
car  ilz  cuydoyent  celluy  capitaine  l'ung  de  tous  ceulx 
de  leur  party  pour  le  seigneur  Ludovic  plus  asseuré. 
Toutesfoys,  en  ce,  furent  deceuz.  Ainsi,  peu  a  peu, 
chascun  venoit  a  la  raison. 

Le  lendemain,  jeudy,  neufiesme  jour  d'apvril,  les 
Allemans  du  seigneur  Ludovic  avecques  les  Françoys 
hcurent  sur  leur  affaire   parlement,   disant  que,  si 

1.  Ce  qui,  au  dire  de  plusieurs  historiens,  touciia  dès  l'abord 
les  Suisses  de  Ludovic,  fut  de  voir  leur  propre  enseigne  (noire  à 
croix  d'or;  ms.  fr.  5081,  10»  noiniature,  fol.  4G)  dans  les  rangs  des 
Suisses  français  (même  ms.,  miniatures  8  et  14,  fol.  36  v»  et  62). 


Avril  1500]     COMMENT  L  ARMÉE  DE  FRANCE  APROCHA.  25H 

bagues  sauves  on  les  vouloit  lesser  aller  et  donner  pas- 
saige,  que  voluntiers  en  leurs  pays  s'en  yroyent. 

Les  Bourguignons,  pareillement,  demandèrent  aux 
lieulenans  du  Roy  sauf  conduyt,  pour  eulx  retirer 
avecques  leurs  bagues,  et  demandoyent  que  les  Lom- 
bars  fussent  conpriz  ou  sauf  conduit  ;  ce  que  parmectre 
ne  voulurent  les  lieutenans  du  Roy,  disans  que  le  des- 
merite  de  leur  traison  et  foy  faulcée  de  ce  et  toute 
autre  grâce  les  devoit  frustrer.  Leur  sauf  conduit  fut, 
a  tous  effors  de  langage,  debatu,  mais,  a  la  fin,  en 
demeurèrent  privez. 

Les  Albanoys,  ausi,  requirent  avoir  sauf  conduyt, 
pour  eulx  retirer  ;  toutesfoys,  comme  a  ceulx  qui,  de 
gaytié  de  cueur,  pour  picquer  les  Françoys,  de  pays 
loingtain  s'estoyent  par  trop  de  foys  essorés,  leur 
demande  fut  escondite. 

Les  Allemans  et  Bourguignons,  qui  estoient  tout 
l'appuy  du  povoir  du  seigneur  Ludovic,  demandèrent, 
comme  j'ay  dit,  leur  sauf  conduyt \  promectant  aux 
Françoys,  en  se  fasant,  que,  le  lendemain  au  matin, 
tous  desarmez,  vuyderoyent  la  place  et  le  pays,  sans 
donner  au  seigneur  Ludovic  autre  confort  ne  ayde, 
ou,  si  ce  party  leur  estoit  refusé,  que,  sans  faillir, 
donneroyent  la  bataille -. 

Les  lieutenans  du  Roy  et  les  capitaines  de  l'armée, 
considerans  l'euffre  pour  eulx  advantageuse  et,  du 

1.  Et  beaucoup  d'argent,  a-t-on  prétendu  (Ystore  Anlhonine, 
ms.  fr.  1371,  fol.  293;  Memoriale  d'And.  Saluzzo  di  Castellar, 
dans  les  Miscellanea  di  storia  patria,  t.  VII). 

2.  Les  auteurs  suisses  cherchent  à  disculper  leurs  nationaux  de 
cette  trahison;  ils  affirment  que  l'un  des  Suisses  de  Ludovic  fut 
condamné  à  mort  dans  sa  patrie  pour  l'avoir  indiqué  aux  soldats 

français Sismoudi  blâme  les  Suisses;  M.  de  Grenus  a  pris 

leur  défense. 


254  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Avril  1500 

tout,  a  rhonneur  et  proflit  du  Roy,  pençent  que, 
pour  avoir  reffuzez  humains  partiz,  plusieurs,  voire 
soustenant  justes  querelles,  ont  encouru  le  tlayeP 
divin  et  perdu  mainctes  batailles  et  journées,  a  la 
requeste  susdite  presterent  l'oreille  et  différèrent  le 
conflict.  Toutesfoys,  les  lieutenans  du  Roy,  premier 
que  livrer  le  sauf  conduyt,  demandoyent  que  le  sei- 
gneur Ludovic,  en  ce  fasant ,  fust  mys  entre  leurs 
mains.  Sur  ce,  firent  les  Bourguignons  et  Allemans 
responce  que  ja  pour  eulx  ne  seroit  livré  ;  mais  que, 
si  entre  eulx  se  povoit  trouver,  sans  empeschement  se 
pourroit  prandre  :  dont  fut  appoincté  que,  le  lende- 
main au  matin,  tous  les  Allemans,  desarmez,  deux  a 
deux  passeroyent  entre  l'arme  de  France,  afïin  que, 
si  ledit  seigneur  Ludovic,  en  estât  dissimulé,  entre 
eulx  se  cuydoit  sauver,  tout  a  cler  peust  estre  advisé 
et  que  les  Bourguignons,  desarmez  ausi,  seroyent  mys 
en  veue  et  tous  les  autres  visitez.  Ainsi  fut  la  bataille 
arrestée. 

Le  seigneur  Ludovic,  cognoissant  par  ce  trectyé  son 
emprise  demeurée  en  arrière  et  du  tout  anyentye,  de 
passion  mentalle  fut  tout  espriz,  sachant  que,  après 
celle  decheue,  espoir  de  ressource  ne  povoitplus  avoir  ; 
et,  pour  cuyder  rompre  le  coup,  aveccjues  requestes, 
dons  et  promesses,  prya  les  capitaines  des  Allemans 
et  tous  ses  autres  souldartz  donner  aux  Françoys  la 
bataille,  disant  que  facillement  pourroyent  estre  def- 
faiclz,  comme  cculx  qui,  eulx  et  leurs  chevaulx,  de 
travail  continuel  et  famine  debillitée  estoyent  demy 
combatus,  et  que,  de  leur  part,  ilz  estoyent  fraiz  et 
recréez,  avecques  la  place  qu'il  avoyent  a  l'avantage, 

1.  Fléau,  «  llagellum.  » 


Avril  1500]     COMMENT  LAHMP:K  de  FRANCE  ÂPROCHA.  255 

et  de  souldartz  deux  contre  ung.  Plusieurs  aultres 
remonstrances  leur  fist;  mais,  pour  ce,  autre  chose 
ne  voulurent  faire.  Ainsi  ne  sccut  le  seigneur  Ludo- 
vic a  quel  remède  avoir  recours,  si  n'est  habban- 
donner  son  malheureux  affaire  au  vouloir  de  dure 
Destinée. 

De  Françoys  et  Suyces  fut  la  ville  de  Novarre,  celle 
nuyt,  de  toutes  pars  avironnée,  si  que  nulz  de  ceulx 
qui  estoyent  dedans  heussent  peu  sortir  sans  estre 
clerement  advisez.  Souvant  parloyent  ensemble  Fran- 
çoys et  Bourguignons.  Les  Suyces  et  Allemans,  a 
toute  heure,  se  sonnoyent.  Les  Albanoys,  pour  mieulx 
desloger,  avoyent  l'ueil  aux  piedz,  a  la  bouche  et  au 
doz  de  leurs  chevaulx.  Les  Lombars  plus  de  menus 
conclusions  ymaginoyent  qu'il  n'y  a  d'aptomes  en  l'air. 
Somme,  chascun  pençoit  a  son  affaire,  car  temps  en 
estoit.  Durant  ce,  le  conte  de  Ligny,  doubtant  que, 
par  chemins  escartez  ou  autres  moyens,  le  seigneur 
Ludovic  ness'esloignast,  et  pour  ce  que  le  dire  d'au- 
cuns estoit  que  pays  avoit  priz,  voulant  de  luy  savoir 
le  vray  et,  par  actraict,  le  mectre  entre  les  mains  du 
Roy,  devers  luy  transmist  le  capitaine  Loiiys  d'Ars  et 
ung  autre  gentilhomme,  nommé  Roquebertin,  luy  dire 
que,  si  voluntiers  se  vouloit  rendre  au  Roy  et  soub- 
mectant  a  la  raison,  que,  de  tout  son  povoir,  s'effor- 
ceroyt  envers  le  Roy  le  faire  en  France  si  bien  trecter 
que  cause  n'auroit  de  soy  douloir;  lequel,  après  avoir 
ouy  la  parolle  desdits  messagiers,  voyant  la  raison- 
nable semonce,  promesse  acceptable  et  l'apareil  de 
son  exil  eminent,  a  ce  propos  voulut  entendre  et  au 
conclure  prendre  ce  party,  et,  soubz  sauf  conduyt, 
avecques  lesdits  messagiers  se  myst  a  la  voye.  Voyans 


256  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

les  AUemans  que  ainsi  s'en  alloit  le  seigneur  Ludovic, 
l'arresterent  et  le  misrent  hors  de  la  veue  desdits 
messages  '' . 

XXXV. 

Gomment  les  Allemans  et  Bourguignons  vuyderent 

NOVARRE,  et  de  LA  PRISE  DU  SEIGNEUR  LUDOYIG, 
AVECQUES  LA  DEFFAIGTE  DES  LOMBARS  ET  ESTRA- 
DIOTZ. 

Le  lendemain,  vendredy,  dixiesme  jour  d'apvril, 
deux  heures  avant  le  jour,  tous  les  Allemans  du  sei- 
gneur Ludovic  saillirent  de  Novarre,  tous  en  armes. 
Le  sire  de  la  Trimoille,  qui,  avecques  ses  gens,  estoit 
a  cheval,  a  la  saillye  desdits  Allemans,  devant  les 
portes  de  Novarre  se  trouva,  et,  veoyant  iceulx  Alle- 
mans sortir  en  armes,  avecques  ses  gens  d'armes  près 
de  la  porte  de  leur  yssue  se  tinst,  pour  regarder  la 
manière  d'iceulx  et  leur  donner  sur  queuhe,  si  besoing 
en  estoit  ;  lesquelz  Allemans,  devant  la  ville,  dedans 
une  prayerie,  se  misrent  en  bataille. 

Le  capitaine  Louys  d'Ars,  qui  ancores  estoit  dedans 
la  ville,  dont  avoit  veu  sortir  les  Allemans  en  point 
et  en  propos  de  combatre,  manda  au  conte  de  Ligny 
que  a  ce  matin  auroyent  les  Françoys  la  bataille  ;  car 
ja  estoyent  iceulx  Allemans  aux  champs  et  les  Bour- 

1.  On  a  raconté  cet  incident  de  bien  des  manières.  On  a  accusé 
le  comte  de  Ligny,  parent  de  Ludovic,  d'avoir  voulu  retirer  à  La 
Trémoille  la  gloire  de  sa  capture.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que 
cette  démarche  intempestive  satisDt  fort  Ludovic,  qui  disait  :  Sono 
coniento,  et  que  les  Suisses  lui  firent  violence  (Marino  Sanuto). 


Avril  1500]     DE  LA  PRISE  DU  SEIGNEUR  LUDOVIC.  257 

guignons  avecques,  les  Estradiotz  et  Lombars  près  de 
saillir,  et  tous  en  armes.  Sachant  le  conte  de  Ligny 
SOS  nouvelles,  pour  monstrer  que  l'armée  de  France 
estoit  sur  bout,  deux  pièces  d'artillerye  par  dessus  la 
ville  tîst  descharger,  qui  firent  tel  tonnerre  qu'il  sem- 
bloit  que  la  région  de  l'air  esclatast.  De  l'autre  part, 
estoit  le  sire  de  la  Trimoille,  tout  prest  de  faire  mes- 
lée  avecques  ses  ennemys.  Le  seigneur  Jehan  Jacques 
estoit  sur  bout  ausi,  avecques  ses  gens.  Sur  l'aubbe 
du  jour,  fut  en  l'ost  des  Françoys  faict  ung  allarme, 
pour  esmouvoir  le  camp  et  chascun  mectre  en  point, 
et,  tout  en  l'heure,  devant  la  ville  de  Novarre  fut 
l'armée  de  France  en  arroy,  pour  actendre  la  saillye 
des  gens  de  cheval  du  seigneur  Ludovic. 

Entre  les  cinc  et  six  heures  du  matin,  les  Lombars, 
qui  n'avoyent  sauf  conduyt,  se  misrent  hors  la  ville 
en  armes;  lesquelz  furent  par  les  Françoys  chocquez 
moult  rudement,  et  poursuyviz  et  chacez  plus  de 
quatre  mille  de  pays,  et  tant  mal  menez  que  plusieurs 
y  demeurèrent.  Les  ungs  furent  priz  et  les  autres 
tuhez,  et  les  autres,  le  fer  au  doz,  convoyez  longue 
trecte.  Tant  en  fut  rué  par  terre  que  le  chemin  de  leur 
retrecte  estoit  tou  semé  de  mors,  de  lances,  et  bour- 
dons et  de  harnoys,  que,  pour  mieux  au  délivre  fuyr, 
gectoyent  de  tous  costez  empesche.  A  l'issue  de  la 
ville  fut  le  seigneur  Frocace  priz  par  ceulx  de  la  gar- 
nison du  chasteau  et,  a  la  chace,  furent  priz  plusieurs 
autres  bons  prisonniers.  Apres  la  defFaictc  des  Lom- 
bars, les  Bourguignons  vuyderent  la  place,  tous  en 
armes,  avecques  enseignes  desplyées. 

Le  sire  de  la  Trimoille,  veoyant  iceulx  Bourguignons 
en  armes,   leur  transmist  au  devant  ung  capitaine 

l  17 


•258  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

françoys,  nomme  Hector  de  Saluzar^  et  le  bastard 
de  Cardonne,  pour  leur  dire  qu'ilz  se  desarmassent 
et  leur  remonstrer  que,  en  Testât  qu'ilz  sortoyent, 
que  de  bonne  guerre  estoyent  de  prize,  et  que  leur 
sauf  conduit  estoit  enfrainct.  Lesquelz  Bourguignons, 
sans  plus  actendre,  plyerent  leurs  enseignes,  gecterent 
leurs  lances  et  osterent  leurs  armetz,  et  plusieurs 
d'iceulx  furent  a  la  saillye  par  les  Françoys  chocqués 
et  rembarés  jusques  dedans  la  ville. 

LesEstradiotz,  lesquelz  ausi  n'avoyent  sauf  conduyt, 
firent  la  le  moings  de  séjour  qu'ilz  peurent  et  ceulx 
qui  burent  les  cbamps  au  délivre  adressèrent  leurs 
coui's  vers  la  rivière  du  ïisin ,  pour  cuyder  gaigner 
le  passage  ;  lequel  estoit  cloz,  car  le  seigneur  d'Alegre, 

\.  Jean  de  Salazart,  chevalier,  venu,  dit-on,  de  Biscaye  au  ser- 
vice de  Cliarles  VII,  chambellan  de  Louis  XI,  épousa  Marguerite, 
bâtarde  de  la  Trénioille,  et  il  en  eut  Tristan,  Hector,  Lancelot  el 
Gallois  de  Salazart,  qui  figurent  tous,  en  1483  et  1184,  dans  un 
procès  contre  Charles  de  Salazart,  écolier  de  l'Université.  Tristan, 
ambassadeur  du  roi  en  Allemagne  (1489),  en  Suisse  (1499),  était 
devenu  archevêque  de  Sens  et  fit  une  fortune  éclatante;  il  mou- 
rut en  1519;  Lancelot,  s''  de  Marcilly,  chambellan,  écuyer  d'écu- 
rie, pensionnaire  du  roi,  épousa  Louise  de  (]ourcillon  de  Dangeau, 
dont  il  était  veuf  en  1494  avec  quatre  enfants;  il  épousa  en 
secondes  noces  Marguerite  de  Vignes.  Gallois,  Galéas  ou  Gallard, 
s''  de  Laas,  également  chambellan  et  pensionnaire,  épousa  Nicole 
d'Anglure.  Enfin,  Hector  de  Salazart,  dont  il  est  question  ici,  s""  de 
Saint-Just,  était  aussi  chambellan,  et  recevait,  en  1485,  une  pen- 
sion de  300  livres,  de  500  en  1489.  Il  épousa  Hélène  de  Ghatelus. 

Gallois  de  Salazart,  déjà  au  service  du  roi  en  1480,  était  encore 
capitaine  de  30  lances  en  1510  (Tit.  orig.,  Salazart,  no»  93-128, 
302,  303;  Salazar,  n°  6  :  fr.  20977,  fol.  189,  etc.).  D'après  Jean 
d'Auton,  Hector  était  également  capitaine. 

On  trouve  sous  Louis  XI  un  autre  Salazart,  nommé  Pierre, 
pensionnaire  du  roi  pour  1,200  livres  en  147G,  chambellan  on 
1483  (Tit.  orig.,  Salazart,  n°  96;  Salazar,  n"  7). 


Avril  1500]      DE  LA  PUISE  DU  SEIGNEUR  LUDOVIC.  259 

avecques  deux  cens  hommes  d'armes,  y  estoit.  Et, 
voyans  iceulx  Albaiioys  que,  autre  part,  pour  asseu- 
reté  passer,  leur  failloit  chercher  issue,  esloignerent 
le  passaige  et  se  misrent  a  guéer  la  rivière.  Les  ungs 
allèrent  oultre,  les  aultres  demeurèrent  a  my  gué  et 
les  autres  furent  par  les  Françoys  faict  noyer  a  la  rive. 
Geulx  qui  gardèrent  terre  au  dangier  des  laquoys 
et  varletz  se  trouvèrent,  et  tous  ceulx  qui  peurent 
estre  actaings  et  arestez  furent  sans  mercy  occiz  et 
assommez. 

Les  Allemans,  voyant  leur  gens  de  cheval  detFaictz, 
gecterent  leurs  picques  et  halbardes,  et,  tous  desar- 
mez, deux  a  deux,  troys  a  troys,  soubz  les  picques 
des  Suyces,  et  entre  l'armée  de  France,  passèrent;  et 
estoyent  iceulx  Allemans  tant  mys  au  descouvert  que, 
soubz  ombre  d'eulx,  nul,  sans  estre  cogneu,  eust  sceu 
passer.  Apres  que  sept  ou  huyt  mille  d'iceulx  furent 
passez  et  que  nouvelles  n'estoit  du  seigneur  Ludovic, 
le  sire  de  la  Trimoille  manda  a  ceulx  qui  estoient 
encores  a  passer  qu'ilz  le  rendissent,  ou,  sinon,  qu'a- 
vecques  eulx  auroit  meslée;  et  tel  adventage  avoit  sur 
eulx  qu'entre  les  deux  batailles  avoit  faict  mectre  et 
charger  l'artillerye  de  France.  Dedans  la  bataille  des 
Allemans  estoyent  plusieurs  gens  d'armes  françoys, 
pour  cuyder  du  seigneur  Ludovic  savoir  nouvelles  ;  et, 
doubtant  les  Allemans  que  les  Françoys  les  voulussent 
desordonner  et  courir  sus,  se  serrèrent  et  disrent  aux 
Françoys  qu'ilz  se  retirassent.  Alors  fist  le  sire  de  la 
Trimoille  sonner  a  l'estandart,  pour  rassembler  ses 
gens,  et,  ce  faict,  voulut  donner  au  travers  de  la 
bataille  des  Allemans;  et,  pour  ce  faire,  avoyent  ja 
les  gens  d'armes  la  lance  sur  la  cuisse  et  la  teste  en 


260  l'HHONlQLES  DE  LULIS  XII.  [Avril  1500 

l'armet  et  est[o]ient  les  enseignes  en  bransle  de  marcher. 
Les  Suyces  du  party  du  Roy,  qui  tenoyent  bataille, 
sachans  que  le  sire  de  la  Trimoille  sur  les  Allemans 
du  seigneur  Ludovic  vouloit  charger,  pour  voulo[i]r  leur 
gardarriere  advancer,  tout  soubdain  luy  mandèrent 
(ju'il  ne  se  hastast  de  ce  faire  et  que,  s'il  marchoit  en 
avant  pour  exécuter  son  emprise,  que  avecques  eulx 
auroient  a  besoigner  et  que  ilz  luy  donneroient  sui' 
queuhe.  Ainsi  fut  ce  propos  différé  et  remis  ;  qui  moult 
despleut  aux  Françoys,  mais  autre  chose  n'en  sceurent 
faire,  si  n'est  pencer  que  en  peu  de  seurté  est  celuy 
qui  d'armes  tant  poisantes  se  saisist  que,  au  besoing, 
ne  s'en  peult  ayder. 

Pour  au  propos  revenir,  après  la  somacion  du  sire 
de  la  Trimoille,  les  Allemans  du  seigneur  Ludovic 
promirent  de  rendre  ledit  Ludovic  ;  et,  pour  ce,  vers 
iceulx  Allemans  furent  transmys  le  seigneur  de  Mau- 
leon  et  le  baillif  de  Disjon,  qui  bonne  dilligence  misrent 
pour  le  trouver;  et  telle  poursuyte  en  fîst  le  bailly 
de  Disjon  que,  par  aucuns  des  Allemans,  a  qui  ilz 
donna  deux  cens  escus,  sceut  ou  il  estoit;  et,  la,  prist 
son  adresse,  ou  prist  le  seigneur  Galleaz'.  Il  voulut 
prendre  le  seigneur  Ludovic,  lequel  ne  luy  vouloit 
bailler  la  foy  ;  et,  ainsi  qu'ilz  estrivoient,  arriva  le 
conte  de  Ligny  parmy  la  presse  et  la  le  vint  ti^ouver, 
a  tout,  ses  cheveulx  troussez  soubz  une  coitfe,  une 
gorgerete  autour  du  coul,  ung  pourpoint  de  satin 
cramoisi  et  unes  chausses  d'escarlate,  la  hallebarde  au 

1.  Ludovic  cL  Galeazzo  étaient  déguisés  en  pauvres  suisses, 
d'après  Prato.  D'après  Trivulce,  les  Suisses  auraient  refusé  de  le 
trahir,  et  il  fallut  les  faire  défiler  un  à  un,  pour  ainsi  dire  sous  le 
jouf?  (Marine  Sanuto,  III,  22G). 


Avril  1500J     DE  LA  PRISE  DU  SEIGNEUR  LUDOVIC.  261 

poing;  et,  en  ce  point,  le  prinst  le  conte  de  Ligny  et 
le  tîst  monter  sur  ung  courtault,  que  luy  bailla  le  sei- 
gneur de  la  Palixe.  Apres  ce  qu'il  fut  ainsi  monté,  le 
conte  de  Ligny  luy  demanda  s'il  vouloit  \eoir  le  sei- 
gneur Jehan  Jacques;  lequel  dist  que  non,  car  de  la 
veue  de  celuy  qui  tant  de  dommage  luy  avoit  prochacc, 
ne  pourroit  que  le  grief  axés  de  sa  doulleur  amerc 
augmenter;  et,  de  vray,  assez  en  avoit  faict,  pour 
n'avoir  cause  de  le  vouloir  rancontrer.  Somme,  si  le 
pauvre  seigneur  captif  de  dueil  inconsolable  avoit  le 
cueur  serré,  a  nul  devoit  sembler  merveilles  ;  car  luy, 
(fui  soubz  dorées  aages  avoit  les  ans  tleurissans  de  sa 
vie  en  félicité  preteritz,  le  remenant  des  jours  ennuyeux 
de  sa  chenue  vieillesse  veoioit  aller  en  exil,  pour  dou- 
loureux passe  temps  et  fin  désespérée  luy  préparer. 
Ainsi  est  l'heur  des  plus  haultz  peignez  au  berlant  de 
Fortune  souvent  mys  en  hazart  ! 

Pour  retourner,  aflfin  que  la  prise  du  seigneur  Ludo- 
vic a  la  veue  comune  fust  descouverte,  le  conte  de 
Ligny,  avecques  luy,  le  fist  marcher  tout  le  long  de 
la  bataille  des  Suyces  ;  lesquelz  furent  en  propos  de 
le  vouloir  avoir,  disans,  entre  eulx,  qu'ilz  estoyent 
cause  de  sa  prise  :  toutesfoys,  sans  autre  effroy\  fut 
passé  oultre  jucques  au  cartier  du  sire  de  la  Trimoille, 
quy  lui  fist  bonne  chère,  en  luy  disant  :  «  Seigneur, 
bienveignez.  Puisque  en  cest  estât  nous  venez  veoir, 
de  grans  mises  avez  le  Roy  exempté  et  nous  gardez 
de  longues  peines.  »  Apres  ce,  le  conte  de  Ligny  l'en- 
mena  dedans  le  chasteau  de  Novarre  et  en  la  garde  du 
chevalier  de  Louvain  le  mist. 

1.  Le  comte  de  Ligny  eut  beaucoup  de  peine  à  s'en  défaire 
(Marchegay,  Lettres  missives  du  Chartrier  de  Thouars,  n*»  96). 


•262  (IIKOMQUKS  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

XXXVI. 

De  la  prise  du  cardl>al  Ascaioe. 

Le  cardinal  Ascaigne,  qui  lors  estoit  a  Millan,  sachant 
la  prise  du  seigneur  Ludovic,  son  frère,  avecques 
(|uatre  cens  chevaux  se  mist  au  champs^  et  prist  le 
chemin  de  Bouloigne  la  Grasse;  lequel,  en  passant 
près  Plaisance,  par  une  bende  de  Françoys  et  quelque 
nombre  de  Venissians,  qui  la  estoyent,  fut  assailly  et 
tant  rudement  mené  que  ses  gens  furent  deffaictz, 
et  iuy  chacé  jucques  dedans  ung  chasteau  nommé 
RivoUe-,  près  de  la,  ou  fut  assiégé  et  priz\ 

1.  Après  avoir  envoyé  les  fils  de  Ludovic  à  l'empereur,  qui  les 
recrut  fort  bien  (Cipriaa  Maneute  da  Orvieto,  lib.  VI). 

2.  Rivalta  Trebbia,  sur  le  bord  de  la  Trebbia.  au  S.-S.-O.  de 
Piacenza. 

3.  Par  les  deux  condottieri  vénitiens  Sonzino  Benzonc  et 
Carlo  Orsini  (Giprian  Manente).  D'après  Bouchet  et  V Histoire  de 
Bayard,  il  fut  pris  par  «  ung  cappitaine  vénicien,  nommé  Soussin 
de  Gonzago,  »  parent  des  Sforze,  et  qui  l'arrêta  sur  le  territoire 
de  Rivalta,  dont  il  était  seigneur,  erreur  souvent  répétée.  Socin 
Benson  (selon  sa  signature)  était  un  capitaine  vénitien,  passé  plus 
tard  au  service  de  la  France  contre  les  Vénitiens  (Tit.  orig.,  Ben- 
son, u"  2;  Amboise,  n°^  370,  371).  Il  avait  tenu  campagne  en  Cré- 
monais  et  n'était  revenu  à  Piacenza  que  sur  la  nouvelle  des  suc- 
cès ries  Français.  Il  rencontra,  par  hasard,  Ascanio  avec  sa  très 
nombreuse  escorte  de  fugitifs  milanais.  Carlo  Orsini  et  lui  défirent 
CCS  infortunés,  démoralisés  et  affamés.  Ascanio  se  réfugia  au  châ- 
teau de  Rivalta,  appartenant  au  comte  Corrado  Laudo,  gibelin 
notable  de  Piacenza.  Il  y  fut  cerné  et  obligé  de  se  rendre.  Lando, 
loin  de  le  trahir,  comme  on  l'a  dit,  vit  plus  tard  ses  biens  confis- 
qués par  les  Français.  Cet  épisode  a  été  raconté  avec  mille  inexac- 
titudes par  Brantôme,  Beaucaire,  etc.,  etc.  Louis  XII  exigea  que 
le.«  Vénitiens  lui  rendissent  Ascanio.  Un  sauf-conduit  fut  accordé 


Avril  150U|     DE  LA  PUISE  nu  CxVRDINAL  ASCAI0N1>;.  m'o 

Apres  la  prise  du  seigneur  Ludovic,  les  Suyces  du 
Roy  volurent  eulx  en  aller  et  avoir  leur  payement  ; 
lesquelz  furent  transmys  a  Verceil,  pour  illecques 
recepvoir  leur  argent.  Et,  pour  iceulx  faire  poyer, 
estoyent  la  logez,  a  l'enseigne  de  l'Estoile,  le  baillif 
de  Disjon,  ung  nommé  Fougely,  capitaine  des  Cent 
Suyces  de  la  garde  du  Roy,  avecques  les  commissaires 
et  conterolleurs  de  la  guerre  ;  lesquelz  heurent  moult 
a  faire  a  contanter  iceulx  Suyces,  car  ilz  voloyent  estre 
tous  payez  en  escuz  au  souleil,  avoir  des  somiers  pour 
emporter  leurs  bagues  et,  pour  la  prise  du  seigneur 
Ludovic,  payé  pour  ung  moys  d'avantage.  Ausquelz 
fut,  sur  ce,  faicte  responce  par  ung  contrerolleur, 
nommé  Françoys  Doulcet,  que  ce  qu'ilz  demandoyent 
ne  leur  estoit  deu  ne  en  la  charge  des  trésoriers  et 
clers  des  fînences,  et  que  le  Roy  ne  l'entendoit,  mais 
les  payer  comme  de  raison,  et  que  leur  argent  estoit 
|)rest,  sans  riens  vouloir  de  leurs  deues  gaiges  retenir, 
et  que  autre  chose  n'en  auroyent.  Lesquelz  disrent  que, 
pour  amour  ou  par  force,  auroyent  ce  qu'ilz  deman- 
doyent et  que  bien  savoyent  a  qui  s'en  devoir  prendre. 
Et,  sur  ce,  chascun  alla  repestre.  Apres  que  Suyces 
heurent  bien  dringué,  entre  eulx  fut  question  de  leur 
litigieux  propos  ;  et,  tout  chauldement,  a  l'apetit  d'ung 
capitaine,  nommé  Heurryfer,  et  d'ung  nommé  Chuentz, 
Tung  des  cappitaines  de  la  Ligue  Grize,  cent  Suyces  en 

à  ses  compagnons  (G.  Morbio,  Francia  ed  Italia,  p.  146;  Roselli, 
Storie  Piacentine).  Brantôme  (t.  II,  p.  360-361)  dit  que  le  cardinal 
Ascagne,  se  sauvant  en  Allemagne  avec  200,000  ducats  et  force 
bijoux,  fut  pris  par  les  Vénitiens  et  que  Louis  XII  réclama  sa 
personne  et  ses  bijoux.  La  notice  de  Brantôme  sur  Louis  XII 
n'est  qu'un  tissu  d'erreurs;  ici,  il  confond  la  fuite  d' Ascagne 
Sforza  en  1500  avec  la  fuite  de  Ludovic  en  1499. 


•264  (  HRUMQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

armes  s'en  allèrent  au  logis  ou  estoit  le  baillif  de  Dis- 
jon  et  les  autres  Françoys,  délibérez  de  tuher.  Iceulx 
lesquelz  Suyces  furent  arestez  par  ung  capitaine  de 
Suhys\  qui,  avecques  ses  gens,  estoit,  au  plus  hault 
des  degrez,  a  l'actente  de  recepvoir  son  argent.  De 
reclîief,  furent  envoyez  quatre  cens  Suyces  pour  assail- 
lir le  logis  et  tuher  ceulx  qui  au  devant  se  mectoyent. 
Plus  ne  leur  fut  l'entrée  deftendue  ;  car  ledit  de  Suhys 
et  ses  gens  se  retirèrent  dedans  une  salle  qui  la  estoit. 
A  grans  coups  de  {)ié  et  de  hallebardes  donnèrent 
iceulx  Suyces  contre  la  porte  de  la  chambre  en  laquelle 
estoyent  les  Françoys  et  commancerent  a  faire  roup- 
ture. 

Le  baillif  de  Disjon  et  ceulx  qui  au  dedans  de  la 
chambre  estoyent  avoyent  telle  frayeur  que  le  plus 
asseuré  trambloit.  Les  ungs  se  misrent  contre  la  porte 
pour  laffermer,  les  autres  se  gecterent  par  les  fenestres, 
et  les  autres,  tous  jugez  et  tranciz,  pié  coy  en  la  place, 
tenoyent  sillence.  Le  conterolleur,  qui  a  la  demande 
desdits  Suyces  avoit  contraryé,  voyant  le  bruyt,  tout 
assommé  de  peur,  cuydant  l'heure  de  sa  mort  tant 
prochaine  que  la  poincte  du  glayve  dont  il  cuydoit 
mourir  luy  estoit,  par  les  fentes  de  la  porte  brisée,  en 
veue,  heut  advys  de  prendre  la  robbe  d'ung  varlet 
et,  soubz  ung  bonnet  deguysé,  trosser  ses  cheveulx  et 
tant  estrangement  dissimuller  son  estât  que  ceulx 
mesmes  qui  par  continuelle  habitude  le  hantoyent  de 
prime  face  ne  l'advisoyent;  et  tant  subtilliza  son  cas 
que,  après  que  les  Suyces,  qui  de  tous  costez  le  cher- 
choyent,  heurent  la  porte  mise  en  pièces  et  furent  au 

I.  Schwitz. 


Avril  1500]     DE  LA  PRISE  DU  CARDINAL  ASCAIGNE.  265 

dedans  de  la  chambre  entrez,  entre  eulx  se  sauva  et 
gaigna  le  logis  ou  cstoit  le  capitaine  de  Suhys.  Les 
Suyces,  qui  estoyent  entrez  dedans  la  chambre  ou  estoit 
le  baillif  de  Disjon,  sur  luy  commancerent  a  charger, 
tant  que  par  plusieurs  foys  faillirent  a  le  tuher  a  coups 
de  partizanes,  mais,  soubz  les  autres,  se  garentissoit. 
A  la  parfîn,  le  prindrent  par  les  cheveulx  et  luy  don- 
nèrent tant  de  coups  de  poing,  par  le  nefz  et  sur  le 
visage,  qu'il  le  misrent  parterre.  Somme,  tant  mal  fut 
mené,  et  mys  en  tel  estât  que  a  peine  luy  demeura 
poil  en  testée  Puys,  l'en  enmenerent  a  leur  rim^, 
disans  qu'il  respondroit  de  ce  qu'ilz  demendoyent. 
Toutesfoys,  par  belles  parolles  et  subtilz  moyens, 
eschappa  d'entre  leurs  mains,  bien  despit  de  l'ous- 
trage  que  ceulx  luy  avoyent  faict  et  joyeulx  d'estre 
hors  de  leurs  dangiers,  disant  a  luy  mesme  que,  celuy 
qui  telz  pencionnaires  prent  en  cure,  de  commission 
ruyneuse  s'entremet,  et  que,  une  autrefFoys,  de  legier 
se  déportera  de  telle  charge  vouloir  avoir.  Apres  toutes 
ses  choses,  heurent  iceulx  Suyces  leur  argent,  et,  pour 
les  contenter,  furent  presque  tous  payez  en  escuz  au 
souleil.  Partie  de  leurs  capitaines  heurent  de  som- 
miers pour  emporter  leurs  bagues  jucques  en  leur 
pays.  Ainsi  s'en  allèrent,  bien  payez  et  mal  contens  ; 

1.  On  plaisanta  beaucoup  de  cette  scène  à  la  cour  :  «  Encore 
vault  il  mieulx  qu'ilz  aient  fait  mal  au  poil  qu'astre  allé  jusques 
a  la  char,  >  écrivait  le  maréchal  de  Gié  ;  mais  on  apprit  le  départ 
des  Suisses  avec  un  grand  soulagement  (Marchegay,  Lettres  mis- 
sives de  Thouars,  n*  95). 

2.  C'est-à-dire  tente,  demeure.  J.  d'Auton  emploie  souvent  ce 
mot  rim,  qui  n'est  pas  français.  C'est  évidemment  un  mot  d'ori- 
gine allemande,  importé  par  les  Suisses  et  défiguré  par  l'usage. 
Ring?  ou  peut-être  Heim? 


266  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  InOO 

et,  en  eulx  retirant,  prindrent  une  ville  de  la  duché 
de  Millan  sur  leurs  Marches,  nommée  Beilisonne^. 

Le  jour  que  le  seigneur  Ludovic  fut  priz,  le  Roy, 
estant  a  La  Tour  du  Pin,  ou  Daulphiné,  sur  les  six 
heures  du  vespre,  heut  la  poste  du  conte  de  Ligny, 
disant  que  le  seigneur  Ludovic  estoit  assiégé  a  Novarre 
par  les  Françoys,  et  qu'il  ne  povoit  eschapper,  que 
tost  ne  fust  entre  leurs  mains.  Le  lendemain,  xi"®  jour 
d'apvril,  vigille  de  Pasques  fleuryes,  ainsi  que  le  Roy 
estoit  aux  champs  entre  Lyon  et  ung  village  nommé 
Sainct  Laurens,  a  troys  lieues  près  dudit  lieu  de  Lyon, 
sur  les  troys  heures  après  mydy,  ariva  devers  le  Roy 
la  poste,  et  lectres  du  cardinal  d'Amboise,  par  les- 
(juelles  heut  le  Roy  certaines  nouvelles  de  la  prise  du 
seigneur  Ludovic,  desquelles  fut  le  Roy  moult  joyeulx; 
et  pour  icelles  magnifyer  par  tout  le  royaulme  de 
France,  fit  faire  les  feuz  de  joye,  avecques  dévotes  pro- 
cessions et  suffrages  ecclesiaulx;  et,  luy,  en  personne, 
plusieurs  voyages  et  oraisons  fîst  a  ?sostre  Dame  de 
Confort^  et  autres  eglizes  de  Lyon,  en  toute  humilité, 
regraciant  le  Prince  des  princes  de  la  victoire  heu- 
reuse que,  moyennant  sa  divine  aide,  avoit  contre  ses 
ennemys  obtenue^. 

1 .  Depuis  lors,  Bellinzona  et  le  canton  du  Tessin  n'ont  cessé 
d'appartenir  à  la  Suisse,  quoique  de  race  italienne.  Telle  est  l'ori- 
gine de  la  conquête.  Bellinzona  était  une  place  forte,  assez  impor- 
tante en  ce  qu'elle  commandait  les  délilés.  Mais  c'était  un  terri- 
toire pauvre,  constamment  ravagé  par  la  peste,  et  fort  séparé  du 
reste  du  Milanais  {Dollettino  storico  délia  Svizzera  Italiana,  t.  II,  5, 
211  et  s.;  111,1).  Tristan  de  Salazar,  ambassadeur  on  Suisse,  protesta 
vainement  (Marchogay,  Lettres  miss,  de  Tlwuars,  n-  98).  On  prétend, 
bien  à  tort,  que  Trivulce  l'avait  promise  aux  Suisses  en  paiement. 

2.  Célèbre  église  de  Lyon. 

3.  Louis  XII  se  hâta  de  faire  imprimer  une  proclamation  (pla- 


Avril  1500]     DE  LA  PRISE  DU  CARDINAL  ASCAIGNE.  267 

De  !a  prise  du  seigneur  Ludovic  par  toute  la  duché 
de  Millau  furent  soubdainement  nouvelles  semées,  dont 
furent  les  Lombars  moult  estonnez,  mais  ceulx  plus 
esbays  qui  de  la  rébellion  avoyent  estez  moyens,  llng 
lombart,  nommé  messire  Louys  de  Pors,  dont  j'ay 
parlé  cy  dessus,  lequel  avoit  le  jour  de  la  Purification 


quette  contemporaine  gothique,  intitulée  :  Lettres  nouvelles  de 
Milan,  avec  les  regretz  du  seigneur  Ludovic,  par  laquelle  il  annon- 
rait  au  royaume  les  nouvelles  reçues  le  10;  un  post-scriptum 
ajoutait  la  nouvelle  de  la  prise  de  Ludovic.  Cette  proclamation 
est  datée,  rétrospectivement  et  inexactement,  de  Lyon,  le  10  avril: 
on  voit  qu'elle  fut  rédigée  à  la  Tour-du-Pin;  le  post-scriptum 
et  l'adjonction  d'une  chanson  sur  la  prise  de  Ludovic  prouvent 
qu'en  réalité  elle  ne  put  être  livrée  à  l'impression  que  plus  tard. 

L'en-tète  de  cette  plaquette,  de  6  feuillets,  porte  une  grande 
vignette,  représentant  la  sortie  d'un  parlementaire,  les  yeux  ban- 
dés, au  milieu  de  gens  d'armes,  à  la  porte  d'une  ville  fortifiée. 

Après  le  texte  de  la  lettre  est  une  courte  note,  indiquant  que, 
le  samedi,  veille  de  Pâques  fleuries,  le  lundi  et  le  mardi  sui- 
vants, on  a  fait  des  processions  générales  à  Paris;  le  mercredi 
suivant,  15  avril,  on  chanta  à  Notre-Dame  un  Te  Deurn  solennel 
en  présence  du  parlement,  des  gens  des  comptes,  de  l'hôtel  de  la 
ville.  Le  soir,  on  fit  des  feux  de  joie  dans  toute  la  ville.  «  Petis 
et  grans  menoient  grant  joye  de  la  noble  victoire  et  conqueste.  » 

Viennent  ensuite  des  satires  improvisées  sous  ce  titre  : 

«  S'ensuyt  le  débat  des  François  contre  le  sire  Ludovic,  Avec 
les  regretz  d'iceluy  et  complainte  des  Milannoys.  y 

Ces  pièces  satiriques,  qui  occupent  \  feuillets  et  le  recto  du 
5«  et  dernier,  doivent  être  attribuées  à  Pierre  Gringoire,  d'après 
l'acrostiche  de  la  fin  qui  donne  Gringore  : 

Gentilz  françoys,  soyez  de  la  victoire 
/{einerciaiis  lesus  le  créateur. 
71  nous  appert  que  l'euvre  méritoire 
A'ous  vient  du  cieL  Dieu  est  nostre  adiuleur. 
Gloire,  triurnpbe,  magnificence,  honneur 
Ont  conqueste  a  Milan  gens  darnies 
Tîegretz,  souspirs  Ludovic  en  son  cueur 
Eq.  a  souvent  et  pleure  maintes  larmes. 


^268  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll.  [Avril  1500 

Nostre  Dame  habbandonnc  le  chasteau  de  Millan  et  sa 
foy  t'aulcée  et  cuidé  noyer  les  caves  et  moulin  de  ladite 
place',  pour  cuyder  satisfaire  a  ce  forfait,  ung 
dimanche  de  Pasques  fleuryes,  doziesme  jour  d'ap- 
vril ,  devant  la  porte  du  chasteau  se  transporta  et, 
nvecques  ung  grant  brochet  et  une  grosse  truyte,  vou- 
lut au  dedans  aller  faire  son  bancquet.  La  porte  luy 
fut  ouverte  et  luy  mys  au  dedans  et  de  son  poisson 
deschargé,  et,  après,  enfermé  dedans  la  prison  de  la 
Roquete,  avecques  plusieurs. 


XXXVII. 

Comment  le  cardinal  d'Amboise,  après  la  prise  ou 
SEIGNEUR  Ludovic,  partit  de  Verceil  pour  aller 

A  MiLLAN. 

Ung  jour  après  la  prise  du  seigneur  Ludovic,  le 
cardinal  d'Amboise  partit  de  Verceil,  et  ce  jour  fut  a 
Novarre  au  logis.  Le  lendemain  prinst  son  chemin 
droict  a  Gayace-,  une  petite  ville  fermée,  dont  estoit, 
deux  jours  devant,  deslogée  une  garnison  d'Estradiotz 
que  le  seigneur  Ludovic  avoit  la  lessée  pour  la  garde 
de  la  ville  ;  lesquelz  avoyent  sur  la  muraille  de  la  ville 
et  au  deffences  du  chasteau  lessée  l'artillerye  toute 
chargée.  Apres  que  le  cardinal  d'Amboise  et  ses  gens 

1.  Voir  page  159. 

2.  Gaggiano,  sur  la  routo.  d'Abbiategrasso  à  Milan,  au  point 
d'intersoction  du  Naviglio  grande.  Le  cardinal  n'avait  pas  pris  la 
grande  route  ordinaire;  il  préférait  sans  doute  attendre  dans  une 
ville  fermée  l'Iieure  d'entrer  à  Milan. 


Avril  1500]     COMMENT  LE  CARD»'  D'AMBOISE,  ETC.  269 

furent  illecques  logez,  les  pages  et  laquays,  toute  nuyt, 
firent  bruyrc  et  tonner  canons  et  hacquebutes,  comme 
si  le  siège  heust  esté  devant  la  ville.  Sur  le  soir,  que 
chascun  fut  retiré  pour  vouloir  reposer,  ung  laquays 
et  ung  page,  serviteurs  du  seigneur  de  Neufchastel, 
entrèrent  dedans  une  des  chambres  haultes  du  chas- 
teau,  en  laquele  avoit  deux  barrilz  de  pouldre  a  canon 
tous  plains,  et  de  celle  pouldre  firent  sur  une  table 
une  traynée,  puys  misrent  le  feu  dedans,  qui  soub- 
daynement  se  prist  aux  barrilz  et,  tout  a  coup,  mist 
en  flamme  tout  le  dessus  du  chasteau  :  et,  la,  furent, 
par  leur  deffault,  le  page  et  le  laquays  ausi  follement 
bruslés  que  papillons  a  la  chandelle. 

En  grant  danger  fut  le  cardinal  d'Amboise,  avecques 
tous  ceulx  qui  au  chasteau  estoient  logez,  si  n'est  qu'ilz 
estoyentaudessoubz  du  feu  et  que  d'heure  se  retirèrent  : 
car  le  feu  fut  si  grant  que,  par  la  challeur  et  force  de 
la  flamme,  une  partye  de  la  muraille  et  la  couverture 
du  chasteau  tumba  dedans  les  fossez. 

Le  quatorziesme  jour  d'apvril,  les  seigneurs  et 
potestalz  de  Millan  se  rendirent  a  Vigeve,  au  devant 
du  cardinal  d'Amboise,  pour  le  supplier  très  humble- 
ment que  son  plaisir  fust  aller  prendre  logis  dedans 
la  ville  de  Millan  et  regarder  le  peuple  d'icelle  en  pitié, 
sans  le  vouloir  du  tout  pugnir,  scelon  le  démérite  de 
son  forfaict;  ausquelz  fist  response  ledit  cardinal  que, 
pour  l'heure,  en  la  ville  soillée  de  vice  tant  prodicieux 
n'entreroit,  mais  au  chasteau,  qui  tousjours  avoit  tenu 
bon  pour  le  Roy,  s'en  alloit  loger  :  ce  qu'il  fist'. 

1.  Les  Milanais  avaient  une  peur  terrible  (Prato).  En  France, 
on  était  fort  irrité.  Une  chanson  de  cette  époque,  Le  grant  jxibilU' 


270  CIIUONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  15011 


XXXVIII . 

Comment  le  cardinal  d'Amboise  receut  l'amende 
honnorable  pour  le  roy,  que  ceulx  de  la  ville 
de  mlllan  firent  pour  satisfaire  a  leur  rebel- 
LION. 

Le  jour  du  sainct  vendredy,  dix  septiesme  d'apvril, 
a  la  prière  et  supplication  des  seigneurs  et  du  peuple 

de  Millan  (allusion  au  jubilé  de  1500),  lequel  traicte  des  conspira- 
tions cl  Irahysons  des  Millannoys  et  Lombars,  imprime  nouvellement 
(1500),  et  publiée  dans  le  Recueil  de  MM.  de  Montaiglon  et  de 
Rotbschild,  t.  IX,  nous  donne  un  curieux  échantillon  de  l'opinion  : 
cette  chanson  rappelle  l'histoire  des  Sforza,  la  bataille  de  Fornoue, 
où  Dieu  pour  les  Françoys  lahoui^a,  et  où  une  poignée  de  Français 
força  la  coalition  de  toute  l'Italie,  le  projet  de  Vêpres  siciliennes 
récemment  formé  par  les  Lombards...  En  voici  (juelques  vers  : 

Le  Roy  vous  fut  trop  gracieulx, 
Vous  laisser  vivre  ou  voz  maisons, 
En  liberté,  jeunes  et  vieulx, 
Soubz  vostre  foy,  séditieux, 
Pervers,  farcis  de  Iraïsoiis  ! 
Car  cuydastes  les  garnisons 
De  nuyt  luer  dedans  le  lict  : 
Pas  pelit  n'estoil  le  dclict. 

i\[ais  Dieu  ]>our  euix  si  bien  ouvra 
Que  en  la  lin  n'eusles  pas  du  bon. 
Ciiascun  d'eulx  force  recouvra, 
Tant  que  plusieurs  de  vous  livra 
Mors  estenduz,  en  ung  monceau 

A  mau  cbal,  mau  rai 

Mieulx  vous  fust  encoire  cslrc  a  naistre 
Qu'avoir  commis  celle  trahyson 
Au  Roy  de  France,  vostre  niaistre. 
Des  villes  fera  lieu  cliampeslre, 
Et  rasera  tout  !  car  Raison 
Vcull  qu'il  n'y  demeure  maison 


Avril  1500]      COMMENT  LE  TARDAI  D'AMBOISE,  ETC.  271 

de  Millau,  lesquelz  se  soubmectoyent  a  la  miséricorde 
du  Roy  et  au  plaisir  et  vouloir  du  cardinal  d'Amboise, 
comme  lieutenant  gênerai  dudit  seigneur,  promectans, 
de  corps  et  de  biens,  a  leurs  meffaicts  et  deftaulx  du 
tout  satisfaire,  pour  recepvoir  l'amende  honnorable 
d'iceulx  et  ausi  pour  trecter  de  la  proffi table,  deue  au 
Roy  a  cause  des  fraiz  et  mises  que,  au  moyen  de  leur 
rébellion ,  avoit  avancez ,  en  la  Maison  de  la  ville  se 
transporta  ledit  cardinal  d'Amboise,  accompaigné  de 
Tevesque  de  Luxon,  chancelier  de  Millan,  du  mareschal 


Qu'il  ne  boute  a  feu  et  espée  ; 
Aux  mors  ne  faull  plus  d'estoupée. 

Les  François  ont  ja  commencé, 
A  Plaisance  et  Alexandrie 
Et  aultres  par  ou  ont  passé, 
Tout  rasé,  comblé  le  fossé 
Et  mainte  personne  meardrie; 
En  brief  temps  sera  amoindrie 
Vostre  fierté,  n'en  doublez  pas  : 
Ce  (jui  trompe  ne  pourrit  pas. 

Le  noble  seigneur  de  Bourbon 

Vous  cherchera  jusqucs  es  cendres 

Le  jubilé  qui  leur  est  deu, 

Pour  tous  a  ung  coup  les  absouldre. 

Mettre  les  fault  a  sang  et  feu, 

Comme  hors  de  la  loy  de  Dieu 

Et  bougerons,  par  tempeste  et  fouklre; 

Et  puis,  après,  gettcr  la  pouldre 

Aux  ciiamps,  comme  ung  esluurbillon  : 

De  faulce  genl  niaulvais  billon 

Il  n'est  plus  Iraiiystre  nation 
Que  vous,  soubz  la  chappe  du  ciel  ; 
Mais,  en  brief,  vostre  ambition 
Foy  faulcée,  sédition, 
Plus  amere  aurez  que  fiel 

{Le  More  a  bien  fait  de  fuir  de  Milan  en  septembre. 

Entier  ne  te  fust  resté  membre 
Qui  l'eust  trouvé  a  l'assemblée; 
Tu  t'en  fou  y  s  bien  tost  d'emblée 


•272  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

de  Trevolce,  du  seigneur  de  Grantmont,  du  seigneur 
de  Neufchastel  et  de  plusieurs  grans  parsonnages. 

Les  plus  soUempnelz  misseres  et  autres  menu  peuple 
de  la  ville,  avecques  quatre  mille  petiz  entens,  a  chiefz 
descouvers,  et  vestus  de  robbes  d'humillité.  en  pro- 
cession générale,  avecques  l'ymage  de  Nostre  Seigneur 
Jhesu  Crist  en  croix,  illecques  a  la  venue  dudit  cardi- 
nal d'Amboise  s'assemblèrent  et,  par  ung  docteur^ 
tirent  proposer  mainctes  belles  choses,  promectans  de 
non  James,  contre  la  sacrée  magesté  de  France,  com- 
mectre  rébellion,  ne  faire  chose  contre  leui'  honneur, 
dont  ilz  puissent  de  nul  reproche  ou  diffame  estre 
notez  ou  actainctz,  et  que,  de  la  en  avant,  sembleroyent 
a  sainct  Pierre,  lequel,  pour  avoir  son  Seigneur  Jhesu 
Crist  regnyé,  heut  de  ce  meffait  tant  amere  douUeur 
que,  tout  son  temps,  après  ce  delict,  plus  fervant  en  fut 
en^'  son  service;  et,  sur  ce,  iist  ledit  cardinal  responce 
que  sainct  Pierre  avoit  troys  foys  renyé  son  maistre 
et  que  eulx  de  ainsi  le  faire  se  donnassent  bien  garde. 
Apres  ce,  demandèrent  humblement  pardon  de  leur 
desloyauté  et  rébellion,  en  obligent  eulx  et  leurs  biens 
pour  les  mises  et  despences  que  le  Roy  avoit,  a  ce 
moyen,  faictcs  pour  mectre  sus  son  armée,  a  la  somme 
de  troys  cens  mille  escuz^,  requérant  audit  cardinal 

1.  Michel  Tonso.  Ce  jurisconsulte  avait  épousé  Susanna  Archinti; 
son  fils,  Benedetto  Tonso,  l'ut  ambassadeur  de  Milan  près  de  Fran- 
çois I"  et  des  Suisses. 

2.  Le  ms.  porte  :  Et. 

3.  «  Fut  convertie  l'amende  criminele  en  civile,  voire  bien 
petite,  veu  In  grandeur  du  cas,»  dit  Saint-Gelais.  De  ces 
300,000  écus,  170,000  seulement  furent  payés  (Prato).  Les  autres 
questions  furent  définitivement  réglées  au  second  voyage  du  roi, 
en  1502  (M.  l-'ornieutini,  //  diicato  di  Milano,  215-228). 


Avril  1500]     COMMENT  LE  CARD^l  DAMBOISE,  ETC.  ilô 

que  l'armée  de  France,  qui  ancores  estoit  en  Lom- 
bardye,  fust,  le  plus  tost  que  faire  se  pourroit,  en 
France  renvoyée,  pour  alléger  le  pays,  qui  plus  sans 
désertion  ne  la  povoit  soustenir,  en  ensuyvant  que 
chascun  fust  reintégré  en  son  office.  Plusieurs  autres 
requestes  misrent  sus,  qui  trop  longues  seroyent  a 
descripre. 

Leur  propos  mys  a  fin,  ledit  cardinal  d'Amboise 
voulut  la  responce  consulter  avecques  Fcvesque  de 
Luxon,  le  mareschal  de  Trevolce,  le  seigneur  de  Grant- 
niont  et  autres  chamberlans  et  conseilliers  du  Roy,  qui 
la  estoyent,  et  fut  advisé  que  ung  nommé  messire 
.Michel  Riz^  docteur  en  chascun  droict,  feroit  la  res- 
ponce; par  laquelle  monstra  clerement  aux  Millannoys 
leur  desloyaulté  dampnable,  inexcusable  trayson  et 
irréparables  deffaultz;  et,  ce  neantmoings,  pour 
demonstrer  a  iceulx  inicques  que  le  pouvoir  de  doulce 

1.  Michel  Riz  ou  Ris  (Ritiusi,  jurisconsulte  napolitain,  s'atta- 
cha en  1495  au  service  de  Charles  VIII;  il  écrivit  une  apologie  de 
la  conquête  de  Naples  (ms.  lat.  6200)  sous  le  titre  de  :  lUsloria 
profeclionis  Caroli  VIll,  Francorum  régis,  par  Michael  Ritius, 
Neapolitanus,  inter  utriusque  juris  professores  minimus  et  ejusdcm 
régis  in  universo  prefalo  suo  Sicilie  regno  advocatus.  On  a  de  lui 
aussi  une  Histoire  des  rois  de  France,  d'Espagne,  de  Jérusalem,  de 
Naples  et  de  Hongrie,  publiée  en  français  à  Bàle,  in-8%  1535  (cf. 
ms.  3421,  Hofbibliothek,  à  Vienne).  Il  devint  en  France  maître 
des  requêtes  de  Thotel,  conseiller  au  grand  conseil,  où  il  siégeait 
sous  le  nom  de  Vadxocat  de  Xaples,  en  1501  président  au  parle- 
ment de  Provence,  ambassadeur  en  Allemagne  et  en  Italie,  con- 
seiller au  parlement  de  Paris  en  1504.  Il  vit  ses  biens  de  Naples 
conlisqués  par  Ferdinand  ;  Louis  s'employa  personnellement  pour 
obtenir  à  son  fils  la  restitution  de  ses  biens. 

Il  n'a  rien  de  commun  avec  le  jurisconsulte  Ricci  (Riccius), 
d'Asli,  qui  revisa,  en  1500,  les  Coutumes  de  Piacenza  (ms. 
fr.  21104,  fol.  4.  22,  37). 

I  18 


274  t'IIRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Avril  1500 

miséricorde  amollist  le  glayve  de  rigoureuse  justice, 
supposé  que,  par  leur  desmerite,  heussent  mortelle 
pugnicion  deservye,  ce  nonobstant,  leur  donna,  depar 
le  Roy,  ledit  cardinal,  leurs  vyes  et  biens  sauves,  les 
enhortant,  une  foys  pour  toutes,  de  non  james  com- 
mectre  crime  de  rébellion,  a  la  peine  de  pugnicion 
memorialle  a  tousjours  mes  emcourir;  et,  au  regard 
de  leurs  requestes,  fut  dit  qu'ilz  les  bailleroyent  par 
escript  et  que  responce  telle  leur  seroit  faicte  que  con- 
tenter se  devroyent,  en  exeptanttoutesfoysde  la  remis- 
sion les  aucteurs  principaulx  de  la  rébellion;  et  ce 
faict,  tous  les  petiz  enfens  en  procession  passèrent 
devant  le  cardinal  d'Amboise,  en  cryant  a  haulte  voix  : 
France,  France,  miséricorde'^  ! 

Le  vingt  troisiesme  jour  d'apvril,  ung  gentilhomme 
nommé  Carbon  de  Luppé ,  maistre  d'ostel  ordinaire 
du  Roy,  avecques  cincquante  archiers,  fut  envoyé  au 
chasteau  de  Tretz',  sur  les  frontières  de  Sainct  Marc, 
pour  prendre  ung  nommé  Alain,  gascon,  capitaine  de 
ladite  place  ;  laquelle  avoit  ledit  capitaine  vendue  aux 
Venissiens  quinze  cens  ducatz;  et,  pour  ce,  fut  mené 
au  chasteau  de  Millau '^  et,  la  dedans,  avecques  plu- 
sieurs autres  prisonniers,  enclos. 


1 .  A  cette  occasion  fut  frappée  une  médaille,  portant  d'un  côté 
le  buste  du  cardinal  d'Amboise,  au  revers  le  soleil  luisant  sur 
une  ville  fortifiée  avec  la  légende  :  Salvat  uhi  Iticet,  1500,  Mech'ol. 
(Armand,  Les  MédaiUeurs  itaUens.) 

"2.  Trezzo,  sur  le  haut  Adda,  à  la  frontière  de  la  province  de 
Bergame,  qui  appartenait  aux  Vénitiens.  Cf.  p.  150. 

3.  A  la  Roquette. 


Mai  1500]  COPIENT  UNE  GROSSE  ARMÉE  FUT  MISE  SUS.       275 


XXXIX. 

Comment  upœ  grosse  armée  fut  mise  sus  pour 
envoyer  soubmegtre  la  cyté  de  pize  a  la  sei- 
GNEURIE DE  Florence. 

Apres  toutes  ses  choses,  le  cardinal  d'Amboise,  par 
le  vouloir  du  Roy,  mist  sus  une  grosse  armée,  pour 
envoyer  soubmettre  la  cyté  de  Pize  a  la  seigneurie  de 
Florence  ;  et  fut  baillé  la  charge  de  celle  armée  au  sei- 
gneur de  Beaumont',  lieutenant,  pour  le  Roy,  sur 
cinc  cens  hommes  d'armes,  troys  mille  cinc  cens  Gas- 
cons et  autant  d'AIIemans;  et  la  furent  transmis  les 
capitaines   qui  s'ensuyvent  :  Hector  de  Montenart^, 

1,  Les  Florentins  auraient  voulu  Louis  de  la  Trémoille  et  lui 
tirent  offrir  50,000  ducats.  Mais  La  Trémoille,  venu  à  contre-cœur 
en  Milanais  et  pressé  de  repartir,  refusa  (Marchegay,  Lettres  mis- 
sives du  Chartrier  de  Thouars,  n"  97). 

2.  Peu  de  gens  ont  eu  une  vie  aussi  agitée  que  celle  d'Hector 
de  Monteynard.  Issu  de  l'ancienne  famille  des  Aynard,  en  Dau- 
phiné,  il  entra  au  service  du  duc  d'Orléans  comme  écuyer.  On 
l'accusa,  ainsi  qu'un  autre  écuyer  nommé  Brésille,  d'avoir  incite 
le  jeune  Louis  d'Orléans  à  s'émanciper  de  la  tutelle  de  sa  mère, 
Marie  de  Clèves,  que  dominait  Louis  XI,  d'avoir  voulu  régir 
la  maison  contre  le  gré  de  la  duchesse;  Louis  XI,  après  un 
avertissement  transmis  par  Michel  Gaillard,  fit  brusquement 
arrêter  au  château  de  Linières  les  deux  écuyers  et  les  força,  après 
mille  épreuves  plus  ou  moins  terribles,  à  prendre  la  croix  de 
l'ordre  de  Saint -Jean  de  Jérusalem  (Procéd.  polit,  du  règne  de 
Louis  XII.  973,  979,  986,  1002,  1007,  1022).  Chose  singulière,  Rai- 
mond  Aynard,  gouverneur  du  Dauphiné,  père  d'Hector,  avait  été 
disgracié  par  Charles  VH  comme  fauteur  du  dauphin  Louis  XI! 
Devenu,  après  la  mort  de  Louis  XI,  gouverneur  d'Asti,  Hector 
Ainard  de  Monteynard,  seigneur  de  Chalençon,  Montfort  et  Théis, 


276  (  IIUOMQUES  DE  LOUIS  .Vil.  [Mai  1500 

gouverneur  d'Ast,  le  seigneur  de  Coursinge,  lieute- 
nant du  duc  de  Savoye,  le  seigneur  d'Auzon,  escos- 
sovs,  le  seigneur  de  Saint  Prest,  Aulbert  du  Rousset, 
Jannet  d'Arbonville',  messire  Galeaz  Paliuzin*  et  mes- 
sire  Anthoine  de  Trovolce,  lombars,  avecques  dix  neuf 
pièces  d'artillerye. 

Le  XTX^  jour  du  moys  de  may,  le  cai'dinal  d'Am- 
boise  transmist  Carbon  de  Luppé  et  ung  nommé  Pierre 
Bordier,  avecques  bon  nombre  de  gens  d'armes,  soub- 
mectre  a  l'obéissance  du  Roy  la  seigneurie  de  Tourcelles, 
près  Gremonne,  que  tenoit  une  dame,  nommée  Camille 
d'Aragon,  seur  du  feu  roy  I-'errande,  roy  de  Napples; 
et,  après  la  réduction  d'icelle,  fut  lessé,  par  provision, 
a  dame  Camille,  quatre  mille  ducatz  sur  ladicte  sei- 
ifneurie. 


o 


épousa  la  fille  du  marquis  de  Montferrat,  Marguerite.  En  1499, 
Hector  était  chambellan  du  roi  et  titulaire  de  1,000  liv.  de  pen- 
sion sur  la  recette  de  Languedoc  (Tit.  orig.,  Monteynard,  n<'  303). 
Il  avait  assisté  à  Nantes  au  mariage  du  roi.  On  verra  plus  loin  sa 
tin  tragique. 

1.  Ou  plutôt  d'Arl)ouviIle.  Il  y  avait  alors  deux  sires  d'Arbou- 
ville,  l'un  en  Normandie,  l'autre  en  Beauce.  Les  d'Arbouville,  de 
Beauce,  s'étaient  attachés  à  la  maison  d'Orléans.  Charles  d'Ar- 
bouville, chambellan  de  Charles  d'Orléans,  devint  plus  tard 
l'homme  de  confiance  de  la  duchesse  Marie  de  Clèves,  qui,  dès 
son  veuvage,  le  nomma  gouverneur  d'Orléans.  Un  acte  de  1560 
mentionne  un  Jean  d'Arbouville,  seigneur  d'Arbouville,  mort  à 
cette  époque  (Tit.  orig.,  Arbouville,  n»*  8,  12,  13,  14,  15  et  18). 

2.  Galeazzo  Pallavicino  était  entré  au  service  de  la  France; 
Louis  XII  lui  confia  le  commandement  de  la  citadelle  do  Parme 
(ms.  fr.  25784,  n»^  98,  108,  135;  Tit.  orig.,  Palavicini). 


Mai  1500]     COMMENT  L'ARMEE  SE  MIST  AUX  CHAMPS.  277 

XL. 

Comment  l'armée,  qui  estoit  ordonn'ée  pour  aller 

A  PlZE,   SE  mST  aux   CHAMPS. 

Le  quinziesme  jour  du  moys  de  may,  l'armée  desus 
dite  partit  de  Parme  pour  aller  comancer  le  voyage 
de  Pize  ;  et,  sitost  que  gens  d'armes  marchèrent,  toutes 
les  villes  des  Italles,  qui  contre  le  Roy  avoyent  le  sei- 
gneur Ludovic  favorizé,  devers  le  cardinal  d'Amboise 
transmirent  leurs  ambaxades,  pour  avecques  luy  faire 
composition  et  bailler  argent  pour  le  deffray  de  l'ar- 
mée de  France;  et,  pour  ce  que  ung  nommé  Benti- 
voUe',  gouverneur  de  Bolloigne,  avoit  au  seigneur 
Ludovic  baillé  quelcjuc  ayde,  a  cincquante  mille  ducatz 
composèrent  les  Boullonoys.  Saine,  Lucque,  et  plu- 
sieurs autres  villes  hors  la  duché  de  Millan,  se  soub- 
mirent  a  la  raison;  et,  pour  satisfere  a  leurdefiaut,  si 
avant  boutèrent  la  main  aux  ducatz  que  grâce  leur  en 
fut  eslargie-.  Tous  les  conjurez  et  aucteurs  de  la  rébel- 
lion, qui  peurent  estre  priz  et  mys  soubz  la  main  de 
justice,   encoururent  sentence  cappitalle  et,  dedans 

■1.  Jean  II  Bentivoglio,  seigneur  do  Bologne. 

2.  Les  Français  firent  mine  d'abord  d'attaquer  Mantouo,  dont  le 
marquis  refusait  50,000  ducats  auxquels  il  avait  été  taxé.  Lp 
H  juin,  ils  prirent  et  mirent  à  sac  MontechiuruUo,  malgré  la  défense 
énergique  des  Torelli  ;  ils  s'emparèrent  ensuite  de  Guastalla, 
appartenant  aux  mêmes  Torelli  [Diario  Ferrarese,  Muratori,  XXIV, 
c.  386;  Buonnaccorsi,  etc.).  Si  le  marquis  de  Mantoue  ne  s'était 
pas  exécuté,  on  projetait  de  donner  le  marquisat  au  comte  de 
Montpensier,  son  neveu,  fils  de  Clara  Gonzaga  (Marchegay. 
Lettres  missives  du  Chartrier  de  Thoiiars,  n°  95). 


278  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

la  place  du  chasteau  de  Millan,  publicquement  furent 
exécutez;  desquelz  furent  messire  Jacome  Andrée, 
Nicolas  le  cirurgien^,  messire  Louys  de  Pors  et  le  capi- 
taine de  Trcctz-.  Leur  procès  fut  faict  par  messire 
Michel  Riz,  docteur,  et  par  le  capitaine  de  la  justice 
de  la  ville  ;  et  fist  iceulx  exécuter  le  sire  de  la  Tri- 
moille,  lieutenant  du  Roy^. 


XLI. 


Comment  le  seigneur  Ludovic  et  le  cardinal  A scaigne 

FURENT  amenez  PRISONNIERS   EN    FRANCE. 

Toutes  ses  choses  espirées,  le  seigneur  Ludovic  fut 
amené  en  France;  et  fut  ccluy  conduyt  par  le  sei- 
gneur de  Ligny  jucques  a  Suze,  en  Savoye  (et,  de  la, 
s'en  retourna  a  Pavye,  ou  fut  quelque  temps,  puys 
s'en  revint  a  Lion  sur  le  Rosne,  ou  estoit  le  Roy; 
lequel  luy  fist  si  bonne  chère  que  assez  estoit  pour  se 
devoir  contenter*. 

De  Suze  jucques  a  Lion  fut  le  seigneur  Ludovic  con- 

1.  Le  12  mai. 

2.  Le  23  mai. 

3.  Le  prévôt  des  maréchaux  de  Milan  était  Robert  de  Pradines. 
En  1504  il  commandait  à  Milan  S  hommes  de  guerre  à  cheval 
(ms.  fr.  25783,  n»  59)  et  50  hommes  de  guerre  de  renfort  en  gar- 
nison au  «  palais  »  de  Milan  (ms.  fr.  25784,  n»  75)  ;  en  1507  et 
1509,  il  commandait  les  mêmes  forces  (id.,  n^^  95,  99). 

4.  Ludovic  fut  parfaitement  traité;  il  emmena  ses  gens  et  un 
trousseau  considérable  (Prato).  Sa  bassesse  et  son  abattement 
étaient  extrêmes.  On  dut  s'arrêter  à  Suze  pour  le  faire  reposer. 
Aymar  du  Rivail  (De  Allobrogibus)  rapporte  qu'en  traversant 
au-dessus  de  Saint-Grespin,  au  territoire  d'Embrun,  une  «  porte,  w 


Mai  1500]     COMMENT  LUDOVIC  FUT  AMENE  PRISONNIER.        279 

duyt  par  le  seigneur  de  Cressol,  accompaigné  de  deux 
cens  archiers  de  la  garde  et  de  plusieurs  autres  gen- 
tishommes.  A  l'entrer  de  Lyon,  grant  nombre  de  gen- 
tishommcs  de  cheuz  le  Rov  luv  furent  au  devant.  Le 
prevost  de  Tostel  '  le  conduisit  tout  le  long  de  la  grant 
rue  Jacques  au  chasteau  de  Pierre  Encize%  et  la  fut 
loge  et  mys  en  garde  seure'-.  A  séjour  fut  illecques 

sorte  de  tunnel  fortiflé  creusé  dan?  la  montagne  par  ordre  de 
Charles  VIII,  il  s'écria  «  qu'il  n'y  avait  plu?  d'espoir  de  fuir  » 
(éd.  Terrebasse,  p.  541).  Paul  Jove  prétend  qu'il  montra  ensuite 
une  grande  résignation. 

1.  Le  prévôt  de  l'hôtel  du  roi  était  Robert  ou  Robin  Malherbe, 
seigneur  de  Jouy,  de  Liancourt  (le  P.  Anselme,  t.  II,  p.  77)  et  de 
Lanneau,  écuyer  d'écurie  et  chambellan  du  roi  en  1482,  prévôt 
des  maréchaux  de  France  depuis  1495,  prévôt  général  de  1501  à 
1507  (Tit.  orig.,  Malherbe,  n»*  15-19),  pensionnaire  du  roi  pour 
une  somme  de  600  livr.  (compte  de  1499,  Portefeuille?  Fontanieu). 
Il  commandait  20  lances,  restées  en  garnison  à  Rosay-en-Brie,  où 
elles  furent  passées  en  revue  le  19  novembre  1499  (ms.  fr.  25783, 
no  16;  compte  de  1501,  ms.  fr.  2960).  Nous  avons  déjà  parlé  des 
Malherbe. 

2.  Château  fort,  à  Lyon,  démoli  en  1792. 

3.  Une  miniature  contemporaine  (ms.  lat.  8294)  représente  cette 
scène.  Ludovic,  sur  un  mulet,  la  barrette  rouge  à  la  main,  en 
simple  justaucorps  gris  fourré,  en  longs  cheveux  blancs,  escorté 
de  piquiers  en  livrée  jaune  et  rouge,  pénètre  dans  une  forteresse 
dont  toutes  les  ouvertures  sont  garnies  de  têtes  de  femmes 
curieuses.  Une  banderole  porte  la  légende  explicative  llle  ego  sum 
Maurus,  etc.  Ces  derniers  mots  se  rapportent  au  poème  de  Fauste 
Andrelin,  De  captivitaie  Ludovici  Sphorcie,  imprimé  s.  l.  n.  d. 
pour  Robert  Gourmont,  et  dont  une  autre  édition  fut  donnée  en 
1505.  F.  Andrelin  s'exprime  ainsi  : 

Faustus  Maurum  tyrannos  alloqueniem  inducens  : 
Ille  ego  sum  Maurus,  franco  qui  captus  ab  hoste. 
Exempluin  instabilis  non  levé  sortis  eo, 
Quidnam  scœptra  juvanl  totum  invidiosa  per  orbem. 
Sic  miseros  explel  vila  tyranna  dles. 

Quis  rectos  neget  esse  deos  ?  ac  lancibns  œquis 
Libratum  punire  nephas?  en  carcere  tetro 


^SO  CUROMQLES   DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

({iiinzc  jours;  durant  lequel  temps,  par  les  seigneurs 
du  grant  conseil  du  Roy  de  plusieurs  choses  fut  inter- 
rogué;  lequel,  supposé  qu'il  heust  faict  que  foui,  toii- 
tesfoys  moult  sagement  parloit.  Apres  ce,  fut  trans- 
mys  au  chasteau  du  Lys  Sainct  George,  en  Berry,  et  a 
ung  gentilhomme,  nommé  Gilbert  Bertrand  S  baillé  en 
garde. 

Gallica  sacrileguni  compescunt  vincula  Maurum, 
Maunini  qui  sœva  coaceperal  ardua  mente 


Nuni  patruœ  cecidere  manus,  cum  dira  parares 
Toxica,  et  infando  misceres  lurida  gyro? 

l.  Gilbert  Bertrand,  seigneur  de  Lys-Saiut-Georges,  avait  été 
élevé  avec  le  roi  et  l'avait  servi  dans  toutes  les  circonstances 
intimes  de  sa  vie.  Il  était  gendre  du  sire  de  Yatan,  gouverneur  de 
la  maison  de  Marie  de  Clèves  et  de  Louis  XII.  Capitaine  des 
gardes  du  duc  d'Orléans,  il  devint,  à  la  fin  du  règne  de  Charles  VIII, 
bailli  de  Bourges.  Il  assista  encore  au  mariage  du  roi  à  Nantes, 
puis,  brusquement,  pour  un  motif  que  nous  ignorons,  il  dut  rési- 
gner ses  fonctions,  où  le  sire  de  Vatan,  son  beau-frère,  lui  suc- 
céda, et  se  retirer  au  Lys-Saint-Georges,  bien  qu'il  n'eût  que 
quarante-sept  ans.  La  garde  de  son  illustre  prisonnier  lui  fut 
évidemment  donnée  comme  une  compensation  et  un  témoignage 
de  haute  confiance,  en  même  temps  que  dans  l'intérêt  du  prison- 
nier lui-même  [Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  Xll,  854,  923,  989, 
1006,  104S). 

Ludovic  demeura  au  Lys  quatre  ou  cinq  ans  et  fut  ensuite  trans- 
féré à  Loches  (Saint-Gelais).  «  Et  fault  entendre,  «  ajoute  Saint- 
Gelais,  «  que  de  sa  personne  il  a  tousjours  esté  traicté  aussi  bien 
qu'il  eust  peu  estre  en  sa  plus  grande  liberté  ny  seigneurie;  » 
«  humainement  traité,  »  dit  Seyssel;  «  en  ung  fort  chasteau,  où 
il  est  encore  a  présent  détenu,  en  large  et  honneste  prison,  »  dit 
VYxtorc  Anthonine  (ms.  fr.  1371,  fol.  293).  Les  historiens  milanais 
ne  mentionnent  pas  davantage  do  sévices  (Castellus,  Compen~ 
dium...,  ms.  lat.  6172,  fol.  41  v»,  etc.).  Bourges  et  Loches  étaient 
les  deux  grandes  prisons  d'État  ;  Louis  XII  avait  passé  trois  ans 
dans  la  première;  Philippe  de  Savoie,  comte  de  Bresse,  deux- 
ans  dans  la  seconde,  où  il  avait  composé  une  chanson  répandue 
en  Savoie  {Museo  storico  de  VArchivio  di  Stato  à  Turin,  Cata- 
loque,  II,  n°  1).  Prato  raconte  qu'à  Loches,  où  il  jouissait  d'une 


Mai  1500]     COMMENT  LUDOVIC  FUT  AMENÉ  PRISONNIER.        iH[ 

Le  cardinal  Ascaigne^  fut  pareillement  amené  a  Lyon 
par  le  seigneur  de  Xandricourt  et,  de  la,  envoyé  en 
la  Grosse  Tour  de  Bourges-.  Ainsi  fut  la  duché  de 

liberté  relative,  Ludovic  corrompit  son  gardien  en  1508  et  s'en- 
fuit caché  dans  une  voiture  de  paille,  mais  il  s'égara  dans  les 
bois  et  fut  repris  le  lendemain  matin  dans  une  battue.  C'est  alors 
qu'on  lui  imposa  une  surveillance  plus  sévère.  Il  mourut  de  mort 
naturelle,  le  17  mai  de  la  même  année.  Un  gentilhomme  qui  avait 
obtenu  de  rester  près  de  lui,  P»  Fr"  Pontremulo,  revint  alors  en 
Italie  et  raconta  à  sa  manière  les  épreuves  de  Loches.  De  là  une 
légende  en  Italie.  Paul  Jove  n'a  pas  manqué  de  la  recueillir. 
Selon  lui,  Ludovic  se  montra  magnanime,  Louis  XII  dur  jusqu'à 
la  stupidité,  jusqu'à  faire  mourir  Ludovic  de  privations.  Cette 
légende  a  fait  école  depuis  lors.  Ludovic,  dit  Papire  Masson,  «  in 
praedurum  carcerem,  sine  scribendi  ac  legendi  solacio,  conjicitur, 
ubi,  ferrata  in  cavea,  decennio  post,  decessit.  »  Elle  est  absolu- 
ment fausse. 

1.  Ascanio  Sforza,  né  vers  1455,  cardinal  en  1484,  vice-chan- 
celier de  l'Église  romaine  depuis  1492;  il  fut  fort  bien  traité  en 
France  (Spelta,  Historia  délie  vite  di  tutti  i  Vescovi  di  Pavia,  p.  431  ; 
Thuasne,  Diarium  de  Burchard,  II,  610,  612,615).  Saint  François 
de  Paule  alla  le  voir  à  la  Grosse-Tour  de  Bourges  el;  lui  promit  sa 
prompte  délivrance  {Procès  de  canonisation,  ms.  lat.  10856,  fol.  10). 
En  effet,  Ascagne  recouvra  pleinement  la  liberté  en  1503,  Jean 
d'Auton  dira  dans  quelles  conditions,  devint  évèque  de  Novare 
et  mourut  à  Rome  (Basilica,  Novaria,  p.  525;  Ughelli,  Jtalia 
sacra,  IV,  c.  987;  Galletti,  Inscriptiones  Romans,  I,  p.  ccxij,  etc.). 

2.  La  Grosse-Tour  de  Bourges,  énorme  tour,  rattachée  au  sys- 
tème des  fortifications  de  Bourges  et  fortifiée  sous  Philippe- 
Auguste  de  quatre  bastions,  était  la  principale  prison  d'État  du 
royaume  {Jeanne  de  France,  p.  210). 

Elle  avait  pour  capitaine  le  capitaine  écossais  Patrick  Macha- 
lan  (aliàs  Mac  Nellen),  qui  déjà  avait  eu  la  mission  d'y  garder  le 
duc  d'Orléans  en  li90.  Louis  XII  ordonna,  par  les  lettres  sui- 
vantes, d'entourer  le  prisonnier  de  tous  les  égards  possibles  (Arch. 
municip.  de  Bourges,  F  4;  communication  de  M.  le  comte  Ray- 
mond de  la  Guère)  : 

«  A  nos  très  chers  et  bien  aimez  les  bourgeois,  manans  et  habitans 
de  nostre  bonne  ville  et  cité  de  Bourges, 
(i  De  par  le  Roy.  Très  chers  et  bien  amez,  nous  envoyons  pre- 


282  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XH.  [Mai  1500 

Millan,  en  sept  nioys  et  demy,  par  les  Françoys  deux 
foys  conquestée;  et  pour  celle  foys  finye  la  guerre  de 
Lombardye  et  les  aucteurs  d'icelle  captiz  et  exiliez. 

Peu  faict  d'aquestz,  qui  tant  travaille  et  vacque 
Aux  biens  mondains  et  son  sens  y  applicque. 
Quant  si  soubdain  puissance  humaine  vacque. 
De  jour  en  jour,  sans  terme  de  replicque, 
L'efTecl  en  est  mys  en  veue  publicque  . 
Par  Fortune,  qui,  avecques  lelz  blocque 
Qu'elle  déçoit  et  de  tant  les  democque, 
Que,  après  avoir  donné  mantel  et  hucque', 
Tous  nudz  les  rend,  sans  cœuvre  chief  ne  tocque. 
Gloire  mondaine  est  fraigille  et  caducque. 

Plusieurs  cuydans  le  Cercle  Zodiacque 
Rétrograder  par  une  voye  oblicque, 
Soubdainement,  au  bas  centre  et  oppacque, 
Se  sont  trouvez  loingtains  du  Pôle  articque; 
De  ce,  nous  ont  lessé  pour  tout  relicque 
La  mémoire  qui  a  dueil  nous  provocque. 

sentement  en  nostre  tour  de  Bourges  le  cardinal  Ascaine,  duquel 
avons  baillé  la  charge  et  garde  a  nostre  cher  et  bien  amé  le  cap- 
pitaine  Patris  Macanan,  et  duquel  avons  bonne  et  entière  con- 
fiance. Par  quoy,  et  aussi  que  ladite  tour  est  mal  meublée  et 
utencillée,  et  que  voulions  et  entendons  que  ledit  cardinal  fut  bien 
traicté,  nous  vous  prions,  et  neantmoins  mandons,  que  baillez  et 
délivrez,  ou  faictes  bailler  et  délivrer  audit  Macanan,  desdits 
meubles  et  utencilles  qui  seront  nécessaires  pour  la  provision  et 
acoustrement  de  ladite  tour  et  ils  seront  renduz  par  celluy  qui  est 
par  mon  commandement  au  paiement  de  la  despence  dudit  cardi- 
nal, et  payez  des  interetz  et  donmaiges  qui  y  pourroient  avoir 
durant  le  temps  qu'ilz  seront  en  ladite  tour,  ainsi  que  par  vous 
sera  tauxé  et  advisé  en  la  présence  dudit  Patris  Macanan.  Et  aussi 
plus  luy  donnez  tout  le  port  et  faveur  que  besoing  sera,  et  n'y 
veuillez  faire  faulte.  Donné  à  Lyon,  le  lie  jour  de  juillet.  Loys.  » 
1.  La  hucquc,  sorte  de  long  manteau  ;  ce  mot,  souvent,  s'appli- 
quait spécialement,  comme  ici,  au  capuchon. 


Mai  1500]     COMMENT  LUDOVIC  FUT  AMENÉ  PRISONNIER.        ^83 

Sy  mon  dire  nul  en  rlouble  revocque, 
Bocace'  et  autre  en  ont  bien  treclé,  jucque 
A  suffyre,  en  prose  et  equivocque. 
Gloire  mondaine  est  fragille  et  caducque. 

Si  Ludovic,  qui  jadys  pleine  cacque 
Heut  de  ducatz  et  povoir  magnificque. 
Est  en  exil,  sans  large,  escu  ne  placque, 
f.aptif,  afflict,  plus  mausain  que  ung  heticque. 
Et  que,  de  main  hostille  et  inimicque. 
Malheur  le  fiere  rudement  et  estocque. 
Ambicion,  qui  son  possesseur  chocque, 
A  rabbessée  sa  peignée  perrucque, 
(^.orame  celle  qui  les  plus  fors  defrocque. 
'   Gloire  mondaine  est  fragille  et  caducque. 

Prince,  qui  veust  a  tous  prendre  la  picque, 
Garde  le  choc  de  la  lance  ou  la  picque; 
Car  maintz  ont  heu  par  ce  moyen  la  crucque^. 
Tel  a  conquys  Ayse,  Europpe,  Auffricque, 
Qui  n'en  est  pas  demeuré  pacifficque. 
Gloire  mondaine  est  fragille  et  caducque^. 

1.  Le  livre  de  Jehan  Boccasse  avait  été  expressément  traduit,  et 
imprimé  sur  parctiemin  pour  la  reine  Anue  de  Bretagne  (Paris, 
Vérard,  1493). 

2.  Expression  de  fantaisie;  Jean  d'Auton  n'emprunterait-il  pas 
le  mot  espagnol  la  crusca  (craquement,  écrasement)? 

3.  Ce  drame  a  fort  excité  la  verve  des  poètes  français.  Fauste 
Andrelin  l'a  chanté  dans  son  poème  De  captivitate  Ludovici  Sphor- 
cie,  imprimé  plusieurs  fois  (par  Gaspard  Philippe,  s.  1.  n.  d.,  in-4o 
gothique  de  8  ff.;  pour  Jean  Petit,  Paris,  26  mai  1505,  in-4°, 
10  ff.).  Jean  Bouchet,  dans  VÉpitaphe  de  Louis  XII,  loue  le  roi 
d'avoir  «  mis  au  nie  de  Bourges  le  Milan,  voilant  trop  hault...  » 
S'inspirant  d'une  chanson  italienne  de  cotte  époque,  Ogni  fumo 
viene  al  basso,  Jean  Marot  chante  la  prison  du  More  en  France  : 

Jadiz  fist  paindre  une  dame,  enibelUe, 
Par  sur  sa  robe,  des  villes  d'ytallie, 
Et  luy  au  près  tenant  des  espoussetes, 


284  CIIROMQLES  DK  LUllS   Xll.  [Mai  tnOO 

Apres  doncques  que  le  seigneur  Ludovic  et  le  car- 
dinal Ascaigne  furent  logez,  comme  ouy  avez,  tous  les 
jours  du  moys  de  may  et  de  jung,  dedans  la  ville  de 
Lyon  sur  le  Rosne  et  devant  l'abbaye  d'Esnai,  se  firent 
combatz  et  tournoys  et  tant  d'autres  bonnes  clieres 
(|ue  tous  les  plus  petiz  en  heurent  souvant  bonne  part. 


XLIL 


COMMEi>îT  LA  ROYNE  FUT  EN  VOYAGE  A  SaINCT  GlAUDE, 
ET  d'un  TOURNAY  QUI  FUT  FAIGT  A  LyON  A  SA  VENUE. 

En  l'entrent  du  moys  de  may,  la  Royne  fut  en  voyage 
a  Saint  Claude  i,  et  de  la  a  Lyon  le  Saunier  %  en  Bour- 
goigne,  tenir  ung  fîlz  du  prince  d'Orenge^.  Avecques 

\ûullant  dire,  par  superbe  follie, 

Que  l'Ytallie  estoil  toute  souillie 

Et  qu'il  voulloil  faire  les  villes  nettes. 

Le  roy  Loys,  voullant  ravoir  ses  mettes, 

Par  bonne  guerre  luy  a  fait  tel  ennuy 

Que  l'Ytalye  est  nettoyé  de  luy! 

Chose  usurpée  legier  est  consommée, 

Comme  argent  vif  qui  retourne  en  fumée.  (Ms.  fr.  5091.) 

En  Italie,  il  se  trouva  des  poètes  assez  courageux  pour  pleurer 
Ludovic  (Gozzadini,  Memorie  per  la  viia  di  Giovanni  II  dé'  Benti- 
vogli,  p.  116,  note). 

1.  Célèbre  pèlerinage,  que  Louis  XI  avait  enrichi  de  dons  con- 
sidérables. La  reine  y  allait  en  reconnaissance  de  l'heureuse  nais- 
sance de  sa  fille  Claude.  Tous  les  jours,  à  Saint-Claude,  on  disait 
une  messe  pour  le  repos  de  l'âme  de  Charles  VIII,  et  Louis  XII 
fit  aux  religieux  une  pension  de  300  livres  (compte  de  1.503, 
ms.  fr.  2927). 

2.  Lons-le-Saulnier,  dans  la  Haute-Bourgogne. 

3.  Le  prince  baptisé  avec  tant  d'éclat  était,  en  effet,  le  dernier 
rejeton  mâle  de  la  maison  de  Ghalon.  Jean  II  de  Chalon,  son  père, 
s'était  marié  deux  fois  :  1»  avec  Jeanne  de  Bourbon;  2°avecPhiI- 


Mai  1500]     DUN  TOUR.NAY  QUI  FUT  FAICT  A  LYON.  285 

elle,    furent    les    seigneurs    de    la    Roche    de    Bre- 


berte  de  Luxembourg,  dont  il  eut  Philibert,  son  fils  unique,  et 
Claude,  femme  du  comte  de  Nassau,  tige  de  la  famille  actuelle 
d'Orange.  On  sait  comment  Philibert  de  Chalon  se  rendit  célèbre 
par  sa  haine  pour  la  France,  comment  il  fit  cause  commune  avec 
le  connétable  de  Bourbon;  il  présida  au  sac  de  Rome  et  mourut 
tragiquement  en  1530. 

Le  prince  d'Orange,  son  père,  appartenait  à  la  plus  étroite  inti- 
mité du  roi  et  de  la  reine.  Possesseur  eu  Bretagne  comme  en 
Franche-Comte  d'immenses  domaines,  il  avait  assisté  Anne  de 
Bretagne  et  le  duc,  son  père,  dans  toutes  leurs  épreuves.  Il  avait 
négocié  le  mariage  d'Anne  avec  Maximilien,  et  c'est  même  lui  qui 
eut  à  Nantes  l'honneur  d'épouser  la  jeune  duchesse  au  nom  du 
prince.  Fait  prisonnier  à  Saint-Aubin  avec  Louis  d'Orléans  et 
bien  traité  par  Anne  de  Beaujeu,  sa  belle-sœur,  il  se  rallia  ensuite 
loyalement  à  la  cause  de  la  France  et  devint  lieutenant  général 
de  Charles  VUI  en  Bretagne.  Il  fut  un  des  négociateurs  du 
mariage  de  Louis  XII  avec  Anne  de  Bretagne  et  reçut  même  de 
la  duchesse  à  ce  moment  le  gouvernement  de  Saint-Malo  avec  des 
lettres  de  créance  particulières.  Il  occupa  un  rang  important  dans 
l'expédition  de  1495. 

Aussi  jouissait-il  d'un  crédit  tout  particulier;  il  obtint  de 
Louis  XII,  en  1499,  des  lettres  patentes,  par  lesquelles  le  roi 
déclarait  n'avoir  jamais  soldé  les  40,000  écus  dus  pour  l'achat  de 
la  principauté  d'Orange  ;  Jean  rentra  ainsi  en  jouissance  de  cette 
principauté,  que  François  P""  reprit  à  son  fils.  Le  roi  le  comblait 
aussi  de  dons  personnels.  Le  roi  et  la  reine  appelaient  sa  femme 
ma  niepce  la  princesse,  par  amitié.  Il  était  du  reste  d'une  bonne 
politique  d'avoir,  vers  les  terres  de  l'Empire,  un  ami  aussi  puis- 
sant que  le  prince.  Son  dévouement  avait  beaucoup  servi  Louis  XI 
dans  ses  rapports  avec  Charles  le  Téméraire. 

Jean  de  Chalon  était  capitaine  du  Louvre  et  pensionnaire  du 
roi.  Il  mourut  au  commencement  de  1502.  (V.  notamment  ms. 
fr.  23517;  compte  de  1499,  Portefeuilles  Fontanieu;  Archives  du 
Doubs,  E  1212,  1215;  Tit.  orig.,  Chalon,  n'^  88,  89;  fr.  26106, 
n°  156;  Commines,  etc.) 

La  reine  portait  à  ce  baptême  des  «  broderies  de  drap  d'or  raz. 
à  plusieurs  feulaiges,  et  autres  façons  ytalliennes  »  (ms.  fr,  22335, 
fol.  138  v°).  Voici  la  toilette  de  ses  filles  d'honneur  : 

«  Autres  acoiistremens  qui  furent  faitza  Lyon  le  Saulnier;  baillé 


286  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

laigneS  de  Tournon^,  de  Chastillon  et  plusieurs  des 
gentishomnies  de  la  maison  du  Roy,  les  Cent  Suyces 
de  la  garde  et  troys  cens  hommes  d'armes. 

Des  dances,  bancquetz,  esbatz  et  joyeux  passetemps, 

audit  Lefevrc,  par  lesdits  Signac  et  Peguyneau,  les  jours  et  an  que 
dessus. 

«  Et  premièrement  :  quatre  petiz  manteaulx,  pour  pellerins,  de 
drap  d'or  raz,  doublez  de  taffetas  blanc. 

«  Plus,  quatre  robbes  de  fille  de  satin  cramoysy,  bordées  de 
veloux  jaulne,  aussi  pour  filles. 

«  Plus,  sept  abillemens  de  teste,  semblablement  pour  filles; 
c'est  assavoir,  sept  coiffes  de  teffetas  vert,  frangées  de  franges  de 
fil  d'or,  semées  de  pilletes,  chascune  coiffe  garnies  de  deux  aulnes 
de  lynomples,  avec  quatre  manches  de  toille  de  lin  bordées  de  fil 
de  soye  par  les  pognez.  Lesquelz  abillemens  ladite  dame  feist 
faire  pour  dancer  morisques,  tant  a  Lyon  le  Saulnier  que  a  Lyon 
sur  le  Rosne,  a  son  retour  de  son  voyaige  de  Saint  Giaude.  » 
(Id.,  fol.  139.) 

1.  Guy  XVI  (ou  Nicolas)  de  Laval,  comte  de  Caserte,  de  Mont- 
fort,  du  Gavre,  baron  de  la  Roche-Bernard,  seigneur  de  Vitré, 
Montreuil-Bellay,  etc.,  etc.,  grand  maître  d'hôtel  de  France  en 
1497,  cousin  de  la  reine,  était  le  héros  de  cette  fête,  donnée,  par 
la  reine,  à  l'occasion  de  ses  fiançailles  avec  la  princesse  de  Tarente. 
Leur  mariage,  ratifié  par  lettres  du  roi  de  Naples  du  M  juin  1500 
et  du  duc  de  Calabre  du  10  juin,  fut  célébré  à  Vierzon  le  27  jan- 
vier 1500.  Frédéric  constitua  à  sa  fille,  pour  toute  fortune,  une 
somme  de  100,000  livres,  payable  comptant  à  Lyon.  Le  sire  de 
Laval  était  fort  riche.  Leur  fille  unique,  Anne,  épousa,  le  20  fé- 
vrier 1521,  François  de  la  Trémoille,  prince  de  Talmont.  C'est 
par  suite  de  cette  alliance  que  la  famille  de  la  Trémoille  crut 
devoir  réclamer  à  Miinster,  en  1618,  le  royaume  de  Naples  (Titres 
justificatifs  du  droid  appartenant  au  duc  de  la  Trémoille  en  la  suc- 
cession universelle  de  Frideric  d'Aragon,  roy  de  Sicile,  Naples,  Hie- 
rusalem,  etc.  Paris,  Pierre  des  Hayes,  1654,  in-4°;  Tit.  orig., 
Laval,  nos  ^37^  152;  Ribl.  de  l'Institut,  fonds  Godefroy,  ms.  230, 
fol.  hm  et  suiv.;  Bibl.  de  Nantes,  ms.  1809,  p.  107). 

2.  Jacques  de  Tournon,  père  des  deux  Tournon,  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut.  Il  mourut  vers  1507;  Louis  XII  donna  la 
terre  do  Molmn-sur-Yèvre  par  lettres  patentes  du  15  février  1506 
(1507)  fms.  Clair.  782). 


Mai  1500]     D'UN  TOURNAT  QUI  FUT  FAICT  A  LYON.  287 

qui  a  ce  voyage  furent  faictz,  ne  feray  autre  compte, 
si  n'est  que  peu  durèrent  les  jours  a  ceulx  qui  la  se 
trouvèrent  ;  car  oncques  ne  fut  veue  meilleur  dame, 
tant  honnorable  ne  si  délibérée  que,  pour  lors,  estoit 
la  Royne. 

A  son  retour  de  Bourgoigne,  voulut  que  dedans 
Lyon,  a  Hesnay^  fust  faict  ung  tournay  de  sept  gen- 
tishommes,  de  sa  part,  contre  sept  autres,  de  ceulx 
du  Roy  ;  et  fut,  le  vingt  deusiesme  jour  de  may,  audit 
lieu  d'Esnay,  ordonné  le  tournoy. 

Du  party  du  Roy,  furent  le  seigneur  infent  de 
Navarre,  frère  du  conte  de  Foix-,  le  seigneur  d'Avanes, 
le  seigneur  de  Bonne  val,  le  seigneur  de  la  Rochepot^, 

\.  Ainay.  près  de  Lyon,  sur  les  bords  de  la  Saône,  était  une 
très  ancienne  abbaye  de  l'ordre  de  Saint-Benoît  élevée  sur  les 
ruines  d'un  ancien  temple  d'Auguste  (Chorier,  Hist.  du  Dauphiné, 
I,  3-27). 

Elle  avait  pour  abbé  Théodore  Terrail,  fils  de  Pierre  Terrai), 
seigneur  de  Bernin  (abbé  de  1457  à  1505),  celui-là  même  qui 
donna  à  son  cousin  Bayard  son  premier  équipement.  Le  Gartu- 
laire  d'Ainay  a  été  publié  par  M.  Aug.  Bernard. 

2.  Jacques  de  Foix,  chevalier  de  l'ordre,  comte  de  Montfort, 
quatrième  fils  de  Gaston  de  Foix,  dit  l'Infant  de  Navarre.  Il  était 
frère  cadet  de  Gaston  U,  comte  de  Foix,  de  Jean  de  Narbonne, 
de  Marie  de  Foix,  marquise  de  Montferrat,  et  de  Marguerite  de 
Foix,  duchesse  de  Bretagne.  II  fit,  l'année  suivante,  la  campagne 
de  Mételin  et  mourut  au  retour,  à  l'âge  de  trente  ans,  laissant 
seulement  deux  enfants  naturels. 

3.  René  ou  Régnier  Pot,  seigneur  de  la  Roche  ou  de  la  Roche- 
Pot  et  de  Damville,  baron  de  Châteauneuf,  était  un  grand  sei- 
gneur, fils  de  Guyot  Pot,  ancien  gouverneur  de  Louis  XII,  qui 
avait  joué  un  rôle  très  considérable  dans  la  maison  d'Orléans 
comme  accapareur  de  tous  les  emplois  lucratifs.  Guyot  Pot  mou- 
rut en  1495  ou  1496.  A  partir  de  cette  époque,  René  Pot,  échan- 
son  de  Charles  VIII,  devint  possesseur  d'une  rente  de  1,300  livres 
sur  le  duché  d'Orléans.  Il  fut  nommé  successivement  sénéchal  de 


288  rHHOMQUES   DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

le  seigneur  des  Barres,  le  seigneur  de  Verdusant^  et 
le  seigneur  de  Ravel,  nommé  Pocquedenare. 

Du  cousté  de  la  Royne,  le  seigneur  de  la  Roche  de 
Bretaigne,  le  seigneur  de  Ghastillon,  le  seigneur  de 
Fremcnte,  le  seigneur  de  Sainct  Amadour,  François 
Course   Maugeron^  et  ung  nommé  le  jeune  Cami- 

Beaucaire  et  de  Niraes,  capitaine  et  cliâtelain  de  Nîmes,  à  la 
mort  du  sire  d'Aul)ijOux  (1501).  Il  mourut  dès  1504,  sans  avoir 
joué  de  rôle  bien  marquant.  Sa  sœur,  qui  avait  épousé  Guillaume 
(le  Montmorency,  ami  intime  de  Louis  XII,  hérita  de  tous  ses 
biens  (Tit.  orig..  Pot,  n°'  100,  101,  103;  Tit.  orig..  Montmorency; 
nis.  Parlement  474,  fol.  G4  ;  Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII  : 
(icncalogie  de  la  maison  Pot,  Paris,  1782,  in-fol.;  La  Thaumassière; 
notre  Histoire  de  Louis  XII,  t.  I,  passim). 

1.  Odet  de  Verduzan  ou  Berduzan,  gentilhomme  gascon,  capi- 
laine  de  Dax  de  1503  à  1519  (Tit.  orig.,  Verdusant,  n"*  5-9). 

'J.  Nous  manquons  de  renseignements  sur  François  Cours  ou 
de  Cours.  Il  y  avait  en  Agenais  une  famille  de  Cours., Mais  il 
semble  plus  probable  que  François  devait  appartenir  à  la  famille 
di  Corte,  de  Pavie. 

3.  11  y  avait  plusieurs  seigneurs  et  capitaines  de  Maugiron,  que 
l'on  a  souvent  confondus,  et  qu'il  faut  distinguer.  Hugues  de 
Maugiron,  seigneur  d'Ampuis,  eut  en  effet  cinq  fils,  dont  un  mort 
en  bas  âge,  un  autre  d'église  et  trois  capitaines.  L'aîné  de  ces 
trois,  François,  seigneur  de  la  Roche,  qui  épousa  Louise  de  Rabu- 
tin,  devint,  à  vingt-trois  ans,  capitaine  d'une  compagnie  de 
1,000  hommes  de  pied;  il  ht,  en  1507,  la  campagne  contre  Gènes 
cl  fut  tué  cà  Ravenne  en  1512.  C'est  de  lui  qu'il  est  question  dans 
le  Loyal  Serviteur,  et  non  de  son  cousin  Pcrrot,  comme  il  semble- 
rait. François  avait  deux  frères  cadets,  Guy  ou  Guynet,  page  de 
Charles  VIII,  puis  capitaine  de  cent  hommes  d'armes,  chevalier 
de  l'ordre,  pensionnaire  du  roi,  lieutenant  du  gouverneur  de  Dau- 
phiné,  qui  se  distingua  à  Marignan  comme  lieutenant  du  comte 
de  Saint-Paul,  et  Guyot,  dit  le  capitaine  Maugiron,  capitaine  de 
chevau-légers,  qui  périt  en  Italie.  Mais  on  voit  qu'en  somme  ces 
trois  capitaines  ne  jouèrent  un  rôle  militaire  que  plus  tard. 

En  1499,  on  trouve  leur  oncle,  François,  capitaine  d'une  com- 
pagnie de  gens  de  pied,  et  onhn  leur  cousin  germain,  Pierre  ou 


Mai  1500]     D'UN  TOniNAY  QUI  FUT  FAICT  A  LYON.  289 

cant\  lesquelz  se  trouvèrent  sur  les  rancz,  au  jour 
entrepriz,  tous  en  armes  et  bien  montez. 

Geulx  qui  estoyent  du  party  du  Roy  entrèrent  les 
premiers  aux  lices,  l'armet  en  teste  et  la  lance  sur  la 
cuisse,  vestus  sur  le  liarnoys  d'ung  blanc-  soye  et 
bardés  de  pareille  couleur. 

De  l'autre  costé  des  lices  entrèrent  ceulx  de  la  Royne, 
chascun,  son  serviteur  et  sa  dame,  en  habbillemens 
de  bleu,  bordez  de  jaune  et  semez  de  petites  pate- 

Perrot  de  Maugiron,  dit  Pyraud  de  Maugiron,  excellent  capitaine, 
dont  Brantôme  fait  l'éloge.  C'est  très  probablement  de  ce  dernier 
qu'il  s'agit  ici.  Pyraud  vivait  encore  sous  François  I",  et,  au  bas 
de  son- portrait,  François  1^''  écrivait  :  Plus  ryant  que  joyeux  (Tit. 
orig.,  Maugiron;  Brantôme,  le  Loyal  Serviteur;  Rouard,  Fran- 
çois /«'•  chez  M"'^  de  Boisy,  p.  34;  ms.  fr.  2927,  fol.  122  \°). 

1.  Camicans,  aliàs  Carrucans,  Canucans.  Jean  d'Auton  citera 
plus  loin  Jean  de  Gassaignet,  seigneur  de  Camicans,  qui  est  sans 
doute  le"  S"  de  Canican  dont  parle  Brantôme  (t.  II,  p.  297)  comme 
commandant  35  lances  en  1495.  Jean  de  Cassaiguet  ligure  dans 
les  comptes  de  1503  (ms.  fr.  2927,  fol.  18)  sous  le  nom  de  s""  de 
Busta. 

Celui  que  J.  d'Auton  désigne  ici  comme  le  jeune  Camicant  éAail 
sans  doute  son  frère  cadet;  il  était  écuyer  d'écurie  du  duc  d'Or- 
léans en  1497,  sous  le  même  nom  de  Camican  le  jeune  (ms. 
fr.  2927).  Faut-il  le  retrouver  dans  un  page  de  Charles  VIII 
nommé  Bernard  de  Clamican?  11  s'appellerait  donc  Bernard  de 
Cassaignet.  J.  d'Auton,  dans  le  récit  de  l'année  1503,  mentionne 
Bernard  de  Camicans  parmi  les  pensionnaires  du  roi.  Mais  un  cer- 
tain Bernard  de  Villars,  seigneur  de  «  Camicamps,  »  un  des  pré- 
vôts des  maréchaux  sous  la  charge  du  maréchal  de  Lautrec,  en 
1516,  signait  :  «  Bn.  de  Camycans  »  (ïit.  orig.,  Villars,  n°  80). 
Le  Loyal  Serviteur  (p.  211)  dit  que  l'un  d'eux,  probablement  Jean, 
«  ung  gentilhomme  nommé  Camican,  »  fut  tué  en  1509,  à  l'assaut 
de  Montselice. 

Dans  le  Compte  du  Béguin  du  duc  de  Bretagne  François  H  (publié 
par  M.  de  la  Borderie,  Le  Complot  breton  de  M  CCCC  XCll),  on  trouve 
parmi  les  gentilshommes  du  duc  «  Camican.  » 

2.  Ici,  dans  le  manuscrit,  deux  lettres  exponctuées. 

I  19 


290  ciiKo.NlQrKS  DK  LOUIS  \ii.  [Mai  1500 

iiostrcs  de  boys'  ;  et,  eulx  ainsi  entrez  en  la  lice,  leur 
dames  misrent  pied  a  terre  et  s'en  allèrent  a  l'escliaf- 
faulL  de  la  Royne. 

De  l'autre  part,  estoit  le  Roy,  en  son  cschaffault, 
aconipaigné  du  conte  de  Foix^,  du  prince  d'Orenge, 
du  conte  de  Dunoys,  du  duc  d'Albanye,  du  mares- 
chal  de  Rieux^  et  du  maresclial  de  Gyé  et  plusieurs 

1.  Allusion  à  la  Cordelière  de  la  reine. 

2.  Jean  de  Foix,  vicomte  de  Narbonne,  comte  d'Étampes,  mari 
de  Marie  d'Orléans,  sœur  du  roi.  On  sait  qu'à  partir  de  1483  le 
comté  de  Foix  fut  disputé  entre  les  deux  branches  de  la  maison 
de  Foix,  représentées  par  le  vicomte  de  Narbonne  et  par  Jean 
d'Albret,  mari  de  Catherine  de  Foix.  Jean  de  Foix  prit,  dès  lors, 
le  titre  de  comte  de  Foix.  Une  vive  affection  unissait  Louis  XII 
et  Marie  d'Orléans,  femme  d'ailleurs  fort  ambitieuse.  Jean  de 
Foix  était  également  fort  aimé  de  Marie  de  Clèves,  sa  belle-mère, 
qui  lui  donna  mille  marques  d'affection  (v.  notre  Histoire  de 
Louis  XII,  t.  I).  Favori  de  Louis  XI  (v.  Recueil  de  Duclos,  p.  454), 
Jean  de  Foix  rendit  au  duc  d"Orléans  les  plus  grands  services 
pendant  toute  la  guerre  de  Bretagne  et  soutint  vivement  son  beau- 
frère.  Il  était  père  de  Gaston  de  Foix  (Tit.  orig.,  Foix,  etc.).  Il 
commandait  une  compagnie  de  50  lances,  qui  resta  en  garnison  à 
Gènes  (ms.  fr.  25783,  n°  51). 

3.  Le  célèbre  maréchal  de  Bretagne,  Jean  de  Rieux,  baron  de 
Rieux  et  de  Rochefort,  comte  d'Harcourt,  etc.,  né  le  27  juin  1447, 
mort  le  9  février  1518,  à  soixante  et  onze  ans.  Rieux  prit  part  à 
la  guerre  du  Bien  public,  commanda  l'armée  bretonne  en  1472, 
devint  capitaine  de  Rennes,  commanda  l'insurrection  des  barons 
bretons  en  1484,  prit  part,  avec  l'armée  bretonne,  à  la  bataille  de 
Saint-Aubin-du-Cormier  ;  institué  par  Framjois  II  tuteur  de  ses 
enfants,  il  négocia  le  mariage  d'Anne  de  Bretagne  avec  le  roi.  Le 
8  mai  1494,  le  roi  lui  donna  le  commandement  d'une  compagnie 
de  GO  lances,  avec  laquelle  il  Ot  la  campagne  de  Naples  (ms. 
Clair.  223,  fol.  329);  Rieux  se  montra  dans  cette  guerre  un  vrai 
Breton  (ms.  fr.  19602,  fol.  20),  et  prétendit  vainement  au  premier 
rôle;  son  caractère  entêté  et  violent  éclata.  En  1487,  Jean  de  Rieux 
s'était  fait  attribuer  en  Bretagne  10,000  livres  comme  représentant 
des  arrérages  de  rentes  non  payées;  à  partir  de  1495,  il  prend  les 
titres  de  comte  d'Aumalc,  s"-  d'Ancenis,  vicomte  de  Douges,  etc. 


Mai  1500]     D'UN  TOIRNAY  QLT  FUT  FÂICT  A  LYON.  -291 

autres  grans  seigneurs.  Avecques  la  Royne,  estoyent 
la  princesse  de  Tharente^  la  conlesse  de  Gayace-, 
madamoiselle  de  Candalle^  et  grant  nombre  d'autres 

Sous  Louis  Xn,  il  est  chambellan,  capitaine  de  50  lances,  et  ne 
joue  pas  un  grand  rôle.  Le  maréchal  de  Rieux  avait  été  trois  fois 
veuf  (Tit.  orig.,  Rieux,  n°^  15  à  24.  Cf.  la  notice  de  Brantôme, 
U,  352-354). 

Sa  compagnie  ne  prit  pas  part  à  la  campagne  ;  elle  tenait  gar- 
nison en  1498  à  Aire-sur-la-Lys,  et,  le  19  novembre  1500,  elle 
fat  passée  en  revue  à  Saint-Quentin  (ms.  fr.  25783,  n°^  2  et  26). 

1.  Charlotte  d'Aragon,  princesse  de  Tarente,  fille  de  Frédéric, 
roi  de  Naples.  Son  père,  éiant  simple  prince  de  Tarente,  avait 
vécu  à  la  cour  de  France;  il  recevait  de  Louis  XI,  en  1481  et 
1483,  ^2,000  livres  de  pension  et  jouissait  du  comté  de  Yille- 
franche-de-Rouergue  (ms.  Clair.  222,  fol.  203).  Par  une  anomalie 
singulière,  bien  que  les  rois  de  Naples  fussent  devenus  les  adver- 
saires de  la  France,  que  Charles  VUI  eût  dépouillé,  en  1495,  le 
roi  Alphonse,  que  Louis  XII  prétendit  ouvertement  chasser  Fré- 
déric, que  celui-ci  fit  cause  commune  avec  Ludovic  Sforza  et  les 
Turcs  et,  seul  de  tous  les  princes  d'Italie,  eût  refusé  de  recon- 
naître Louis  XII  à  Milan,  sa  fille  restait  à  la  cour  de  France, 
dans  cette  pépinière  de  reines  que  formaient  les  demoiselles  d'hon- 
neur d'Anne  de  Bretagne.  César  Borgia  étant  venu  à  la  cour  et 
Louis  XII  lui  ayant  permis  de  s'y  choisir  une  femme.  César  jeta 
naturellement  son  dévolu  sur  Charlotte;  mais  Charlotte  refusa 
énergiquement.  La  reine,  quiaimaitbeaucoupla  jeune  fille,  le  roi, 
qui  ne  pouvait  pas  souhaiter  pour  César  une  pareille  alliance  en 
Italie,  ne  la  pressèrent  point  d'accepter.  Louis  XII  fit  faire  à  César 
un  mariage  plus  brillant;  il  lui  donna  Charlotte  d'Alhret,  fille 
d'Alain  d'Alhret,  qui  avait  le  double  avantage  et  de  tourner  du 
côté  de  l'Espagne  les  ambitions  de  César  et  d'humilier  le  sire 
d'Alhret,  la  bête  noire  du  roi  et  de  la  reine.  Quant  à  la  princesse 
de  Tarente,  elle  épousa  le  sire  de  la  Roche  de  Bretagne. 

2.  D.  Barba  Gonzaga,  femme  du  comte  de  Caïazzo.  Le  comte 
de  Caïazzo,  passé  au  parti  français  en  1499,  avait  émigré  en 
France  (Rozier  Historial). 

3.  Anne  de  Foix,  demoiselle  d'honneur  d'Anne  de  Bretagne, 
puis  reine  de  Hongrie,  fille  de  Gaston  II  de  Foix,  comte  de  Can- 
dalle  et  de  Benauges,  captai  de  Buch,  et  de  Catherine  de  Navarre. 


•292  riiRONiQiJES  DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

dames  et  damoi selles.  Lorsque  chascun  fuL  prest, 
trompettes  et  tabourins  sonnèrent  pour  faire  comman- 
cer  le  tournay.  Le  seigneur  infent  et  le  seigneur  de 
Fremente  firent  la  cource  première,  lesquelz  mar- 
chèrent si  rudement,  le  long  des  lices,  que,  soubz  les 
piedz  de  leurs  chevaulx,  sembloit  que  terre  deust  pro- 
fonder. Au  joindre,  l'infent  de  Navarre  fut  de  la  lance 
actaint,  par  la  veue  de  son  armet,  si  rudement  que 
sur  les  arsons  fut  renversé  et  blecyé  au  visage,  et  tant 
fust  estonné  du  coup  que  de  long  temps  après  ne  peult 
la  teste  redresser.  Les  seigneurs  d'Avanes  et  de  la 
Roche  de  Bretaigne  joxterent  après  et  ne  se  rancon- 
trerent  des  lances,  mais  a  l'espée  se  conbatirent.  Aux 
premiers  coups  perdit  le  seigneur  d'Avanes  son  espée, 
puys  la  reprist  et  très  bien,  a  celle  foys,  se  trouva  au 
conbat.  Apres  ce,  lesserent  courir  le  seigneur  de  Chas- 
tilion  et  Pocquedenare,  si  rudement  que,  au  chocquer, 
les  lances  altèrent  par  esclatz  ;  et  fut  Pocquedenare 
assenné  si  a  droict  que,  pour  la  force  du  harnoys,  ne 
demeura  que,  au  travers  du  bras  destre,  ne  luy  demeu- 
rast  le  trançon  de  la  lance.  Toutesfoys,  pour  ce  ne 
s'arrêta,  mais  de  son  bras  esracha  le  tronçon  et  tant 
ayda  d'une  main  a  l'autre  qu'il  tinst  l'espée  en  serre, 
et  dix  ou  dozc  coups  en  donna  si  rudement  que,  tout 
au  délivre,  sembloit  avoir  le  braz  blecyé;  dont,  a  chas- 
cun coup  qu'il  ruoit,  sailloit  le  sang  jucques  a  terre. 
Le  seigneur  de  la  Rocliepot,  Bonneval,  Sainct  Amadour 
et  les  autres  firent  si  bien  qu'il  n'y  heut  a  redire.  Le 
seigneur  des  Barres,  du  party  du  Roy,  et  Françoys  de 
Cours,  de  celuy  de  la  Royne,  finirent  le  tournoy,  les- 
quelz se  rancontrerent  a  la  course  si  a  droict  que,  a 
l'assembler,  lances  par  pièces  fijrent  brisées.  Au  con- 


Mai  1500]      D'UN  TOURNAT  QUI  FUT  FAICT  A  LYON.  293 

bat  de  l'espée,  Françoys  de  Cours  par  le  seigneur  des 
Barres  fut  de  la  sienne  désarmé.  Le  seigneur  de 
Fremente,  qui,  au  premier  coup  de  lance,  avoit  tant 
fbullé  son  homme  que  a  l'espée  n'avoit  sceu  combatre, 
contre  le  seigneur  des  Barres  fut  mys  en  place  ;  lequel 
Fremente  fut  pareillement  de  son  espée  dessaisi.  Ainsi 
fut  le  tournay  mys  a  fin. 

Quoy  plus?  Ce  jour,  plusieurs  lances  furent  rom- 
pues et  maintz  coups  d'espées  donnez  ;  et,  après  que  le 
tournoy  fut  fyni,  le  Roy  et  la  Royne  s'en  retournèrent 
au  logis.  Plus  de  quinze  jours  après  ensuyvans,  se  con- 
tinuèrent jouxtes  et  conbatz,  ou  maintes  bonnes 
courses  et  faictz  chevaleureux  furent  mys  en  avant. 

En  ce  temps,  furent  devers  le  Roy,  a  Lyon,  les 
ambaxades  du  pape,  des  roys  d'Espaigne  et  d'Angle- 
terre, de  la  seigneurye  de  Venize  et  de  l'arceduc.  Le 
grant  maistre  de  Rodes\  ses  jours,  transmist  au  Roy 

1 .  Le  fameux  Pierre  d'Aubusson  du  Monteil,  chevalier  de  l'ordre, 
puis  grand  prieur  d'Auvergne,  enfin  grand  maître  de  l'ordre  en 
1476.  Il  illustra  le  nom  français  dans  l'Orient,  en  soutenant  victo- 
rieusement contre  Mahomet  II,  en  l'i80,  le  célèbre  siège  de 
Rhodes;  fait  par  Innocent  VIII  cardinal  et  légat  d'Orient,  il  mou- 
rut à  l'âge  de  quatre-vingts  ans,  le  30  juillet  1503,  sans  que  Tàge 
ralentit  un  instant  son  infatigable  ardeur.  Entouré  de  chevaliers 
français,  défendu  par  des  canons  français,  il  était  le  dernier  rem- 
part de  l'Occident.  Lorsqu'en  1494  Charles  "VIII  avait  rêvé  une 
croisade,  le  roi  avait  beaucoup  insisté  pour  lui  en  donner  la  direc- 
tion ;  il  avait  prié  à  plusieurs  reprises  Alexandre  VI  de  man- 
der le  grand  maître  à  Rome,  «  car  il  est  sage  et  congnoit  les 
affaires  de  la  Turquie,  et  duquel  je  désire  avoir  conseil  et  advis 
pour  mieulx  conduire  ma  saincte  et  bonne  entreprise.  »  Le  cardi- 
nal se  déclarait  prêt  à  venir  et  à  laisser  à  son  neveu,  le  grand 
prieur  d'Auvergne,  autre  lui-même,  la  garde  de  Rhodes,  qui  était 
en  fort  bon  état  de  défense.  Mais  le  pape  ne  le  manda  pas  (Lettre 
de  Charles  YIII,  datée  de  Pavie,  le  15  octobre;  ms.  fr.  2962. 
fol.  112). 


294  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mai  1500 

unes  lectres  qu'il  avoit  receues  du  Grant  Turc,  par  les- 
quelles estoit  contenu  le  sauf  conduyt  d'ung  nomme 
Monjoye  Saint  Denys,  roy  d'armes  ^  et  autres  amba- 
xades  que  le  Roy  envoyoit  en  Turquye. 

Le  cardinal  d'Amboise^,  après  avoir  receuz  les  deniers 
que  les  villes  de  Lombardye  et  des  Italles  avoyent  par 
composicion  promys  de  bailler  au  Hoy,  mis  en  ordon- 
née police  l'affaire  polliticque,  establiz  juges  et  gouver- 
neurs suffizans  pour  l'entretenement  des  pays,  lessées 
garnisons  et  morte  poyes  dedans  les  villes  et  chasteaux 
et  deuement  proveu  au  bien  de  la  chose  publicque  de 
la  duché  de  Millau,  s'en  voulut  en  France  retourner, 
et  droicl  a  Lyon,  sur  le  Rosne,  le  travers  des  mon- 
taignes  prist  son  chemin.  Avecques  luy  retournèrent 
le  sire  de  la  Trimoille,  le  seigneur  Jehan  Jacques,  le 
seigneur  de  Mauleon  et  plusieurs  autres  capitaines  et 
gentishommes  ;  lesquelz  furent  a  Lyon  le  vingt  troi- 
siesme  jour  de  jung  et  arrivèrent  ainsi  que  le  Roy 
oyoit  la  messe  a  l'eglize  de  Nostre  Dame  de  Confort. 

1.  Le  même  qui,  en  1509,  fut  chargé  do  notifier  aux  Vénitiens 
la  déclaration  de  guerre  de  Louis  XII  (ms.  fr.  17695,  fol.  248). 
On  n'employait,  diplomatiquement,  un  roi  d'armes  que  vis-à-vis 
des  gens  avec  lesquels  on  ne  voulait  pas  avoir  de  rapports  réguliers. 

2.  J.  Gohori,  dans  son  Histoire  manuscrite  (fol.  29  v"),  ])rétend, 
nous  ne  savons  sur  quel  fondement  (probablement  d'après  une  tra- 
dition recueillie  par  lui  à  Milan),  que  le  cardinal  d'Amboise,  lors 
de  son  séjour  à  Milan,  serait  devenu  amoureux  fou  d'une  jeune 
fille,  qu'il  poursuivait  à  travers  la  ville.  Les  représentations  du 
célèbre  Georges  Durant  le  guérirent  avec  beaucoup  de  peine  de 
cette  folie.  —  Nous  croyons  qu'il  faut  un  peu  se  défier  de  ces 
légendes,  accréditées  en  Italie.  Les  Italiens  se  plaignirent  fort  de 
la  conduite  des  Français  près  des  femmes;  les  Français  ont  tou- 
jours déclaré  n'avoir  fait  que  succomber  à  des  tentations  qui 
venaient  les  chercher.  De  part  et  d'autre,  on  a  un  peu  amplifié 
sur  ces  données.  V.  plus  loin,  p.  303. 


Juin  1500]      COMMENT  LA  TEMPESTE  CHEUT,  ETC.  295 

Au  cardinal  d'Amboise  fist  illecques  tant  amyable 
chère  que  de  toute  familiarité  privée  le  voulut  festyer 
et,  pour  ses  agréables  services,  luy  donna  la  conté  de 
Sartizane^,  en  Lombardye;  au  sire  de  la  Trimoille,  et 
a  tous  les  autres  susdictz,  eslargist  de  tant  sa  munifi- 
cence et  tant  joyeux  recueil  leur  fist  que  tout  a  cler 
peurent  cognoistre  que  très  content  se  tenoit  de  leur 
service. 

XLIII. 

Comment  la  tempeste  cheut  dedans  la  salle 
du  palays  du  pape. 

Le  vingt  huitiesme  jour  de  Jung,  le  pape  Alexandre 
sixiesme,  estant  en  l'eglize  de  Sainct  Pierre  deRomme, 
soy  pourmenant  avecques  le  cardinal  Coppone"^,  ung 
des  candélabres  de  l'eglize,  poisant  cent  livres  ou  plus, 
soubdainement  a  la  passé  cheust  entre  eulx  deux,  et 
tant  près  du  pape  que  son  habbillement,  depuys  le 
chief  jucques  aux  piedz,  fut  derompu  et  déchiré. 

Le  lendemain,  jour  de  la  feste  sollempnelle  de  sainct 
Pierre  et  sainct  Pol,  patrons  et  chiefz  de  l'Eglize  mil- 
litante,  sur  les  deux  heures  après  mydy,  estant  le  pape 
en  son  palays,  en  une  chaire  assix  sur  doze  degrez 
eslevée,  de  hault  au  devant  de  luy,  contre  une  fenestre 
verrinée,  ung  turbillon  ventueulx  vint  tant  impétueu- 
sement hurtcr  que,  par  le  croliz  de  l'orage,  fut  la 
fenestre  entreouverte  et  le  voirre  brisé  ;  et,  voyant  le 

1.  Sartirana  Lomellina,  sur  les  confins  du  Montfcrrat,  entre 
Alexandrie  et  Mortara,  province  de  Lomelline. 

2.  Don  Giovanni  Lopez,  cardinal-archevêque  de  Capoue,  confi- 
dent intime  d'Alexandre  VI. 


296  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIT.  [Juin  1500 

Père  Sainct  que  le  povoir  du  vent  forsoit  la  tenestre, 
pour  icelle  appuyer,  transmist  le  eardinal  Coppoue; 
lequel  n'eut  povoir  de  résister  au  bouffement  du  vent, 
mais,  malgré  luy,  alla  la  voirriere  par  terre,  et,  voyant 
celuy  cardinal  que  a  la  rencontre  de  ce  vent  n'avoit 
seurté,  lessa  le  pape  en  sa  chaire,  et  droict  a  la  porte 
se  misl  a  la  fuyte  ;  lequel  n'eust  le  pied  si  tost  hors  la 
salle  que  la  tempeste  tumba  dedans,  et,  a  la  choite, 
briza  cinc  voultes  et  la  tuha  cinc  hommes.  Le  pape  de 
ce  cas  repentin  heut  telle  peur  qu'il  cheut  de  sa  chaire 
le  long  des  degrez  et  se  blessa  en  la  teste  et  aux  mains 
en  six  lieux  :  toutesfoys,  au  derrière  d'une  tapisserie, 
dedans  ung  arceau  de  muraille  qui  la  estoit,  tout  foullé 
et  blecyé,  au  mieulx  qu'il  peut,  se  retira  et  garentit,  et 
la  demeura  jucques  ses  gens  et  le  peuple  de  Romme, 
qui  tost  y  accoururent,  heussent  de  autour  de  luy,  des 
boys  et  pierres  qui  la  estoyent  tombez,  la  place  desem- 
peschée.  Tout  sanglant  et  pouidreux  fut  lievé  de  ce 
lieu  et  emporté  en  sa  chambre  et  visite  par  les  medi- 
cins;  lesquelz,  pour  le  nectyer  et  purger,  de  son  corps 
tirèrent  treze  onces  de  san^j  ;  et  tellement  luv  secou- 
rurent  que  peu  a  peu  se  revint,  moyennant  l'ayde  du 
Myre  souverain,  qui,  pour  magnifier  sa  puissance, 
ceulx  qu'il  prend  en  main,  guerist  de  maulx  incu- 
rables et  les  autres  soubdainement  accouche  en  grabat 
de  percussion,  pour  leur  donner  purgacion  de  vie 
présente  ou  commancement  de  peine  future.  Ainsi  fut 
perçus^  le  souverain  pasteur,  qui  peult  estre  indice  de 
la  dispercion  de  ses  brebiz  ou  persécution  d'icelles^. 

1.  Malgré  ses  respectueuses  expressions,  J.  d'Auton  glisse  ce 
mot,  qui  semble  se  rapporter  à  la  deuxième  hypothèse. 

2.  Burchard  et  l'ambassadeur  de  Venise  racontent  cet  incident 


Juin  1500]  COMMENT  PIZE  FUT  ASSIEGEE.  297 

XLIV. 

GOMMEyr  PizE  fut  par  les  Françoys  assiégée. 

J'ay  dit  cy  devant  que  l'armée,  que  conduisoit  le 
seigneur  de  Beaumont,  estoit  partie  de  Parme  pour 

avec  des  détails  analogues.  On  crut  le  pape  mort.  Jamais  l'esprit 
des  peuples  ne  fut  hanté  de  plus  de  prodiges  qu'à  cette  époque. 
En  1499,  on  vit  trois  soleils  pendant  la  nuit;  des  spectres,  des 
cris  remplissaient  le  ciel,  des  inondations  couvraient  la  terre.  Le 
tonnerre  frappa  les  murs  de  Rome;  le  vent  jeta  au  Tibre  les 
armoiries  pontificales  fixées  sur  le  môle  d'Adrien  (Schiavina).  En 
1500,  ce  fut  bien  autre  chose;  on  vit,  en  Grèce,  le  ciel  sanglant; 
une  couronne,  des  écus,  des  épées  flamboyantes  parurent  dans  les 
airs.  Il  pleuvait  de  la  chair,  du  lait,  du  sang,  de  la  laine...  Le 
ciel  présenta  trois  lunes  et  trois  soleils,  la  terre  trembla,  des  mon- 
tagnes se  rapprochèrent,  des  vallée?  se  comblèrent.  Mille  enfante- 
ments monstrueux  épouvantèrent  l'Allemagne.  La  peste  ravagea 
la  France.  Les  fruits  ue  mûrirent  pas.  Un  trouble  profond  agitait 
le  monde;  les  Vertus  des  cieux  paraissaient  ébranlées  (Bellefo- 
rest,  etc.). 

Jean  d'Auton,  on  le  voit,  n'était  pas  moins  ému  et  présageait 
une  grande  crise  religieuse.  Quelques  années  plus  tard,  il  écrivait 
prophétiquement  VEpistre  elegiaque  par  l'Eglise  militante,  manus- 
crit que  précède  une  miniature  où  l'on  voit  une  femme  désolée 
(l'Église)  assise  dans  une  basilique,  dont  une  figure,  coiffée  de  la 
tiare  et  appelée  «  Dissolution,  »  ébranle  une  colonne  et  fait  tomber 
les  voûtes.  Une  autre  figure,  a  Charité,  »  soutient  une  autre 
colonne  et  sappuie  sur  un  chevalier  armé  et  marqué  de  fleurs  de 
lis  (Louis  XII).  —  (Manuscrit  au  musée  de  l'Ermitage  à  Saint- 
Pétersbourg;  miniature  reproduite  par  Mabillon.) 

Le  D""  Nemec  [Papst  Alexander  VI,...  p.  170)  dit  à  ce  propos  ; 
Viele  Schriftsteller  reden  bei  Erwàhnung  dieser  Vorfalle  von 
der  drohenden  Nemesis,  von  dem  zùrnenden  Gott  ob  des  laster- 
haften  Lebenswandels  des  Papstes.  Raynald  bemerkt,  zum  Eins- 
turze  des  Kamins,  «  das  der  Papst  durch  die  Ruinen  selbst  auf 
wunderbare  Weise  geschiitzt  war.  »   Und  in   der  That,  wenn 


298  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

aller  n  Pize.  Mais,  pour  la  description  abbreger,  je 
oblye  les  quantiesmes  jours,  le  nombre  des  repeues, 
le  combien  de  séjour  et  la  cause  de  la  demeure  que 
l'armée  haut  entre  Parme  et  la  cyté  de  Pize;  pour  ce 
((ue  je  n'ay  sceu  que,  durant  ce  temps,  chose  qui  a 
commémorer  se  face  aict  par  les  Françoys  esté  faicte. 
Toutesfoys,  pour  mectre  brisées  au  chemin  de  ceulx 
(|ui  une  autre  foys  le  voyage  vouldroyent  faire,  ay  je 
l)ien  voulu  nommer  les  logis  ou  l'armée  voulut  faire 
posée.  Et,  premièrement,  de  Parme  au  Bourg  Sainct 
Denys;  du  Bourg  Sainct  Denys  a  Furnoue  ;  de  Furnoue 
a  Therencye^;  de  Therencye  a  Bercye^;  de  Bercye  a 
Pontremolle^;  a  la  Gulle^;  a  Sainct  Estienne^;  a  la 
Masse  de  la  Marcheze*'';  a  Ponf^;  a  Ghappezano^;  a 
Pont  Asserchio',  ou  fallut  faire  ung  pont  neuf,  pour 


mau  den  Finger  (xottes,  das  Walten  der  Vorsehungannimmt,  wie 
es  sogar  die  Gegner  des  Papstes  thiin,  so  muss  man  Alexander 
gerade  im  Gegentheil  tur  einen  Liebling  Gottes  halten,  weil  ihn 
so  sichtbar  die  Hand  des  Allmàchtigen  beschiitzte,  nicht  aber  fur 
einen  Sùnder,  dem  Gott  «  zùrnt.  » 

J.  d'Auton  ne  partage  pas  cette  pensée.  Prato  va  plus  loin  :  il 
traite  ce  fait  de  diabolico. 

1.  Terenzo,  dans  la  montagne.  De  là,  on  redescendait  dans  la 
vallée  de  la  Baganza,  où  se  trouve  Berceto. 

2.  Berceto.  Après  Berceto,  on  franchit  le  col  de  la  Cisa,  à 
1,050  mètres  d'altitude. 

3.  Pontremoli  (forte  étape). 
■i.  Aulla,  sur  la  Magra. 

5.  S.  Stefano,  bourgade  où  l'on  achève  la  descente. 

6.  Massa,  chof-lieu  d'un  marquisat. 

7.  Ponte  a  San  Pietro,  au  pays  lucquois.  Les  F'rançais  y  reçurent 
une  ambassade  de  Pise.  Ils  s'emparèrent,  chemin  faisant,  de  Massa 
et  de  Pietra  Santa  (Diario  de  Buonnaccorsi). 

8.  Nozzano  ou  Valdiserchio,  au  bord  du  Serchio. 

9.  Pont  Asserchio,  où  l'on  traversait  le  Serchio. 


Juin  1500]  COMMENT  PIZE  FUT  ASSIÉGÉE.  299 

passer  l'artillerye  ;  de  la,  a  Sainct  Jehan  de  la  Vene'  ; 
a  Gampo-,  qui  est  une  petite  villette  du  conté  de  Pize, 
a  quatre  mille  près;  et,  la,  fut  l'armée  le  vingt  qua- 
triesme  jour  de  jung. 

Le  seigneur  de  Beaumont,  lieutenant  du  Roy,  pre- 
mier que  approcher  de  plus,  voulut  envoyer  sommer 
les  seigneurs  et  le  peuple  de  la  ville  de  Pize;  et,  pour 
cela,  transmist  deux  cappitaines  de  l'armée,  nommez 
Jannet  d'Arbouville  et  Hector  de  Montenart,  lesquelz 
se  misrent  a  chemin,  tirant  vers  Pize,  et,  a  l'heure  de 
vespres,  furent  a  la  veue  de  la  ville  ;  dont  issirent 
deux  Pizans,  nommez  messire  Francisque  Picta^,  doc- 
teur; et  Françoys  de  Vivario*,  hommes  bien  enseignez, 
lesquelz  firent  demeurer  leurs  gens  a  la  garde  des 
portes  et  au  devant  des  Françoys  furejit,  avecques 
toute  révérence.  Apres  le  salut  faict,  Jannet  d'Arbou- 
ville, qui  la  charge  avoit  de  porter  la  parolle,  fist  ce 
que  luy  estoit  commandé,  en  sommant  iceulx  Pizans 
de  rendre  la  ville  et  la  mectre  entre  les  mains  du  Roy, 
pour  en  faire  a  son  plaisir  ;  autrement,  que  de  siège 
et  guerre  mortelle  dedans  deux  jours  avoir  fussent 
asseurez. 

A  la  sommacion  des  Françoys,  parolles  contraires 

1.  San  Giovanni  alla  Vena,  fort  à  l'csl,  dans  la  direction  de 
Florence  (territoire  de  Vico  Pisano),  chapelle  et  hameau  impor- 
tant sur  le  bord  de  l'Arno. 

2.  Gampo,  à  trois  milles  de  Pise.  L'armée  y  arriva  le  24  d'après 
Buonnaccorsi,  et,  le  29,  vint  camper  près  de  la  porte  Calcesana 
de  Pise. 

3.  D.  Franc.  Ser  Pétri  Pitta,  un  des  anciens  de  Pise  en  1500 
(Noiizie  degli  Anziani  di  Pisa). 

4.  D.  Franc.  Gherardi  de  Vivario,  un  des  porte-étendards  (vexil- 
lifer)  de  Pise  en  1500  (Id.). 


300  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

ne  volurent  pour  l'heure  avoir  les  Pizans,  mais  eulx 
afiermerent  estre  tous  bons  et  loyaulx  Françoys  et  que 
telz  vouloyent  vivre  et  mourir,  sans  jamais  estranger 
leur  vouloir  de  ce  propos,  et  que,  toutes  les  foys  que 
l'armée  de  France  vouldroit  entrer  dedans  la  ville, 
toutes  les  portes  luy  seroyent  ouvertes  et  biens  d'icelle 
liabbandonnez,  pourveu  que  le  seigneur  de  Beaumont, 
lieutenant  du  Roy,  leur  promectroit  de  ne  les  mectre 
entre  les  mains  des  Florentins. 

Sur  ce  firent  responce  les  messagiers  françoys  qu'ilz 
n'avoyent  povoir  de  rien  avecques  eulx  arrester,  mais 
de  les  sommer  comme  ilz  avoyent,  et  faire  responce 
de  ce  que  de  eulx  auroyent  ouy,  requerent  sur  ce 
avoir  briefve  despesche.  Autre  responce  ne  voulurent 
faire  pour  l'heure  les  Pizans  ;  mais  prièrent  les  Fran- 
çoys de  vouloir  le  lendemain  retourner  a  Pize,  pour 
parler  aux  seigneurs  et  peuple  de  la  ville  etouyr  d'eulx 
telle  responce  que,  ce  pendent,  tous  ensemble  advise- 
royent.  Sur  ses  paroUes,  se  misrent  les  Françoys  au 
retour,  et  du  dire  des  Pizans  advertirent  le  seigneur 
de  Beaumont,  lequel  permist  iceulx  Françoys  de  rechief 
retourner  a  la  ville. 

Le  jour  ensuyvant,  vingt  cincquiesme  de  jung,  a  Pize 
retournèrent  les  messaigiers  susdictz,  avecques  quatre 
archiers  seullement.  A  l'approcher  de  la  ville  et  a  l'en- 
trée, trouvèrent  les  Gascons  et  autres  Françoys  dix  a 
dix,  vingt  a  vingt,  qui  entroyent  et  sailloyent  et  appor- 
toyent  vivres  a  l'ost  et  toutes  autres  choses  dont  les 
gens  d'armes  avoyent  mestier,  comme  si  paix  linalle 
heust  entre  eulx  esté  cryée.  Sitost  que  les  messaigiers 
françoys  furent  entrez  en  la  ville,  dedans  le  palays 
d'icelle,  qui  tout  estoit  plain  de  peuple,  furent  honno- 


Juin  1500]  COMMENT  PIZE  FUT  ASSIÉGÉE.  301 

rablement  convoyez  et  par  les  cytoyens  et  commune  de 
la  ville  la  joyeusement  receuz  et  humainement  trectez  ; 
et,  pour  demonstrer  que  en  singulière  révérence  et 
souvenance  recommandée  avoyent  heu  de  nouveau  le 
ceptre  françoys,  au  plus  excelse  lieu  de  leur  palays 
estoit  l'ymage  du  Roy  Charles  huytiesme',  derrenier 
mort,  pourtraicte  et  figurée  tant  au  vif  qu'a  l'imagi- 
ner de  ceulx  qui  autresfoys  l'avoyent  veu  en  apparois- 
soit  l'humaine  forme. 

Les  Françoys,  pour  vouloir  acomplir  leur  messaige, 
devant  tous  les  seigneurs  et  la  gent  popullaire  de  la 
ville  qui  la  estoyent,  exécutèrent  leur  otfice,  sommant, 
de  rechief,  icelz  de  faire  le  plaisir  du  Roy  a  son  vou- 
loir soy  submectre,  en  leur  disant  que,  si  voluntiers 

1.  En  1495,  Charles  VIII  avait  reçu  Pise  en  dépôt;  au  retour  de 
l'expédition  de  Naples,  il  y  fit  halte.  Bien  qu'il  eût  avec  les  Flo- 
rentins des  engagements  analogues  à  ceux  de  Louis  XII  et  que, 
de  plus,  toutes  ses  troupes  lui  fussent  indispensables  pour  forcer  le 
passage  des  Apennins,  qu'occupait  une  armée  italienne  dix  fois 
supérieure  en  nombre,  les  dames  de  la  ville  attendrirent  et  inté- 
ressèrent tellement  à  leur  sort  l'armée  française  que  les  soldats 
auraient  voulu  ne  pas  quitter  Pise,  et,  en  tout  cas,  réclamèrent 
du  roi  qu'on  y  laissât  une  garnison.  Le  maréchal  de  Gié  et 
quelques  autres  personnes,  ayant  paru  vouloir  sopposer  à  ces 
attendrissements,  faillirent  être  écharpés  par  des  hommes  en  délire. 
Charles  VIII  eut  lui-même  la  faiblesse  de  céder  et  de  laisser  une 
garnison  pour  défendre  les  Pisans  contre  ses  alliés  les  Florentin? 
(Arn.  Ferron,  édit.  de  1569,  p.  23;  Gommines,  II,  440;  Guichar- 
din).  A  Fornoue,  cette  poignée  d'hommes  lui  fit  bien  faute. 

Du  moins,  les  Pisans  se  montrèrent  reconnaissants  pour 
Charles  YIII  et  fort  amis  de  la  France;  ils  publièrent  leur  grati- 
tude en  faisant  frapper  une  médaille  qui  portait  d'un  côté  l'écu  de 
France,  avec  cette  légende  :  Carolus,  rex,  libertas  Pisanorum,  et 
de  l'autre  l'image  de  Notre-Dame,  comme  sur  leur  étendard,  avec 
ces  mots  :  Protège,  Virgo,  Pisanos. 

En  1500,  leurs  sentiments  loyaux  n'avaient  pas  changé. 


302  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

ne  le  vouloyent,  la  main  armée  de  France,  contre 
laquelle  leur  force  ne  pouroit  durer,  en  feroit  tost  la 
rayson  ;  leur  remonstrant  aussi  que  les  approches  de 
la  ruyneuse  desercion  de  leur  cyté  estoyent  faictes  et 
de  leur  mort  inhumaine  et  effusion  de  sang  la  conclu- 
sion arrestée,  et  que  la  manière  des  Françoys  estoit 
telle  que  toutes  les  villes  et  places,  par  eulx  prises 
d'assault,  au  feu  et  glayve  estoyent  habbandonnées  : 
toutesfoys,  pour  les  vouloir  adviser  de  preveoir  a  leur 
danger  futur  et  les  sommer  de  pencer  a  leur  présent 
atfaire,  de  ce  les  voulurent  bien  les  Françoys  advertir 
et  les  requérir  que  de  eulx  mesmes  vousissent  avoir 
pitié,  sans  estre  cause  de  la  devastacion  de  leur  ville 
et  moyen  de  leur  occision  cruelle. 

Oyant  les  Pizans  la  sommacion  d'obbeissance  ser- 
ville  et  dangereuses  remonstrances  que  les  Françoys 
leur  fasoyent ,  voulurent  sur  ce  rendre  responce, 
laquelle  fîst  pour  tous  messire  Francisque  Picta,  des- 
sus nommé,  lequel  heut  les  parolles  (]ui  s'ensuyvent, 
ou  semblables  : 

«  Puysque  parverse  Fortune  nous  cliace  de  si  près 
(|ue,  de  ceulx  qui  a  nostre  tuicion  et  garde,  comme  a 
leur  chose  propre,  devroyent  leurs  dextres  employer, 
nous  fault  mortellement  estre  assailliz,  a  nul  autre 
humain  espoir  avons  recours,  fors  a  Iroys  petites 
requestes  que  voulons,  ains  que  donner  responce, 
faire  a  vous,  seigneurs  françoys. 

«  La  première  est  qu'il  plaise  a  la  sacrée^  mageslé 
du  lioy,  nostre  souverain  seigneur,  nous  mectre  et 

1.  Un  ne  se  faisait  pas  faute,  en  Italie,  de  donner  à  Louis  XII 
des  qualifications  de  ce  genre.  Le  poète  Nagonius,  dont  nous 
citons  plus  loin  quelques  vers,  les  lui  adressait  tous  :  Ad  eumdcm 
divum  Ludovicum  XII. 


Juin  1500]  COMMENT  IMZE  FUT  ASSIEGEE.  ;^03 

reduyre  en  sa  seigneurie  et  duché  de  Millan,  ainsi  que 
jadis  ont  estez  noz  devanciers  anticques,  comme  est  en 
veue  clere  par  les  escriptz  et  chronicques  des  vrays 
ducz  de  Millan,  descendus  de  la  noble  lignye  du  très 
renommé  duc  Anglo,  troyen,  fundateur  de  la  feu  sump- 
tueuse  cyté  d'Anglerya,  jadis  par  les  Gothz  ruyneuse; 
de  la  seppe  duquel  Anglo,  tant  de  preuz  et  excellans 
princes  sont  procédez  que  leurs  clers  gestes  reluisent 
par  tous  les  climatz  du  monde,  desquelz  fut  le  très 
liardy  et  preux  Jehan  Galleaz,  en  son  temps  duc  de 
Millan,  père  du  duc  PhcUippe  Marye  et  de  dame  Val- 
lentine,  grant  mère  du  Roy,  nostre  seigneur  souverain. 
Lequel  duc  Galleaz  a  ses  sucesseurs  lessa,  après  sa 
mort,  vingt  neuf  cytez,  dont  luy  et  ses  prédécesseurs 
avoyent  pacificquement  jouy,  desquelles  Pize  en  estoil 
une  des  myeulx  extimées  ;  laquelle,  depuys  la  mort  du 
duc  Phelippe  Marye,  par  le  povoir  des  plus  fors,  de 
son  propre  corps  a  esté  desmembrée  ;  toutesfoys, 
oncques,  par  long  trect  de  temps  ne  continuelz  ennuys 
de  sa  vraye  nature,  ne  fut  tant  dégénérée  que,  jucques 
a  ores,  dedans  tous  les  angletz  de  son  jardrin  naict  la 
Heur  du  lys,  semée  et  répandue,  espérant  que  unes  foys 
tant  y  florira  que  a  temps  perpetuelz  branches  ou 
rameaux  garderont  le  pourpriz. 

«  L'autre  si  est  qu'il  plaise  au  Roy,  nostre  prince 
souverain,  ne  nous  mectre  entre  les  mains  des  Floren- 
tins, noz  ennemys  mortelz,  qui  nostre  entière  destruc- 
tion ont  jurée  et  la  défloration  des  vierges  et  pucelles 
de  la  tant  désolée  cyté  :  ce  que  vous,  nobles  Françoys, 
entre  autres  bonnes  grâces  et  louhablcs  vertus,  avez 
en  singulière  recommandacion^. 

•1 .  Témoignage  à  enregistrer. 


304  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

«  La  derreniere  requeste  que  nous  fasons  est  que, 
si  le  Roy,  a  qui  nous  sommes  corps  et  biens,  avoit  aux 
Florentins  l'aict  promesse  de  nous  subjuguer  a  leur 
seigneurie,  en  gardant  sa  promesse,  que,  premier, 
luy  plaise  nous  donner  lieu  et  place  en  sa  duché  de 
Millan  ou  ailleurs,  pour  prendre  et  faire  novelle  habi- 
tacion,  et  terme  de  retirer  noz  biens  ;  voulans  mieulx 
en  pauvreté  honteuse,  comme  proffugues  et  espartz, 
tenii'  les  champs  que  a  la  mercy  de  ceulx  qui  nous 
quierent  tirannizer,  en  closture  de  cyté  captive,  nos 
ans  preterir.  » 

Le  propos  des  Pizans  finy,  les  Françoys,  comme 
ceulx  qui  n'avoyent  cognoissance  de  cause,  disrent  que, 
en  leur  charge,  n'estoit  de  leur  promectre  ne  fyencer 
aucune  chose,  mais  de  les  sommer,  comme  dit  est,  de 
rendre  la  ville  et  la  submectre  au  vouloir  du  Roy.  Dont 
ne  sceurent  plus  les  Pizans  de  quel  replicque  devoir 
user,  si  n'est  dire  que,  puisque  de  toutes  leurs 
requestes  estoyent  frustrez,  que  a  Tayde  de  Dieu  et  de 
Nostre  Dame,  dont  ilz  portent  l'emseigne^  jucques  a 
la  mort  contre  les  Florentins  deffendroyent  leur  fran- 
chize.  Toutesfoys ,  advertirent  les  Françoys  que  les 
eaues  des  puys  et  des  fontaines  de  autour  de  Pize 
estoyent  toutes  empoisonnées  et  corrumpues  et  qu'ilz 
se  gardassent  de  en  boyre,  mais  seurementbeussent  de 
l'eaue  du  fleuve  ;  et  aussi  requirent  aux  Françoys  que 
il  leur  pleust  ne  se  trouver  contre  eulx  a  l'assault,  mais 
a  eulx,  aux  AUemans  et  aux  Florentins,  s'il  y  en  avoit, 
lessassent  la  meslée. 

Apres  que  les  Pizans  heurent  faictes  leurs  requestes 
et  dit  tout  ce  qu'ilz  voulurent,  ilz  se  misrent  a  part;  et, 

1.  V.  plus  luin,  jj.  308. 


Juin  1500]  COMMENT  PIZE  FUT  ASSIÉGÉE.  305 

ce  faict,  dedans  le  palaiz  entrèrent  cinc  ou  six  cens 
jeunes  filles,  toutes  vestues  de  robes  blanches,  et, 
avecques  elles,  estoyent  deux  femmes  vielles  qui  les 
conduysoyent ,  lesquelles  firent  aux  Françoys  telles 
harrengues  et  pareilles  requestes  que  les  hommes  leur 
avoyent  devant  faictes;  et,  sur  toutes  prières  dignes 
d'escout,  aux  Françoys,  comme  tuteurs  des  orphelins, 
deffenseurs  des  vesves,  et  champpions  des  dames,  la 
pudicité  recomandable  de  tant  de  pauvres  pucelles 
baillèrent  en  garde,  leur  priant  humblement  que,  si 
rigueur  a  toutes  autres  œuvres  de  mérite  leur  fasoit 
tourner  le  doz,  que,  eulx,  comme  meuz  de  pityé,  a 
ceste.  daignassent  prester  l'oreille.  Assez  d'autres 
piteuses  paroUes  et  lacrimables  termes  touchant  leur 
affaire  heurent  aux  Françoys,  lesquelz  tant  ne  s'arres- 
terent  a  féminines  persuasions  que  au  vouloir  du  Roy 
ne  volussent  sur  toutes  choses  obbeyr  ;  et  d'autre  lan- 
gage ne  leur  tindrent  propos,  fors  de  rendre  la  ville 
pour  le  myeulx. 

Voyans  lesdictes  pucelles  que  responce  consolable 
n'auroyent  des  Françoys,  toutes  esplorées  supplyerent 
iceulx  que,  au  moings,  puisque  toutes  prières  humaines 
avoyent  en  desdaing,  que,  en  recognoissant  Divinité, 
leur  pleust  ouyr  unes  laudes  faictes  a  l'honneur  de 
Nostre  Dame,  que  par  chascun  soir  devant  sonymage 
chantoyent.  Les  Françoys  a  ce  n'emclinerent  seuUe- 
ment  le  chief,  mais  jucques  en  terre  ployèrent  les 
genoilz.  Devant  l'ymage  de  Nostre  Dame  comman- 
cerent  les  pucelles  a  chanter  leurs  louanges,  tant  piteu- 
sement et  de  voix  si  très  lamentable  que  la  n'eut  Fran- 
çoys, ne  autre,  a  qui,  du  plus  proffond  endroict  du 

cueur  jucques  aux  yeulx,  ne  montassent  les  chauldes 

I  20 


306  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

lermes.  De  ce  ne  diray  plus,  doublant  adueil  provoc- 
quer  les  oyans.  Toutesfoys,  le  salut  tîny,  les  Françoys 
prindrent  congé  des  Pizans  et  s'en  retournèrent  a  l'ost, 
qui  ancores  estoit  a  Gampo^  et,  la,  racontèrent  au 
seigneur  de  Beaumont  et  es  autres  cappitaines  de  l'ar- 
mée de  France  ce  qu'ilz  avoyent  faict,  veu  et  ouy. 
Aucuns  heurent  pitié  de  l'affaire  des  Pizans,  et  les 
autres  furent  contre  eulx  endurciz.  Somme,  appoincté 
fut  que,  le  lendemain,  l'armée  marcheroit  pour  les 
aller  assiéger.  Et,  au  plus  matin,  se  misrent  gens 
d'armes  françoys  a  la  voye,  tirant  a  cartier  de  Pize, 
le  long  de  la  coste  des  montaignes  de  Lucque  ;  et  avoit 
l'armée  pris  l'escart  pour  le  siège  mectre  mieux  a 
plaisir  :  car  par  le  droict  chemin  la  ville  approcher 
estoit  chose  malaisée  et  de  forte  advenue. 

Ce  jour^,  fut  le  camp  logé  a  une  autre  bourgade 
nommée  Androne^,  a  cartier  de  Pize,  deux  mille  près. 
Le  jour  ensuyvant,  vingt  septiesme  de  Jung,  fut  l'ar- 
mée a  ung  lieu  nommé  Gampo,  prochain  de  Pize  de 
demy  mille  et,  la,  demeura  le  surplus  de  ce  jour  et  tout 
le  lendemain;  durant  lequel  temps  les  Pizans  parla- 
menterent  avecques  le  seigneur  de  Beaumont,  lieute- 
nant du  Roy,  auquel  remonstrerent  plusieurs  belles 
choses,  qui  longues  seroyent  a  raconter.  Toutesfoys, 
la  fin  de  leur  propos  tendoit  tousjours  a  ne  vouloir, 
pour  mourir,  estre  submys  aux  Florentins  ;  et,  pour  ce 

1.  Gampo,  à  l'est  de  Pise  et  à  une  certaine  distance  de  la  ville, 
dans  un  repli  formé  par  le  cours  de  l'Arno  (commune  de  Bagni 
San  Giuliano). 

2.  26  juin,  le  lendemain  de  la  démarche  faite  à  Pise  le  25. 

3.  Androne  n'existe  pas.  D'après  les  indications  géographiques 
de  Jean  d'Auton,  il  semble  qu'il  s'agit  de  Caprona,  près  de  Gampo, 
sur  le  bord  de  l'Arno. 


Juin  1500]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  307 

que  c'estoit  la  seulle  cause  qui  la  menoit  les  Françoys, 
appoinctez  furent  contraires,  tant  que  guerre  ouverte 
entre  eulx  fut  desclairée.  Ainsi  s'en  retournèrent  les 
Pizans  a  la  garde  de  leur  ville,  bien  esbahis  et  estonnez. 

XLV. 

Du  SIEGE  DE  PiZE,  ET  DE  l'ASSAULT  QUE  LES  FrANÇOYS 
Y  DONNERENT. 

Le  vingt  neufiesme  jour  de  jung,  furent  les  Fran- 
çoys devant  la  ville  de  Pize  et  tout  autour  d'icelle 
misrent  le  siège.  L'artillerye  fut  assize  en  plain  champ, 
sans  aucunes  trenchées,  et  toute  l'armé,  en  la  veue  de 
la  ville,  logée  au  descouvert. 

Le  lendemain,  trentiesme  jour  de  jung,  a  l'esclarcyz 
du  temps,  commança  l'artillerye  de  France  a  tirer  coups 
contre  la  ville  et  ruer  par  terre  deffences  et  creneaulx 
et  au  travers  des  murailles  faire  ouverture.  Les  Pizans, 
pour  l'heure,  n'eurent  grant  manière  de  defPence  et 
peu  de  coups  d'artillerye  et  de  trect  tirèrent  contre  les 
Françoys  ;  mais,  durant  la  baterye,  invocquerent  Dieu 
etNostre  Dame,  et  cryoyent  Miséricorde,  a  haulte  voix. 

Je  ne  veulx  mectre  en  sillence  ung  cas  bien  estrange 
a  raconter,  et  plus  merveilleux  a  ouyr,  que  je  ne 
scay  proprement  descripre  ou  le  dire ,  nouvelleté 
humaine  ou  mirable  divin,  qui  la  advint,  tel  que,  ainsi 
que  les  cannonnyers  françoys,  contre  les  murs  de  la 
ville,  par  la  bouche  de  leurs  plus  advantaigeuses  pièces 
d'artillerie,  grosses  bouUes  de  fonte  deschargeoyent, 
le  fer,  a  l'assembler  des  pierres,  contre  l'ordre  de 
nature,  en  plusieurs  pièces  escartelloit.  Et  plus;  car, 


308  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Juin  1500 

après  que,  par  la  continuacion  de  la  jacture,  furent  les 
murs  jucques  au  cyment  abbatus,  voulant  les  cannon- 
niers  faire  l'entrée  unye  et  du  tout  applainir  le  pas- 
sage, contre  celuy  rémanent  de  cyment  ruèrent  coups, 
qui  firent  chose  bien  a  tard  ou  non  ouye;  car  les 
pierres  de  fer,  possées  par  vent  tempestueux,  a  l'ac- 
taindre,  ressortissoyent  en  arrière  de  la  brèche  de 
la  muraille,  jucques  oultre  l'artillerye  et  par  dessus 
plus  de  quatre  toises  de  loing,  dont  il  y  avoit  de  l'ung 
a  l'autre  plus  de  quatre  cens  pas. 

Toutesfoys,  tant  fut  la  baterye  continuée  que  tout 
fut  mys  a  bas  et  faicte  voye  si  ample  que  l'assault  fut 
comandé  a  donner.  Autour  de  la  brèche  voulurent  les 
Pizans  desplyer  quatre  emseignes  et,  soubz  l'ombre 
d'icelles,  jucques  a  la  mort  leur  querelle  defFendre. 
Dedans  une  de  leurs  enseignes  estoit  pourtrecte 
l'ymage  de  Nostre  Seigneur  Jhesu  Grist  en  croix,  en 
l'autre  l'ymaige  de  Nostre  Dame,  lesquelles  misrenf 
viz  a  viz  de  la  roupture  ;  a  l'ung  des  costez  les  armes 
du  Roy,  et  a  l'autre  les  armes  de  la  Royne''.  Et,  pre- 
mier que  desplyer  leurs  emseignes  ne  que  la  baterye 
se  commançast,  les  Pizans  avoyent  monté  sur  les 
murailles  de  la  ville  et,  la,  si  hault  que  les  Françoys 
le  peurent  entendre,  faicte  protestacion,  disans  que 
contre  le  Roy  ne  son  armée  n'entendoyent  culx  def- 
fendre  n'avoir  quelque  querelle,  mais  seullcment  contre 
les  Florentins,  qui,  sans  juste  cause  ne  droict  qu'ilz 
heussent  sur  eulx,  les  vouloyent  submarcher  et  domp- 
ter a  nouvelle  servitute,  et  que,  pour  ceste  querelle 
seuUe,  mectoyent  la  main  aux  armes.  Les  Françoys 

1 .  Une  miniature  du  manuscrit,  foi.  02,  représente  cette  scène. 


Juin  1500]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  309 

n'entendoyent  a  autre  chose  que  a  exécuter  le  vouloir 
du  Roy  et  tant  avoyent  approchée  la  ville  que,  encontre 
de  la  brèche,  avoyent  leurs  emseignes  plantées,  et  tel 
advantage  avoyent  sur  les  Pizans  que,  entre  eulx  et  la 
muraille,  nulz  fossez  y  avoit  qui  ennuy  leur  fîst. 

L'assault  commancerent  a  donner  les  Françoys,  si 
rudement  que  oncques  en  telle  presse  ne  se  trouvèrent 
les  Pizans,  qui  tout  autour  de  l'ouverture  estoyent, 
hommes  et  femmes,  les  ungs  en  armes  et  les  autres 
vestus  de  robbes  de  toille  blanche,  cryans  tous  d'une 
voix  :  France,  France.  Mais,  toutesfoys,  si  a  point 
deffendoyent  la  muraille  que  Françoys  n'en  approchoit 
qu'il  ne  fust  repossé  bien  lourdement.  A  coups  de 
picque,  de  rançons*  et  de  trect  gardoyent  la  passée, 
en  cryant  :  Pize,  France;  et  avoyent  iceulx  Pizans  de 
pommes  de  chau  emsulphurées,  lesquelles  gectoyent 
contre  le  visage  les  Françoys,  qui  les  empouidroit  et 
brusloit,  en  manière  que  celuy  qui  en  estoit  actaingt 
n'avoit  plus  povoir  de  faire  armes.  Toutesfoys,  tant 
fièrement  combatoyent  les  Françoys  qu'il  n'y  avoit  coup 
tant  mortel  qui  ung  seul  pas  les  fist  desmarcher. 

Main  a  main,  avoyent  les  ungs  et  autres  a  besongner 
et  tant  furent  les  Pizans  cherchez  de  près  que,  au 
dedans  de  la  brèche,  entre  les  mains  leur  furent,  par 
les  Françoys,  a  grans  coups  d'espée,  copez  deux  rain- 
cons,  et  deulx  d'iceulx  Pizans  tuhez  et  une  femme  ble- 
cyé,  qui  portoit  des  pierres  pour  deffendre  l'entrée 
(dont  ilz  batoyent  les  Françoys,  tant  qu'ilz  estoyent 
tous  estonnez  de  porter  les  coups  ;  toutesfoys,  force 
de  harnoys,  contre  ce,  de  moult  les  servoit,  mais  au 

i.  Rançons,  bâtons  armés  d'un  fer  à  deux  oreilles  recourbées. 


310  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIÏ.  [Juillet  1500 

povoir  du  souleil  ne  povoit  résister,  car  ceulx  qui 
estoyent  a  repos  ombrageux  et  a  souhet  legierement 
vestus  ne  povoyent  la  challeur  supporter).  Moult  fut 
dur  l'assault  :  car  les  cappitaines  françoys,  pour  sous- 
tenir  la  charge  et  recréer  les  lassez,  longtemps  a  la 
brèche  tindrent  le  pié  ferme  et  tant  que,  a  ceste  charge, 
furent  la  blecyez  Aulbert  du  Rousset,  le  seigneur  de 
Sainct  l^rest  et  Jannet  d'Arbouville,  capitaines  ;  et  est 
a  pencer  que,  avecques  ceulx,  plusieurs  autres  aux 
coups  rancontrer  se  trouvèrent.  Que  dirayje?  Plus  de 
troys  heures  dura  l'assault,  moult  rudement  donné 
par  les  Françoys,  mais  tant  vigoureusement  par  les 
Pizans  deffendu,  que  aux  Françoys  donnèrent  a 
cognoistre  que,  pour  ce  jour,  ne  voloyent  que  les  Flo- 
rentins cryassent  sur  eulx  Ville  gaignée.  Et,  voyans 
les  Françoys  que  le  desavantage  leur  tournoit  sur  le 
doz,  cessèrent  l'assault. 

La  nuit  ensuyvant,  au  rampar  misrent  les  Pizans  la 
main  tant  a  proffit  que,  premier  que  jour  esclarcist, 
autour  de  la  ville  n'avoit  de  plus  seur  endroict. 

Le  lendemain,  commancerent  les  cannonniers  fran- 
çoys de  rechiefa  faire  une  autre  baterye,  plus  grande 
que  la  première,  et  de  plus  en  plus  fort  assaillir  la 
ville,  dehberant  de  jamais  de  la  ne  desemparer  que 
entre  leurs  mains  ne  l'eussent  mise.  Mais  autrement  en 
fut  ;  car  les  Suyces,  qui  la  estoyent  pour  le  Roy,  vou- 
lurent soubdainement  avoir  argent,  ce  que  pour  l'heure 
ne  fut  prest.  Comme  ceulx  qui  a  leur  vouloir  sont 
subgectz,  sans  vouloir  avoir  ung  seul  jour  d'actente, 
tous  ensemble  prrndrent  pays  et  s'en  allèrent  ;  et,  au 
desloger,  les  Françoys  que  par  les  chemins  trouvoyent 
a  l'escart,  tuhoyent  et  assommoyent,  comme  si  guerre 


Juillet  1500]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  311 

deslyée  leur  heust  donné  povoir  de  ce  faire;  ce  qui 
estoit  bien  a  eulx  faict  ung  si  mauvais  tour,  que  c'es- 
toit  assez  pour  devoir  desgoster  le  Roy  de  leur  service. 

Les  Gascons  pareillement  se  mutinèrent  et  la  plus- 
part  d'iceulx  habbandonnerent  le  siège. 

Lé  Florentins,  qui  avoyent  promys  d'avitailler  l'ar- 
mée et  fournir  l'artillerye  d'affûtage  et  autres  néces- 
sitez de  tout,  ce  ne  firent  riens,  si  n'est  que  au  siège 
envoyèrent  des  vins  possez,  tant  aigres  et  reboilliz 
que  nul  n'en  povoit  boire  ;  et,  si  de  Lucque  ou  de 
Pize  mesmes  les  Françoys  n'eusent  heu  vivres,  au  dan- 
gier  de  mortelle  famine  estoyent  habbandonnez.  Le  sei- 
gneur de  Beaumont,  lieutenant  du  Roy,  considérant 
tous  ces  destours ,  et  soy  doubtant  de  l'artillerye, 
avecques  les  capitaines  de  l'armée  voulut  l'affaire  con- 
sulter ;  lesquelz  furent  tous  d'avys  de  lever  le  siège, 
veu  que  l'armée  de  plus  de  la  tierce  partye  de 
souldartz  estoit  amaindrye  et  que  les  Florentins, 
pour  lesquelz  ilz  estoyent  la  allez,  leur  failloyent  a 
toutes  promesses;  et  ausi  que  les  Pizans,  qui  de  tout 
ce  estoyent  advertiz  s'esvertuoyent  de  plus  en  plus  ;  et, 
pour  ce,  fut  advisé  que  l'armée  se  mectroit  au  retour; 
et,  le  jour  ensuyvant,  sixiesme  de  juillet,  les  Françoys 
levèrent  leur  siège  et  se  misrent  a  chemin  pour  eulx 
retourner  droict  a  Millau. 

Plusieurs  laquays,  las  et  altérez  pour  la  grant  chal- 
leur  qu'il  fasoit  lors,  et  autres  qui  a  l'assault  de  Pize 
avoyent  estez  blecyez,  ne  peurent  suyvre  le  train  de 
l'armée,  mais  demeurèrent  la  couchez  et  estanduz,  a 
la  mercy  de  leurs  ennemys,  attendant  iceulx  d'heure 
en  autre  pour  les  venir  assommer  et  leur  copper  les 
gorges.  Mais  myeulx  leur  fut;  car,  après  que  l'armée 


312  rURONIQlJES  DE  LOUIS  XII.  [Juillet  1500 

fut  esloignée,  sur  le  soir  saillirent  de  Pize,  avec  torches 
et  fallotz,  les  femmes  de  la  ville,  fasant  la  recherche 
par  les  hayes  et  buissons,  pour  trouver  les  mallades 
et  blecyez  ;  et,  tous  ceulx  qu'elles  purent  veoir  et  ran- 
contrer,  amyablement  prindrent  par  les  mains  et  doul- 
cement  les  levèrent,  puys,  par  soubz  les  bras,  les  en 
emmenèrent  peu  a  peu  jucques  a  la  ville  et  dedans 
leurs  ostelz  les  logèrent ,  ou  furent  tant  trectez  a 
souhet  et  soigneusement  pencez  que  oncques  ne  furent 
myeulx  venus  ;  et  telz  y  avoit,  qui,  dedans  leurs  mai- 
sons, ne  se  fussent  si  bien  trouvez  de  moytyé  près,  car 
de  toutes  vyandes  et  médecines,  qui  leur  estoyent 
saines  et  neccessaires,  leur  fasoyent  prochas  et  admi- 
nistroyent,  voire  continuellement  jucques  a  ce  que 
du  tout  fussent  en  santé  revenus  ;  et ,  après  ce  qu'ilz 
furent  en  bon  point  et  qu'ilz  s'en  voulurent  retourner, 
pour  vouloir  leur  appétit  assouvir,  de  plus,  de  l'argent 
leur  donnèrent  assez  pour  faire  plus  de  chemin  que  a 
eulx,  pour  l'heure,  ne  restoit;  ce  qui  fut  œuvre  tant 
humain  que  plus  de  recommandacion  mérite  que  d'estre 
en  mon  papier  descript^. 

L'armée  fîst  sur  les  chemins  peu  de  séjour  et,  sitost 
qu'elle  fut  en  la  duché  de  Millan  de  retour,  par  les 
villes  et  chasteaux  furent  les  gens  d'armes  mys  en 
garnison . 

Apres  toutes  ses  choses,  le  Roy  voulut  retourner  au 
pays  de  France-;  mais  avant  ce,  voulant  tousjours  de 
plus  rainforccr  sa  duché  de  Millan  et  pourvoir  au  gou- 

1.  Cf.  Buonnaccorsi.  C'est  en  raison  de  ces  faits  que  Machiavel 
et  Fr»  de  la  Casa  furent  envoyés  en  ambassade  en  France. 

2.  Aux  pays  de  la  France  propre.  Cette  expression  trahit  l'ori- 
"ine  de  Jean  d'Auton.  Elle  se  retrouve  dans  1p  Rozier  Hislorial. 


Août  1500]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  313 

vernement  d'icelle,  Charles  d'Amboise,  seigneur  de 
Chaumont  et  grant  maistre  de  France,  et  messire  Ber- 
nard Stuard,  seigneur  d'Aubigny,  transmist  celle  part, 
lesquelz,  en  cest  affaire,  ordonna  ses  lieutenans. 

Le  vingt  uniesme  jour  de  juillet,  le  Roy  et  la  Royne 
partirent  de  Lyon  et  vers  Rouhanne  se  misrent  a  che- 
min ;  de  Rouhanne  a  Marcillé  les  Nonnains,  a  Pierre- 
fite,  a  Caune  sur  Loyre;  et,  la,  se  mist  la  Royne  sur 
la  rivière  de  Loire  et  par  eau  descendit  jucques  a  Bloys. 
Le  Roy  tira  outre  droict  a  Ghastillon  ^  a  Montargis,  a 
Courtempierre-,  et  la  séjourna  par  l'espace  de  quinze 
jours,  passant  le  temps  a  la  chace  des  cerfz. 

Lé  doziesme  jour  du  moys  d'aoust,  le  Roy  fut  aux 
champs  chacer  ung  grant  cerf,  lequel  courut  moult  tost 
et,  en  le  chassant  a  bride  abatue,  tumba  son  cheval 
soubz  luy  si  rudement  que,  parla  roideur  du  cours  et 
force  dudit  cheval,  a  la  choite  se  rompit  une  espaule, 
dont  fut  griefvement  malade,  et  fut  adoubé  par  ung 
nommé  Louys  Sainct  Pic^.  Apres  qu'il  fut  en  santé 
revenu,  vers  le  Puiseau^  se  mist  a  la  voye,  a  Milly  et  a 
Mellung^,  ou  séjourna  jucques  a  la  fin  du  moys  d'aoust  ; 
et,  en  l'entrant  de  septembre,  s'en  revint  a  Bloys,  ou 
estoit  la  Royne  et,  la,  tout  le  moys  de  septembre  fut 
a  séjour;  et,  a  la  fin  dudit  moys,  heut  vouloir  de  visi- 
ter sa  duché  de  Bretaigne  et,  pour  y  aller  mieulx  a 
l'aise,  luy  et  la  Royne  se  misrent  sur  la  rivière  de 

1.  Châtillon-sur-Loing,  fief  du  sire  de  Coligny. 

2.  Près  de  la  forêt  de  Paucourt  (actuellement  de  Montargis). 

3.  Chirurgien  du  roi,  ancien  chirurgien  de  Charles  VIII  {Htst. 
de  Charles  VIII.  p.  237). 

4.  Puiseaux  (Loiret),  chàtellenie  du  domaine  royal,  comme 
Montargis. 

5.  Milly,  Melun. 


314  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.     [Novembre  1500 

Loyre,  dedans  une  galyote,  et  ainsi  furent  jucques  a 
Nantes,  ou  séjournèrent  quinze  jours;  et,  après  ce, 
deslogerent,  et  prindrent  le  chemin  de  Montaigu,  et 
par  le  Bas  Poictou  trerent  a  Touhars^  a  Chynon  et  a 
Lisle  Bouchart^ 

Le  vingt  quatriesme  jour  de  novembre,  fist  le  Roy, 
dedans  la  ville  de  Tours,  son  entrée,  tant  magnifîcque 
que  long  papier  fauldroit  pour  en  faire  entière  descrip- 
cion.  Le  vingt  sixiesme  jour  dudit  moys  de  novembre, 
la  Royne  entra  dedans  ladite  ville  de  Tours,  qui  tant 
honorable  réception  luy  list  que  bien  luy  monstra  le 
peuple  d'icelle  que  cueur,  corps  et  biens  vouloyent  du 
tout  mectre  soubz  la  sauvegarde  de  sa  main^.  Les 
ambaxades  d'AUemaigne  furent  la  receues,  ouyes  et 
despeschées.  L'affaire  des  ambaxades  d'Espaigne,  de 
Venize,  de  Florence  et  de  Pize  fut  pareillement,  la, 
mys  en  conceil. 

Tous  les  roys  chrestiens  furent  en  ce  temps  sur  le 

1.  Château  de  Louis  de  la  Trémoille. 

2.  Autre  château  de  Louis  de  la  Trémoille. 

3.  Jean  d'Auton  avait  mille  motifs  personnels  d'attachement  à 
la  reine,  qui  le  rendent  un  peu  optimiste  en  ces  matières.  Ici, 
cependant,  il  a  raison.  Au  début  du  règne,  les  premiers  débats  du 
procès  de  divorce  du  roi,  qui  avaient  eu  lieu  à  Tours,  dans  la 
maison  du  doyen  du  chapitre,  avaient  un  peu  indisposé  la  popu- 
lation ;  ce  premier  sentiment  fit  bientôt  place  à  un  sentiment  tout 
contraire,  à  un  grand  dévouement  envers  Anne  de  Bretagne.  On 
voit,  par  le  Procès  du  maréchal  de  Gié,  que,  sur  tout  le  cours  de  la 
Loire,  personne  n'était  plus  dévoué  à  la  reine  que  les  gens  de 
Tours.  De  son  côté,  la  reine  cultivait  ce  sentiment  pour  se  ména- 
ger la  route  de  Bretagne.  Le  maréchal  de  Gié,  qui  avait  des  vues 
tout  opposées,  obtint  pour  son  fils  la  capitainerie  de  Tours,  mais 
la  reine  prit  sa  revanche  en  lui  faisant  imposer  par  le  roi  un  lieu- 
tenant à  elle  {Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII,  introduction  et 
passim) . 


Février  1501]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  315 

trecte  de  mectre  gens  d'armes  sus,  et  faire  grosses 
armées,  pour  envoyer  contre  les  infidèles  Turcz,  qui, 
pour  vouloir  la  terre  crestienne  usurper,  la  loy  divine 
anvantir,  et  les  suppos  d'icelle  tiranniser,  estoyent 
sailliz  de  leurs  pays  a  multitude  si  grande  que  le 
nombre  d'iceulx  ne  povoit  estre  de  nul  extimé  ;  et.  ja, 
avoyent  couru  la  terre  de  Sainct  Marc  et  prize  une 
ville  nommée  Modon  ' ,  laquelle  avoyent  mise  a  feu  et 
a  sang,  et  faict  mainctes  inhumanitez  sur  le  peuple 
chrestien.  Par  quoy  le  pape,  chief  de  l'Eglise,  voyant 
que  le  bras  séculier  a  soustenir  si  poisant  faix  pourroit 
par  trop  estre  foullé  et  que  l'affaire  touchoit  general- 
lement  toute  chrestienté,  voulut  que  les  membres  de 
l'Eglise  supportassent  une  partie  du  poix  de  ceste 
charge;  par  quoy  fut  la  décime  mise  sus  et  payée;  et, 
avecques  ce,  a  la  requeste  du  Roy,  pour  subvenir  a 
la  croisée,  le  pape  transmist  en  France  le  jubillé,  vou- 
lant que  l'argent  qui  la  seroit  donné  fust  mys  en  avant 
pour  la  soulde  des  gens  d'armes  qui  pour  aller  sur 
lesdits  Infidelles  seroient  ordonnez.  Le  Roy  y  elargist 
tant  son  povoir  que  les  chanaulx  de  la  mer  ramplist  de 
nefz  et  navires  de  guerre  et,  par  la  terre  des  Italles  et 
de  Sainct  Marc,  fist  marcher  si  grosse  armée  que  ce 
fut  jucques  au  merveiller  des  crestiens  et  espovente- 
ment  des  Infidelles'.  Plusieurs  gentilshommes  de  la 
maison  du  Roy  et  autres  se  convyerent  et  vouèrent  a 
faire  le  voyage,  sachant  que  en  plus  juste  guerre  ne 
pourroyent  exploicter  les  armes  ne,  pour  auctre  que- 


1.  Modon,  Mélhone,  dans  la  Haute-Messénie. 

2.  Dans  la  chronique  suivante,  on  reviendra,  avec  plus  de  détails, 
sur  cette  importante  affaire. 


316  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1.^01 

relie  defiendre,  vivre  plus  a  honneur,  ne  tant  glorieu- 
sement mourir. 

Apres  que  le  Roy  heut  a  Tours  séjourné  dix  jours, 
luy  et  la  Royne  deslogerent  et,  de  la,  s'en  allèrent  a 
Amboise,  ou  ne  furent  que  deux  jours^,  puis  tirèrent 
droict  a  Bloys  et,  la,  séjournèrent  les  moys  de  janvier 
et  de  février  ;  durant  lequel  temps,  les  Estatz  furent 
tenus  et  les  ambaxades  ouyes. 

Le  troisiesme  jour  du  moys  de  feuvrier,  ung  che- 
vaucheur  d'escuyerie,  nommé  Patris  Kalenda,  escos- 
soys,  dedans  la  vilie  de  Bloys  fut  déposé  de  son  office 
et,  sur  ung  escharfault,  par  ung  des  autres  chevau- 
cheurs  luy  fut  esraché  le  royal  esmal,  et  luy  bany  du 
royaume  de  France,  pour  avoir  falcitîées  les  lectres 
du  Roy. 

Sur  la  fin  du  moys  de  feuvrier,  le  Roy  partit  de  Bloys 
et,  de  la,  fut  a  Loches,  ou  peu  de  temps  séjourna  ;  de 
Loches  prist  son  chemin  droict  a  Moulins,  en  Bour- 
bonnoys,  et  la  Royne  quant  et  luy,  jucques  a  la  feste 
de  Nostre  Dame  de  mars  illecques  demeurèrent-;  et 

\.  Cela  n'est  pas  exact.  Le  roi  était  à  Blois  le  28  (Chartes 
royales,  28  novembre,  Ordonnance  de  franchise  pour  le  vin  de  la 
reine).  C'est  la  reine  seule  qui  fait  à  Amboise  une  entrée  solen- 
nelle et  un  séjour.  Amboise  pouvait  rappeler  à.  Anne  de  Bretagne 
la  vie  et  la  mort  de  Charles  VIII.  Louis  XII  n'aimait  pas  Amboise, 
peut-être  par  le  même  motif;  c'est  aussi  à  Amboise  que  s'était 
jugé  le  procès  de  divorce.  Louis  XII  avait  abandonné  le  château 
au  comte  d'Angoulême.  Quant  à  la  reine,  son  entrée  solennelle, 
au  retour  de  Bretagne,  était  une  démonstration  contre  le  maré- 
chal de  Gié,  capitaine  d'Amboise  et  gouverneur  du  comté  d'An- 
goulême, qui  contrecarrait  ses  vues  d'indépendance.  On  remar- 
quera que,  déjà,  à  Tours,  la  reine  avait  eu  soin  de  se  faire  faire 
une  entrée  solennelle  personnelle. 

2.  Le  25  mars  1501,  fin  de  l'année  1500  selon  .lean  d'Auton. 


Mars  1501]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  317 

durant  ce,  furent  faictes  les  nopees  du  duc  d'Alençon 
et  de  madamoiselle  Susanne  de  Bourbon,  les  ambaxa- 
des,  qui  la  estoient,  despeschés,  tenu  parlement  sur 
l'affaire  de  l'armée  que  le  Roy  mectoit  sus  pour 
envoyer  sur  les  Turcz  (qui  a  tous  effors  assailloyent  la 
crestienne  gent)  et,  au  parsus,  les  urgens  affaires  du 
Royaulme  deuement  advisé. 

Or,  avez  vous,  sur  tous,  excellant  bruyt, 
Seigneurs  Francoys,  voix  comune;  le  bruyt, 
Par  les  angletz  de  tous  les  sept  elimatz, 
Loz  vous  accroist,  prospérité  vous  suyt, 
Bonheur  vous  quiert,  adversité  vous  fuyt^ 
Renon  vous  faict  d'honneur  tous  les  amas. 
'    Quoy  plus?  la  mer  mect  ses  voilles  et  mastz, 
Pour  vous^  au  vent,  et  ses  portz  vous  prépare , 
La  terre  a  vous  se  soubmect  et  se  pare  ; 
Le  ciel  vous  donne  la  saison  opportune, 
Nulle  autre  gent  a  vous  ne  se  compare  : 
Louez  en  Dieu,  et  mercyez  Fortune. 

Hercules  a  maint  fier  monstre  destruyt; 

1.  Anne  de  Bourbon  avait  beaucoup  désiré  marier  sa  fille  à 
Louis  de  Montpensier  (  v.  Procéd.  polit,  du  règne  de  Louis  XII, 
p.  1162  et  suiv.;  La  Veille  de  la  Réforme).  Louis  était  fils  aîné  du 
comte  de  Montpensier  et  héritier  des  droits  de  la  branche  cadette 
de  la  famille  de  Bourbon;  sa  conduite  rendit  l'alliance  impossible. 
Louis  XII,  alors,  présenta  et  fit  agréer  son  jeune  cousin  et  pupille, 
Charles  d'Alençon,  fils  de  son  ancien  ami,  le  comte  René  d'Alen- 
çon. Les  fiançailles  furent  célébrées  le  21  mars,  à  Moulins,  en 
présence  du  roi,  de  la  reine  et  de  toute  la  cour.  Par  lettres 
patentes  de  ce  jour,  Louis  XII  autorisa  la  transmission  hérédi- 
taire de  toutes  les  terres  de  Bourbon  à  Suzanne,  à  laquelle  il  les 
conféra  comme  suzerain.  Néanmoins,  le  mariage  n'eut  pas  lieu. 
Pierre  de  Bourbon  étant  mort,  Anne  maria  sa  fille  à  Charles  de 
Montpensier,  devenu  l'ainé  de  la  famille  par  suite  de  la  mort  de 
son  frère  Louis,  et  qui  fut,  plus  tard,  le  connétable  de  Bourbon. 
Cf.  Marillac. 


318  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII.  [Mars  1501 

Hector  sur  tous  fut  aux  armes  instruyt  ;  J 

Alixandre  eut  du  monde  les  primatz  ;  ,] 

César  conquist  royaumes  plus  de  huyt;  J 

Pompée  en  faictz  de  triumphes  reluyt;  g 

Et  Cypyon  Cartagyens  mist  matz  ;  •] 

Ores  ont  ilz,  par  procès  contumas,  .'; 

Perdus  leurs  ceptres,  sans  que  nulz  les  repare.  'j 

Qui  a  ce  faict  ?  La  mort,  qui  les  sépare  » 
De  ce  monde,  comme  1res  importune  ; 
Mais,  puysque  a  tant  force  vous  en  empare, 

Louez  en  Dieu,  et  mercyez  Fortune.  |j 

'•I 

Si  le  destour  de  Gircès^  ne  vous  nuyl,  ] 

Vous  povez  bien  seurement,  jour  et  nuyt,  :i 

Aller  aux  Indes  veoir  le  corps  sainct  Thomas"^;  ' 

Vous  avez  ja  submises  a  deduyt  ' 

Les  Italles  et  Naples^,  dont  s'ensuyt 

Que  bruyt  en  est  au  Quaire  et  a  Damas. 

Chacez  les  Turcz,  comme  vent  le  brumas, 

Sy  en  terre  les  trouvez  ou  en  mare, 

Envoyez  les  exiliez  en  Megare  '*, 

Ou  les  menez  bâtant  jucques  en  Thune ^; 

Et,  si  a  fin  mectez  la  gent  barbare, 

Louez  en  Dieu,  et  mercyez  Fortune.  ; 

Prince,  prenez  le  divin  sauf  conduyt, 

1.  La  magicienne  Gircé  habitait  ^a,  situé,  selon  les  uns,  en 
Golchide,  à  l'embouchure  du  Phase,  selon  les  autres,  au  pied  du 
promontoire  Circeii,  en  Italie. 

2.  Les  Portugais  pensaient  avoir  retrouvé  à  Meliapour,  qu'ils 
appelèrent  San-Thomé,  le  corps  de  l'apôtre  saint  Thomas,  qui 
avait  été  prêcher  l'Évangile  chez  les  Parthes  et  jusque  dans  l'Inde. 

3.  On  voit  par  là  que  la  Chronique  de  1500  fut  écrite  ou  ache- 
vée en  1502. 

■4.  En  Grèce.  J.  d'Auton  t'ait  le  sacrifice  de  la  Grèce  et  réclame 
Gonstantinople. 

5.  Tunis,  que  J.  d'Auton  abandonne  aux  Turcs,  pourvu  qu'ils 
rendent  la  Terre  Sainte  et  l'Egypte. 


Mars  1501]  DU  SIEGE  DE  PIZE.  319 

Pour  délivrer  vostre  empire  seduyt, 
ConstanUnoble;  vous  avez  forte  hune. 
Et,  si  vostre  ost  peult  estre  la  conduyt. 
Et  le  peuple  a  nostre  foy  reduyt, 
Louez  en  Dieu,  et  mercyez  Fortune. 


\  A  tous  effors  d'armes  et  de  souldartz, 

I"  Terres  et  mers  soubz  lances  et  soubz  dartz, 

'<  Vous  faull  courir  et  soustenir  les  hurtz 

[  De  Fortune,  comme  fermes  et  durs, 

i  Sans  vous  doubter  d'enchentemens  ne  d'ars. 


Vous  avez  tant  de  sagectes  et  d'arcz, 
De  palelTroys,  de  courcyers  et  hedartz, 
Que  c'est  assez  pour  assaillir  les  Turcz, 
A  tous  effors. 

Mectez  avant  carnequyns  et  guyndartz, 
Et  ruez  tant,  sur  ses  payens  pendartz, 
Qu'il  en  soit  bruyt  a  tous  les  temps  futurs  -, 
Mectez  a  bas  leurs  bastilles  et  murs. 
Et  despliez  sur  eulz  voz  estandartz 
A  tous  elTors. 

Gy  finist  la  cronicque  du  Roy  très  cristien,  Louys 
douziesme  de  ce  nom,  de  l'an  mille  cincq  cens. 


PIÈCES  ANNEXES 


Mentions  d'objets  rapportés  de  Milan,  par  Louis  XII,  en'1499^ 

Ornemens  d'esglise  de  cliappelle  et  paremens  d'ausLel  conle- 
nuz  oudict  inventaire  baillez  par  ledict  maislre  Jehan  Benard  a 
Jehan  Le  Feuvre,  tappicier  de  ladicte  dame,  pour  mener  en  la 
ville  de  Nantes  comme  appert  par  ung  autre  inventoire  ou  sont 
contenuz  autres  tappiceries  de  Millau  et  autres  ornemens  d'es- 
glise que  ladite  dame luy  a  commendé donnera  plusieurs esglises 
en  Bretaigne.  Ledict  inventoire  signé  dudit  Le  Feuvre,  le  xi'^  jour 
de  janvier  l'an  mil  1111^  IIII^-^  et  dix  neuf... 

1.  Louis  XII  prit  grand  intérêt  à  la  vie  artistique  de  Milan. 
Les  Inventaires  d'Anne  de  Bretagne  mentionnent  des  tableaux 
rapportés  de  Milan,  mais  sans  indiquer  la  date  de  leur  transport. 
Les  mentions  que  voici  mettent  dans  un  jour  curieux  les  habi- 
tudes d'économie  de  Louis  XII  :  on  conservait  encore,  en  1504, 
les  fromages  qu'il  avait  rapportés  de  Milan  en  1499,  et  quoiqu'il 
lut  retourné  à  Milan  en  1501  !...  Il  est  vrai  que  le  nombre  de  ces 
fromages  nécessitait  la  location  d'une  chambre  ad  hoc. 

Il  est  probable  qu'il  s'agit  ici  du  fameux  stracchino  de  Milan  ou 
de  Gorgonzola;  mais  le  stracchino  ne  se  garde  guère  qu'un  an. 
Louis  XII  l'avait  conservé  ci/uj  mis  en  le  faisant  soigneusement 
habiller  d'huile. 

Louis  XII  ne  rapporta  pas  que  des  fromages;  il  rapporta  aussi 
des  artistes,  Girolamo  Pallavicino,  évèque  de  Novare  et  poète,  fr. 
Giacondo  de  Vérone,  l'architecte  du  Pont-Neuf  de  Paris Sur- 
tout, il  transporta  de  Pavie  à  Blois,  d'oii  elle  passa  à  Fontaine- 
bleau, d'où  elle  est  venue  à  Paris  enrichir  notre  grande  Biblio- 
thèque nationale,  la  célèbre  bibliothèque  de  Pavie  (Tiraboschi, 
Storia  délia  litteratura  italiana,  t.  VI,  p.  129).  M.  le  marquis 
d'Adda,  sous  le  nom  de  «  un  bibliophile,  »  a  publié  à  ce  sujet  une 


PIÈCES  ANNEXES.  321 

Et  est  assavoir  que  en  sondiL  inventoire  sont  contenues  cer- 
taines tappiceries  et  autres  choses  qui  ont  esté  apportées  de  Mil- 
lan  et  de  Meun  sur  Yevre,  qui  seront  plus  amplement  spécifiées 
ou  chappitre  des  tappiceries,  et  aussi  des  litz  de  camp  qui  seront 
declairez  ou  chappitre  des  extencilles  et  lis  de  camp'. 

(Extrait  d'un  Iiivenlaire  d'Anne  de  Bretagne  de  1500,  in  fine;  ms. 
fr.  2-2335,  fol.  70  v°.) 

«  A  Adrien  de  Dampierre,  sommelier  de  la  panneterye  dudit 
seigneur,  la  somme  de  trente  livres  tournoys  a  luy  ordonnée 
par  ledit  seigneur,  tant  pour  la  garde  des  fromaiges  de  Millau, 
qui  lui  ont  esté  donnez  depuis  cinq  ans  en  cza,  iceulx  avoir 
netoiez  et  fourny  d'huille  pour  les  habillez,  que  pour  le  louaige 
d'une  chambre  pour  mectre  iceulx  fromaiges,  pour  ce,  ladicte 
somme  de  xxx  1.  t...  » 

(Extrait  du  Compte  des  Menus  plaisirs  de  Louis  XII,  de  1504:  uis. 
'  fr.  2927,  fol.  74.) 

notice  fort  intéressante  intitulée  :  Indagini  storiche,  arlistiche  e 
bibliograftce  sulla  libreria  Visconieo-Sforzesca  del  Castello  di  Pavia 
(Milan,  1875),  qui  a,  toutefois,  besoin  d'être  complétée.  L'inven- 
taire de  1426,  publié  par  M.  d'Adda,  comprenait  988  manuscrits; 
mais  ces  manuscrits  n'ont  pas  été  tous  emportés  par  Louis  XII,  car 
nous  possédons  un  autre  catalogue  de  la  même  librairie,  établi  le 
G  juin  1479  par  le  bibliothécaire  Facino  da  Fabriano,  par  ordre 
systématique  de  matières,  suivant  l'ordre  de  classement  de  la 
salle,  et  avec  le  plus  grand  soin  (ras.  lat.  11400).  Or,  à  cette 
époque,  la  librairie  de  Pavie  ne  contenait  plus  que  950  manuscrits, 
dont  824  seulement  de  l'ancienne  bibliothèque,  et  126  provenant 
de  la  bibliothèque  du  duc  Galeazzo  Maria,  réunie  à  la  librairie  de 
Pavie  le  !«•■  octobre  1469.  Ainsi,  de  1426  à  1479,  la  bibliothèque 
de  Pavie  s'était,  non  accrue,  mais  diminuée  de  164  manuscrits.  Il 
faut  ajouter  qu'en  1498  l'historien  Gorio  fut  autorisé  par  Ludovic 
le  More  à  y  emprunter  tous  les  manuscrits  dont  il  pouvait  avoir 
besoin  pour  ses  travaux. 

Du  reste,  en  enlevant  cette  bibliothèque,  Louis  XII  suivait  la 
tradition;  le  roi  de  Naples,  Alphonse  d'Aragon,  dans  les  sacs  des 
villes,  se  faisait  réserver  tous  les  livres  comme  sa  part  royale  du 
butin.  Charles  VIII,  en  1495,  avait  rapporté  de  Naples,  non  seu- 
lement des  objets  d'art  de  toute  sorte,  mais  1,500  manuscrits  ù 
miniatures  (M.  d'Adda). 

1.  Ces  derniers  mots,  depuis  qui  seront,  sont  raturés. 
1  21 


;j22  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XU. 

Tableaux. 

Autres  de  plusieurs  personnaiges  lirez  au  vif  prins  sur  ledit 
Inventoire  contenu  ou  derrenier  article  précédant,  faict  es  pre- 
sances  desditz  Peguineau  et  Signac,  par  Nycolas  de  Laval  et 
Jacques  Foussedouaire,  noctaires  jurez  des  contractz  de  Tours, 
ledit  xxv'^  jour  de  juillet  mil  IIl^  1111'='=  et  dix  neuf. 

Ung  tableau,  paint  d'or  bruny  et  de  aseur,  sur  boys,  ouquel 
a  ung  visaige  d'une  dame  de  Naples  ayent  le  chief  tout  blanc. 

Ung  autre  tableau  sur  boys  paint,  d'une  autre  femme  de 
Ytalie  ayent  les  cbeveux  trousez,  et  dessus  ung  chappellet  faict 
en  fasson  de  perles. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  ou  il  y  a  le  visaige  d'une 
femme,  et  au  dessus  dudit  tableau  est  escript  Genevra,  dont 
les  bors  dudit  tableau  sont  pains  d'or  bruny. 

Ung  autre  tableau  paint  sur  boys,  d'une  femme  ytalienne, 
aussi  paint  d'or  bruny  par  les  bors,  au  douz  duquel  est  escript 
Sulins. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  d'une  femme  de  fasson 
ytalienne. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys^  ouquel  a  une  femme  damoi- 
selle  habUée  a  la  fasson  de  France  a  hault  atour. 

Ung  autre  tableau,  paint  d'aseur  sur  boys,  les  bors  pains  d'or 
bruny,  ouquel  a  ung  visaige  de  homme  habile  de  drap  d'or  a  la 
fasson  de  Venise, 

Ung  autre  petit  tableau,  paint  sur  boys,  a  ung  visaige  de 
homme. 

Ung  autre  petit  tableau,  ou  est  la  nalivité  Nostre  Seigneur  et 
les  Troys  Roys,  paint  sur  papier  collé  sur  boys,  de  petite  valeur. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  en  fasson  d'un  Jacobin 
tenant  ung  palme  en  sa  main. 

Deux  autres  tableaux,  pains  sur  boys,  enchascun  dcsquieulx 
a  ung  visaige  de  homme,  la  teste  nue,  ayent  l'ordre  de  toison. 

Ung  autre  grant  tableau,  paint  sur  boys,  auquel  a  le  visaige 
d'un  homme  a  bonnet  rouge  a  la  mode  ytalienne. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  ouquel  a  ung  visaige  de 
homme  a  ung  habilement  noir  sur  la  teste,  au  bout  duquel 
tableau  est  escript  Johannes  Ambrosius. 


PIÈCES  ANNEXES.  323 

Ung  autre  tableau,  paint  de  noir  sur  boys,  ouquel  a  ung 
visaige  de  homme  ytaliain, 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  d'un  jeune  enlTent  ytalien. 
la  teste  nue  et  perucque  jaulne. 

Ung  autre  tableau  paint  sur  boys,  ouquel  a  ung  visaige  de 
prélat,  ayent  bonnet  rouge  et  ung  surpcliz  sur  une  robbe  rouge. 

Ung  autre  tableau,  paint  sur  boys,  ouquel  a  ung  visaige  d'un 
homme  ytalien,  iceluy  tableau  faict  a  roses  tout  autour  et  les 
hors  d'or  bruny. 

Ung  autre  tableau,  paint  de  noir  sur  boys,  ouquel  a  ung 
visaige  de  homme,  a  grant  perrucque,  a  bonnet  rouge  et  plumes 
d'aigrete  dessus. 

Troys  pommes  de  boys  a  tendre  pavillons,  painctes  d'or  et 
autres  colleurs. 

Ung  autre  tableau,  paint  de  noir  sur  boys,  ouquel  a  ung 
visaige  que  l'on  dit  estre  du  s*"  Ludoviq. 

Ung  autre  tableau  semblable,  ouquel  a  le  visaige  d'un  homme 
ytalien,  au  bas  duquel  est  escript  Philippus  Maria. 

Ung  tableau,  paint  de  noir  sur  boys,  et  d'or  bruny  par  les 
hors,  ouquel  est  le  hault  d'un  homme  a  la  fasson  d'Italie. 

Ung  autre  tableau,  paint  d'aseur  sur  boys,  ouquel  a  ung 
visaige  de  homme  ytalien,  et  au  bas  d'iceluy  est  escript  Philip- 
pus  Maria,  et  a  le  visaige  noir. 

Ung  autre  grant  tableau,  paint  sur  boys,  tout  doré,  ouquel  a 
ung  relligieulx  de  sainct  Françoys  a  genouz. 

Deux  autres  tableaux,  fermans  en  fasson  d'un  livre,  qui  sont 
pains  dedans  et  dehors,  servans  a  astrologie  et  a  cogncistre  le 
cours  de  la  lune  et  du  temps. 

Ung  autre  grant  tableau,  d'environ  quatre  piez  en  carré, 
richement  paint  en  son  estuy,  apporté  de  Naples. 

Ung  petit  coffre  faict  de  senteurs  en  fasson  d'un  ancrier, 
ouquel  y  a  plusieurs  lietes. 

Ung  petit  dressouer  de  senteurs. 

Cartes  marinnes  et  de  pays  contenues  oudit  inventaire. 

Une  carte  ytalieune,  paincte  sur  toille  blanche,  de  petite 
valeur. 


324  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII. 

Huit  autres  vielles  cartes,  de  pays,  et  les  autres  marinnes.  dont 
y  en  a  sept  en  parchemin,  une  en  papier. 

Mappemonde. 

Une  grant  mappemonde,  rouUée  en  parchemin,  qui  a  esté 
prinse  sur  l'inventoire  faict  par  lesdits  Peguineau  et  Signac  a 
Tours  le  xxnii«  jour  de  juillet  mil  III^  1111'^'=  et  dix  neuf,  en  la 
maison  de  Victor  Gandin,  argentier,  de  plusieurs  livres  comme 
sera  declairé  cy  après  ou  chapitre  des  livres,  le  tout  estant  en 
la  maison  de  mondit  s''  le  gênerai  de  Beaune. 

(Extrait  dua  Inventaire  d"Anae  de  Bretagne,  de  1499  ;  lus.  fr.  223351, 
fol.  109-111.) 

n. 

AscA.yio  Sforza  a  Ludovic  le  More. 

Rome,  2  avril  U99. 
111""'  princeps  et  Exc"^  domine,  frater  et  pater  honorandissime. 

Quesla  matina,  finita  la  missa  et  trovandosi  cum  N.  S.,  li 
Révérend'"'  cardinali  de  IVapoli.  S'^  Croce,  Capua,  Borgiaet  io, 
Sua  S'^  intro  in  rasonamento  de  li  avisi  quali  se  haveano  qui, 
a  particulare  persone,  che  a  Lione  fusse  pubblicata  la  lega  fra 
Sua  S'a,  il  Re  di  Franza  et  Yenetiani,  dolendosi  summamenle 
de  questi  avisi,  li  quali  affîrmava,  etiam  cum  sacramento,  che 
erano  falsissimi,  perche  Sua  S'*  non  havea  mandato  in  Franza 
facultà  alchuna  per  intrare  in  epsa  lega  ;  subiungendo  che  la 
perseverava  in  proposito  de  quello  me  havea  dicto  li  di  passati,  et 
che,  quando  li  sia  datto  da  la  Regia  Maestà  et  da  la  Exc^  Vostra 
quello  ha  recerchato,  la  se  uniria  cum  signori  Raliani  et  faria  a 
benefitio  loro;  damnando  molto  Francesi  et  monstrando  mala 
contenteza  depsi  ;  ma,  quando  signori  Raliani  non  li  volesseno 
fare  quello  ha  recerchato,  in  questo  caso  saria  cum  Francesi  et 
intraria  in  liga  et  faria  omne  altra  cosa.  Dal  Révérend"'"  cardi- 

\.  On  trouve  au  même  ms.,  fol.  249,  un  Inventaire  de  la  tapis- 
serie apportée  de  Milan.  Cet  inventaire  est  daté  du  6  septembre 
1507  et  comprend  des  tapisseries  rapportées  dans  le  voyage  que 
Louis  XII  fit  cette  année-là  en  Milanais. 


PIÈCES  ANNEXES.  325 

nale  de  Napoli  et  subsequentemente  da  li  altri  signori  cardinali 
présent]  et  da  me  fu  confortata  Sua  S'''  ad  persistere  in  lo  bono 
proposito,  quale  demonstrava,  per  essere  cosi  conveniente  alla 
dignità  suprema  quale  Leneva.  Et  in  discorso  Sua  S'*  tochô  che  11 
preparatorij,  quali  facevano  Francesi  per  venire  alli  damni  de 
Italia,  non  si  facevano  de  dinari  de  Francesi,  ma  de  qualche 
s""*  Italiano,  cignando  de  Venetiani  ;  subiungendo  Sua  S'»  che,  de 
qui  a  sabbato,  se  persuadeva  veneria  la  resposla  da  la  Regia 
Maestà,  V.  Exc^  et  S'  Fiorentini,  et  alhora  se  porria  risolvere 
de  le  cose  rasonate.  Alla  Exc^  V^  me  recomando.  Rome,  2  apri- 
lisU99. 

Frater,  filius  et  servitor,  Ascanius  Maria. 
cardinalis  Sfortia  vicecomes. 

(Au  dos  :)  Ill">o  principi  et  Exc""^  domino  fratri  et  patri  hono- 
rato,  domino  Duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ms.  ital.  1592,  fol.  250.) 

m. 

AscAXio  Sforza  a  Ludovic  le  More, 

Rome,  4  mai  1-^09. 
WV^"  princeps  et  Exe""'  domine^  frater  et  pater  honorandis- 
sime,  Parlando  li  oratori  regij  con  N.  S.,  Sua  S'»  li  ha  dicto, 
secondo  mi,  hano  facto  intendere  epsi  oratori  esser  ce  lettere 
chel  raatrimonio  de  Libret  con  Yalentia,  anchora  chel  non  fusse 
concluso,  non  dimeno  essere  in  boni  termini,  et  che  epso  Yalen- 
tia ha  acceptato  le  lance  et  cominciato  ad  rescotere  le  intrate 
del  stato  suo,  talmente  che  si  po  dire  esserse  fermo  la  ;  et  che, 
intrandose  in  rasonamento  se  Francesi  erano  per  fare  impresa 
in  Italia,  sua  Beatitudine  disse  che  h  pareva  possere  affirmare 
che  la  non  se  faria  per  questo  anno,  ben  che,  quando  la  se 
facesse,  la  M'=^  R^  non  havea  da  havere  paura  per  che  se  faria 
contra  la  Ex.  V.  :  con  subiungere  Sua  S'^  che,  volendo  la  M'*  Sua, 
se  ne  poteria  assecurare  in  tucto,  et,  benche  non  lo  exprimesse, 
non  di  meno  si  posseva  bene  accorgere  chel  voleno  inferire  che 
la  M'*  Sua  si  havesse  ad  distaccare  da  quella.  Al  che  fu  resposto 
da  epsi  ori  oportunamcnle  quelle  che,  altrc  volte,  la  M'^  Sua  li 


326  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

ha  ordinalo,  cioe  de  volere  liavere  omne  fortuna  comune  con  la 
Ex.  V.  Da  bon  loco  se  intende  che  Mons.  de  Libret  domanda  a 
N.  S.,  ultra  el  fare  cardinale  el  flgliolo,  centomilia  ducatl  per 
comprare  stato  a  Valentia  et  moite  altre  cose,  se  ha  consentire 
al  matrimonio  de  la  figliola  con  epso  Valentia,  delche  Sua  S'*  si 
trova  in  grande  displicentia,  et  chel  p'"  Mons.  de  Libret  domanda 
anchora  al  Re  de  Franza  cose  che  ascendeno  a  la  valuta  de  cento 
cinquanta  milia  ducati.  A  la  quale  domanda  Sua  M'*  non  pare 
che  sia  per  condescendere.  Mi  e  dicto  anchora  da  bon  loco  esserce 
littere  ad  N.  S.  de  Mons.  a  Legra,  quale  e  apresso  Mons.  Valen- 
tinese  in  Franza,  per  le  quale  li  significa  che  con  Sua  S'^^  non 
vole  procedere  con  duplicita,  dicendoli  che  le  cose  del  parentato 
de  Libret  non  li  pare  siano  piu  per  reuscire  quanto  hano  facto 
quelle  de  la  Ogliola  del  S™"  Re  Federico.  Se  intende  etiam  che 
Jo.  Jordano  Ursino,  havendo  domandato  dinari  al  Re  de  Franza 
et  essendoli  denegati  con  dire  che  non  vole  spendere  dinari  fora 
del  suo  Regno,  ha  preso  licentia  da  Sua  M^  et  si  e  partito  per 
venire  in  qua,   malcontento.   A  la  Ex.  V.  mi  raccomando. 

Rome,  4  maij  1499. 

Frater,  fiUus  et  servitor,  Ascanius 

Maria,  cardinalis  Sfortia,  vice- 

comes,  S.  R.  E.  vicecancellarius. 

(Au  dos  :)  111'"°  principi  et  Exe™"  domino  fratri  et  patri  hono- 
rato,  domino  Duci  Mediolani,  etc. 

(Orig.,  ras.  ital.  1592,  fol.  254.) 

IV. 

AscANio  Sforza  a  Ludovic  le  More. 

Rome,  0  mai  -1499. 

Extradus  Zifre  /?""'  Z>.  Vicecancellarij  ad  7//™"™  D.  Duccm 
Mediolani. 

111'""  princeps  el  Exc'"^  domine,  frater  et  pater  honorandissime. 

Gum  singulare  piacere  ho  veduto  quello  che  la  Exe"  V''  mi 

scrive  per  le  sue  de  25  dil  passato,  col  summario  de  littere  de 


PIECES  ANNEXES.  327 

Venelia,  continenLe,  trà  li  altre  cose,  li  efîecti  de  quella  signo- 
ria  inclinali  alla  observatione  dil  Laudo,  parendomi  che  le  cose 
comminciano  ad  pigliare  quelle  assello  quale  ricerca  el  bisogno 
présente  per  la  commune  quiète;  et  judicaria  che  non  fosse  se 
non  a  bono  proposito  che  la  Exc-^  V%  per  la  sua  summa  sapien- 
lia,  lenesse  modo  de  intrmsicarsi  più  che  la  po  cum  Venetiani; 
perche,  intendendosi  bene  cum  epsi,  la  se  poteria  assicurare  che 
Francesi  non  veneriano  ;  et,  quando  bene  laExc-^  V.  non  potesse 
havere  piena  confidentia  de  Venetiani,  giovaria  almanco  lo 
intrinsecarsi  bene  cum  loro  che  Francesi,  quali  ne  slano  in 
umbra  de  non  essere  gabati  da  Venetiani,  andariano  più  rete- 
nuti,  judicando  che  epsi  Francesi,  mancando  el  fundamenlo  de 
Venetiani ,  non  se  metleriano  ad  fare  impresa  :  et  in  questo 
parère  mi  confirmo  tanto  più  per  domandarmi  spesso  N.  S'*  cum 
instantia  quello  che  io  credo  che  siano  per  fare  Yeneliani  et  se 
agabarano  Francesi,  como  monstra  credere  et  dice  publicamenle 
che  farano;  il  che  la  S'*  Sua  fa  cum  induslria  a  ciô  che  Vene- 
tiani tanto  più  habino  ad  perseverare  alla  devotione  de  Francesi, 
como  quello  che  conosce  che  epsi  Francesi  non  siano  per  fare 
impresa,  mancandone  Venetiani,  per  non  haverne  loro  molta 
inclinatione,  se  non  tanto  quanto  sono  stimulali  dà  altri.  Et 
chel  sij  vero  che  Francesi  naturalmente  non  inclinano  ad  fare 
impresa,  lo  dimonstra  quello  chel  cardinale  San  Dionysio  ha 
facto  intendere  a  Sua  S'*  in  nome  del  Rè  de  Franca,  cioè  chel 
saria  bene  che  la  mandasse  uno  legato  in  Allamagna  per  com- 
ponere  le  differentie  quale  hano  Seviceri  cum  la  Cesarea  Maestà. 
Alli  quali  mancandoli  lei,  la  prefata  Maestà  e  per  debellarlj,  il 
che  li  rincresceria  molto,  et  accitandoli,  se  veneriaadirritarela 
Cesarea  Maestà  contra,  cum  lo  imperio.  Et  per  questo  conforta 
Sua  S**  ad  mandarli  uno  legato  cum  proponerli  che,  composite 
quelle  cose,  si  porria  attendere  più  facilmente  aile  provisione 
necessarie  per  fare  impresa  contra  Turchi.  De  la  quai  ambas- 
sata,  partito  el  cardinale  de  San  Dionysio,  la  Sua  S'*  ha  dimons- 
trato  displicentia  grande,  parendoli  che  quello  Rè,  cum  andare 
preponendo  simili  partiti  de  fare  impresa  contra  el  Turcho, 
monstri  poca  inclinatione  alla  impresa  di  Itaha.  Alla  Ex''  V.  mi 
ricommando.  Rome,  5  maij  ^499. 
(Orjg.,  ms.  ital.  1592,  fol.  256.) 


328  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

V. 

PuiLiBEra"  Naturel,  ambassadeur  de  l'Empereur,  a  Maximiliex. 

Rome,  'l  6  mai  1499. 

Sire,  humilissimamente  jo  me  recomandoa  vostrabonagralia. 
lo  vi  lio  scrilto  da  -J  fi  zorni  in  qua  cinque  on  sey  volte  e  de  tutte 
le  cose  longament,  et  specialmente  de  le  trame  che  menael  papa 
e  Re  de  Franza  de  trovar  modo  de  fare  qualche  pace  tra  voy 
e  li  Suyceri,  perche  el  vede  che  voy  haveti  lavantagio.  lo  sonno 
ben  securo,  comme  vi  ho  scritto,  se  li  Suyceri  havesshio  taie  avan- 
tagio  que  voy  haveti,  che  luy  non  vi  parleria  niente  de  paxe, 
ma  el  contrario  luy  despenderia  assay  per  aiularvi  a  mettere  la 
dove  li  vostri  inimici  vi  desiderano.  lo  prego  Dio  che  vi  dona 
bona  conlinuanza  de  Victoria  come  deraonstra  bon  commencia- 
mento,  perche,  se  una  fiata  voy  veneti  afin  de  questa  guerra 
per  forza,  il  ve  sera  una  perpetuale  gloria  et  una  grande  e 
maravegliosa  secureza  per  voy,  per  Monsignore  vostro  fîgliolo, 
per  tutto  l'imperio,  per  Italia  e  per  tutti  vostri  parenti  e  subiecti. 

lo  fui,  heri  sera,  longamente  insiema  con  N.  S,  P.  le  papa, 
insema  col  quale  jo  ho  havuto  grande  e  stranie  parole.  Luy 
desidera  que  voy  faciati  la  pace  a  quello  fine  che  lui  Suyceri 
non  siano  impazati  ad  aidare  el  Re  de  Franza  in  le  sue  facende, 
tant  in  Italia  come  contra  voy.  lo  li  ho  ditto  integramente  che 
questa  causa  desus  scripta  era  quella  che  lo  moveva  et  che  la  cha- 
rita  papale  non  lo  moveva  niente,  et  che  voi  ben  integramente  le 
devevati  havere  e  havevati  per  suspecto,  et  che  voi  eravati  ben 
advertito  de  li  brevi  che  luy  haveva  scritto  al  Re  de  Franza  per 
indurlo  a  secorire  li  Suyceri  e  persuaderli  che  questa  era  le 
valianza  o  valore  de  tutte  le  sue  impvese  et  principalmente  per 
venire  in  Italia  et  che,  senza  essi  Suyceri,  el  ne  poleva  fare 
grande  cose.  Et  après  que  luy  non  li  ha  bonamente  possuti  suc- 
cerrere  fin  a  questa  hora,  et  che  lo  tempo  passa,  sicomeel  dicto 
Re  haveva  pregalo  Sua  S'*  a  mandare  uno  legato  denvers  voy 
per  Irovare  mode  de  fare  questa  paxe  et  che  Sua  S'*  haveva  facto 
questa  opéra  per  le  lettere  del  dicto  Re  et  per  suo  amore  et  non 
per  altra  charita,  el  vi  haveva  scritto  uno  brève,  et  etiam  al  suo 


PIÈCES  ANNEXES.  3-29 

legato,  per  convertirvi  alla  pace,  et  che  jo  vi  haveva  adverlito 
del  tutto,  ma  che  era  certo  che,  ne  per  soi  brevi,  ne  per  soi 
legati,  voy  non  faresti  cosa  alcuna  ma,  per  soi  deportementi  chel 
ha  fatlo  con  voy  e  col  imperio,  jo  credeva  Qrmamente,  se  voi 
fosli  deliberato  a  fare  dicta  pace,  che,  incontinente  che  luy  se 
intromettesse,  che  voy  cambiaresti  proposto  al  contrario,  donde 
certamente  jo  lo  fece  remanere  tutto  esbayto,  perche  el  ge  pare 
che  voi  non  intendati  sue  coperture  et  que  el  secreda  che  luy, 
solto  umbra  de  carità,  vi  debia  far  lassare  Timpresa.  E  dopo  chel 
venevaadscorozarsi,  jo  li  remonstray  la  pocha  extima  chel  haveva 
fatto  per  el  passato  e  faceva  ancora  de  V.  M**  et  de  Timperio, 
ma  che,  in  brève,  il  conosceria  il  vostro  malcontentament  del 
imperio  piu  chel  non  ha  fatto  del  Imperio.  El  me  respose  tanto 
de  belle  parole  chio  non  ne  saper ia  tanto  scrivere  in  de  folij  de 
papiro  et,  sel  facesse  la  mita,  faria  una  bella  cosa.  lo  vi  ho  volute 
advertire  de  tuite,  afin  que  V.  I\r*  gli  facia  tal  pensament  che 
per  sua  prudentia  ella  e  acostumata  di  fare  e  che  11  pyara  con- 
venable adcio  che  bene  rigorosamente,  con  tutto  honore,  sia 
resposto  a  soy  brevi  que  il  vi  ha  mandato.  Sovray  ne,  Signor, 
jo  prego  Dio  che  vi  dona  aide  de  vostri  nobilissimi  désire.  A 
Roma,  questo  xvi  de  maij. 

A  questo  zorno  e  arrivato  una  posta  al  papa,  che  li  ha  por- 
tato  novelle  certe  corne,  el  primo  zorno  de  questo  mese,  il  mari- 
tagio  de  suo  figholo  e  fatto  insiene  con  la  fîgliola  de  Mons.  de 
Allebrel,  che  e  signo  chel  Re  de  Franza  se  vole  aiutare  del  Papa 
et  ha  intentione  fare  qualche  progrès  in  questa  Italia. 

Vostro  humihssimo  servitore  et  subiecto, 
Filiberto  Naturel. 

''Au  dos  :)  Sacre  Cesaree  Majestati. 

(Orig.,  ms.  ital.  1592,  fol.  257.) 

VI. 

CÉSAR  GdASCUS,    ambassadeur   de   MlLAX,    A    LUDOVIC   LE    MoRE. 

Rome,  21  mai  ^1499. 
111°"'  et  Ex"""  Signore  mio.  Dopoi  el  rasonamento  havuto  cum 
nostro  signore  sopra  la  abbatia  de  S'"  Simpliciano,  quale  inten- 


330  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

dara  la  Ex^  V.  per  le  littere  scripte  in  nome  del  R'""  et  111'"''  Sig''^ 
Vicecancelliero ,  sua  S^*  mi  comunico  le  littere  venute  de 
Francia  sopra  la  conclusione  del  raatrimonio  del  Duca  Valen- 
tinensis,  legendole  lei  propria  de  la  continentia  che  la  Ex*  V. 
intendera  per  altre  littere  del  prefalo  sig'''  Vicecancelliero. 
Et  havendoli  io  comunicato  li  avisi  venuti  de  Alamania, 
excepte  uno  capitulo,  quale  legendo  passai  studiosamente, 
perche  non  paresse  che  la  Ex^  V.  cerchi  di  provocare  la  Gesa- 
rea  M'^  contra  Venetiani,  parse  che  Sua  S'*  eslimase  mollo  dicti 
avisi,  et  ne  restasse  supesa;  per  il  che  Borgia,  che  li  era  pré- 
sente, disse  che  non  manchava  altro  salvo  che  Francesi  dimons- 
trasseno  ancora  loro  la  sua  posanza,  et,  al  opposito  de  questo 
stendardo  impériale,  explicassero  ancora  loro  quello  stendardo 
miraculoso  che  hanno,  cum  lo  quale  fu  recuperata  la  Francia  de 
mane  de  x\nglesi,  dicondo  questo  quasi  in  vilipendio  deh  avisi 
venuti  et  in  gratifîcatione  de  N.  S'^  Li  respose  che  queste  cose 
de  Alamania  erano  gente  darme  in  essere  ne  la  quai  si  trovava 
la  Cesarea  M'^,  la  unione  de  tutlo  lo  imperio,  lo  ajuto  de  lo 
Archiduca  de  Burgogna  et  50  m.  persone  bone  in  circa  cum  le 
arme  in  mano  ;  le  quale  cose  se  potevano  vedere  senza  miraculi  ; 
ma  che  li  Suyceri,  et  chi  li  ajuta  expectarano  li  miraculia  suo 
piacere  li  quali  poteriano  essere  tardi;  N.  S.  alhora  si  volto 
virso  Borgia,  dicendoli  :  Non  dicet  cosi,  per  che  e  grande  cosa 
la  unione  de  limperio  e  molto  li  pensoe.  Poi  me  domandoe,  se 
credeva  che  tra  lo  imperio  et  Suyceri  sequiria  compositione,  li 
rispose  che,  per  essere  lo  imperio  animato  contra  loro  et  per 
trovarsi  la  Cesarea  M'*  potentissima,  cum  occasione  de  casti- 
garli  demolti  soi  errori  anliqui  et  novi,  io  vedeva  la  cosa  molto 
dura,  et  che  Suyceri  a  questhora  se  trovano  molto  mal  con- 
tcnti,  et  non  desyderano  altro  che  pace,  et  che  la  Ex^  V.,  se 
inlerpona  cum  la  Cesarea  M'^  pel  tal  eflecto  non  vedendoli 
meglior  mezo,  ilche,  quando  sequisse,  restariano  in  perraetuo 
obligo  cum  la  Ex''  V.,  la  quale  parola  fu  molto  eslimata  da 
Sua  S<%  et  io  là  disse  studiosamente  per  darliche  pensare  a 
piu  efTecti,  et  per  mettere  la  Ex^  V.  in  reputatione  che  quella 
in  piu  modi  se  possa  valere  contra  Francesi.  Sua  S'^  disse 
che  questa  saria  bona  cosa,  et  che  anchora  lei  havea  scripto  per 
inlrodure  la  pace.  Al  che  respose  :  Pater  Sancte,  sin  qui  se  fa 


PIECES  ANNEXES.  331 

computa  senza  Ihosle,  ce  va  altro  che  brevi.  perche  questa  male- 
ria  ha  Iroppo  longa  la  coda.  E  cosi  sludiosamente  lassai  sus- 
pesa  Sua  S'*,  la  quai  slatim  subiuiise  :  bene,  e  di  Francia  çhe 
cosa  haveti  ?  Li  rispose  che  de  queste  nove  de  Francia  piu  con- 
venienLemente  io  ne  domandaria  a  Sua  S'*,  la  quai  ne  havea 
cavallari  freschi.  Mi  disse  :  Per  la  fede  raia.  domine  orator, 
quelle  cose  Francese  sono  raolto  et  mollo  refredate;  et  credatis 
raihi,  perche  io  so  quelle  cose,  et  so  quello  chio  dico  :  per 
questo  anno  voi  non  ne  havereti  allra  molestia,  venerano  bem 
forse  qualche  gente  in  Ast  de  lordine  vecchio,  ma  non  per 
far  effecto  de  momento,  et  ne  posseti  essere  securi  per  questo 
anno.  Li  risposi  che  venessero  pur  Francesi  a  suo  piacere,  per- 
che trovariano  riscontro  et  le  cose  in  altro  termine  che  non  li  e 
persuaso,  et  che  pocho  se  estima  queste  loro  minacie,  perche  il 
dominio  de  la  Ex^  V.  non  e  stato  de  prendere  cum  le  crida,  et 
che  trovariano  la  Ex^  V.  bem  proveduta  de  génie  darme  et  de 
denari,  cum  li  lochi  forlificati,  cum  lamore  efc  devotione  de  li 
populi  soi,  ali  quali  Francesi  sono  in  odio  piu  chel  diavolo,  et 
cum  tai  apogio  de  potentie  Italice  et  externe  che  poco  li  potevano 
nocere  Francesi,  li  quali,  per  tutti  li  respecti,  venendo  adesso, 
veneriano  cum  loro  desaventagio  a  piu  de  mille  per  centanaro 
dal  solito,  bemche,  anche  per  et  passato,  havesseno  havuto  poco 
honore  de  la  impresa  loro.  Sua  S^»  ^  inteso  questo,  mi  domando 
che  gente  darme  haveva  la  Ex*  V.  Li  rispose  che  havea  1 700 
homini  darme  et  ^200  cavalli  legieri,  la  piu  belia  compagnia 
che  fusse  gia  grande  tempo  in  Itaha;  li  quaU  tutti,  a  quella 
hora,  dovevano  havere  havuto  la  imprestanza.  Sua  S'^ ,  paren- 
doli  el  numéro  grande,  me  domando  de  h  capi,  et  jo  ne  fece 
quello  discorso  mi  occorse,  perche  intendese  essere  cosi  el  vero, 
signifîcandoli  la  fameglia  nova  de  casa  de  h  200  homini  darme 
novamente  facta  da  la  Ex"  V.  Poi  Sua  S*^  mi  domando  se  la  Ex^ 
V.  haveva  denari  assai.  Li  rispose  che,  poi  la  parti  ta  de  Fran- 
zesi  de  Italia,  quella  haveva  posto  insieme  uno  milione  doro  : 
la  quai  parola  udita.  Sua  S'^  si  voltre  a  Corgia  et  al  cardinale 
Cesarino,  che  li  erano  presenti,  cum  admiralione,  dicendo  : 
Quesla  e  una  grande  cosa  !  Io  subiunse  :  Non  so  mo  che  dinari 
havesse  in  riservo  Sua  Ex''  in  ante,  per  lassar  Sua  S**  cum  piu 
admiralione;  la  quale  disse  poi  bem  qui  non  ce  e  salvo  uno  péri- 


332  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

culo,  perche  questi  vostri  soldai! .  como  se  afronlano  cum  Fran- 
cesi,  non  stano  aie  bote.  Li  respose  che  se  ne  era  vedulo  expe- 
rientia  al  contrario  in  li  tempi  passai!  et  maxime  in  questanova 
guerra  di  Novara,  dove  le  gente  de  la  Ex^  V.,  a  manclio  numéro, 
sempre  haveano  facto  stare  Francesi  cum  la  briglia  in  mano,  et 
lo  fine  di  quella  guerra  sequito  cum  vituperio  de  Francesi  le 
dimonslrava,  narrandoli  como  sono  stati  tractati  piu  volte  Fran- 
cesi a  casa  nostra.  Dove  che  Sua  S*^,  cum  diligentia,  mi 
domandoe  del  sito  de  .\lexandria,  de  Novara  et  de  quelli  lochi, 
et  che  forteze  haveano  li  loci  de  quelle  confine,  de  la  dispositions 
de  li  homini  verso  la  Ex-  V.  Al  tutto  respose  opportunamenle, 
exponendoli  le  forteze  facte  poi  la  partita  de  Francesi  in  questi 
loch!,  et,  in  grande  discorso  de  parlare  cum  piu  rasone,  li  fece 
intendere  el  poco  fundamento  che  possono  fare  Francesi  in 
quello  stato,  facendoli  intendere  el  bono  modo  del  governo  de  la 
Ex"  V.  cum  li  subditi  soi,  el  la  facilita  de  le  audientie,  et  la  sin- 
cerita  sua  ne  le  cose  de  justitia,  la  celerita  de  le  expeditione,  el 
quelle  parte  me  parse  per  mio  debito  dovere  laudare  in  la  Ex-^  V.; 
concludendoli  che,  se  mai  fu  principe  amato  in  quello  stato,  la 
Ex"  V.  e  quella  al  présente,  in  modo  chio  lassai  con  poco  bono 
stomacho.  Et  Sua  S^*,  ultimamente,  mi  disse  che  non  mi  voleva 
piu  tenere  in  parole  et  che  delà  abbatia  de  S*°  Simpliciano  par- 
laria  cum  el  Sign"  Vice  cancelliero.  Del  quai  rasonamento  mi  e 
parso  dare  aviso  a  la  Ex"  V.,  bemche  questa  sia  una  longa  fa  vola 
da  légère  dopo  pransso.  A  la  Ex"  V.  humelmente  mi  racomando. 
Rome,  die  2i  maij  -1499. 

Exf^s  D.  V.  Servulus,  Cxsar  Guaschus. 

Postcripta.  111™°  et  Ex°'°  Sig"  mio.  In  queslo  rasonamento, 
Sua  S'*  mi  domando  se  jo  intendeva  cosa  alcuna  del  Turcho.  Li 
disse  che  se  intendeva  como  el  Turcho,  ultra  lo  apparato  grande 
del  exercito  maritimo,  mandava  ^5  m.  persone  per  terra  verso 
Stutri,  da  unde  se  poteria  vollare  a  diverse  imprese;  de  laquai 
nova  Sua  S'*  se  ne  resenti  mollo  etdimonstro  dubitare  assai.  lo 
li  disse  :  Pater  sancte,  quesla  e  una  mala  materia  per  piu  res- 
pect! faci  el  Turcho  che  impresa  si  vogli  in  Ghristianila,  et,  se 
mai  fu  periculoso  uno  tal  movimento,  adesso  e  periculosissimo, 
per  essere  le  cose  de  Ghristianila  in  cosi  pocha  inteligentia  et  in 


PIÈCES  ANNEXES.  333 

lai  disordiiie  che,  inanle  se  accordino  li  potentat!  Christiani  cosi 
in  Italia  como  fora  de  Ilalia,  nel  modo  de  la  defensione,  sel 
Turcho  ha  mal  animo,  se  trovara  havere  facto  tal  progresse  che 
guai  a  uoi.  Tocha  pur  la  sorte  dove  si  voglia,  e  pero  a  la  S*^  V., 
como  a  capo  de  Cristiani,  et  al  Sacro  Gollegio  aparteue  advertire 
a  questo  caso,  et  non  lassare  transcorrere  le  cose  a  luoco  che 
tutti  ne  siamo  mal  contenti  et  che,  a  giorni  soi,  V.  S**  vede  una 
tal  ruina  come  poteria  sequire;  ognuno  sin  qui  dorme,  ma 
poteriamo  essere  sue  gliati .  Sua  S'» ,  quasi  suspirando  e  pen- 
sando  al  caso,  rispose  che  jo  diceva  la  niera  verita,  et  molto  li 
pensana.  De  provisione  verbum  nullum.  Et  cosi  credo  che  poco 
li  pensara  che  non  fa  altro.  E  dicendo  Borgia  che,  el  giorno  in 
ante,  era  stato  cum  io  oratore  veneto,  el  quai  non  faceva  le  cose 
cosi  periculose,  et  diceva  che  le  cose  del  Turcho  non  erano  di 
lanto  momento  quanto,  per  qualche  potentato  Italico,  se  ne 
spargeva  fama,  per  valersi  a  soi  propositi  de  la  opinione  che 
Venetiani  fussero  impauriti  de  le  cose  del  Turcho  :  li  rispose 
che  li  movimenti  del  Turcho  non  potevano  essere  grati  a  poten- 
tato alchuno  christiano  in  Italia  ne  fora  de  Italia,  perche,  quando 
questa  impresa  premesse  Venetiani,  volendo  ognuno  fare  sue 
debito  per  obviare  al  comune  periculo  de  christianita,  tutti  li 
potentati  erano  per  sentirne  caricho  e  graveza  non  picola,  et  che, 
jo,  era  del  contrario  parère  del  oratore  veneto,  perche  in  questa 
materia,  ne  la  quai  si  tracta  del  periculo  universale  de  chris- 
tiani, bemche  tochase  principalmente  a  loro,  jo  non  teneria  el 
maie  occulto  sotto  le  peze,  anci,  per  fare  resentire  ognuno, 
demonstraria  el  periculo  magiore,  perche  se  accélérasse  H  remedij. 
N.  Signore  rispose  che  jo  diceva  el  vero  et  che  lo  oratore  veneto 
mai  havia  voluto  confessare  chel  suo  ambassadore  fusse  stato 
hcentiato  dal  Turcho,  dicendo  che  era  piu  acarezato  che  mai, 
et  nondimeno  Sua  S'^  havia  notitia  chel  Turcho  lo  haveva  licen- 
tiato  vituperosamente,  et  cum  comandamento  che  non  alogiasse 
piu  de  una  nocte  in  uno  loco.  Iterum  a  la  Ex-^  Y.  humelmente 
mi  racomando.  Datum  ut  in  litteris. 

Ex""^  D.  V.  servulus,  Caesar  Guascus. 
(Au  dos  :j  111™°  principi  et  Exc™°  domino  meo  unico,  domino 
Ludovico  More  Sfortie  Anglo,  Duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ras.  ital.  1592,  fol.  258.) 


334  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

VII. 

AscA.xio  Sforza  a  Ludovic  le  More. 

Rome,  3^  mai  -1499'. 
jljme  Princeps  el  Exe'""  Domine  frater  et  pater  honoratis- 
sime,  N.  S. .  trovandosi  in  rasonamento  col  R""  Cardinale  de 
Sena  et  me  de  le  cose  de!  Turclio,  usô  alchuni  termini  de  parole, 
per  li  quali  volse  inferire  che  li  movimenli  depso  Turcho  pote- 
riano  essere  causati  da  la  R''  M^  et  da  la  Ex''  V^,  et  intendendo 
poi  chel  oratore  veneto  havea  liavuto  ad  dire  al  oratore  R",  par- 
landosi  de  li  preparatorij  depso  Turco,  che  ce  erano  de  mali 
christiani,  sono  venuto  in  dubitatione  che  N.  S.  non  habia  cer- 
chato  de  persuadere  al  oratore  veneto  che  questi  movimenti  se 
faciano  dal  Turcho  cum  saputa  et  intell igentia  de  la  R-"*  M'^  et 
V.  Exe,  la  quale  mi  è  parso  advertire  de  questo.  Et  alei  me 
recomando.  Rome,  ultimo  maij  4499. 

Frater,  filius  et  servitor,  Asc.  31^,  cardinalis 
Sfortia,  vicecoraes,  S.  R.  E.  vicecancel- 
larius. 

(Au  dos  :J  lU'^o  principi  et  Exc™°  domino  fratri  etpatri  hono- 
rato,  domino  Duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ras.  ital.  1592,  fol.  263.) 

VIII. 

Ce'sar  Gijascus,  ambassadeur  de  Milan,  a  Ludovic  le  More. 

Rome,  3  juin  -1499. 
II 1""  et  Exc^o  Sigs  mio.  Non  obstante  quello  havera  inteso  la 

1.  Le  25  mai,  Ascanio  Sforza  rendait  compte  à  Ludovic  qu'il 
avait  fait,  ce  jour-là  même,  auprès  du  pape  les  plus  vives  ins- 
tances pour  l'affaire  de  l'abbaye  de  S.  Simpliciano,  mais  sans  suc- 
cès. Le  pape  dit  toujours  qu'il  a  donné  l'abbaye  au  cardinal  Bor- 
gia  et  le  cardinal  répond  a  che  prima  era  per  morire  che  le 
resignasse.  »  (Orig.,id.,  fol.  262.) 


PIECES  ANNEXES.  335 

Exc^  V.  proximamente  per  littere  dei  R""  et  111""°  sig.  vicecan- 
celliero  circa  la  materia  de  lo  accordo  tra  le  Alteze  Régie  de  His- 
pania  et  N.  Signore,  novamente  ho  ritracto  dal  R°*°  cardinale 
Alexandrino  che  dicto  accordo  non  e  ancora  sequito,  bemche 
Sua  R™^  Sa  ha  opinione  che  sequira  ;  et  questo  e  perche  N.  S" 
non  responde  absolutamente  a  le  Alteze  régie  circa  el  mandare 
via  li  Fioli  et  le  altre  cose  ricierchate  ad  Sua  S'*^,  quello  che  la 
Exe*  y.  havera  veduto  per  lo  exeraplo  de  le  littere  mandate  al 
Ser™°  Re  Federico  per  lo  oratore  suo  sopra  el  parlare  del  R™" 
cardinale  de  Gapua.  Ma  risponde  Sua  S'*  che  ringratia  le  Régie 
Alteze  de  11  boni  ricordi,  et  che  queste  cose  fara,  ma  quando  a 
Sua  S**  piacera,  la  quai  non  se  astringe  ad  prefînitione  alcuna 
di  tempo;  et  che  de  le  symonie,  risponde  non  essere  vero  et, 
quando  tal  cosa  se  faci,  non  e  de  sua  mente  ne  de  sua  conscien- 
tia  \  Bt  che  Sua  S'*  vole,  ante  omnia,  la  possessione  de  la  eccle- 
sia  de  Yalentia  per  Borgia  et  de  Goyra  per  Gapua  ;  ma,  che  del 
concédera  lo  indulto  ricierchato  a  lo  archiepiscopo  di  Toleto  per 
poter  disponere  de  li  benefîcii.  et  de  fare  uno  cardinale  ad  ins- 
tantia  de  quelle  Régie  M^'i,  Sua  S'^  non  faria  difficulta.  Bem  fa 
difficulta  de  concedere  lo  arbitrio  ricierchato  de  reformare  tutti 
li  monasterij  de  Hispania,  al  che  dice  el  prefato  cardinale  che 
Sua  S'*  se  rendara  molto  difficile  ;  perche  la  reformatione  de  li 
monasteri,  corrigendo  la  vita  de  li  tristi,  e  bem  cosa  laudabile, 
ma  el  reformare  le  intrate  loro  et  li  béni,  corao  vorriano  le  Alteze 
Régie  che  fusse  concesso  arbitrio  a  tre  vescovi,  e  cosa  perni- 
liosa,  ne  la  quale  quelle  Alteze  mirano  solo  a  guadagno,  como 
hano  facto  de  la  extinctione  del  raagistrato  de  8*°  Jacobo  et  deli 
altri  de  grande  intrata,  li  quali  hano  aplicati  a  la  Corona,  et 
como  se  dice  che  fano  deli  vescovati  grossi,  li  quali  quelle  Alteze 
dano  a  fratri  et  persone  ville,  che  se  contentano  de  poca  cosa, 
et  loro  goldeno  el  resto.  In  summa,  accenna  Sua  S^  R°>^  che  le 
Alteze  Régie  fano  mercantia  de  questi  movimenti  et  che,  al  fine, 
queste  loro  domande  se  resolverano  per  la  satisfactione  de  le 
loro  particularita,  a  le  quale  pare  che  mirano  in  effecto  et  non 
a  la  emendatione  de  la  Sua  S'*  :  subiungendo  che  questa  mate- 
ria e  mosta  in  grande  parte  per  el  sdegne  conceputo  da  le  Régie 
W^  per  el  caso  de  Valentia  et  che  el  Re  de  Franza,  el  quai  è 
stato  causa  de  questo  maie,  se  adoperara  anche  per  darli  reme- 


336  CHRONIQUES  DE  LOUIS  Xll. 

dio,  perche  Valenlia  e  marilato  et  non  puo  piu  reasumere  el 
capello,  et  che  gia  piu  di  sono  in  Hyspania  ambassatori  de 
Franza,  li  quali,  tra  le  altrecose,  lianoprincipalmenlecommis- 
sione  de  mitigare  li  animi  de  quelli  reali  cum  N.  S"  et  exlinguere 
el  sdegno  conceplo  per  dicLo  caso  de  Valenlia. 

Ho  ritracto  ancora  che  el  Rè  de  Franza  da  per  dotte  a  la  figliola 
de  Libret,  raogliere  de  Valentia,  franchi  60  m.  et  non  piu,  et 
30  M.  lire  da  el  pâtre;  et  che  N.  S'=  e  obligato  comprare  stato  a 
Valentia  in  Franzia  per  1 00  m.  ducati  et,  de  présente,  lire  manda 
25  M.  et  che  el  Re  de  Franza  ha  suplito  a  Valentia  la  intrata, 
quai  11  havia  donata  sino  alla  summa  de  scuti  \2  m.,  perche 
quelli  stati  che  havia  havuto  non  erano  de  intrata  a  quella 
summa.  Del  tutto  me  e  parso  dare  avisa  a  la  Exe''  V^,  havendo 
prima  participato  el  tutto  cum  el  R"""  et  111"'°  Signore  Vicecan- 
cellero,  come  anche  facio  omne  altra  cosa.  A  la  prefata  Exc^  V. 
humelmente  mi  racomando.  Rome,  3  junij  -1499, 

Exe""'  D.  V.  servulus,  Cœsar  Guaschus. 

(Au  dos  :)  Ill°>°  principi  et  Exc^o  domino  meo  unico  domino 
Ludovico  More  Sfortie  Anglo  Duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ms.  ital.  1592,  fol.  264.) 

IX. 

CÉSAR   GUASCUS,    AMBASSADEUR   DE   MlLA.\,    A   LddOVIC   LE   MoRE. 

Rome,  23  juin  U99. 
111""^  et  Exc"'^  S''^  mio.  Per  exequire  quanto  la  Exc^^  V.  mi  ha 
commisso,  per  le  sue  de  5,  circa  la  abhatia  de  S'"  Simpliciano, 
sono  stato  di  novo  cum  N.  S''^  et  li  ho  parlato  vivamente,  pré- 
sente el  R"'"  Rorgia  ' ,  secundo  el  tenore  de  le  littere  de  la  Exc"  V., 
ampliando  el  parlare  in  quella  scntenlia  et  non  prclermellendo 
cosa  alcuna  la  quai  judicasse  al  proposito.  Sua  S'*  parsse  incli- 

1.  Le  13  juin,  Ascanio  Sforza  avait  écrit  à  Ludovic  pour  lui 
faire  part  do  ses  nouvelles  et  vives  instances  dans  l'abbaye  de 
S.  Simpliciano.  Le  cardinal  Borgia  réclamait  9,000  ducats  pour 
l'abandonner. 


PIECES  ANNEXES.  337 

nare  a  volere  che  Borgia  acceptasse  qualche  natura  di  assetlo, 
parendoli  pur  che  la  Exc'  Y.  havesse,  dal  canto  suo,  grande 
justificatione  per  havere  prima  domandato  quesLa  abbatia,  ultra 
li  altri  respecti.  Niente  di  mancho,  perseverando  Borgia  in  dire 
che  non  voleva  accordo  alcuno,  et  che  mai  lassaria  questa  abba- 
tia, pregando  Sua  S'*  che  me  volesse  chiarire  una  volta  de  la 
mente  sua  ad  cioche  ogni  di  non  havesse  molestia  di  questo 
facto,  et  subiungendo  alcuno  parole  in  significare  a  N.  S""^  chel 
parlare  de  questa  materia  procedeva  da  mia  importunita  et  che 
le  littere  sopra  questo  caso  se  facevano  qui  in  Roma  :  Sua  S'*  si 
resciolse  in  dirmi  che  li  era  piu  caro  Borgia  che  septe  cardinal! 
da  Este,  et  che,  havendoli  una  volta  facta  gratia  di  questa  abba- 
tia, non  era  per  mutare  volonta  ne  per  astringerlo  a  cosa  alcuna 
contra  sua  voglia  ;  et  questa  me  disse  essere  la  sua  ultima  reso- 
lutione.  Per  il  che  replicai  moite  parole  in  persuadere  cosi  a 
Sua  S'*,  como  al  R'"°  Borgia,  che  dovessero  compiacere  a  la 
Exc^  V.  de  questa  abbatia,  per  che  ne  fariano  guadagno  a  mille 
per  cento;  et,  vedendo  la  dureza  loro,  li  subiunse,  voltandomi 
verso  Borgia,  che,  per  chiarirlo  ancora,  jo  li  faceva  intendere 
che  tanto  era  per  havere  mai  la  possessione  di  questa  abbatia 
cum  queste  modi  quanto  era  per  haver  la  possessione  del  cas- 
tello  de  Porta  Zobia  de  Milano.  Et  li  mostrai  et  legei  la  littera 
de  la  Exc*  V.,  perche  megUo  intendessero  che  quello  che  jo  par- 
lava  procedesse  da  sua  intentione.  Et,  usando  Borgia  qualche 
parolle.  piu  presto  conveniente  a  la  seta  che  a  la  prudentia  che 
ricerchava  el  loco  suo,  per  farmi  intendere  che  procederia  cum 
censure  per  havere  la  possessione,  li  risposi  che  Sua  S'*  R'"-' 
dimonstrava  nel  parlare  non  havere  notitia  de  la  Exc^  V.  ne  del 
stato  suo,  et  non  intendeva  chi  fusse  la  Exc^  V.  ne  che  cosa  si 
potesse,  perche,  se  conoscesse  bene  la  Exc^  Y.,  parlaria  cum 
piu  modestia-,  subiungendoli  che  se  poteria  acumulare  tante 
impertinentie  et  fare  tante  cose  che  uno  giorno  ne  sequiria 
qualche  cosa  che  non  piaceria  ad  ognuno  ;  et  cosi  mozai  el  par- 
lare mio  cum  S.  S'"-''.  Doppoi,  N.  S«  se  resenti  et  si  dolse  che  la 
Exc»  \.  havesse  opinione  che  Sua  S'*  chiamasse  Francesi  in 
Italia',  excusandosi   cum  moite  parole  et  detestando  questa 

i.  Une  lettre  du  22  juin   avisait   IauIovIc  que  le  pape  avait 
I  n 


338  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

Opéra,  como  non  convenienle  ad  uno  pontifice,  maxime  conlra 
la  Exc^"  V. ,  a  laquai  confessava  havere  molli  oblighi,  et  disse  che 
non  era  per  manchare  del  debito  et  oflitio  suo,  se  bem  Yalentia 
fusse  in  Franza  et,  como  Franeese  ormai  et  dedicatoali  servitij 
del  Re,  fusse  constreto  servirlo  cum  la  persona  sua.  Per  il  che, 
jo  H  risposi,  cum  moite  parole,  in  elTecto,  che  era  il  vero  che 
una  tal  opéra  saria  aliéna  da  loffitio  suo  et  da  la  observantia 
quai  sempre  ha  havuto  la  Exc^  V.  a  Sua  S'*,  et  che  la  rasone 
non  voleva  gia,  questo,  maxime  perche  Sua  S^^,  al  fine  de  una 
tal  impresa,  non  posseva  consequire,  se  non  travaglio  el  damno 
da  omne  canto,  ma  che,  essendo  sporto  da  ogni  parte  a  la  Exc^  V. 
questo  animo  di  Sua  S''*  et  vedendosi  reuscirne  efiecli  insoliti  cosi 
nel  caso  di  questa  abbatia  como  in  qualche  altra  cosa  in  la  quale 
S.  S**  dimonstrava  havere  mutato  animo  verso  la  Exe  V. ,  non 
era  cosa  inconyeniente  che  epsa  fusse  intrata  in  qualche  rasone- 
vole  suspecte,  como  anche  jo  credeva  che  faria  Sua  S'^  quando 
fusse  nel  suo  loco  :  nondimeno,  chio  faria  lestimonio  del  bono 
animo  de  Sua  S'*  et  de  la  excusa lione  sua  a  la  Exe»  V.,  laquai 
mi  persuadeva  che  del  tutto  faria  juditio  secundo  lopere  et  non 
prestaria  orechie  a  parole  daltri,  quando  cum  li  efîecti  Sua  S*»  cor- 
respondesse  al  bono  animo,  quale  dimonslra  in  parole.  Et  cosi 
lassai  Sua  S'^,  non  parendomi  che  fusse  ad  alcuno  bono  propo- 
sitolassarla  in  tutto  in  difidentia  de  la  Exc-^  V.  Pur,  de  la  abbatia, 
ne  per  bone  parole,  ne  per  aspere,  potei  cavare  altro  cons- 
tructo.  La  Exe-'  Y.  forsi  prendera  admiratione  de  questa  reso- 
lutione,  atteso  che  N.  S''%  li  di  passati,  ha  dato  qualche  accenno 
de  volere  assettare  questa  materia  :  ma  questa  varieta  la  Exc"  V. 
atribuira  a  la  natura  sua,  o  vero  a  la  importunita  de  Borgia,  o 
vero  a  la  conditione  de  li  tempi,  et  non  a  negligentia  o  colpa 
mia,  non  havendo  prelermisso  officio  ne  diligentia  ne  opéra 
alcuna  senza  rispecto  in  questo  caso,  del  quai  ho  piu  passione 
che  non  habbia  el  R"^"  Cardinale  da  Este  o  la  Exc^  V.  A  la  quai 

déclaré  que  les  Français  allaient  tout  à  fait  marcher  on  avant  et 
que  déjà  les  principaux  capitaines  étaient  à  Asti.  On  attendait  à 
Rome  l'évèque  de  Melphe  (Amalfi)  et  le  majordome  de  Valence  : 
«  Heri,  Sua  S'*  cavalco  ad  la  improvisa  per  Roma  et  fora,  multo 
allegra.  » 


PIÈCES  ANNEXES.  339 

el  lutlo  sia  per  aviso  el  a  quella  humelmentc  mi  racomando. 

Rome,  die  23  junij  <499. 

Exc'"'^  dominationis  vestre  servulus, 

Cœsar  Guaschus. 

(Au  dos  :)  111™°  principi  et  Exe"""  domino  meo  unico  domino 
Ludovico  More  [Sforcia]  Angle,  duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ms.  ital.  1592,  fol.  269.) 


X. 

CÉSAR  GUASCUS,    AMBASSADEUR   DE   MlLA?*,    A   LUDOVIC    LE    MoRE. 

Rome,  15  juillet  U99. 

lll"""  et  Exe™"  S*  mio.  Essendo  andato  a  palazo  per  comuni- 
care  a  N.  S.  li  boni  progressi  de  la  G-^  M''  per  la  nova  liavuta 
de  Coyra  per  ordine  del  R""  et  1'"°  Sig.  Vicecancellero,  et  ritro- 
vandomi  cum  el  R'"''  Capua,  inante  chio  fusse  introducto  da  N.  S. 
sua  R"*  S'^  introe  in  qualche  rasonamento  de  le  occurrentie 
présente  et,  circa  le  nove  del  Turcho,  mi  domandoe  se  era  pur 
vero  ehel  Turcho  havesse  facto  incursione  a  Zarra  et  ropto  guerra 
contra  Venetiani,  interogandomi  dequesto  cum  uno  certo  modo 
chio  comprese  el  sentimento  suo  essere  che  la  Exe»  V.  fusse 
causa  de  questa  roptura  et  movimenti  del  Turcho  contra  Vene- 
tiani. Si  corne  N.  S.  piuetpiu  volte  me  ha  accennato,  indiversi 
rasonamenti,  havcrne  suspecto  et  come  Sua  S'*  ne  ha  parlato  et 
parla  cum  altri  dandone  caricho  a  la  E.  V.,  per  il  che  aveden- 
domi,  jo  del  tracto  li  rispose  che  cosi  se  intendeva  pur  che  da  la 
E.  V.  non  se  ne  haveva  altre  nove.  Etli  subiunse:  Monsignore, 
jo  ve  voglio  parlare  liberamcnte,  come  a  mio  costume.  N.  S.  me 
ha  dato  parechie  puncte  de  queste  cose  del  Turcho  et  voie  pur 
che  si  creda  ch'  el  Duca  de  Milano  habij  provocato  el  Turcho  con- 
tra Venetiani.  Il  che  e  alienissimo  da  la  verita,  e  pero  Sua  S'*  fa 
maie  a  darli  questo  carico  et  spargere  questa  fama,  la  quai  e 
falsissima  :  dilche  S.  E.  ha  causa  non  picola  di  dolersi  di  Sua 
S^,  la  quai  in  questo  non  puo  dimonstrare  effecto  alcuno  di 
bon  ta,  ne  havere  mira  alcuna  che  sij  a  bon  proposito  in  le  cose 
de  S.  E',  affirmandoli  cum  ornne  efficatia  che  la  Exe.  V.  non  era 


3iO  CHKOMQUES  DE  LOUIS   XII. 

coiiscia  ne  causa  de  questa  loplura,  et  diseorrendo,  per  moite 
rasone,  clie.  si  corne  questo  non  era  vero,  cosi  anclie  non  dovea 
parère  verisimel  a  chi  havea  sentimenlo,  subiungendoli  che  mi 
credeva  che,  quando  la  E^  V.  fosse  ricierchata  per  obviare  a  li 
progressi  del  Turcho,  essendo  libéra  da  11  movimenti  de  Fran- 
cesi,  faria  offltio  de  bono  Christiano,  cosi  in  favorede  Veneliani 
como  daltri,  cum  quella  prompleza  dovesse  fare  alcuno  altro 
principe  christiano.  Al  che  Sua  R™*  S'^  mi  rispose  che  Venetiani 
erano  quelli  che  se  dolevano  et  davano  questo  carico  a  la  E^  V. 
ma  che  lui  credeva  che  S"  Fiorentini,  essendo  li  mesi  passali 
dcsperati  per  le  cose  di  Pisa,  fussero  quelli  che  havessero  incitato 
el  Turcho  a  damni  de  Venetiani.  lo  li  rispose  che  de  la  E.  V. 
sapeva  del  certo,  quelio  chio  diceva  et  che  anche  credeva,  che 
S'  Fiorentini  non  fossero  transcorsi  a  simili  effecti,  se  ben  h  fusse 
stata  data  grande  causa  di  mala  contenteza.  Sua  R™*  S'-"»  replico 
che  questa  nova  del  Turcho  poteria  forse  essere  causa  chel  Re 
de  Franza  veneria  in  persona  in  Italia  et  cum  magiore  sforzo 
che  non  havia  deliberato,  dove  che  vedendo  jo  la  mira  sua  per 
cavarlo  meglio  li  rispose  chel  Re  de  Franza  in  ogni  modo  havea 
deliberato  quelio  voleva  fare  circa  le  cose  de  Italia,  et  non  biso- 
gnava  tirarlo  cum  questa  via,  perche  h  era  pur  troppo  disposito 
e  cura  Turcho  o  senza  Turcho.  Sua  R™'^  S-^  mi  replico,  dicendo  : 
Non  direti  cosi,  perche  saria  una  grande  cosa  quando  venese  in 
Italia  cum  questo  favore  et  sotto  pretexto  de  obviare  a  li  movi- 
menti del  Turcho,  per  il  che  comprendendo  jo  che  questa  era 
farina  de  N.  Signore,  elqual,  o  per  se  medesimo,  o  per  instiga- 
tione  de  Venetiani,  cum  questo  colore  ha  designato  tirare  adosso 
a  la  Exc'^  V.  cum  magiore  impressione  el  Re  de  Franza,  dubitan- 
dosi  che  la  impresa  quai  ha  deliberato  fare  el  Re  non  li  succéda 
non  passando  la  persona  sua  e  non  havcndo  magiore  sforzo  di 
quella  se  rasona,  attente  le  galiarde  provisione  che  si  intende  che 
fa  la  Ex-'  V.  Li  rispose  :  Monsig'^  a  mancho  parole  intendaria  uno 
niuto  che  non  parlasse,  ma  sel  sara  cbi  voglia  sotto  pretexto  de 
queste  calumnie,  et  cum  questa  occasione  del  Turcho,  tirar  foco 
adosso  al  Duca  de  Milano  et  a  la  M^»  del  Sig.  Re,  debbe  anche 
advertire  a  fare  per  modo  che  luno  et  laltro  non  faciano  del 
desperato,  per  che  ancora  altri  se  saperiano  valere  de  questa  occa- 
sione oL  ohlfito  casu  frahere  ad  consilium,  per  che  l'ultima  cosa 


PIECES  ANNEXES.  341 

che  vorano  fare  luno  el  laltro  sara  perdere  slato,  subiungeii- 
doli:  Per  Dio  se  laudera  a  disordiiiare,  disordinaremo  iino  giorno 
lanlo  che  li  ne  sara  per  ogniuno,  el  cosi  mozai  el  parlare,  volendo 
luno  et  laltro  andarc  da  N.  Signore.  Al  quai  liavendo  io  commu- 
nicato  la  nova  de  Goyra,  présente  el  R'""  Capua  et  el  R™"  Borgia, 
Sua  S'*  subito  introe  in  queste  cose  del  Turcho,  et  disse  chel  di 
inante  lo  orator  Yenelo  li  liavia  signiPicato  li  progressi  del  Tur- 
cho, quasi  cum  le  lachrime  a  H  occhij,  bemche  sua  Mag^*  non 
havesse  lettere  publiée,  ma  che  uno  proltonotario  veneto,  che  sta 
qui  in  Corte,  homo  de  bona  case  et  zentilhomo  venetiano,  havia 
havuto  iitterc  molto  fresche  da  li  soi  de  queste  coss,  le  quai  erano 
conforme  a  li  avisi  mandat!  da  la  Ex''=*  V.,  bemche  jo  demons- 
trasse  non  haverne  aviso  alcuno,  et  disse  Sua  S'^^  che  stava  di 
mala  voglia  de  queste  nove  et  clie  Zarra  non  era  lontana  da 
Anchona  se  non  cento  milia,  et  chel  oratore  veneto  se  dole  et 
dubita  che  la  Ex^  Y.  sij  causa  de  questa  roplura,  dicendo  alcune 
parole  tra  h  denti,  per  le  quai  Sua  S'*  dimonslrava  credcre  el 
medesimo,  suhjungendoli  che  voleva  elegere  qualche  cardinali 
che  havessero  cura  de  queste  cose.  Jo  li  rispose  resentendome 
vivamente  :  Pater  sancte,  la  Sanctita  Vostra  piu  et  piu  volte  mi 
ha  tracto  certe  puncte,  et  vole  pur  che  si  creda  chel  Duca  de 
Milano  facij  venire  el  Turcho,  et  perdonami  quella  fa  maie  a 
darli  semel  carico,  perche  el  Ouca  de  Milano  e  Principe  Chris- 
tiano,  et  da  lui  non  procède  senou  bone  opère.  La  S**  V""*  sa 
chio  gia  piu  giorni  h  disse  che  offitio  suo  era,  corao  pastore 
universale  de  Christiani,  fare  qualche  bono  pensamento  sopra 
queste  cose  del  Turcho  per  provederli,  et  per  non  lassare 
transcorrere  le  cose  a  loco  che  ogniuno  havesse  causa  de  pen- 
tirse  de  haverle  cosi  poco  estimate,  maxime  perche,  essendo 
li  potentati  Christiani  in  quella  poca  intelligcntia  che  si  vede, 
omne  tentamento  che  facesse  el  Turcho  al  présente  li  poteria 
succedere  inante  che  per  Christiani  fusse  pur  consultato  el  modo 
de  resisterli,  non  che  facto  li  preparamenti,  et  posto  exercito 
insieme  per  obviarli,  ma  la  S'*  V.  non  li  ha  mai  posto  bocha. 
et  el  Duca  de  Milano  piu  et  piu  volte  ha  scripto,  maravigliandosi 
che  la  S'*  V.  non  prendesse  lo  assumpto  de  fare  qualche  provi- 
sione  a  questi  movimcnti,  et  sene  passasse  cosi  sobriamcnle  iu 
cosa  di  tanto  momenlo,  et  di  questo  se  poteria  fare  vedere  a  la 


342  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII. 

S'*  V.  piu  litière  de  Sua  Exc^:  ma,  poiche  la  S'»  V.,  a  chi  locha 
prlncipalmente  questa  cura,  et  Yenetiani,  li  quali  sono  piu  vicini 
al  foco,  non  ne  parlano  ne  mai  hano  richesto  Sua  Exe»  cosa 
alcuna,  epsa  ancora  lei  sene  passa,  essendo  el  stalo  suo  silualo 
In  loco  che  questo  foco  e  prima  da  Loccare  altri  che  Sua  Exc% 
poiche  li  altri  dimonstrano  non  curarsi  de  questi  movimenti, 
afirmando  a  Sua  S'* ,  cum  omne  efficalia,  che  la  Exe»  V.  non  era 
conscia  ne  auctore  de  questa  roplura  del  Turcho,  sino  a  dirli 
chio  dava  liberta  a  Sua  S'*  che,  se  mai  trovava  che  la  Exe»  V. 
fusse  stata  causa  de  li  movimenti  del  Turcho^  me  facesse  gitare 
da  una  fmestra  alla  quai  eramo  vicini,  et  pero  che  facevano  grande 
maie  quelli  che  davano  simel  caricho  a  la  Exc-^  V.,  subiungen- 
doli  chio  mi  maravigliava  de  Veneliani  che  havessero  questo 
suspecto,  del  qua  le  pero  se  potevano  bem  chiarire,  perche,  o  vero 
temevano  el  Turcho  per  la  sua  potentia  grande  estimando  che 
si  fosse  mosso  contra  loro  per  ampliare  la  fortuna  sua,  o  vero 
che  temeno  questi  movimenti,  dubitando  che  non  li  fosse  tirato 
adosso  da  altri,  et  pero  se  credevano  chel  Turcho  se  fosse  mosso 
per  propria  dispositione,  se  loro  non  li  possono  resistere,  soli 
debbeno  ricierchare  aiuto  da  li  altri  potentati  christiani,  et  tro- 
varano  che  la  Exe' V.,  quando  sij  asecurata  de  le  cose  francese, 
non  sara  mancho  prompta  a  la  conservatione  loro  che  sij  altro 
potentato  christiano,  et  se  anche  credcno  chel  Turcho  venghi 
ad  damni  loro,  conio  instigato  da  altri,  (|uesto  verisimelmente 
debbe  procedere  da  qualche  causa,  et  pero  quando  li  fosse  offitio 
loro  era  di  rimoverla,  et  trovariano  ogniuno  bem  disposlo  alla 
conservatione  loro  et  de  la  religionc  christiana,  ma  jo  non  mi 
persuadeva  chel  Turcho  fosse  instigato  ad  questi  movimenti  da 
christiano  alcuno,  et  che  Sua  S^^ ,  sotto  pretexto  de  questo  dubio, 
non  dovia  pretermettere  de  dare  forma  ad  provedere  ad  questo 
caso  et  invitare  la  Exc^  V.,  insieme  cum  li  altri,  alla  deffenssione 
delà  rcligione  christiana,  perche  vedaria queilo ii  saria risposto. 
Sua  S'*  mi  rispose  :  lo  non  sono  quelio  che  dia  questa  imputa- 
tione  al  duca  de  Milano,  sono  Veneliani  chel  dicono  :  ma  che 
voleti  chio  facia  ?  questa  e  una  grande  cosa,  lo  vedo  pur  le  cose  in 
mal  essere,  si  che  non  so  che  fare.  Li  rispose  subridendo  :  Adun- 
cha,  periamo  tutti  el  non  faciamo  provisione  alcuna  !  Et  reasu- 
mendo  el  parlare,  li  disse  :  La  S'»  V-'  e  di  tal  prudenlia  et  de  lai 


PIÈCES  ANNEXES.  343 

cetla  che  anche  a  questo  caso  doveria  sapere  trovare  quella 
provisione,  verisemelmeiiLe  se  li  debbia  acoriiodare,  Sua  S'*  mi 
rispose  e  che  Li  replicai  se  pur  che  la  S'*  Y.  lo  ricercha  da  me, 
glie  lo  diro,  offitio  suo  saria  vedendo  tutla  Alamania  in  arme, 
la  Franza  in  arme,  li  polentali  italici  in  suspeclo,  et  in  poca 
intelligentia,  instando  lanno  jubileo  cl  instando  uno  periculo 
eminenLe  a  tutla  Ghristianila  como  quello  clie  si  vede  per  li 
movimenti  del  Turcho,  unire  insieme  li  principi  chrisliani  el  fare 
deponere  le  arme  a  chi  le  prende  per  exequire  li  apelili  soi  immo- 
derali  et  fare  cessare  li  rispecti  privati  per  el  bene  publico  de  la 
religione  chrisliana,  perche,  se  li  dinari  e  le  forze  che  se  consu- 
merano  per  queste  cause  private  se  vollassero  al  beneficio  puijjico, 
se  poleria  facilmente  confundere  due  potentie  simile  a  quelle 
del  Turcho,  et  questo  e  il  modo  achi  cl  vole  inlendere.  El  R"'° 
Borgia,  quai  era  présente,  rispose  che  Venetiani  havevano  solo 
una  speranza  nel  Re  di  Franza  che  li  aiulasse,  et  N.  S'"''  subiunsse 
che  Venetiani  cerchavano  che  l'ai-mata  quai  si  faceva  in  Franza 
per  Rode  se  conjungesse  cum  la  loro  per  loro  aiuto,  subjungendo 
che  Venetiani  dubitavano  del  Friuoli  dove  mandavano  gente,  et 
che  era  necessario  chel  Re  di  Franza  venesse  per  succorrerli  in 
FriuoU,  et  per  le  cose  loro  da  quelle  bande  :  per  il  che,  compren- 
dendo  io  chel  parlare  de  Borgia  el  del  N.  S'^  bemche  non  saprisse, 
era  conferenle  cum  el  parlare  del  R™°  Gapua,  el  quai  liavia  par- 
lato  plu  chiaro,  et  che  costoro  designavano  chel  Re  de  Franza 
facesse  magiore  impressione  adosso  la  Exe»  V.  sotto  prclexlo 
de  queste  cose  del  Turcho,  li  rispose  cum  ironia,  demonstrando 
sentore  del  tracto  :  Adunque,  per  succorrerli  in  Friuoli,  el  Re  de 
Franza  venera  prima  a  Milano  et,  tolto  quelio  stato,  polera  poi 
facilmente  dar  succorso  a  Venetiani  in  Friuoli.  N.  S""*^  rispose  : 
Ghe  voleti  che  faciano  Venetiani  ?  Loro  dicono  che  voi  dali  dinari 
al  Turcho  per  farlo  venire  ad  damni  loro.  Li  rispose  :  lo  dico 
che  la  S'*^  V.  farebe  meglio  a  pensare  a  li  remedij  contra  el  Tur-. 
cho,  perche  el  Duca  de  Milano  el  anche  la  M''*  del  Re  non  ne 
sano  cosa  alcuna:  et  pero  la  S**  V.,  per  questo  dubio,  non  deb})e 
cessare  de  melterc  capo  a  fare  provisione  ad  questo  caso  lanto 
importante,  perche  trovara  che  non  saremo  Turchi  ne  Mori,  el 
se  debbe  ricordare  la  S^»  V.  che  la  bona  memoria  del  Re  Alphonso, 
bemche  havesse  laqua  sopra  el  capo  et  fusse  in  apertc  perdi- 


344  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII. 

tione  del  stato  suo,  non  volsse  pero  chiamare  Turchi  et  la  rasone 
non  vole  che  Venetiani  ne  altri  credano  chel  Duca  de  Milano 
facia  venire  el  Turclio,  perche  questa  saria  impresa  o  da  despe- 
rato  0  da  insano,  et,  per  gratia  de  Dio,  Sua  Exc^  non  e  a  questl 
termini,  perche,  cum  le  forze  proprie  et  cum  loaiuto  de  li  araici, 
spera  pur  poter  resistere  a  Francesi,  et  anche  e  tanto  prudente 
che  conosce  che,  quando  el  Turcho  facesse  grande  processo  con- 
tra Venetiani  o  vero  altrove  in  Italia,  la  Exc''  Sua  haveria  poca 
securta  del  stato  suo.  Etrespondendomi  Sua  S**  che  se  ne  vedeva 
pur  li  effecti  havendo  rotto  el  Turcho  contra  Venetiani,  Lirepli- 
cai  chio  non  trovava  questa  consequentia  neli  mei  libri  che 
havendo  rotto  el  Turcho  contra  Venetiani  la  Exc»  V.  adunquene 
fosse  stata  causa,  maxime  per  che  se  vedeva  el  Turcho  havere 
rotto  in  altri  tempi  in  manifesta  pace  contra  Venetiani  et  con- 
tra la  M'a  del  Re  Ferdinando.  Sua  S'*  risposi  queste  parole  :  0"^ 
orator,  voi  dicesti  pur  laltro  giorno  che  tutta  Christianità  hru- 
saria  [)rima  chel  Duca  de  Milano  per  desseuno  merlo.  il  che  non 
poteva  essere  senon  per  via  del  Turcho.  Per  il  che  jo  li  replicai 
che,  se  hem  se  ricordava  Sua  S'»,  jo  haveva  dicto  et  diceva  di 
novo  che  se  vedaria  tutta  Christianità  in  arme  et  in  confusione 
prima  che  la  Exc»  V.  perdesse  uno  merlo  de  quello  stato  :  per  il 
che  Sua  S'*  mi  rispose  :  Non  vecurate  perche  el  Duca  de  Milano 
ha  dicto  pegio  a  lo  oratore  veneto,  dicendoli  che  li  faria  venire 
adosso  el  diavolo  del  inferno,  et  tante  altre  parole  che  dano  pur 
suspecto.  Jo  li  rispose  che  havemo  ad  fare  noi  cum  Venetiani  et 
che  guerra  ha  el  Duca  de  Milano  cum  loro,  perche  li  habbia  facto 
venire  el  Turcho  adosso,  se  hem  la  Exc*  Sua  ha  aiutato  Fioren- 
lini  in  le  cose  de  Pisa  per  fare  tornare  ad  segno  solito  le  cose 
de  Italia  per  securta  del  stato  suo  et  per  conservatione  de  la 
libcrta  de  tutta  Italia,  per  questo  non  li  ha  tolto  niente  del  suo 
ne  li  ha  posto  campo  a  terre  ne  a  castelle  loro,  subiungendo  : 
Questo  e  pur  uno  grande  facto  che  alcuni  vogliano  essere  uditi  et 
risguardati  aie  offensione  dallri,  et  el  Duca  de  Milano  sij  calum- 
nialo  per  la  defensione,  essendo  sempre  Sua  Exc''  refugiiim 
miserorum  in  aiutare  li  oppressi  in  omne  turbatione  de  Italia, 
questo  e  pur  uno  caso  che  non  vuole  essere  inteso  da  chi  el  dove- 
riainlendereetfavorire.  Etpoili  disse:  ScmaravigliarialaS'*  V. 
che  senza  Turchi  bastasse  lanimo  al  Duca  de  Milano  metterc 


PIECES  ANNEXES.  345 

la  Christianità  in  arme  in  una  causa  tanto  justa  quanto  e  la  sua. 
per  la  quai  se  offerto  piu  volte  alla  S^»  V.  de  stare  a  rasone,  et 
li  bastasse  lanimo  de  dare  da  gratare  al  Re  de  Franza  a  casa  sua 
cura  200  M.  0  300  M.  ducati  chel  spendesse,  et  pero  non  si 
maraviglia  la  S**  Y.  dele  parole  de  Sua  Exc^"  ne  dele  mie  !  Et 
replicandomi  Sua  S'*  che  non  credeva  che  la  Exc^  V.  potesse 
fare  questo  incomentiando  ad  discorrere  eh'  el  Re  de  Franza 
haveva  pace  cum  li  ser™'  Reali  de  Spagnia  et  cura  altri,  jo  stu- 
diosamente  li  interrope  el  parlare  et  disse  chio  non  voleva 
inlrare  in  questi  particulari,  ma  che  sapesse  Sua  S'»  che  una  tal 
accessione  quanto  saria  quella  del  stato  de  Milano  a  la  alleza 
del  Re  de  Franza  meritamenle  dovea  essere  suspecta  et  formi- 
dabile  cosi  al  Re  de  Spagnia  como  a  li  altri  potentati,  perche  ne 
poteria  succedere  tal  consequentia  che  cosi  el  Re  de  Spagnia 
como  altri  potentati  restariano  o  a  sua  descretione  o  ad  grande 
desaventagio,  e  pero  fusse  certa  Sua  S'*  che  la  ruina  del  Duca  de 
Milano  non  saria  grata  ad  ogniuno  ne  anche  tolerata,  ne  dovea 
essere  grata  a  Sua  S'  ,  la  quai,  volendo  voltare  el  bono  libro,  dovea 
bem  pensare  che,  quandotal  inconvenienteaccadesse,  restaria  lei 
et  lassaria  soi  successori  capelani  de  Francesi.  Per  il  che  Sua 
S**,  lassando  de  respondere  ad  questo  parlare,  si  volto  ad  dire 
che  da  pochi  giorni  in  qua  eramo  piu  galiardi  et  haveamo  migliore 
animo,  joli  domandai  perche^  et,  vedendo  che  Sua  S*»  mastichava 
la  risposta  fra  denti,  li  rispose  subridendo  :  Pater  sancte,  jo  ve 
intendo  voleti  dire  che  siamo  piu  galiardi  per  remotionem  obiec- 
torum,  perche  se  qualchaduno  havea  voglia  di  farci  maie  ha  altro 
che  pensare  :  et  dicendo  Sua  S'*:  Jo  conosco  bene  che  vi  senteti  il 
caldo  apresso,  accenando  a  le  cose  del  Turcho,  li  rispose  se  li 
era  chi  pensasse  maie  contra  noi,  non  e  dubio  che  questo  caldo 
ce  serve,  ma,  volendo  ognuno  stare  al  suo  de  cpieste  cose  Tur- 
chesche,  nui  siamo  tutti  fredi  et  malcontenti,  ne  ce  piace  li  damni 
dallri  et  questo  rispose  studiosamente  perche  Sua  S^^ ,  li  giorni 
passati ,  parlando  de  Yenetiani  in  presentia  de  li  r"'  cardinali 
Colonna,  Borgia  et  Capua,  mi  disse  che  Yenetiani  del  stato  de  la 
Exe*  V.  haveano  facto  secundo  el  dicto  Et  super  vestem  meam 
miserunt  sorfem,  bemche  jo  alhora  non  volesse  reuscire  a  suo 
modo  contra  Yenetiani  como  comprendeva  che  desiderava  Sua 
S^a.  Poi  mi  domando  Sua  S'*  se  la  Exc"  Y.  teneva  per  certa  che 


346  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

Franzesi  facessero  la  impresa  contra  lei  de  présente,  et  se  la 
Exc'  \.  faceva  le  provisione  de  présente,  maxime  de  fantaria. 
Li  rispose  che  la  Exc«  V.  teneva  per  ferma  la  impresa  de  pré- 
sente e  faceva  provisione  e  de  fanti  e  daltre  cose,  per  modo  che 
ogniuno  saria  bem  chiaro  che  non  li  manchava  ne  animo  ne 
forzaper  resistere  a  Franzesi  et  chel  stato  di  Milano,  governato 
da  tal  signore,  non  si  pigliaria  in  tre  mesi  como  altrui  se  voci- 
féra. Et  nel  partire  li  disse  che  volunlere  havea  chiarito  Sua 
S^a  de  questo  suspecto  del  Turcho,  ad  effecto  che  Sua  S'^  et  ogni 
altro  fusse  fora  de  errore  et  adcio  che,  sotto  pretexto  de  questo 
dubio,  non  si  lassasse  de  hene  operare  ne  Sua  S^'^  obmetesse  de 
provedere  a  questo  caso  de  quella  magiore  importanza  che  dire 
se  possa.  Il  che  replicai  studiosamente,  per  essere  piu  chiaro  del 
animo  suo  :  ma,  como  per  questo  discorso  puo  comprendere  la 
Exc*  V.,  mai  li  puote  cavare  de  hocha  conclusione  o  senlimento 
alcuno  per  el  quai  Sua  S'*  dimonslrasse  havere  a  core  la  provi- 
sione necessaria  a  questi  movimenti.  Anci  la  summa  de  tuttoel 
suo  parlare,  per  quanto  si  puo  comprendere,  dimonstra  havere 
cara  questa  occasione  de  Turchi  et  volersene  servire  del  carico 
quale  dato  alla  Exc-»  V.  per  tirar  li  magiore  foco  adosso,  et  conci- 
tarli  contra  piu  inimici,  et  al  opposito  dare  magiore  favore  al 
Re  de  Franza  in  questa  impresa,  cosi  apresso  li  soi  popuh  como 
apresso  altre  natione.  La  quai  arte  poteria  essere  stata  investi- 
gala  cosi  da  Yenetiani  como  da  Sua  S'*.  Et  pero  de  questo  raso- 
namento  prolixamento  et  fastidioso  ho  voluto  dare  punctuale 
notitia  alla  Exc^  V.,  per  advertirla  de  questi  andamenti  et  adcio 
che  parendoli  bem  facto  como  forsi  saria  prevenire  questa 
malignita  et  scrivere  a  quelli  potentati  Christian!  a  li  quali  judi- 
casse  expediente  in  suo  discariro,  lo  possa  fare  senza  piu  inter- 
missione  di  tempo,  per  non  lassare  sortire  effecto  questi  perni- 
tiosi  disegni. 

Sua  S'a  nel  discorso  del  parlare  disse  che  la  Sig"»  non  scriveva 
gia  di  questo  suspecto,  ma  che  lo  oratore  suo  sene  doleva  et  che 
publicamenlc  sene  diceva.  La  M"  Rcgia  lia  scripto  qui  una  bona 
littera  ali  oratori  soi,  ordinandoli  che  se  legesse  in  consistorio, 
ma  che  non  sene  lassasse  copia,  per  la  quai  se  dole  che  li  si] 
dato  carico  de  questc  cose  del  Turcho,  et  che  N.  Signore  habbi 
lai  opinione  de  Sua  M'»,  et  discorre  moite  rasone  per  le  quai 


PIÈCES  ANNEXES.  347 

ogniuno  debbe  essere  cerlo  che  Sua  M^^^  e  aliéna  de  Lai  proposito, 
et  demum  se  ofTerisse  ad  obviare  a  11  movlmenli  del  Turcho, 
cum  lutte  le  forze  sue,  per  quaiito  potera,  cum  salveza  del  stato 
suo  in  li  presenti  suspecli.  11  tutto  sij  per  aviso  de  la  Exe  V., 
alla  quai  humelmente  mi  racomando.  Rome,  die  15  julij  -1499. 

Ex""®  Dominalionis  vesLre  servulus, 
Cœsar  Guaschus. 

(Au  dos  :)  111""'  principi  et  Exc"'°  domino  meo  unico  domino 
Ludovico  31ore  Sforcia  Anglo,  Duci  Mediolani,  etc. 
(Orig.,  ms.  ital.  1592,  fol.  271.) 

XI. 

Rapport  d'un  ewoyk  de  Louis  XII  près  des  Ligues  suisses. 

Lucerne,  22  juin  -1499. 

Monseigneur,  hier,  au  matin,  se  sont  trouvez  les  ambaxa- 
deurs  de  toutes  les  ligues,  lesquelz  m'ont  donné  audiance,  et 
leur  ay  dit  la  charge  que  avoye  du  Roy  ;  ovec  ce,  leur  ay  dit  le 
contenu  des  lettres  que  ledit  seigneur  m'a  escriptes,  commant 
il  est  délibéré  de  commancer  la  guerre  a  Millan  contre  le  s"  Ludo- 
vic et  qu'il  vouldroit  bien  qu'ilz  envoyassent  de  quatre  a  cinq 
mil  hommes  es  terres  dudit  Millan  pour  y  faire  ladite  guerre  en 
son  nom,  et  qu'il  les  voulloit  payer.  Sur  quoy,  ilz  ne  m'ont 
point  fait  de  responce,  mais  m'ont  remys  du  jour[dit]  en  huit 
jours,  en  ceste  ville  de  Lucerne,  et  la  me  doivent  rendre  res- 
ponce, icelle  que  inconlinant  et  a  dilligence  la  vous  feray  savoir. 

Monseigneur,  j'ay  receu  unes  lettres  que  le  Roy  escript  a 
toutes  les  ligues,  faisans  mencion  de  l'artillerie  et  des  vingt 
mil  florins  qu'ilz  demandent  pour  le  premier  quartier.  Je  leur 
ay  baillé  lesdites  lettres  avant  qu'ilz  soyent  partiz  d'icy,  affîn 
d'en  avoir  responce  a  la  prochaine  journée. 

Monseigneur,  au  jour  que  les  ligues  m'avoyent  assigné  audit 
Lucerne,  c'est  trouvé  ung  homme  de  par  le  seigneur  Ludovic, 
avec  lettres  de  créance;  et  a  parlé  aux  ligues,  et  leur  a  dit  com- 
mant, par  plusieurs  foiz,  ledit  s"*  Ludovic  cestoit  efforcé  et 
ofl'ert  de  Iraicter  paix  entre  le  Roy  des  Rommains  et  eux,  et 
que estoit  délibéré  se  y  employer  et  tellement  qu'il  avoil 


348  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

eu  conscentement  du  Roy  des  Rommains  de  traicter  icelle  paix, 
laquelle  il  voulloil  traicter  pour  l'amour  des  ligues,  en  se  excu- 
sant très  fort  envers  lesdites  ligues  certaines leist  aide  et 

confort  audit  Roy  des  Rommains;  et,  sur  ce,  a  depesché  ung 
arcevesque  qui  s'en  vient  icy  par  devers  lesdites  ligues  pour 
parler  et  traicter  de paix;  et,  a  ce  j'entends,  ledit  s''  Ludo- 
vic c'efforcera  de  fere  ladite  paix  et espargnera  argent  ne 

autre  chose  qu'il  puisse  fmer.  Il  se  conduict  de  ses  affaires  de 

par  deçà  de  deux  ou  trois  maulvais  garsons  qui  sont  de 

ne  qui  secrètement  lui  conduisent  tout  son  cas. 

Mons ,  si  le  Roy  eust  eu  quelques  nouvelles  des  arabaxa- 

deurs  qu'il  a  envoyez  devers  le  Roy  des  Rommains,  il  seroit 
très  bon  en  advertir  les  ligues,  car  ilz  desireroient  fort  que,  si 
paix  se  y  doit  trouver,  qu'elle  se  trouvast  par  le  moyen  dudit  sire. 

Mons"",  a  ce  matin  sons  venues  nouvelles  du  quartier  de  la 
ligue  grise,  ou  est  assemblée  l'armée  des  ligues,  commant  le 
Roy  des  Rommains  c'est  retiré  en  ses  paysdelacontédeThiroI 
et  a  une  très  grant  armée  sur  la  frontière  de  la  ligue  grise, 
mais  elle  est  a  huit  ou  neuf  lieues  de  celle  des  ligues;  et  est 
venu  le  s""  Ludovic  en  une  vallée,  sur  les  frontières,  qui  s'ap- 
pelle Feltelin  %  et  la  ce  son[t]  trouvez  le  Roy  des  Rommains  et 
lui,  et  ont  parlé  ensemble  ^.  11  semble,  a  veoir  les  façons  du 
Roy  des  Rommains,  que  par  le  moyen  dudit  s""  Ludovic  il 
vueille  bien  avoir  paix. 

Mons',  l'ambaxadeur  du  quenton  d'Ure  m'a  prié  que  jead[ve]r- 
tisse  le  Roy  que  le  plus  tost  que  faire  ce  pourra  il  commancela 

1.  VaUeline. 

2.  Le  roi  des  Romains  alla  en  effet  dans  la  VaUeline  au  com- 
mencement de  juin  et  Ludovic  à  Tirano. 

Une  ambassade  au  roi  des  Romains  était  partie  en  même  temps 
que  l'ambassade  pour  la  Suisse,  vers  le  20  mai  (Marine  Sanuto, 
II,  792).  Cette  ambassade  avait  pour  mission  d'interposer  ses 
offices  pour  négocier  la  paix  entre  le  roi  et  les  Suisses  (id.,  910). 
Le  roi  n'en  reçut  de  nouvelles  que  vers  le  15  juillet.  L'ambassade 
avait  été  bien  accueillie,  mais  aucun  pourparler  sérieux  ne  s'était 
encore  engagé  (id.,  960).  Les  quatre  ambassadeurs  français  pro- 
noncèrent un  beau  discours  public  sur  les  intentions  pacifiques  de 
la  Franco;  en  n'alilé,  ils  pressèrent  peu  les  négociations. 


PIÈCES  ANNEXES.  349 

guerre  et  asprerae[ntj-,  car  il  lui  semble  que,  en  ce  faisanl, 
toutes  les  cntreprinses  dudit  s""  LudoLvic]  tourneront  a  néant. 
Ledit  ambaxadeur  en  a  escript.  par  plusieurs  foiz,  au  s""  Jehan 
Jacques,  pour  en  advertir  ledit  s'^ 

Mons--,  le  Roy  a  escript  a  mess"  des  ligues  qu'il  renvoyé 
mons'  de  Sens  par  deçà;  ses  bons  serviteurs  en  sont  bien 
joyeux,  car  ceulx  de  Berne,  de  Suyches  et  de  Ondervalde,  en 
tous  lieux  ou  on  parle  des  affaires  dudit  s',  ne  finent  de  deman- 
der six  mil  francs,  disans  que  mondit  s'' Sens  leur  a  promis. 

Je  leur  ay  tousjours  dit  que,  si  on  leur  avoit  promis,  qu'il  leur 
seroit  tenu.  Par  quoy,  mondit  s''  de  Sens  venu  widera  ceste 
cause.  Il  est  requis  que  hastiez  ledit  s""  de  Sens  le  plus  que 
pourrez,  affin  qu'il  se  treuve  de  par  deçà  quant  l'arcevesque  qui 
vient  de  Millan  sera  icy  et  avant  qu'il  ait  eu  audiance. 

Mons'',  sur  le  tout  me  manderez  vostre  plaisir  pour  Tacom- 
plir  et  priant  Dieu  qui  vous  doint  bonne  vie  et  longue.  Escript 
a  Lucerne,  ce  dimenche  xxn^  jour  de  juing. 

Mons%  a  ce  que  je  puis  congnoistre  depardeçajefaizdoubte 

que  le  Roy  ne  fine point  des  gens  de  se  quartier,  pour  ce 

que  leurs  ennemys  se  préparent  si  très  fort  qu'ilz  se  attendent 
bien  avoir  a  besongner  de  tous  leurs  gens  s'il  ne  se  ..ouvoit 
quelque  trêve  ou  paix.  Je  n'en  sauroye  savoir  a  la  vérité  jusques 
...  la  journée  prochaine,  qu'ilz  me  doivent  faire  responce  de  ce 

que  je  leur  ay deparlé. 

Vostre  très  humble  serviteur, 
(Orlg.,  ms.  fr.  2928,  fol.  43.)  Louis  Fouegelij-, 

XII. 

Les  capitaines  de  l'armée  royale  aux  lieutenants  du  roi. 

^5  mars  (^îiOO). 
Messeigneurs,  nous  avons  veu  tous  ensemble  les  lettres  que 

1.  C'est  par  Trivulce  que  Louis  XII  était  au  courant  des  affaires 
de  Suisse  :  Trivulce,  comme  comte  de  Mcsocclio,  confinait  à  la 
Suisse  et  se  maintenait  avec  elle  en  rapports  continuels.  Trivulce 
se  trouvait  alors  à  Asti. 

2.  La  signature  autographe  est  ainsi  conçue  :  «  Ls  f"  Gely.  » 


350  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

avez  escriptes  a  Mons""  dWlegre,  et  avons  cslé  bien  joyeulx  de 
congnoislre  le  bon  vouUoir  que  avez  de  nous  secourir. 

Messeigneurs,  notre  advis  est  et  nous  semble  que  si  mardi 
vous  vouliez  venir  loger  a  Vespoula  ' ,  que  vous  y  serez  aussi 
seurement  logez  en  troys  heures  que  la  ou  vous  estez,  et  donrez 
de  la  craincte  beaucoup  a  voz  ennemys  et  si  leurs  Souysses  les 
abandonnent  vous  leurs  ferez  la  plus  grand  oultraige  qu'il 
auront  jamais,  sansactandre  plus  de  gens.  Et,  au  regart  de  nous, 
si  ne  leur  vient  aultre  artillerye  que  celle  qui  est  devant  nous, 
ilz  ne  nous  sauroint  faire  dommaige-,  mais  il  nous  semble  que 
pour  le  mieulx  devez  venir  a  Vespoula,  et,  si  le  faictes,  ilz  ne 
partiront  jamais  de  devant  nous  que  vous  ne  les  rompiés,  qui 
sera  le  plus  grand  honneur  que  pourriez  jamais  avoir,  sans 
aclandre  aultre  secours,  et  s'il  est  besoing  que  veniés  aulx  faulx- 
bours,  nous  le  vous  ferons  bien  assavoir  tout  a  temps;  au  regart 
des  gens  que  nous  vouliez  envoyer,  nous  nous  en  passerons 
bien  pour  ceste  heure  et  de  l'argent  aussi,  mais  que  ne  faillez 
point  au  jour. 

Messeigneurs,  je  prye  a  Dieu  qui  vous  doint  ce  que  desirez. 
Escript  a  Novarre  ce  dimenche  ampres  midi,  xv^  de  mars. 

Messeigneurs,  nous  vous  prommectons  nostre  foy  que  si 
délogent  que  nous  serons  bien  près  d'eux,  et  vous  jurons  Dieu 
que  ce  ne  sont  que  canaille. 

Voz  très  humbles  serviteurs, 

Alegre.  Conte  de  Musoc. 

Saint-Prest.  Pyere  d'Atdye. 

AdBERT  de  RoSSET.  COURSINGE. 

Robert  Stdart.  Chandee. 

LouYS  d'xVrs.  Nicolas  de  Locvain. 

E.  DE  Prye.  Galeaz  Palvesiiv. 

(Au  dos  :)  A  Messeigneurs  les  lieutenans  du  Roy. 

(Copie  contemporaine,  le  te.vle  d'une  main  de  scribe,  les  signatures 
d'une  autre  main  qui  y  ajoute  la  note  suivante  :  Monseigneur, 
fuy  fait  toutes  les  »ignaiures  sus  l'original.  —  Arcli.  de  M.  le  duc 
de  la  Trémoïlle.) 

1.  Vespolate. 


PIÈCES  ANNEXES.  351 

XIII. 

Le  CÀRDixiL  d'Amboise  a  Louis  de  li  Tre'moille. 

-16  mars  (rdOO). 
Mons'-,  pour  ce  que  Guyot  s'an  va  devers  vous,  je  ne  vous 
eseriré  aultre  choze,  sinon  que  je  ne  seréjamesamon  aise  que 
je  ne  vous  aie  veu  et  parlé  a  vous.  Cependant,  me  recomman- 
derai a  rostre  bonne  seignorie,  me  recommandant  avostre  bonne 
compaignie.  Escript  a  Lyon,  le  xvi*  de  mars,  de  la  main  de 

Vostre  bon  cousin, 

G.,  cardinal  d'Amboyse. 

(Au  dos  :)  A  Mons.  mon  cousin,  Mons'  de  la  Tremoille. 

(Billet  autographe,  orig.,  Arch.  de  M.  le  duc  de  la  Trénioïlle.) 

XIV. 
Le  co.\troleur  François  Doulcet  a  Louis  de  la  Tremoille. 

20  mars  (1500). 

Monseigneur,  le  Roy  m'a  envoie  par  deçà  pour  contreroller  et 
faire  faire  les  paiemens  de  l'extraordinaire  de  sa  guerre  avecques 
le  maistre  d'ostel  Gourcou,  et  depuis  quatre  jours  suis  venu  de 
Mortaize  ^  en  ceste  ville  pour  faire  faire  le  paiement  des  Suysses 
que  le  bailly  de  Dijon  envoyera,  auquel  lieu  le  commissaire  et 
moy  avons  veu  unes  lectres  que  escripvez  audit  bailly  pour 
savoir  de  ses  nouvelles. 

Monseigneur,  nous  n'avons  eu  nouvelles  nulles  dudit  bailly, 
sinon  par  Fouguely  2,  qui  nous  a  escript  par  ung  cappitaine  de 
Suisse  que  ledit  bailly  avoit  eu  quelque  empeschement  par  delà, 
mais  que  depuis  il  avoit  widé  son  cas  et  que  de  brief,  sans  nous 
mectre  autre  terme,  il  seroit  par  deçà  bien  acompaigné. 

1.  Mortara. 

2.  Agent  de  Louis  XII  en  Suisse,  l'auteur  du  rapport  qui  pré- 
cède (p.  346  et  s.). 


35?  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIT. 

Monseigneur,  il  a  ja  eslé  envoie  au  camp  a  Morlaize,  en  Irois 
bendes  de  Valleziens,  xriii'^  hommes,  eL  dedans  lundy  prou- 
chain  y  envoierons  deux  cappitaines,  dont  l'un  est  ja  arrivé  en 
ceste  ville,  qui  actcnd  le  reste  de  ses  gens,  et  l'autre  sera  icy 
demain,  en  la  compaignie  desquelz  pourra  avoir  de  ix<=  a 
M.  hommes. 

Monseigneur,  ainsi  que  les  bendes  arriveront,  a  la  plus  grant 
dilligence  que  faire  ce  pourra  nous  les  vous  envoierons; 
avecques  ce,  s'il  vient  aucunes  nouvelles  dudit  bailly,  inconti- 
iiant  par  ung  courrier  vous  en  advertiray.  En  me  recomman- 
dant très  humblement  a  vostre  bonne  grâce  et  priant  Dieu, 
Monseigneur,  vous  donner  bonne  vie  et  longue. 

Escript  a  Yvrée,  le  xx'=  jour  de  mars. 

Vostre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 

François  Doulcet, 
contrerolleur  de  la  chambre  aux  deniers  du  Roy. 

fAu  dos  :)  A  Monseigneur,  Mons""  de  la  Trimoulle,  lieutenant 
gênerai  du  Roy. 

(Orig.  olographe,  sur  papier,  trace  de  cachet  rouge,  aux  Arch.  de 
M.  le  duc  de  la  Trénioïlle.) 

XV. 

Ludovic  le  More  aux  habitants  de  3Iilan. 

Novare,  0  avril  -1500. 
Dux  Mediolani,  etc. 
Uilecti  nostri.  Havendo  noi  havuto  nova  che  li  inimici,  quali, 
per  quello  cbe  de  le  spie  nostre  ce  era  significato,  havevano 
designato  de  andare  allogiare  a  Trecate,  loco  vicino  a  quatro 
milia  a  questa  cita,  venevano  cum  tutto  cl  sforzo  loro  a  questa 
cita,  subito  a  questa  fama  fecemo  montare  m'  Galeaz,  quale, 
cum  molti  cavalli  lezeri  usciti  alla  via  de  li  inimici  circa  uno 
milio  lonlano  da  questa  cita  et  in  contrato  in  loro,  comenzoe  a 
scaramuzare;  crescendo  tuta  via  la  voce  del  essere  apropinquato 
li  inimici,  uscisemo  noi  de  la  cita  cum  tutto  lexercito.  et, 


PIÈCES  ANNEXES.  353 

ordinale  le  bataglie  cum  lartegliaria  al  loco  suo,  se  adriciassimo 
verso  li  inimici,  cum  proposito  de  fare  experientia  cum  tulte  le 
gente  achi  piaceva  a  Dio  dare  total  Victoria  di  questa  guerra; 
ma  epsi  inimici,  vedendo  cum  quai  virtu  se  corabateva  conlra 
loro  da  li  noslri,  et  Irovando,  contra  Texpeclatione  sua,  como  li 
presoni,  quali  li  havemo  facto,  ce  liano  dicto,  che  la  persona 
nostra  era  uscita  cum  tulle  le  gente,  delractareno  la  balagliaet 
se  redusero  in  uno  boscbo,  al  quale  erano  retirati,  essendo  gia 
araazati  et  facti  presoni  molli  et  feriti  grande  numéro  de  loro  et 
de  cavalli.  In  el  quai  boscho  pare  sia  loro  proponimenlo  de  stare 
questa  nocte  per  non  lassarsi  tirare  a  nécessita  de  venire  aile 
mane,  benche,  per  quello  che  poi  habiamo  havuto,  ricercando 
li  Suiceri  suoi  pane  el  vino  et  non  essendone  conduclo  drelo,  si 
sono  sparsi  in  diverse  bande,  el  cosi  hane  facto  assai  de  li 
cavalli  loro,  non  servendeno  il  tempo  de  fare  altro  per  hogij  : 
el  proposito  nostro  e  de  andare  da  malina  a  trovare  li  inimici 
in  epso  boscho,  o  dovi  sarano,  el  fare  quanto  sara  in  noi  per 
tirarli  a  conflicLo,  nel  quale,  et  per  la  confidenlia  quale  habiamo 
in  Dio  per  la  juslicia  nostra,  el  per  la  virlu  quai  dimonstreno 
tulle  queste  noslre  gente  et  maxime  Suiceri  et  lancisnech,  quali 
hanojurato  insiemi  de  non  abandonarsi  fin  alla  morte,  spe- 
ramo  reporlare  Victoria  el  de  noi  fare  sentire  nove  grale  a  chi 
desidera  la  restitutione  nostra  el  la  liberta  de  lutta  Italia  :  in  el 
numéro  de  li  inimici  mal  tractali,  sono  ra'  Gaieaz  Palavicino. 
al  quai  fn  morto  il  cavallo  sotlo,  et  le  spie,  venule  da  li  inimici 
questa  sira,  dicano  che  lui  e  morto  ^  el  cussi  affirmeno  anche 
li  Francesi  presi,  quanlunchi  dicono  alcuni  chel  fratello  sia 
quello  che  e  morlo;  se  dice  anche  che  uno  de  li  principali  Tran- 
cesi  e  ferito  de  uno  passalore  in  uno  ochio.  De  questo  congresso 
facto  cum  li  inimici  ce  e  parso  darvine  aviso,  per  che  ne  habiati 
nolicia  et,  insiemi  cum  noi,  senlirne  quello  piacere  quale  se 
deve  duna  cosa  tanlo  bona,  cum  participarla  ancora  cum  li 
homini  di  quella  nostra  terra,  et  ringraliarne  el  nostro  S«  Dio 
et  pregarlo  voglia  conlinuarni  in  questa  félicita  infino  alla  per- 
fectione  de  questa  impresa.  Novarie,  6  aprihs  ^500. 

(Signé  :)  B.  Chai  eus. 

1.  Il  n'était  pas  mort  et  vécut  même  longtemps  après. 
I  23 


354  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

[Au  dos  :]  Nobili  viro  commissario  el  polentati  Leuci,  noslro 
dileclo.  Leuci. 

Cito. 
(Orig.,  papier,  petit  in-fol.,  ms.  italien  1592,  fol.  279.) 

XVI. 

LoiTis  r»E  LA  Trémoille  au  Roi. 

Novare,  9  avril  (^500)^ 
Sire-,  plaise  vous  savoir  que,  puis  quatre  jours  en  ça,  je 
ne  vous  ay  pas  gueres  escript  de  voz  afïaires,  car  je  vouUoye 
savoir  comme  il  en  iroit;  aussi  que  j'estoye  empesché  a  regar- 
der comme  ilz  se  conduisoient  :  el  ont  esté  menez  de  telle  sorte 
comme  je  vous  escripray. 

Sire,  nous  partismes  dimenche  de  Mortare  et  veinsmes  cou- 
cher à  Vespella^  et,  le  lundi  au  matin,  avecques  trois  cens 
hommes,  ailay  veoir  quelque  logeys  ou  se  pourroil  loger  vostre 
armée-,  et,  le  logeys  revisé,  je  m'en  ailay  devant  Novarre  pour 
savoir  quelle  contenance  ilz  tenoient,  et  envoyé  mess"  de  Beau- 
mont,  de  Sandricourt  courre  devant  la  ville  avecques  cinquante 
hommes  d'armes,  et  moy  après  pour  les  soustenir.  Hz  n'eurent 
gueres  esté  loing  que  ung  myen  hommes  d'armes,  que  j'avoye 

1.  Cette  lettre  a  été  imprimée,  avec  diverses  corrections  offi- 
cielles, en  édition  gotliique  de  6  feuillets,  sans  mention  d'impri- 
meur, sous  ce  titre  :  «  Lettres  nouvelles  de  Milan,  envoyées  au 
roy  nostre  sire  de  par  monseigneur  de  la  Trimoulle  touchant  la 
prise  de  Ludovic.  Avec  l'amende  honorable  faicte  par  les  Milan- 
noys  au  roy  nostredit  seigneur  a  la  personne  de  monseigneur  le 
cardinal  d'Amboyse,  lieutenant  gênerai  du  roy  nostredit  seigneur 
au  pays  de  Milannoys.  »  En  tête  est  une  gravure  sur  bois,  repré- 
sentant un  parlementaire  à  cheval,  les  yeux  bandés,  sortant  d'une 
ville  en  armes.  Cet  imprimé  contient  :  1°  la  lettre  de  La  Trémoille  ; 
2»  un  récit  sommaire  de  la  reddition  des  Milanais  avec  le  résumé 
du  discours  prononcé  dans  cette  circonstance  par  Michèle  Tonso. 

M.  de  la  Pilorgerie,  dans  son  livre  :  Campagne  et  Bulletins , 

pièce  n°  7,  a  publié  aussi  cette  lettre,  avec  quelques  variantes. 

2.  Texte  imprimé  :  Chier  sire. 

3.  Vespolate.  Imprimé  :  Lespaillc. 


PIÈCES  ANNEXES.  355 

envoyé  a  Tarcas  ',  la  nuyt,  me  manda  parungarchier  que  sans 
point  de  faulle  le  More  estoit  hors,  avecques  son  armée  et  artil- 
lerie, et  qu'il  s'en  alloit  à  Tarcas  et  qu'il  nous  venoit  combatre. 
Incontinant,  le  manday  a  mess"  de  Ligny  et  mareschal  de  Tre- 
vorce  ^  et  qu'ilz  vensissent,  et  que  les  nouvelles  estoient  vrayes, 
qu'ilz  venoient  vers  nous  et  que  regarderoye  .en  temps,  pen- 
dant le  camp,  ou  nous  le  pourrions  combatre  s'il  venoit,  et  que, 
s'il  alloit  a  Tarcas,  que  je  le  garderoye  tant  que  je  le  garderoye 
de  passer  le  Thesin. 

Sire,  ilz  se  mirent  tous  deux  aux  champs,  et  tirasmes  le 
chemin  devers  Novarre  et  Tarcas^.  Nous  n'eusmes  jamais  che- 
vauché deux  mille  que  mess"'*  de  Beaumont  et  de  Sandricourt 
me  mandèrent  qu'i  s'en  estoit  retourné  en  la  ville,  pour  ce  qu'il 
pensoit  que  toute  vostre  armée  fust  sur  les  champs.  Inconti- 
nant actendiz  mess"  qui  venoient  après,  et  regardasmes  ce  que 
avions  afîaire,  et  fut  dit  qu'il  valloit  mieulx  venir  a  Novarre 
que  ailleurs  et  que,  s'il  nous  vouUoit  combatre,  que  le  pays  y 
estoit  plus  plain  et  plus  montaigneux  pour  nous  que  ailleurs, 
et  que  nous  aurions  mieulx  noz  vivres  de  Yerseil.  Et  nous  en 
veinsmes,  a  belles  enseignes  desployées,  a  ung  mil  et  demy  de 
ceste  ville  de  Novarre,  sans  ce  que  jamais  homme  vint  au  devant 
de  nous^  et  y  demourasmes  le  lendemain,  pour  actendre  noz 
vivres,  et  aussi  pour  avoir  des  pionniers  plus  largement.  Et,  ce 
jour  la,  fut  advisé  que  yrions  prendre  une  abbaye^  qu'ilz 
tenoient,  et  est  du  costé  des  faulxbourgs  de  Millau,  et  que  nous 
la  prendrions  ou  qu'ilz  nous  combatroient  ;  et,  ce  jour,  y  eut 
de  grosses  escarmoches  tant  d'un  cousté  que  d'autre. 

Sire,  le  lendemain  au  matin,  nous  montasmes  a  cheval  en 
deliberacion  de  prendre  l'abbaye  et  le  combatre,  s'il  voulloit 
venir  deffendre;  et  n'eusmes  jamais  chevauché  deux  gectz  d'arc 
que  toute  sa  puissance  sortit  a  pié  et  a  cheval,  avecques  toute  son 
artillerie,  et  se  vindrent  mectte  en  belle  et  grosse  bataille  devant 
nous,  et  nous  devant  eulx,  et  marchasmes  les  ungs  contre  les 

1.  Trecate.  Imprimé  :  lercas. 

2.  Imprimé  :  Trenail. 

3.  Imprimé  :  Tercas. 

4.  S.  Nazzaro. 


356  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

autres,  en  aussi  belle  ordre  et  en  aussi  bonne  volenté  de  com- 
batre  que  je  veiz  jamais  gens  marcber,  et  telle  sorte  que  les 
paillars  se  trouvèrent  si  gens  de  bien  qu'ilz  ne  voulurent 
oncques  attendre  la  compaignée  et  si  estoient,  que  lansquenelz 
que  Suisses,  de  xiii  a  xiiii'^,  et  de  Lombars  de  un  a  v'"^  et 
d'ommes  d'armes,  de  Bourguignons  et  Lombars,  environ  m™  che- 
vaulx.  Et  furentremissi  lourdement  en  la  ville  qu'ilz  se  affoUoient 
l'un  l'autre  en  y  entrant  ;  et,  s'ilz  eussent  aussi  bonne  volenté 
ce  jour  la  comme  je  croy  que  avoient  les  vostres,  je  vous  asseure 
que  se  eust  esté  la  plus  cruelle  bataille  qui  fut  cent  ans  a,  et 
vous  asseure,  Sire,  que  vous  estes  tenu  au  cappitaine,  gens  de 
bien  et  gens  d'armes  qui  sont  icy,  car  ilz  avoient  bonne  volenté 
ce  jour  la  de  vous  fere  service. 

Sire,  nous  tumbasmes  en  une  composition  et,  pour  ce  qu'ilz 
estoient  grans  gens  dedans  nous,  les  laissions  aller  leurs  bagues 
saulves,  par  tel  moyen  que,  si  nous  trouvions  le  More  avecques 
eulx,  que  nous  le  prendrions  :  ce  qu'il  fut  accordé.  Et  feusmes 
advertiz  a  ceste  heure  comme  ilz  ne  vouUoient  point  tenir  la 
composition,  mais  qu'ilz  voulloient  enmener  ledit  More  avecques 
eulx.  Sur  quoy.  Sire,  il  n'y  avoit  celluy  qui  ne  feist  la  meil- 
leure guère  qu'il  peut  pour  l'en  garder;  et  envoyay  le  bastard 
de  Glerecte^,  qui  est  de  la  compaignée  du  bastard  de  Bourbon, 
et  celluy  qui  porte  mon  enseigne,  et  le  Petit  Seigneur,  qui  est 
de  la  compaignée  de  x\ubert  de  Ruffec^,  pour  tenir  choppe 
tout  au  long  de  la  nuyt,  pour  veoir  s'il  y  avoit  en  habit 
dissimullé,  et  tout  vostre  ost  en  armes  tout  au  long  de  la 
nuyt,  et  montasmes  a  chenal  une  heure  devant  jour,  et  nous 
meismes  en  belle  bataille  en  nostre  camp,  délibérez  que,  s'ilz  le 
voulloient  enmener  par  force,  de  les  en  garder.  Et  envoyasmes 
pour  renforcer  ceulx  qui  estoient  allez  dehors,  (jue  je  vous  ay 
nommez  cy  dessus,  mons.  d'Alegre,  qui  ne  fut  jamais  aux 
champs  qu'il  n'oyst  demurer  la  porte  par  ou  ilz  s'en  voul- 
loient aller  en  belle  et  grant  ordre  et  continuèrent  a  marcher 
droit  a  Milan.  Mons.  d'xVUegre  et  iceux  que  y  avoye  envoyé 

1.  Imprimé  :  Quelque  cinq  ou  six  mille. 

2.  Imprimé  :  La  Claiette. 

3.  Aubert  du  Roussel. 


PIÈCES  ANNEXES.  357 

la  nu}'t  les  commencèrent  a  gardoyer  '  l'un  d'un  couslé 
et  l'aulre  de  Tautre.  Et,  a  ceste  heure  la,  feusmes  advertiz 
comme  ilz  s'en  ailoient  et  commencasmes  a  marcher  contre 
eulx,  de  telle  sorte  que,  s'ilz  n'eussent  esté  voz  Suysses  qu'ilz 
nous  mandèrent  qu'ilz  ne  voulloient  point  que  l'on  leur  tuast 
leurs  gens  et  qu'ilz  leur  feroient  bailler  le  More  s'ilz  l'avoient, 
quMI  me  semble  que  nous  les  eussions  deffaitz  de  gens  de  che- 
val, et  s'ilz  estoient  xi  ou  xu™  hommes.  Mais  il  nous  souffisoit 
de  trouver  le  More,  si  nous  pouyons,  et  feusmes  près  de  trois 
heures  a  le  sercher,  et  furent  tous  contrains  et  leur  fîst  Ion  si 
belle  paour  que  tous  s'accordèrent  de  passer,  ung  a  ung,  soubz 
une  picque.  Et  a  ceste  la  fut  trouvé.  Et  est  la  plus  belle  prise 
que  vous  sauriez  avoir  2.  Il  se  remect  a  mons.  de  Ligny,  soubz 
quelque  traiclé  qu'il  luy  avoit  fait  le  soir^  de  quoy  il  me  parla 


1.  Imprimé  :  Côtoyer. 

2.  Le  récit  de  La  TrémoïUe  diffère  du  récit  officiel,  contenu 
dans  la  proclamation  de  Louis  XIl  datée  de  Lyon,  le  10  avril 
(V.  ci-dessus  p.  266,  note  3i,  qui  s'exprime  ainsi  : 

«  Le  seigneur  Ludovic  s'en  est  fouy  avec  cent  chevaulx  et  a 
laissé  et  habandonné  toute  son  armée  et  artillerie  dedans  nostre 
ville  de  Novarre.  Et,  a  l'heure  que  nosditz  lieuxtcnans  et  armée 
sont  approchez  dudit  Novarre,  est  sorty  d'icelle  ville  ung  capitaine 
des  Bourguignons,  appelle  le  capitaine  Piètres,  lequel  s'est  venu 
rendre  et  a  faict  l'appoinctement  de  luy  et  de  tous  les  autres 
Bourguignons,  pour  estre  a  nous  et  a  nostre  service.  Pareillement 
dient  que  le  baillif  de  Dijon  estoit  allé  audit  Novarre  pour  traic- 
ter  et  practiquer  les  Suysses  dudit  seigneur  Ludovic  qui  estoient 
dedans  en  nombre  de  quatre  mille,  qui  ne  demandoient  que  paye- 
ment. Et,  au  regart  des  lansquenetz,  ilz  ne  scavent  encores  qu'il 
en  adviendra,  car  les  Suysses  de  nostredite  armée  ne  les  vouloient 
prendre  a  mercy.  Toutesfoys,  nosditz  lieuxtenans  mettront  peine 
que  le  tout  se  rendra  a  la  moindre  effusion  de  sang  que  faire  se 
pourra.  » 

En  post-scriptum ,  le  roi  ajoutait  que,  suivant  les  dernières 
nouvelles,  «  ledit  seigneur  Ludovic,  en  se  cuydant  sauver  en  habit 
de  cordelier,  a  esté  prins;  et,  par  composition,  nous  est  demouré 
toute  son  artillerie  en  la  ville  de  Novarre  et  xix  mille  hommes 
qu'il  avoit  s'en  sont  allez  par  ladicte  composition.  » 


358  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

quelque  chose  au  malin.  Toutesfois  il  a  tout  rompu  son  sauf- 
conduit,  car  il  s'en  fouyt. 

Sire,  vous  en  ferez  ainsi  que  vous  vouldrez.  Car  nous  estions 
tout  a  butin  ce  jour  la,  tant  de  gens  de  pié  que  de  cheval,  et  me 
semble  que,  s'ilz  en  eussent  volu  menger,  que  l'ordre  y  estoit 
si  bonne  a  cause  du  butin  ',  car  les  gens  d'armes  ne  vouUoienL 
haban donner  leur  enseigne  pour  aller  au  pilliaige;  que,  s'ilz 
eussent  voulu,  ilz  s'en  fussent  repentiz. 

Sire,  vous  avez  tout  ce  que  demandez  2,  et  en  estes  bien  tenu 
a  Dieu,  car  il  y  a  cent  ans  que  ne  fut  fait  un  plus  belle  chose 
ne  plus  honnorable  pour  vous. 

Sire,  j'ay  escript  a  monsieur  le  cardinal  qu'il  s'en  viengne 
pour  donner  ordre  a  vostre  affaire,  qui  n'est  que  bon  s'il  est 
bien  mené,  comme  je  suis  asseuré  que  saura  bien  faire  mondit 
S""  le  cardinal,  et,  mais  qu'il  soit  venu,  il  vous  escripra  comme 
tout  ce  portera.  Touteffois,  je  suis  certain  que  nous  partirons 
demain,  tandiz  que  tout  est  en  trouble,  pour  exécuter  a  fin  de 
vous  garder  ^  de  longue  guerre. 

Sire,  il  n'est  point  encores  conclud  ou  l'en  yra-,  mais,  a  ce 
soir,  nous  trouverons  avecques  mons'  le  cardinal  et  povez  estre 
seur  que  l'on  vous  servira  le  plus  dilligcmment  et  loyaument 
que  Ton  pourra  ^. 

Sire,  je  ne  vous  sauroye  escripre  comme  mess,  de  Beaumont 
et  de  Sandricourt  vous  ont  servy  icy,  et  si  en  eust  hier  ung  qui 
vous  feist  ung  grant  service  comme  je  vous  diray.  Et  sur  ce 
point,  Sire,  prie  Dieu  qui,  etc.  Escript  a  Novarre,  le  ix*  jour 
d'avril. 

Sire,  il  me  semble  que  devez  prendre  le  Mort  entre  voz  mains 
plus  tost  que  plus  tari  et  le  mettre  en  une  bonne  grosse  place, 
afin  qu'il  ne  vous  escliappe  point.  Nous  sommes  tous  a  ])ulin. 

Sire,  il  me  souvient  bien  de  la  promesse  que  me  feisles  quant 
je  partiz.  Ce  fui  que,  quant  vostre  affaire  seroit  vuidé,  que 

1.  Ce  qui  suit  est  supprimé. 

2.  Tout  avez  désiré. 

3.  Vous  garder  de  la  despence  de  longue  guerre. 

'i.  Le  texte  imprimé  porte  ici  un  paragraphe  par  lequel  La  Tré- 
moïlle  s'excuse  de  ne  pas  avoir  écrit  plus  tôt. 


PIECES  ANNEXES.  359 

incontinant  me  envoyriez  quérir  ^  Je  vous  supplye  ne  me 
oubliez  pas  ^. 
Voslre  1res  humble  el  1res  obéissant  subgect  et  serviteur, 

De  la  Trémoille^. 
(Copie  contemporaine,  aux  Archives  de  la  Loire- Inférieure,  E  235) 

XVII. 

Discours  aux  Milanais, 

par  Jean  Lascaris. 

(Avril  1500.) 
Oratio  ad  Mediolanenses  habita,  qua  lyrimum  die,  post  eorum 
deffeciionem  insignem  ac  fœlicem  de  Ludovico  Sforcia  ejus- 
que  exercitu  sub  jucjum  misso  apud  Norariam  victoriam, 
Reverendissimus  Dominus  Georgius  de  Ambasia,  sacrosancte 
Romane  Ecctesie  tituli  sancti  Sixli  cardinalis,  christ""  ac 
invictissimi  Ludovici  XII,  Francorum  régis,  in  suis  Mediola- 
nensi  ducatu  et  aliis  terris  et  dominiis  ultra  montes  gene- 
ralis  locumtcnens ,  arcem  porte  Jovis  Mediolani  ingressns 
est*,  tnagna populi  et  civium  astante  frequentia. 

Reverendus  dominus  cardinalis,  serenissimi  ac  christianis- 
simi  domini  nostri  Francorum  Régis  generalis  locumlenens, 

1.  Louis  de  la  Trémoïlle  avait  demandé  à  revenir  aussitôt  que 
possible. 

2.  Le  texte  imprimé  porte  ici  un  paragraphe  par  lequel  La  Tré- 
moïlle remercie  le  roi  de  l'envoi  d'une  lettre  par  Hedoard  et  pro- 
teste de  son  dévouement. 

3.  A  la  suite  de  cette  lettre,  le  texte  imprimé  porte  :  Et  depuys 
le  roy  a  envoyé  monseigneur  de  Cursot  acompaignc  de  bons  archiers 
pour  aller  quérir  le  More  et  pour  le  amener  en  France. 

4.  V.  ci-dessus,  p.  269.  Ce  discours  ne  paraît  pas  avoir  été  pro- 
noncé; cependant,  la  présence  de  son  texte  dans  un  ms.  original, 
aux  armes  du  cardinal  d'Amboise,  lui  donne  un  certain  caractère 
d'authenticité;  nous  pensons  qu'il  fut  écrit  par  J.  Lascaris,  qui, 
très  probablement,  l'avait  préparé  d'avance  à  l'usage  du  cardinal. 
Mais  le  cardinal  ne  s'en  servit  pas  et  préféra  ne  rien  dire.  Cf.  les 
indications  données  en  tête  des  pièces  XVIII  et  XIX. 


360  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

non  salis  admirari  potest  superbiam  et  temerilatem  veslram. 
qui,  omnium  qui  vivunt  ingratissimi,  non  impetrata  venia, 
presentiam  suam  adiré  ausi  estis;  illam  etiam  scelestam,  teler- 
rimam  ac  factiosam  infidelium  civium  vestrorum  in  Sacralissi- 
mam  Regiam  Majestalem,  cunctis  mortalibus  notam  et  mani- 
festam,  vana  et  fucala  oralione  tegere  ac  excusare  non  verentes, 
lamquam  si  cum  pueris  et  mulieribus  colloquia  haberetis. 

Sed  animadvertite,  quaeso,  quid  sevum  aut  atrox  in  vos  ipsos 
satis  exerciri  potest,  qui  ea  consulto  admisisti[s]  ul  omni  bar- 
hara  sevicia  et  crudelitate  digni  essetis.  Consensisti[s],  inquam, 
qui  defTeclioni  et  rebellioni  contradicere  ac  resistere  poteratis. 
Sed  sperabatis  Ludovicum  Sforciam  majori  manu  venturum  et 
una  nobiscum  regios  exercitus  gallicamque  gentem  oppressu- 
rum  :  secus  ac  rati  estis  evenit.  Non  omnes  hominum  cogita- 
ciones  Deus  optimus  maximus  semper  ratas  facit  :  est  enim 
equus  bellorum  arbiter,  justus  fœderum  uitor  et  violate  pacis 
acerrimus  vindex. 

Quod  si  méritas  scelerum  vestrorum  pientissimus  Rex  expe- 
leret  pœnas,  jure  et  victorige  arbitrium  et  omnia  extrema,  quae 
soient  in  direptionibus  urbium  victi  a  victoribus  formidare, 
pateremini.  Qui  tanti  principis  clementiam  ferre  non  potuistis  : 
sed  Francorum  mitissima  progenies  Regum  parcere  subjectis 
didicit.  Punire  rebelles  et  vincere  sciunt  et  consulere  viclis 
christianissimi  Francorum  Reges.  Proinde,  si  vos  tanti  sceleris 
tanteque  admisse  defectionis  pudeat  et  pigeât,  si  suplices  vene- 
ritis,  si  denique  conjurationisauctoresjudicaveritisminimeque 
sustinuerilis,  ita  nobiscum  de  rébus  omnibus  aget  ut  omnes 
anie  eum  Reges  et  continentia  et  clementia  victos  arbitremini. 

Née  vestrum  arbitretur  aliquis  ut  hune  suum  hereditarium 
ducatum  armis  relinere  et  deffendere  negligat  aut  illum  demere, 
sibi  aut  subducere  quisquam  possit;  idem  erit  regni  et  doniinii 
qui  et  spiritus  sui  finis  :  haud  vobis  parum  erit,  si  sapientes 
fueritis,  asperam  dominationem  et  perpétua  sœvicia  rigentem 
tyrannidem  levi,  juslo  ac  miti  imperio  pcrmutare. 

Verum  mature  facto  opus  est.  Vix  enim  predabunda  alque 
incondita  Helvechiorum  multitudo,  que  sanguinem  vestrum 
et  opes  sitit  et  requirit,  reliquusque  regius  exercitus,  prudenlia 
ac  diligentia  R'  D"'  locumlenentis,  qui  lotis  cognatibus  nititur 


PIÈCES  ANNEXES.  361 

urbem  voslram  ah  incendio  liberare^  hue  usque  relentiis, 
amplius  arceri  et  conlineri  non  polesl  quiii  furenles  bellomm 
impelus  in  vos,  uxores  liberosque  vesLros  exerceant,  urbemque 
diruant.  Ducem  enim  eorum  regium  balivum  ^ ,  suos  pestifferos 
conalus  impcdientem.  in  abstraclum  in  carcere  lenent.  Yestra 
salus  in  céleris  misericordie  largilione  posila  est.  Dum  licet, 
obviam  ile,  ne  sera  et  luctuosa  vos  maneat  penitencia,  eter- 
numque  sitis  pcrfidize  plusquam  punite  posteris  exemplum. 

(Ms.  lat.  5891,  ms.  de  parchemin  petit  in-4%  de  24  feuillets.  Sur  le 
premier  feuillet,  les  armes  du  cardinal  d'Amboise,  avec  la  devise  : 
IVon  confundas  me,  Domine,  ab  expectatione  mea.  A  la  suite  est 
le  discours  de  Michel  Tonso,  traduit  en  latin  par  le  célèbre  hellé- 
niste Lascaris  ;  cette  traduction  diffère  totalement  du  résumé  donné 
par  Jean  d'Auton  et  du  texte  oflîciel  de  ce  discours,  inséré  dans  le 
procès-verbal  dressé  par  le  notaire  J.  Mayno.  Nous  la  donnons 
ci-après.) 

XVIIl. 

Discours  de  Michèle  Tonso, 

Se/o?i  la  traduction  de  Lascaris. 

{\7  avril  1500.) 
Godefroy  {Histoire  de  Louis  XII,  p.  192-204),  Legendrc  {Vie  du 
cardinal  à'Amboise,  p.  405),  Liinig,  dans  son  Codex  Italix  diploma- 
tiens,  ont  publié  le  texte  du  procès-verbal  officiel  rédigé  en  latin, 
par  le  notaire  Jean  Mayno,  sur  l'ordre  du  cardinal  d'Amboise,  de 
la  séance  du  17  a\Ti[  1500.  Ce  procès-verbal  confirme  le  récit  de 
Jean  d'Auton,  qui  doit  en  avoir  eu  connaissance.  I)  en  résulte  que, 
le  vendredi  saint,  17  avril,  le  cardinal-légat,  lieutenant  du  roi, 
reçut  une  députation  des  Milanais,  demandant  que  le  cardinal 
sortit  du  château  où  il  était  descendu,  afin  de  recevoir  la 
population,  qui  avait  presque  tout  entière  péché,  au  moins  par 
omission,  contre  son  serment  envers  le  roi.  Elle  lui  demandait  de 
se  transporter  au  palais  appelé  la  Cour-Vieille,  près  de  la  cathé- 
drale. 

Le  cardinal  accepta  de  s'y  rendre,  avec  i'évèque  de  Luçon, 
chancelier  et  président  de  la  justice  de  Milan;  Giov.  Gac.Trivulzio, 

1.  Y.  ci-dessus,  p.  263  et  suiv. 


362  CIIHOMQL'ES    DE  LOUIS  XII. 

lieutenant  du  roi  et  gouverneur  du  Milanais;  Henri,  comte  de 
Neufchastel,  en  Bourgogne;  Antonio  Trivulzio,  évêque  de  Corne; 
Giroiam.  Pallavicini,  évêque  de  Novare;  Augier  de  Brie,  abbé  de 
Saint-Evrould,  en  Normandie;  Antoine  de  Langeac,  d'Auvergne; 
Dominique  de  la  Tour,  «  de  Turre  »  ;  Ottaviano  degli  Arcimboldi  ; 
Nicolo  Biraga  ;  Augustin  de  Nigris,  milanais;  Bertrand  de  Costa- 
belc,  de  Ferrare,  lieutenant  de  l'archevêque  de  Milan,  protonotaires 
du  Saint-Siège  ;  Jean  de  Polignac,  en  Auvergne,  seigneur  de  Beau- 
mont;  Roger,  baron  de  Grantmont,  en  Languedoc;  Guérin  de 
Narbonne,  seigneur  de  Salelles,  en  Languedoc;  Et.  de  Vesc, 
baron  de  Grimauld,  en  Provence;  Menna  Corsinge,  lieutenant  de 
la  compagnie  de  Savoie,  «  quos  raeretur  a  rege  »  ;  Jean  Stuart, 
seigneur  d'Oyson;  Robert  Stuart,  lieutenant  des  Écossais;  le  comte 
Manfredo  Torniello,  de  Novare;  le  capitaine  La  Lande;  les  doc- 
teurs et  conseillers  Ch.  Guillart,  de  Paris,  maître  des  requêtes 
ordinaire;  Claude  de  Seyssel,  de  Savoie;  Geoffroy  Caries,  de 
Saluées;  Ant"  Gaccia,  de  Novare;  Scipione  Barbavara;  Girol.  de 
Cusano;  Giov.  Stefano  de  Castiglione,  de  Milan  ;  Jacques  Hurault, 
trésorier  de  France;  Jean  Hervoet,  trésorier  de  Milan,  et  autres. 

Quoique  le  palais  eût  de  grandes  salles,  la  multitude  ne  pouvant 
y  tenir,  le  cardinal  dut  descendre  au  rez-de-chaussée,  et  là  Michel 
Tonsiis,  montant  en  chaire,  excusa  d'abord  son  impéritie,  parla  du 
principal  de  Milan,  en  Italie,  rappela  l'origine  gauloise  de  Milan, 
adressa  des  hommages  très  humbles  à  Luçon  et  à  Trivulzio,  dont 
il  chanta  les  louanges,  célébra  la  puissance  de  la  France,  la  hon- 
teuse fuite  d'Ascagne,  la  bonté  du  cardinal,  envoyé  de  Dieu  :  le 
cardinal  a  accepté,  sur  la  prière  des  principaux  de  la  ville  et  de 
l'évèque  de  Côme,  300,000  écus,  pour  indemnité  des  dépenses  de 
la  guerre,  dont  100,000  payables  aux  calendes  de  mai  prochain. 
Les  auteurs  de  la  rébellion  sont  exclus  de  la  grâce.  L'orateur 
demande  encore  au  cardinal  : 

1°  Que  le  roi  pardonne,  selon  l'exemple  de  saint  Pierre  et  du 
Christ; 

2°  Qu'il  remette  200,000  écus.  Ce  serait  tuer  le  commerce  et 
l'industrie,  empêcher  le  mariage  des  filles,  l'éducation  des  fils 
que  de  les  réclamer; 

3°  Qu'il  rappelle  l'armée,  afin  de  permettre  la  moisson,  qu'il 
restitue  chacun  dans  son  office,  qu'il  pardonne  aux  instruments 
secondaires  de  la  rébellion.  L'orateur  finit  par  la  prière  instante 
que  Ascagne  et  ses  compagnons  ne  puissent  troubler  Milan.  On 
ne  demande  que  la  paix. 

Ris  prit  pour  texte  de  sa  réponse  :  Misertns  est  dominus  sujier 


PIÈCES  ANNEXES.  363 

Ninivem  civiiatem,  eo  quod  psnitentiam  egit  in  cinere  et  cilicio.  Il 
exposa  la  grandeur  du  crimo  des  Milanai?,  leur  ingratitude  ;  cepen- 
dant il  déclara  le  pardon  du  roi,  à  l'occasion  du  vendredi  saint,  en 
exceptant  toutefois  les  fauteurs,  et  ceux  qui  participèrent  à  la 
révolte  le  2  février.  Il  donne  vie  et  bien  aux  citoyens  de  Milan,  et 
les  exhorte  à  ne  pas  recommencer. 

Tout  le  peuple  rendit  grâces.  Les  jeunes  gens,  les  jeunes  filles, 
les  enfants,  vêtus  de  blanc,  des  rameaux,  des  croix  ou  d'autres 
emblèmes  à  la  main,  défilèrent  en  procession  devant  le  cardinal, 
acclamant  sa  miséricorde  ou  invoquant  les  secours  de  Dieu. 

Le  cardinal  fit  dresser  un  procès-verbal  séance  tenante. 

Michèle  Tonso  avait  parlé  en  italien.  Lascaris  se  chargea  de 
traduire  en  latin  son  discours,  et  nous  possédons  une  double  copie 
contemporaine  —  fautive  —  de  cette  traduction,  dans  les  ms. 
lat.  5891  et  2620  (fol.  76-89).  Nous  donnons  le  texte  du  ms.  2620, 
sauf  le  titre,  jusqu'aux  mots  Non  sumiis,  qui  ne  s'y  trouve  point 
et  que  nous  empruntons  au  ms.  5891.  Lascaris  parait  avoir  retou- 
ché le  discours  primitif. 

Anno  incarnationis  dominice  milesimo  quingenlesimo ,  die 
veneris  sancla,  que  fuit  xvu  aprilis,  in  urbe  Mediolanensi,  curia 
veteri,  juxta  cathedralem  ecclesiam,  Michael  Tonsus,  doclor 
Mediolanensis,  jussu  et  nomine  populi  accivium  universorum, 
quorum  innumera  et  prope  infinita  multitudo  aderat^  pulpi- 
tum  astendens  pro  exoreoda  et  consequenda  erratorum  ac  def- 
fectionis  suse  venia ,  Ytalo  sermone  vernaculaque  lingua ,  quo 
facilius  ab  omnibus  intelligeretur,  ad  reverendissimum  domi- 
num  Georgium  de  Arabasla,  tituli  sancti  Sixti  sacrosancte 
Romane  Ecclesie  presbyterum  cardinalem,  christianissimi  ac 
invictissimi  Ludovici  duodecimi,  Francorum,  Sicilie  et  Jheru- 
salem  régis,  ducis  Mediolani,  locumtencntem  generalem,  banc 
habuit  orationem.  Quae  per  Lascarium,  grecarum  simul  et  lati- 
narum  litterarum  peritissimum,  latine  traducta  est. 

Non  sumus  invisi  pœnitus  omnipotent!  Deo,  illustrissime 
atque  admodum  révérende  domine,  [quandoquidem  clementer 
nobiscum  agitur,  de  eo  maxime^]  quod  omnes  nostrum,  qui  non 
omnino  desiperent,  imprimis  veriti  sunt,  ex  quo  Ludovicus 

1.  Les  membres  de  phrase  entre  crochets  sont  omis  dans  le  texte 
du  ms.  2620. 


364  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XTI. 

Sforcia,  profligato  exercilu,  profugus,  rursus  in  liane  urbem, 
ob  cerlorum  hominum  pervicaciam  ac  temeritatem,  receplus 
est.  Nam  curam  Régis  praecipuam  uL  ad  hanc  expeditionem  te 
ex  omnibus  milteret,  tuum  consilium  sludiumquead  nos  advo- 
landi,  nemounquam  dubitaverit  divinœ  Providenliœ  opus  esse. 
Quinquam  et  Rexclementissimuspientissimusquenullo  fortiori 
argumente,  nullo  majori  indicio  comprobet  Ducatum  bunc 
Medioianensem  jure  opLimo  ad  se  pertinere  :  quemadmodum 
enim  usurpator  ille  non  esse  patriam  indicavit,  quam  rapinis 
extorsionibusque  assidue  vexavit,  sic  Rex,  successor  legilimus, 
propriam  certamque  agnoscit  probatque  parentis  originem, 
dum  non  minorera  in  conservando  quam  in  recuperando  Ducalu 
curam  et  diligentiam  adhibet.  Et  ipse,  qui  hoc  munus  conser- 
vandi  nos  proprium  esse  existimasti,  id  imprimis  consequutus 
es  :  ut  [enim  summi  illius  pontificis  sentencia  et  ea  quidem 
verissima  qui,  licet  in  altissimo  solio  constitutus,  hac  lamen  una 
re  sese  infœlicissimum  esse  enuntiarit,  quod,  se  pontificatum 
gerente,  in  Turchorum  potestatem  Constantinopolis  devenisset, 
sic  contra  ipse,  conservaiis  tôt  civitatibus  populisque],  non  solura 
providus  humanusque,  verum  etiam  felicissimus  merito  habeare, 
quum  non  modo  providentiaî  opus,  sed  etiam  fœlicitatis  indi- 
cium,  tôt  civitates  ac  populos  tam  facile  conservasse.  Gœlerum, 
bonorum  quidem  causa  omnium  divinse  Providentiœ  pientis- 
sime  attribuitur  :  presentis  autem  crga  nos  beneficii  magni- 
tudinem,  nemo  unquam  tanla  eloquentia  fuit  nec  tam  excel- 
lenti  atque  admirabili  ingenio  qui  oratione  consequi,  nedum 
augereaul  ornare  possil.  Nam,  statim  belli  inicio,  summa  inju- 
ria lacessitos,  omni  indignatione  seposita,  saluti  nostre  consu- 
luisse,  vitae,  fortunis,  memorie  nominis,  in  summo  omnium 
discrimine  positis,  superat  hoc  humani  ingenii  facultatem.  Ex 
quo  Rex  successit  regno,  muita  praeclare  gesta  sunt  :  pacatum 
regnum  -,  pax  honorificentissime  cum  fînitimis  inita  ;  quœcum- 
quebella  exorta  sunt,  celerrime  confecta.  Horum  pleraque  For- 
tune ascribi  polerant,  quoniam  in  ejusmodi  omnia  Fortuna  sibi 
imperium  vendicat.  Sed  hoc  unum,  erga  nos  sapienler,  recte, 
moderato  factura,  illa  omnia Fortunaeadimit,  Gonsilio  adscribit; 
quandoquidem  a  sapienlia  longe  recessit  temeritas  et  a  consilio 
casus  removetur.  Quod  si  omni  no  Fortunse  pertinacia  rébus 


PIECES  ANNEXES.  365 

humanis  dominari  contendat,  vendicet  sibi  quantumlibet  ex 
hac  recenli  Victoria,  quamquam,  ibi  quoque,  unius  sapientis 
consilium  mullas  superavit  manus,  communicentur  illa  non  For- 
tune solummodo.  Sed  ducibus  prtefectls  quibusque  equitibus 
militibusque  ac  omnibus  denique  exercltum  sequutis,  nostra 
ceterum  salus  vestrum  est  opus,  tuam  unius  jusLiciam,  tuam 
mansuetudinem.  Régis  solius  clementiam,  Régis  déclarât  mise- 
ricordiam  :  nihil  hinc  Forluna,  nihil  armatus  decerpserit.  Non 
enim  humanitas  Fortune  nec  multitudinis  aut  virium  opus  est, 
sed  mentis  que  valeat  iracundiam  cohibere,  quam  abs  te  vel 
inicio,  Révérende  Gardinalis,  procul  omnem  abfuisse  perspici- 
mus  ;  neque  id  sane  mirum,  quando  religio  cum  philosopbia  con- 
juncta  est.  Gujus  precipuus  autor,  Plato,  rationi  reges  ac  princi- 
pes ire  milites  comparât.  Hanc  divini  hominis  similitudinem  re 
ipse  exequutus  es  :  quippe  qui,  militibus  cum  eoruni  iracundia, 
Gsesare  illo  sapientius  ac  longe  clementius,  ultra  fluvium  repressis 
cohibitisque,  ipse,  ratione  fultus,  ad  concedendam  nobis  veniara, 
trajecisti  :  quam  ex  nostra  bonitatis  atque  humanitatis  abun- 
dantia  tam  propere  concessisti  ut  preces  nostras  ac  supplicatio- 
nes,  quas,  ut  vides,  omnis  œtas  sexusque  cum  gemitibus  lacbry- 
misque  cumquebujuscemodi  apparatu  preetenderat  et  prétendit, 
adhuc  non  sine  magna  tua  gloria  nostraque  omnium  immensa 
Isetitia  et  exultatione  preveneris,  ut  non  sit  amplius  ad  veniam 
impetrandam,  quam  sponte  concesseris  oratione  opus,  sed  ut 
Régi  pientissimo  tibique  maximas  agamus  gratias,  quas  longe 
adhuc  majores  habeamusnecesse  est,  tuam  humanitatem,  justi- 
ciam,  Régis  clementiam,  animi  magnitudinem  summis  ad  cœlum 
laudibusefferamus.  Cseterum  virtutes  vestre  non  valde  indigent 
nostris  praeconiis,  ille  quidem  in  omnetempus  linguis  omnium 
hominumaclitteriscelebrandum{szc).  Nobis  in  presentiareliquum 
est  ut,  humanitate  tua  freli,  ea  communi  civ[it]atis  consensu  a 
te  petamus,  quibus  impelratis  maximus  hoc  tuo  facto  cumulus 
accesserit.  Verum,  anteaquam  ad  ea  nostra  se  convertat  oratio, 
illud  nobis  imprimis  elaborandum  est,  ne  omnes  sine  discri- 
mine pessimi  habeamur,  qui.  ex  quo  primum  ex  voto  fere 
omnium  in  Régis  chr"'  ducis  nostri  potestatem  devenimus,  in 
fide  permansissemus,  nisi  paucorum  perversitate  pars  nostrum 
decœpti,  pars  etiara  coacti  ad  hujuscemodi  temerilatem  com- 


366  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

pulsi  fuissemus.  Illi  enim,  si  quid  in  conslituendis  componen- 
disque  rébus  nostris  ommissum  est,  lynceis,  ut  aiunt,  oculis 
perspicieiîles  ac  rursus  quicquid  recte  preclareque  est  ordina- 
turn  iniquissime  calumniantes,  maiis  quibusdam  dolis  insidiis- 
que  omnia  perverterunt,  ac  sese  pariter  et  nos  cunetos  sup- 
prompto  discrimini  objicere,  ut  non  videatur  incongruum  nec 
inutile  fortasse  rébus  presentibus  quin  nobis  coram  le,  qui  geris 
ubique  vices  regias,  loquendi  copia  facta  est,  artes  insidiasque 
quibus  capli  sumus  paucis  attingere,  presertim  cum  id  genus 
sermonis  excusalionem  quampiam  deiicti  préférât,  ut  si  pecca- 
tum  a  nobis  omnino  rejicere  non  possumus,  injurie  saltem  effu- 
giamus  calumniam.  Etenim  ilii  defectionis,  inquam,  autores 
bgecatque  hissimilia,  slatimpostdiscessum  Régis, clam  primum 
et  inter  paucos,  admurmuraba[n]t  ac  deinceps,  increhescente 
murmure,  plametiam  promulgabant  :  DiscessisseRegem  Duca- 
tus,  rébus  non  satis  compositis;  rellquisse  gubernatorem  Triul- 
tium  ;  hune,  antequam  cum  exercitu  reciperel,  promississe  nobis 
liberos  tore  nos  solutionibus  omnibus,  repetenti  promissa populo 
inhumane  admodum  et  crudeliter  renuisse;  publicanos  portis 
insidere  de  minutissimis  quibusque  exigentes-,  pecuniam  non 
hic  absumi,  in  Galham  exportari;  preterea  potestatem  quod  in 
utramque  partem  gubernatorem  istum  parem  sibi  vendicasse, 
verum  in  alteram  vergentem,  patronum  guelphis,  adversarium 
guebellinis  sese,  loco  judicis,  impari  studio  palam  exibere  ;  ad 
hec  non  déesse  in  utraque  faclione  qui  sesegubernatori,  utpote 
civi  nostro,  nobilitate  clientelisque  haud  immerito,  conférant 
jam  invidiosum  esse,  barbaris  stipatum  satellitibus,  curiam 
inhabitantem,  non  fore  ut  parem  superiorem  civem  dominum 
ferre  possint.  Haec  et  plura  non  his  gequiora  disseminabantur. 
Denique,  quicquid  illuslris  gubernator  magnitice  œgisset  ex 
tanta  dignitate,  fastus  id  erat  apud  eos;  gravitas,  superbie, 
severitas  circa  justitiam  crudclitatis  nominc  laxabatur.  Sed  et 
prefecto  consilij  ' ,  calumniabanlur.  Hujus,  in  respondendo,  liber- 
tatem  licentiam  erataudire  ;  gravitatem,  severitatemque,  inversis 
nominibus,  rusticitatem  quandam  et  rigiditatemappellabani;  si 
quid  paulo  celerius  egisset,  concilatum  aiebant,  si  quid  subira- 

1.  Prefecti  consilio. 


PIECES  ANNEXES.  367 

tus,  tum  vero  eliam  furibundum  ;  consilium  nomine  tantum  esse, 
illum  omnia  sibi  veiidicare.  Uuin  eliam  nec  iiaLioni  communi- 
ter  nec  Régi  ipsi  parcentes  audisses,  sed  in  hujuscemodi  verba 
frequenlissime  :  Prorumpenles  Gallos,  nunc  quoque  proprium 
sequi  morem,  esse  veliemenlissimos  acquirendo,  parla  non  tueri, 
maxima  queque  levibus  de  causis  negligere,  neque  hujus  rei 
exempla  longius  esse  repetenda,  regnum  Sicilie  non  esse  nuper 
celerius  acquisilum  quam  negligentius  amissum;  satis  illi[s] 
videri,  siquiddiripereaulasportarepossent;  Regem  quoque  salis 
habere,  hoslem  fugasse,  ullum  esse;  si  quam  acceperit  injuriam, 
rediisse  moxad  venationes, ad  voluplates  suas;  araplum  et  spa- 
ciosum  esse  regnum  Gallie,  oui  acquiesçai.  Quiii  eliam,  non 
esse  illum  ingentis  animi,  non  esse  admodura  glorie  cupidum 
impudenlissimi  asseveraba[n]t;  totam  ei  cessisse  Italiam,  orbis 
subjugandi  occasionem  prelermisisse;  si  non  tangilur  gloria, 
neque  hune  Ducalum  cure  ipsi  esse  posse,  nam.  si  reverli  cer- 
tum  erat  et  nos  in  flde  perraanere  voluisset,  non  satis  esse  pulas- 
set  sacramentum  quod,  présente  illo,  coacti  ferre  prestilimus  : 
beneficiis  et  humanilale  devinxisset  vel  tulo  saltem  presidio 
Ducatum  munivisset.  Ejus  hostis  vicinus  est  :  presidia  paucis- 
sima,  et  illa  quidem  absunt  majori  ex  parle,  sub  lilulo  vendi- 
cande  potestalis  Ecclesie  ad  rapinam  Italie  summo  pontifici  acco- 
modata,  verum  illis  quoque,  si  quid  accidat,  difflcilis  erit  reditus 
e  Francia;  quando  venienl,  non  cogent  tolies  exercilum,  non 
tantis  sufficient  sumplibus.  Eosalioquin  semper  egerrimeineun- 
tes  restiluel  magna  manu  Sforziam  Imperalor  :  Ducalus  iste 
urbsque  noslra,  ul  alias,  Teuthonicis  atque  id  genus  barbaris  si 
resistere  temptaverimus,  prede  direplioni  ruineque  erit  exposita. 
Hecpassimper  urbem  frequenlissime  divulgabant.  Demumque, 
cum  vidèrent  mulliludinis  animos  jam  titubantes,  nec  mirura, 
frequenti  oratione  commotos,  cujus  magna  est  vis  in  mentibus 
hominum,  revocalis  tyrannis,  Regem  quoque  Romanorum  in 
ilinere  esse  asseverabanl,  festinare,  jamjam  adesse,  Burgundos 
adventasse,  Gallie  Regem  finitimorum  bello  implicitum-,  quin 
etiam,  Venetos.  metu  Turcorum,  spe  potiunde  Crémone,  Gallis 
inllaliajamarbitris  constilutis  invidenles  insidiantesque,  clam 
Sforcie  favere  atque  auxilium  mittere,  cunctam  Italiam,  oranes 
principes  in  Gallos  conspirasse.  His  vocibus,  his  rébus  arlibus- 


368  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

que  quidam  decepti,  alii  et  coacli;  inviti  pêne  omnes,  cedere  tune 
compulsi  sumus,  qui  in  illum  semper  in  festo  fuimus  animo,  a 
vobis  nunquam  alieno  :  neque  id  profectoadmirandum,  quoniam 
nemo  nascltur  uUis  partibus  addiclus,  sed,  ut  est  injuriis  aut 
beneficiisaffectus,  ad  alterutros  se  convertit.  Ab  illo  multis  modis 
vexati  sumus  ;  a  Rege,  utpotea  Duce  nostro  et  légitime  domino, 
nihil  taie  veriti  sumus,  multa  bona  speravimus  semper,  post  tri- 
buta  sibi  necessaria,  immunitatem,  libertatem  oranem,  urbem 
nostram  sub  tanto  actam  Magnanimo  Rege  auctam,  principa- 
lum  Italie  habituram,  nos  in  summa  quiète  omniumque  rerum 
securitate  beatos  ac  fœlices  prope  modum  victuros.  Adde  quod 
nec  vestramx  consuetudinem  ingratam  aut  vernocundam  fore 
arbitrabamur.  Quippe  quos  ex  perennuo  conditores  nostros  et 
agnoscere  et  commemorare  juvabat.  Non  est  igitur  cur  defecis- 
semus,  nisi  coacti  deceptique  et  armorum  quodam  impetu 
attracti  fuissemus  a  vobis  :  itaque  omnis  injuria  iniquilasque 
longissime  abest.  Guipa  in  errore  est,  in  inforlunio  multorum 
offensio,  qui  animo  quidem  cum  Rege  essent,  corpore  forlunisque 
hosti  inservire[n]t  :  nusquam  profecto  eidem  pœnse  eventi  sumus 
obnoxii.  De  paucis  illis  defectionis,  inquam,  autoribus  ex  vestro 
arbitrio  decernetis,  errori  reprehensio  ex  œquitate  pœna  sit. 
Quiconque  coacti  offendimus,  sumus  etiam  coramiseratione 
digni  existimandi.  Quapropter,  ut  unde  egressa  est  nostra  rever- 
tatur  oratio,  hoc  primum  a  te,  111'"*^  ac  R"''  Domine,  petimus 
rogamusque  ut  non  indignos  penitus  excusatione  nos  existimes 
velisque  fieri  teslis  sponsorque  fidei  observantieque  nostre  apud 
Regiam  Majestatem,  et  presens  ad  eum  reversus,  et  interea  per 
litteras,  atque  nos  in  futurum  longe  cautiores  et  in  fide  constan- 
tissimos  fore  polliceri.  Secundo  loco,  petimus  ex  quo  a  nostris 
civibus,  ejjtiscopo  Gomensi  et  ipso  civenostro  deprecante,  ccc  scu- 
torum  milia  communi  nomine  civilatis  Régi  promissa  sunt  ad 
impensam  resarciendam  ad  quam  ob  defectionem  nostram  est 
compulsus,  petimus  ac  vehementer  contendimus  ut  agas  cum 
Regia  Majestate  ne  nos  cogat  ad  integram  hujus  pecuniœ  solu- 
tionem,  sed,  exactis  centum  milibus,  quod  reliquum  est,  urbi 
sue  condonet.  Hoc  secundo  loco  per  te  nobis  est  impetrandum, 
licet  jam  imperatum  esse  possimus  contendere.  Si  quidem  Rex 
clementissimus  nos  salvos  essevult,  hoc  perfecerit;  si  ea  pecu- 


PIÈCES  ANNEXES.  369 

nia  urbi  condonetur.  Sin  minus,  parum  difTerre  videtur,  semel 
una  ruina  Givitas  subvertalur  ac  sensim,  non  multo  post  Lem- 
pore,  absumatur.  Etenim,  lantapecuniaexhausta,  non  relinqui- 
lur,  quse  in  tbro  versetur;  mercaLura,  necessario  loliitur;  artes 
mercalure  conjunctae,  in  quibusconsisUL  slalus  Givitalis,  proti- 
nus  deficiant  necesse  est  -,  maxima  pars  habitantium  urbem  deseret 
atque  ad  finitimos  transmigrabit,  reliqui,  inopia  pressi,  nec  con- 
suelis  artibus  liberos  inslituere  nec  malrimonio  possemus  con- 
jungere.  Givitas  ab  omni  parte  conficeretur.  Preterea,  ratio  pecu- 
niarum  hujusurbis  cum  Ducatus  pecuniis  est  implicita;  quicquid 
in  Ducatugeritur  nostris  coberet  negociis,  fieri  nequit,  fortunis 
nostris  rebusque  afflictis.  Quin  Ducatum  omnem  in  eandem 
trahamus  calaraitatem,  boc  non  ex  dignitate  est,  nec  utilitate 
Régis,  verum  enim  exigenturvelnecessariaillatributaautunde 
populos  suos  auctos  et  fœlices  reddet,  que  cura  principis  débet 
esse  principua.  Neque  enim  quod  erravimus,  propterea  aftli- 
gendi  sumus.  Paucorum  hec  est  injuria,  quibus  aequius,  reliquo- 
rum  omnium  causa,  parcendum  sit  quam  in  omnes  ex  illorum 
culpa  animadvertendum.  Glemcntia  in  venia  amorem  et  obser- 
vanliam,  liberalitas  fidem  conciliabit  perpetuam.  Sed  illud  quo- 
que  rogamus  etvehemenler  contendimus  ut  milites,  diripientes 
omnia  conculcantesque,  ab  agris  celerius  avocentur,  si  fructus 
colligi  servarique  possint,  ne  presentisannicalamitas,  preterito 
adjuncta,  intollerabili  penuria  pariter  omnes  conficiat.  Post 
haec,  si  cives  nostri  restituantur  magistralibus  muneri busqué 
suis,  cumulatissimura  civitati  beneficium  reddetur.  Postremo, 
illud  petimus  ut  pax  et  concordia  inter  nos  alatur,  cohibitis 
quicumque  illi  fuerint,  qui  discordiarum  aut  perturbationum 
causam  essent  presbiteri. 

Hœc  sunt.  R'^*aclll"'®  Domine,  que,  post  vcnie  concessionem, 
petimus  et  exorare  cupimus  ut  saluti  nostre  intègre  consulatur 
atque  ea  quidem  ejusmodi  que  prestare  œquum  sit,  ca  generosi- 
tate  Regem  et  omni  magnitudine,  qui  et  Italiam  pacare  et  regere 
et  reliquum  orbem  ditioni  sue  facile4)ossit  subijcere,  queque  per 
le,  patronum  jam  nostrum  deprecatoremque.  impetrare  conve- 
niat.  Qui  teubique  dignissimum  religione,  dignitate,  nobilitate, 
quis  maxirpe  es  conspicuus,  studeas  exhibere,  nec  nos  ingrati 
erimus  quantum  in  nobis  erit.  Sed  tui  nominis  memoriam,  qui- 
1  24 


370  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

buscunque  modis  id  fieri  possit  melius,  in  œvum  propagabimus, 
teque  liberalorem  noslrum  servatorcmque  et  venerabimur  et 
coleraus. 

Finis. 


XIX. 

RÉPONSE   AUX   DÉLÉGUÉS   DU   PEUPLE   DE   MlLAN, 

préparée  par  Jean  Lascaris. 

{^7  avril  ^D00.) 
Le  célèbre  helléniste  Jean  Lascaris,  après  de  longs  séjours  en 
Italie,  avait  trouvé  bon  accueil  en  France,  à  la  cour  de  Charles  VlU, 
et  s'était  attaché  à  la  fortune  de  Louis  XIL  La  Bibliothèque 
nationale  de  Paris  possède  (ms.  lat.  2620,  petit  in-4%  relié  en  cuir, 
autrefois  orné  sans  doute  de  miniatures,  à  en  juger  par  les  gardes 
de  parchemin  qui  semblent  coupées)  un  recueil  de  ses  traductions 
de  morceaux  grecs  en  latin.  C'est  un  ms.  de  107  feuillets,  d'une 
belle  écriture  italienne  contemporaine,  exécuté  par  Bartolomeo 
de  Pistoia,  dit  Pliiliarchus,  qui  l'a  signé  en  plusieurs  endroits.  Ce 
ms.  contient  (fol.  90-107  et  dernier)  le  discours  qui  suit,  adressé 
par  Lascaris  aux  délégués  milanais.  Il  est  probable  que  ce  discours 
ne  fut  jamais  prononcé,  car  on  n'en  trouve  mention  nulle  part  : 
il  doit  être  demeuré  à  l'état  de  simple  composition  littéraire,  pré- 
parée par  Lascaris  :  le  cardinal  d'Amboise  préféra  le  discours, 
beaucoup  plus  doux,  de  Michèle  Ritio.  On  peut  néanmoins  le 
considérer  comme  l'expression  des  sentiments  qui  régnaient  autour 
du  cardinal. 

Le  style  présente  quelques  incorrections,  au  point,  dit  M.  H.  Vast, 
qui  en  a  eu  connaissance  [De  vita  et  operibics  Jani  Lascaris,  p.  59, 
note),  «  ut  latinitas  bine  inde  claudicet  et  haud  semel  deformis  et 
impexa  appareat.  »  Ce  discours  fut  certainement  écrit  en  hâte. 
Peut-être  ses  défauts  tiennent-ils  à  cette  circonstance,  ou  tout 
simplement  à  des  erreurs  du  copiste. 

Ejusdem,  Oratio  responsiva  ad  legatos  Mediolanenses. 

Veniam  vobis  jam  concessam  esse,  viri  Mediolanenses,  nos 
quoque  affirmamus-,  quodque  agatis  gratias  habeatisque,  haud 
ingralum  est  :  elenim  hoc  etiam  eril   remimeratio  quedain 


PIÈCES  ANNEXES.  371 

beneficii  recle  exislimali  :  ex  qua  et  collatione,  vita  hominum 
contiiietur.  Sed  nec  vestram  excusalionem  injocundeaudivimus, 
atque,  eo  magis  quo,  libcrius  accusantes,  occasionem  prebetis 
ut  Régis  chr""'  ac  Ducis  vestri  beneficiis  erga  vos  veslrisque  in 
eum  offensionibus  commemoralis  illum  calumnie,  quam  tacite 
fortasse  subijsset,  minime  obnoxiura  declaramus,  vobis  cle- 
mentius  liberaliusque  concessam  graliorem  esse  debere  veniam 
ostendamus.  Yerum  excusatioui,  quoniam  eam  oblique  insi- 
nuastis,  sub  nocentissimorum  persona  cautius  nec  fortasse  et 
immodestius  proferentes,  postea  respondebimus -,  immo  vero 
vos  ipsos  docebimus  quo  pacto  illorura  dolis,  ut  appellatis, 
insidiisque  erat  occurrendum.  In  presentia  quum  ubi  rerum 
testimonia  adsunt,  non  opus  est  verbis,  nec  veritas  indiget  per- 
plexa  oralione  :  rébus  ipsis,  ut  geste  sunt.  plane  ac  sincère 
expositis,  fîet  in  omne  tempus  perspicuum  universis  qualem 
erga  vos  Rex  sese  exhibuit,  quam  recte  vos  quoque  moderate 
offîcio  respondistis.  Itaque,  cum  Mediolanensis  Ducatus  ad 
regem  jure  optimo  pertineret  atque  a  suppotitijs  quibusdam 
alienisque  opprimeretur  iniquissime  occupatus,  ut  primura 
facultas  ipsi  Dei  nulu  atque  auxilio  data  est,  ad  ejus  recupera- 
tionem  sumrao  studio  acceleravit,  nullis  parcendum  sumptibus 
aut  incoramodis  regni  arbitratus,  dum  populos  suos  rapinis 
extorsionibusque  vexatos  ab  indecenti  oppressione  injuriaque 
vendicaret  atque  ad  veram  libertatem  reduceret.  Quare,  brevis- 
simo  tempore,  tantum  apparatum  bellicum,  lam  firmam  ac 
validam  ad  banc  expeditionem  premisit  manum,  ut,  repentino 
perculsus  nuncio,  vix  famam  adventus  nostri  exercitus  hostis 
sufferre  potuerit,  sed,  desperatis  rébus,  dissipato  ac  perdito 
quem  non  mediocrem  comparaveratexercilum,  collectis  rapinis 
ac  necessarijs  quibusque,  sese  quamprimum  turpissime  subri- 
puerit.  Ducatu  igitur  recuperato  ac  liberatis  populis,  Rex  ipse 
Alpes  transcendit  et  ad  vos,  viri  Mediolanenses,  se  propere  con- 
tulit  ut  ab  omni  parte  beneficium,  quod  in  vos  contulerat,  prc- 
sens  accumularet  ac  nihil  eorumexperiremini  que  victi  victoribus 
concedere  coguntur.  Ad  cujus  advenlum  quodnam  humanitatis 
genus  autœquitatis  est  desideratum  ?  Num  violenti  quicpiam  in 
ducatu  visum  est  ?  Num  uUi  agri  depopulati  aut  opplda,  quo- 
rum fîdes  suspecta  esset,  demolita  ?  Num  populi  afflicti  oppres- 


372  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

sive  sunt  exactionihus  aliquibus  aul  exercilu  graviori,  quem, 
maxima  ex  parle  ne  ici  fierel,  aut  diniisit  slatim,  aut  in  regnum 
remisit,  nuUa  vi  amplius  opus  esse  arbitratus,  sed  beneficiis, 
animi  humanilate,  populorum  fidem  esse  devincendam  ?  Gapul 
mox  Ducatus,  urbem  veslram,  ingresso  Duce  in  tanta  rerum 
mutatione  ac  omnium  perturbatione,  quenam  injuria  publiée 
aut  privatim  illata  est  ?  Qui,  jussu  ejus,  vexati  necative,  que 
domus  everse  aut  afflicte  :  qualia  in  ejusmodi  temporibus,  ob 
rerum  conditionem  ac  varia  hominum  ingénia,  contingere  est 
necesse?  Verum,  ejus  moderatione  et  studio  equitatis  servande, 
nollus  (sic)  Nobilis,  nullus  Plebeius  injuria  affectus,  nulli  ex 
aulicis  contumeliosum  quidquam  accidit.  Plerique  omnes  in  bis 
quos  exercueranl  magistralibus  atque  omnifariam  muneribus 
confirmali,  quln  etiam  nec  ipsiushostis  familiares  ac  domestici 
opibus  aut  ullis  bonis  privati  sunt;  immo,  illi  quoque  qui  cum 
60,  utpula  cliarissimi,  aufugerant,  ad  bona  que  deserueranl 
revocali  sunt  :  tranquilla  denique  et  pacata  omnia,  ut  ne  minima 
quidem  capte  urbis  species  appareret,  sed  que  gravem  domi- 
num  cum  juslo  principe  ac  pâtre  pienlissimo  atque  indulgentis- 
simo  permulasset  :  neque  ordo  hic  œquitatis  raoderationisque 
est  Mediolani  solummodo  servalus,  sed  Régis  consilii  cureque 
fuit  ut,  per  omnia  Ducatus  oppida,  castella,  vicos,  idem  ordo, 
idem  providentie  bonum  commoditasque,  eadem  diligentia  pcr- 
veniret,  nulla  vis,  nulla  rapina  cuiquam  sentiretur,  nec  cui- 
quam  uspiam  audiretur  interitus  preterquam  si  cui,  jure  belli, 
initio,  armalo  cecidisse  contigerit.  Pacatis  itaque  rébus,  in  futu- 
rum  quoque,  quoad  fieri  potuil,  tranquilitati  ac  quieti  consul- 
tum  est;  civem  veslrum,  nobilissimum  ac  prudentissimum 
virum,  cui  fides  observantiaque  non  minor  erga  patriam  quam 
erga  Regem  ipsum  facile  esset  perspecta,  gubernalorem  Ducatus 
constituit;  consilium  ex  eisdem  civibus,  prêter  admodum  pau- 
cos,  ordinavit;  virum  religione  justiciaque  insignera  concilio 
prefecit;  milites  per  Ducatum  disposuit  paucos,  ut  in  omnibus 
ingralissimis  vobis  indulgcret;  consanguincum  suum ,  cujus 
œquilalem  et  animi  magnitudincm  moderationemque  compro- 
baret,  ducem  bis  esse  voluit,  qui  ferociam  militum,  sicubi  petu- 
lantius  exullarent,  ingenio  atque  autoritateleniret  atque  oblun- 
deret.  Quod  vero  ad  exactiones  provenlusque  allinet,  iter  per 


PIECES  ANNEXES.  373 

ducatum  aperuit  mercalorihus  et  viatoribus,  quibusque  a  piiblica- 
nis  solis,  adilkid  tempus  latrocinium  impune  exercentibus,  non 
levi  Ducatus  infamia,  occlusum  ;  ipse  nihil  aequius,  nihil  potuil 
constituere  moderatius,  quuni  quidem  nihil  ullraquam  exigerel 
nécessitas  ordinatum  est.  Exigebat  autem  nécessitas  ut  raagis- 
Iratus  qui  ducatum  regerent,  quiquc  eum  tutarentur  milites, 
ex  ejusdem  proventibus  sustenlarentur;  ad  quam  erogationem 
vix  terciam  partem  eorum  colligi  decretum  est  que  prioribus 
dominis  penderentur,  ut  nihil  amplius  potuerit  remitti,  quando 
et  iniquum  est  ut  vestra  tutela  ac  regiraen  alienis  alatur  impen- 
diis.  Quin  etiam,  nec  fieri  potest,  née  expedit  immunem  pœni- 
tus  remittere  multitudinem,  ne  ipsi  quidem  multitudini;  ocio 
siquidem  et  desidia  populus  petulans  efficitur  et  contumeliosus 
atque  immoderata  licentia  effrenis  sese  in  precipitium  continuo 
proripit,  ut  non  sit  sine  commendatione  sequenda  maximi  illius 
legum  latoris  [s]enlentia.  Populus  sic  optime  principibus  adhe- 
rescit,  nec  valde  remissus,  sed  nec  est  oppressus.  Quam  medio- 
critatem  hic  quoque  servata[m]  esse  non  erit  in[j]ustus  reruni 
estimator  qui  dubitet.  Itaque,  omnibus  ?eque  adeo  et  modéra  te 
constitutis,  qui  benignitatis  et  beneficentie  copula  essetis  obli- 
gati,  sacrosanctis  etiam  ac  minime  temerandis  sacramenli  vin- 
culis  vos  ipsi  devinciendos  ultro  exhibuistis.  Namque,  et  nobi- 
litas,  et  plebei,  et  quicunque  mediocris  fortune,  jam  urbis 
ipsius  quam  reliqui  Ducatus,  solemnibus  cerimoniis  jureju- 
rando  fidehomagium  prestitistis.  Atque,  in  hune  modum  cons- 
titutis rébus,  devincta  omnium  fide,  arcibus,  ut  queque  esset 
opportuna,  presidio  munitis,  in  tuto  omnia  esse  arbilratus, 
Rex  e  Ducatu  in  regnum  se  convertit.  Et  bec  quidem  illius 
expeditionis  Régis  acta  sunt  humana,  justa,  moderata,  provida, 
regia  denique.  Que  autem  deinceps  sequunturad  vos  pertinent, 
viri  Mediolanenses,  repensa  a  vobis,  ob  tanlam  humanitatem, 
Régi  ac  Duci  vestro.  In  regnum  re versus  vix  satis  constitit  Rex, 
cum  subito  defectionis  vestre  nuncius  allatus  est,  tam  infesto 
in  nostros  animo,  tam  immani  crudelitate  et  scelere  ut  nihil 
supersederetis  quam  omnes  noslri  nominis,  dolis  insidiisque 
circumventos,  fedissime  ac  truculentissime  Irucidaretis;  verum 
illos  ducum  providentia  et  militum  virtus,  divino  auxilio,  con- 
servarunt.   Reliquorum  quicunque  cives  nostrarum   partium 


374  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIÎ. 

extitere,  nulla  habita  ralione,  prede  ac  direptioni  famille  domus- 
que  paluere,  quemque  paulo  ante  lyrannum  vocilabatls,  in  quem 
immani  odio  confreraebalis,  obliti  omnium  que  ab  eo  essetis 
perpessl,  levitatem  hominum  et  inconstantlam  non  ferendam, 
in  ducaLus  possessionem  revocastis  invitum  et  quasi  reluc- 
tantem,  eidem  omnem  apparatum  bellicum  alacriter  suppedi- 
tantes,  cum  eo  in  nos  exeuntes,  ac  pecunie  copiam  subminis- 
tranles,  ut  eonduclitio  sic  milite  bellum  instauraret  et  firmiori 
exercilu  in  aciem  descenderet.  Quibus  tam  iniquis  ac  impiis 
conatibus  regem  in  sumptus  ac  négocia  de  integro  compulistis, 
scd  vosmet  ipsos  ac  vestra  omnia  ultimo  discrimini  objecislis. 
Nam,  Deo  justis  oculis  aspiciente  mortalia,  oppressis  iterum 
hostium  coppiis,  dissipato  exercitu,  hoste  denique  quem  defen- 
sorem  ac  belli  diicem  ac  dominum  acciveratis  in  Régis  potesta- 
tem  redacto,  fracti  opibus  animoque,  frustati  conatu  omni,  en 
ex  solius  spe  venie  nunc  pendetis,  ad  eam,  tanquam  ad  unicum 
remedium,  supplices  confugitis.  Inopis  sans  concilii  homines, 
qui,  divinum  jus  humanumque  violando,  ullionem  pœnamque 
deprecari  malucritis  quam,  pietalis  gratitudinisque  laude  con- 
quisila,  favorem  ac  benivolenliam  promereri  ! 

Cœterum,  que  metu  ad  defectionem,  qua  spe  ad  proditionem 
(quid  enim  sit  appellanda,  si  hcec  proditio  non  est?  Gur  enim 
nomina  honestemus  aut  cur  non  casligemini  verbis  qui  cuivis 
psene  vosmet  obnoxios  minime  negare  audeatis)  sed  esto,  quo 
metu,  qua  spe  propcrastis  ad  defectionem  tanta  festinatione  ac 
studio  ?  Neque  enim  libertatis  nomen  asserere  audebitis,  quam, 
violenl[e]m  dominum  accersendo,  jam.diu  dedidicisse  fateamini 
necesse  est.  Quo  igitur  metu?  Rex  sane  vos  omni  charitate 
benivolentiaque  proscquebatur  :  régis  favore  auspiciisque,  nul- 
las  vicinorum  opes,  nullam  poLentiam  expavissetis.  Quod  si 
quam  spem  in  tyranno  posueratis,  ea  sane  pertenuis  erat;  bene- 
ficiane  magna  omnes  ab  eo  consequuturos  sperabatis?  At  ava- 
riciam  ejus,  violentiam,  rapinas,  extorsionesque  non  sine  magno 
malo  vestro  experti  estis  assidue  universi.  Verum  ab  eo  omnia 
speraveritis  unice,  nam  vobis  salutem  promitlebatis  unde  pol- 
licebamini  victoriam;  quippe  quis  pro  comperto,  si  nec  ex  digni- 
tate  neque  ex  utilitate  Régis  fore  vobis  cedere  atqueab  inccplo, 
quam  semel  pcrfecissct  excussum,  turpiter  desistere,  arce  prc- 


PIECES  ANNEXES.  375 

sertim  munitissima  ac  prorsus  inexpugnabili  vestris  capitibus 
imminenle.  Credo,  generosilalem  lioslis  ac  periliam  bellicam, 
opes  vestras  ac  potentiam  Régis  conferebalis,  an  populari  atque 
innumeremultiLudini  cerdonum  armalis  manibus  estis  confisi. 
Nam  mercennarii,  utpole,  ex  variis  genlibus,  colicctitia  manus 
invalida  et  incerla  quibusquam  foret  assidue,  cui  non  sunecis 
setis  pecunia  suggerenda,  ut  ex  bis  non  solum  improbi,  impil, 
ingratique,  sed  fatui  et  amenles  esse  redarguamini. 

Nunc,  postquam  régis  in  vos  bénéficia  vestraque  in  cum 
temeritas  et  ingralitudo  ex  rerum  ipsarum  commemorationc 
patefacla  esl,  ad  vestrarn  excusationem  descendamus.  Pauci, 
inquit,  dolis  insidiisque  nos  seduxerunt  deceperuntque,  hujus- 
cemodi  sermones  promulgantes  :  «  Discessisse  Regeni;  »  at  bis 
a  vobis,  fideli  in  Regem  animo  exislentibus,  respondendum  erat 
discessisse.  «  Neque  enim  nobiseum  venisse  babitatum  esse,  »  illi 
regnum  esse  in  regno,  «  provincias  esse  ducatus,  »  hoc  non  infe- 
riores  quod  Régis  presentia  desideraret,  «  reliquisse  Trivultium 
gubernatorem,  »probecivemvestrum,patrieobnoxium,  plurimos 
vestrum  amore  ac  benivolentia  prosequentem,  «  promisisse  buoc 
liberos  nos  fore  solutionibus  omnibus,  »  iniquum  esse  boc  non 
promisisse,  «  patronum  se  guelphis  exbibere,  adversarium  alte- 
ris,  »  minime  id  verum  esse,  prudentem  virum,  vices  gerentem 
Régis  partem  non  acceplantis,  ignarum  non  esse  justitiam 
non  prevaricandam.  «  Ex  ducatu  aurum  exportari,  »  non  expor- 
tari,  Ludovici  temporibus  alio  exportatum,  cum  largitionibus 
omnia  corrumperet;  «  non  hic  absumi,  »  hic  absumi,  vix  militum 
stipendio  munitionumque  ac  magistratuum  sumplibus  respon- 
dere,  «  conferre  se  nonnullos  gubernatori,  lemere  honoribus  ac 
dignitatibus  cumulato,  »  regias  vices  gerenti,  «  stipatum  prodire 
satelblibus,  gnavumquem  locum  teneat,  vobis  diffidentem,  invi- 
denlibus  invidiosum  esse.  »  Quid  mirum  gnavum  ignavis,  studio- 
sum  lorpentibus,  quod  iili  superbie  nomine  vos  gravitatis,  quod 
crudelitatis,  vos  severitatis  reprobassetis?  Sed  et  calumniam 
prefecti  consilii  facile  amovissetis,  licentiam,  rusticitatem,  rigi- 
ditatem,  quicquid  rectis  nominibus,  libertatem,  gravitatem, 
severitatem  nuncupantes.  Preterea,  «  dum  illi  non  parcerent 
nationi,  »  nec  vos,  nationi  comuniter  faventes,  vestris  progcnito- 
ribus  ac  duci  vestro  addicti,  ilbs  perpercisselis,  «  Gallos  nunc 


376  CHRONIQUES   DE  LOUIS  XII. 

(juoque  morem  seqiii  proprium,  mulla  acquirere,  plurima  lueri, 
non  illis  satis  esse  diripere,  non  asportarc,  nec  longius  exem- 
pla  repetenda,  regni  ampli ficalionem  hoc  satis  attestari,  quod- 
que  sit  adhuc  proprius  Mediolani,  arcem  ac  reliquas  presidio 
munitas.  Nos,  si  vera  fateamur,   neque  tueri  posse,  neque 
negligere  quod  non  acquiramus,  neque  diripere,  neque  expor- 
tare  quum  non  vinciraus,  Regem  salis  habere,  »  satis  profecto, 
hosle  fugato,  Ducatu  recuperato,  nisi  vestra  temeritas  et  hos- 
tem  et  vos  ipsos  in  majorera  calamilatem  compulerit,  «  rediisse 
ad  venationes,  »  ad  studium  valitudini  pernecessarium,  exerci- 
tationera  preliiscongruentem,  «  advoluptates  suas,  «  ad  suas  et 
necessarias,  nullaque  legevetilas.  «  Amplum  esse  regnum  Gai- 
lie,  » amplissimum,  sed ex  regnantis  animo  régna  metienda  sunl, 
eam  amplitudinem  non  ad  ocium  et  desidiam,  sed  ad  splendorem 
et^Ioriamobpotentiam  invilare,  «  Regem  cognoscere  immorta- 
lem  gloriam  consequutos,  non  qui  magno  imperio  successissent, 
sed  qui  maximam  orbis  partem  a  se  subactam  successoribus  reli- 
quissent.  »  Siquidem  illud  fortune,  lioc  virtutis  opus  est.  Verum 
unde,  nam  illa  conjectura  esse  augusti  animi  imbecillibus  for- 
tasse  imperat,  an  ignorât,  que  virlus,  que  gentis  fortuna  sit,  an 
progenitoribus  ingloriis  successit,  an  œtas  rébus  gerendisaptis- 
sima,  vigor  animi  corporisque,  an  industria,  an  rei  militaris 
scientia  invictum  in  adversis,  animum,  torpentemque  in  secun- 
dissimis  redidit?  Glorie  vero  cur  non  sit  supra  modum  appe- 
tens,  quem  non  lateat  aliarum  rerura  cupiditatem,  si  modum 
excesseril,  inhonestam  pulari,  quum  mediocritatesapud  multi- 
tudinem  commendatur  gloriam  appetere,  ea  nunquam  expleri 
decere  illos  qui  plurimum  caeteros  antecellant.  Eam  nunc  astris 
esse  terminandam  Pietas  admonet,  cogit  nécessitas,  christianis, 
ad  unum  ipsum  undique  inluentibus,   atque  in  communem 
hostem,  jam  metu,  régis,  ac  trepidatione  in  alios  excitatum, 
solius  auxilium   imploranlibus,   ut  nulli    unquam  iler  para- 
verit  ad  immortalitatem  latius  planiusve.  Neque  eum  liis  rébus 
frequentibus  quicquam  aut  libentius  meditari  unde  igitur  ille 
Ducatum  negliget,  ex  successione  sibi  debitum,  quem  nullo  modo 
non  dedeceat  :  sed  necesse  sil,  ut  tolum  orbem  animo  com- 
plectatur.  Hec  verissima  sunt,  nec  vobis  incognita  :  bis  oppor- 
lebat   Régi   ac  Duci   vestro   deditissimos  a  Rcge  pientissimo 


PIÈCES  ANNEXES.  377 

alque  invictissimo  calumniam  amovere.  Quod  autem  ad  Regera 
Romanorum  allinet,  debuerat  hoc  inveteratum  jam  videri  et 
absumptum  Ludovico,  nedum  auloribus  superfuisse  unde  vos 
amplius  deciperent,  illa  autorilate.  nihil  ab  illis  afferri  poteru[n]l 
quod  non  facile  diluisseLis.  Xam  secundae  res  ac  preclara  faci- 
nora  occasionem  prebent  efficacissimi  honestique  sermonis.  Sed 
decipi  voluistis,  viri  Mediolanenses,  audienle[s]  ejusmodi  nugas 
libenlius,  diceiilibus  et  credenLes  facillime  fingenlesque  que  sic 
se  habere  cuperetis,  imrao  vero  non  decepti  estis  nec  ullo  modo 
coacti,  omnes  ferea  paucissimis,  utdicitis,  quibus  essetis  etiam 
pkirimum  causa  ignoscendum,  quando  acrius  utrique  puniendi 
silis,  paucique  universos  malos  reddiderinl  alterique  ad  facinus 
inhoneslum  impiumqueplures  paucioribusoblemperaveritis,  ut, 
quorum  temeritatem  seculi  sitiseorum,  etiam  fortunam  sortia- 
mini.  Excusationes  vestre  quam  sufficientes  sint,  quamequain 
nos  convicia,  quam  juste  et  vabde  defectionis  cause  ex  bis  que 
dicta  sunt  facile  judicari  potest.  Unde  igitur  vobis,  quod  vehe- 
menter  mirandum  sit,  adversus  immensum  tyranni  odium 
usque  pavidissimis,  tanta  in  Regem  illico  audacia  increvit  ut 
sine  ulla  causa  illi  infestissimi  ad  interitum  iveretis,  volunta- 
rium  morem  nimirum  urbium,  que  imbecilli  reguntur  consilio 
sequuti  estis.  Hœ  namque,  si  vel  raediocris  félicitas  accesserit 
insperata,  repente  ad  injuriam  et  contumebam  convertuntur  :  ad 
ipsum  vos  quoque  erexit  extulitque  ob  nimiam  Régis  indulgen- 
tiam.  Idcirco  utilitas  videbalur  exigere  ut  in  presentia  potius 
oppriraereraini,  etenim  ex  convenienti  asperitate  animadver- 
sionis  nulla  spe  venie  in  posteruiTj  deficientibus  relicta,  quos 
nec  humanitas  nec  veterum  beneficiorum  memoria,  nec  sacra- 
menti  vis  quod  non  coacti  sed  sponte  et  post  compositiones  exhi- 
buistis  nec  aliud  quicpiam  continuisset  in  flde,  metus  compri- 
meret.  Ceterum  et  si  boc  regem  minime  lateat,  non  tamen  quid 
vestra  demenlia,  quid  bac  parte  utilitas  postulet,  sed  quid  mores 
suos,  nulla  in  hune  diem  s[e]vitie  macula,  temeratos,  quid  suam 
humanitatem,  clementiamdeceat,  sibi  proposuitesse  consideran- 
dum.  Nihil  enim  magis  alienum  ab  eis  ingenio,  nihil  ducit  esse 
quod  magis  dedeceat  Regiam  Majestatem  quam  quedam  ad 
ultionem  cupiditas  et  perseverantia.  Nec  vos  posthac  credo  ini- 
quum  quicquam  tentare  audebitis,  edocti  potestalem  celeriter 
ulciscendi  in  Régis  arbitrio  esse  positam.  Non  fuit  itaque  cur  a 


378  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

se  vos  (lepcllerel  supplices,  presertim  pro  palria,  pro  vobis  ipsis. 
]jro  coniugibus,  pro  liberis,  pro  quicquid  habelis  charissimum. 
Nihil  est  enim  summam  potestatem  habentibus  misericordia 
convenientius.  Si  Rex  imago  Del  estanimata,  ut  Sapientissimo- 
rum  sententia  autumatur,  nuila  re  exactius  Deum  referre  potest 
quam,  si  salutem  dederit  quamplurimis.  hominum  debellare 
superbos.  Subjectis  parcendum  erat-,  hostes  velipsos  miserabiles 
in  potestatem  redegit  :  iracundiam  cum  Victoria  terminavit  vel 
eam  polius,  quum  iam  maiora  concepit  animo,  in  impios,  in  com- 
muncm  Ghrislianorum  hostem  distulit,  in  subditos  suos,  in  vos, 
virixMediolanenses,  acreliquos,  omni  offensionis  memoriadeleta, 
milis,  hilaris,  clemens  esse  voluit.  Remisit  vobis  ac  remittit  hic 
per  nos  publiée  delicla  omnia,  pepercit,  ignovit,  veniam  conces- 
sit.  Liceat  vobis,  Mediolanenses,  liceat  cœteris  Ducatus  habita- 
toribus,  Nobilibus,  Plebeis  cuiuslibet  fortune  ac  condilionis 
(hominibus  illis  exceptis,  qui  ante  secundam  diem  februarii  deli- 
querunt,  quorum  adhuc  causa  pendeat  necesse  est),  liceat,  in- 
quam,  omnibus,  omni  iniurie  ac  detrimenti  metu  suspitioneque 
deposita,  frui  iam  libère  iocundiori  vita,  Patria,  possessionibus, 
opibus  quibusque  ac  bonis.  Illud  tamen,  premonitis  ut  reconci- 
liationem  banc  et  observantiam  erga  Regem  Regisque  in  vos 
omnes  benivolentiam  tutissimam  certissimamque  et  existimetis 
et  esse  velitis,  nec  rerum  semper  presentium  statum  fastidien- 
tes,  mutationem  desiderelis,  non  ignari  ob  huiuscemodi  pertur- 
bationes  urbibus  interitus  ac  privatis  domibus  eversiones  neces- 
sario  contingere.  Quod  ad  Petitidnes  vestras  attinet,  quicquid 
hic  per  nos  fieri  possit,  id  nos  celerrime  exequemur.  Caetera  ad 
Régis  arbitrium,  me  tamen  fautore  vestro  atque  deprecatore, 
deferantur  necesse  est.  Dixi. 

Barlh.  Philiarchns  de  Pislorio  scripsil. 
(Ms.  lat.  2620,  f"  90  et  suiv.) 

XX. 

Mémoire  présenté  ad  nom  de  Galeazzo  ni  S,  .Severino. 

Memoriale    eorum    que   pectunlur  pro  D"°   Galeazio  San 
Severino. 


PIÈCES  ANNEXES.  379 

i°  Absolucio  ampla  omnium  que  D.  G.  fecerit  contra  chr™"™ 
(jnum  Regem  Francorum. 

2"  Quod  restituantur  sibi  infrascripta  bona  sua  que  habebaL 
anle  capUim  a  pr°  d"°  Rege  slalum  Mediolani. 

Bona  donata  ab  D.  Ludovico  D.  Galeazio,  que  an  te  erant 
ducalis  Gamere. 

Castrum  novum,  cum  censu  et  salle.  Hune  locum  tenet  cornes 
iMusochii. 

Arx  et  opidum  Viquerie,  con  daciis.  Tenetur  a  d°°  de  Legni. 

Possessiones  Cassine,  propinque  Viquerie.  Nescit  d""^  Galeaz 
si  d°"=  de  Ligni  vel  alius  ha:?  tcneat. 

Arx  Algesii,  cum  perlinenciis  suis.  Tenetur  a  Bernardino 
Curcio. 

Fictus  possessionum  Ticini.  Ignorât  quis  hune  hal)eat. 

Hospitium  Pizalis.  Nescit  quis  hoc  teneat. 

Domus  una  in  porta  Yercelina,  Mediolani. 

Stabulum  et  domus  in  parcho,  prope  Castrum  Mediolani. 

Domus  una  in  urbe  Papie,  prope  Sanctum  Franciscum. 

Bona  empta  a  d"  Galeazio. 

Castrum  et  opidum  Zavatareli,  cum  possesionibus.  Nescit 
quis  hoc  teneat. 

Arx  et  opidum  Silvani,  cum  possesionibus.  Nescit  quis  hoc 
habeat. 

3°  Petit  dotem  que  uxoris  sue,  que  est  ducentorum  quadra- 
ginta  milium,  sicut  apertissime  demostrabit. 

D.  Ludovicus  nundum  eam  solverat  et,  quamquam  filios  ex 
ea  non  genuerit,  tamen  dottem  de  jure  habere  débet-,  et  hoc 
clarum  est  quia,  ut  notissimum  est,  Mediolani  sunt  statuta  et 
ordines  in  viridi  observancia  quod  unusquisquc,  cum  primum 
cumsumpsit  matrimonium  cum  uxore  sua,  lucratur  dottem. 

4°  Petit  restitucionem  bonorum  indebite  sibi  ereptorum, 
sicuti  scit  Rn'us  D.  Cartf'^  Rotomagensis,  quijusit  ei  restitui 
quando  D.  Galeaz  Mediolani  erat.  Sed ,  recusantibus  iis  qui 
habebant,  res  efTectum  non  habuit.  Eorum  majorcm  partem 
habet  coYnes  Musochi.  Quis  aliam  partem,  que  minima  est, 
teneat,  D.  G.  nescit. 

5o  Quia  D.  G.,  ante  expulsionem  D.  Ludovici  e  statu  Medio- 
lani, habebat  nonnulla  débita  contracta  eo  anno  pro  melu  suo 
et  familie,  sicuti  faciebat  omni  anno.  quoad  in  fine  anni  exi- 


,S80  '  CHRONIQUES  DE  I.OTTTS  XII. 

perentur  ficlus  ex  quibus  postea  salifaciebaL  credilorilms  qui 
res  declerant,  et;,  ante  prediclam  expulsionom,  ordinaveral  quod 
predicla  débita  solvereiilur  ex  redilibus  bonorum  suorum  ejus 
anni  et  D.  chr'""^  Rex,  quando  acepil  in  se  bona  pred'  l).  G., 
suscepiL  eliam  bonus  solvendi  débita  :  petitur  quod,  si  salisfac- 
tum  non  fuit,  salisfaciat  creditoribus,  quia  honestum  est  ut, 
qui  fructus  predictorum  bonorum  liabuerunl,  babeant  etiam 
bonus  predictorum  debitorum,  que  multo  minora  sunt  quam 
predicti  fruclus.  Et  ita  fiai  quod  D.  G.  ex  boc  turbari  non  possil. 
6"  Si  L).  G.  haberet  abquos  debi tores,  quod  Gb™*  M*^  prestet 
favorem  et  auxilium  ad  obtinendam  solutionem,  sicuti  justicia 
voluerit. 

(Orif;.,  fol.,  pap.,  sans  sign.,  écrit,  ital.  coiilempor.,  nis.  fr.  3087, 
fol.  103.) 

XXI. 

Jeix-Jacques  Trivulzio  a  L.  de  la  Tremoelle. 

U  avril  1500. 

Mons.  mon  frère,  je  me  recomande  a  vous.  Je  suis  arrivé 
en  ceste  ville  '  et  ai  parlé  a  monseigneur  le  cardinal,  lequel  est 
terriblement  marry  des  pilleries  que  ont  faict  les  gens  d'armes 
deçà  le  Tesin  et  des  ransonnemens  que  nous  avons  entendu 
estre  faictz  :  car,  selon  que  l'on  a  rapporté  et  par  gens  de  bien, 
y  n'y  a  ville  ne  villaige  qui  n'ayt  esté  pillé  et  mis  a  ranson. 
Ledit  s''  est  de  opinion  que  feaiz  demander  venir  devers  vous 
tous  les  cappitaines,  et  que  leurs  demandes  ou  sont  leurs  gens 
et  ce  que  leur  fauldra,  qui  le  feanl  incontinent  retirer. 

Les  Almans  qui  ont  prins  Bilansone  nous  ont  envoyé  dire 
qu'ilz  ne  l'ont  point  fait  contre  le  Roi,  ains  l'ont  faict  pour  le 
service  dudit  seigneur  et  nous  ont  faict  quelques  requestes, 
mais  ce  n'est  que  argent  qu'ilz  demandent. 

Je  vous  feray  savoyr  souvent  de  noz  novelles.  Fait  a  Milan, 
ce  vendredi. 

Voslre  bon  frère, 

Jo.  Ja.  t. 

(Arch.  de  M.  le  duc  de  la  Trcnioille.) 

1.  Trivulzio  entra  à  Milan  le  15  avril,  qui  était  un  mercredi 
(Rosmini,  Vita  del  maresc.  Trivulzio,  I,  p.  361). 


PIÈCES  ANNEXES.  381 

XXII. 
Louis  de  la  Tremoille  au  Roi. 

29  mai  (1500). 

Sire,  plaise  vous  savoir  que  je  suis  venu  en  cesle  ville  de 
Cosme  pour  loger  voz  Normans  au  long  de  ceste  frontière 
d'Almaigne;  lesquelz  j'ay  logez  es  places  ou  il  me  semble  qu'il 
vous  pevenL  plus  faire  de  service.  Et  afin  que  en  soyez  myeulx 
adverty,  je  vous  envoyé  tout  leur  logeiz  par  escript.  Vous  avez 
des  gens  avecques  vous  qui  ont  esté  au  quartier,  vous  le  leur 
pourrez  moiistrer  si  s'est  vostre  plaisir,  et  toujours  seront 
remuez,  si  vous  ne  les  trouvez  bien.  Et  me  semble  que,  durant 
ceste  année,  ne  povez  mains  tenir  que  de  deux  mille  hommes 
au  long  de  ceste  Vaulteline,  et,  si  ainsy  le  fêtes  et  vous  soyez 
servy  comme  je  pence,  je  ne  doubte  point  que  vous  n'ayez  bien 
Bellanconne,  car  il  leur  coustera  merveilleusement  a  garder, 
veu  les  garnisons  que  mectez  a  l'entour. 

Sire,  j'ay  aussi  logé  voz  gens  d'armes  tout  a  l'entour  de  ceste 
liziere,  afin  que,  s'ilz  estoient  mandez  pour  vous  faire  quelque 
service,  que  le  bailly  de  Dijon  les  trouvast  tous  prestz.  Lequel 
je  vous  asseure  vous  sert  très  bien  icy.  Et  vous  promectz  que 
n'y  eussiez  sceu  myeulx  pourveoir,  car  il  est  homme  de  sens  et 
homme  de  guerre,  et  vouldroye  bien  pour  vostre  service  que  sa 
compaignie  eust  la  queue  plus  longue  qu'elle  n'a. 

Sire,  je  luy  laisse  v<=  hommes  de  pyé^  avecques  sa  compai- 
gnie, en  ceste  ville  qui  est  bien  grande,  afin  que,  s'il  y  avoit 
bruyt  au  pays,  qu'il  la  tint  en  plus  grande  seureté,  aussi  pour 
pourveoir  aux  autres  places  s'il  en  estoit  mestier. 

Sire,  il  est  venu  tout  a  ceste  heure  icy  des  gens  que  ledit 
bailly  avoit  envoyez  en  la  ligue  grise,  a  Suric  et  autres  cantons, 
et  ne  s'i  est  faicte  nulle  assemblée,  réservé  que  les  gens  du  Roy 
des  Rommains  ont  tousjours  pourchassé  et  pourchassent  de 
jour  en  jour  faire  ligue  avecques  les  cantons  et  aussi  les  trois 
membres  de  la  ligue  grise  leur  offrant  la  Vaulteline  et  Gha- 
vannes  a  rachapt  de  certaine  somme  d'argent,  jusques  icy  ne 


382  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

s'i  est  riens  fait  ne  voullu  accorder,  ains  sont  demeurez  en 
propos  d'entretenir  ce  qu'ilz  ont  celle  avecques  vous.  Je  ne  scay 
qu'ilz  en  feront,  car  tous  ceulx  des  quantons  ne  pevent  demou- 
voir  ceulx  de  Huric  d'avoir  Bellanconne  ^  et  sont  sur  une  jour- 
née qu'ilz  doyvent  jener  ^. 

Ainsi  que  nouvelles  viendront,  vous  en  serez  adverty. 

Sire,  je  m'en  pars  demain  pour  m'en  aller  vers  Lecque  et 
Laude  pour  visiter  les  places  et  aussi  mectre  ordre  aux  vivres 
des  gens  d'armes,  afin  que  les  gens  du  pays  ne  ce  plaignent, 
aussi,  s'il  en  y  a  nulz  qui  n'ayent  soulde  ne  adveu,  pour  les 
chasser  hors  du  pays,  car  ce  sont  ceulx  qui  affollent  les  pays 
s'ilz  ne  sont  chassez  après  les  guerres  passées. 

Sire,  j'ay  amené  icy  avecques  moy  mons''  de  Sendricourt  et 
le  raaistre  de  l'artillerie,  avecques  le  bailly  de  Dijon,  que  j'ay 
trouvé  icy,  pour  adviser  au  logeiz  de  voz  gens  et  aussi  pour 
envoyer  l'un  deçà  et  l'autre  delà,  pour  chasser  ses  gens  sans 
adveu,  et  pour  me  ayder  a  faire  tenir  ordre  a  ceulx  qui  ont 
soulde  et  en  faire  justice.  Et  me  semhleque.  si  ceulx  la  tiennent 
quelque  pillart,  qu'ilz  ne  fauldront  point  a  en  faire  si  griefve 
pugnicion  que  les  autres  y  prendront  exemple. 

Sire,  il  vous  plaira  me  mander  et  commander  voz  bons  plai- 
sirs, pour  les  acoraplir  a  l'ayde  de  Nostre  S'',  auquel  je  prie 
qu'il  vous  doinbt,  sire,  très  bonne  vie  et  longue. 

Escript  a  Cosme,  ce  xxix*"  jour  de  may. 

Vostre  très  humble  et  très subget  et  s 

(Minute  orig.,  pap.  in-4°;  sur  la  2'  feuille  du  papier,  minute  d'un 
compte  et  d'une  autre  lettre.  Entre  les  deux  feuilles  est  intercalée 
une  feuille  de  papier,  portant  la  note  suivante  :  «  Lisière  et  fron- 
tière d'Almaigne  et  de  Suysse.  DondoJfe,  Cosme,  Chavanes,  Tlii- 
ran,  Plaleraare,  Lugan,  Lucarne, —  Milan,  Vigefve,  Gayas,  Novarre, 
Alixandrie.  —  Frontière  de  Venize  :  Tresse,  Lecque,  Lodde,  Monsse, 
Palme.  —  Mémoire,  que  cy  dessus  sont  toutes  les  places  en  la 
duchié  de  Milan  ou  il  convient  mètre  garnison  pour  la  garde  du 
pays.  »  —  Arch.  de  M.  le  duc  de  la  Trémoïlle.) 

1.  En  interligne. 

2.  En  marge,  mardi  ou  mercredi. 


PIÈCES  ANNEXES.  383 

XXIII. 

État  des  compagnies  laissées  en  Milanais, 

(JdOO.) 
Le  nombre  des  gens  d'armes  qui  demeurent  en  la  duchié. 
Pour  Mons.  de  la  Tremoille,  un''''  lances. 

Mons.  le  maréchal  de  Gyé,  l  lances. 

Mons.  l'admirai,  l  lances. 

Mons.  de  Sandricourt,  xl  lances. 

Mons.  de  Mauleon,  xl  lances. 

Mons.  de  Lanque,  xl  lances. 

Mons.  le  bastarl  Mathieu,  l  lances. 

Mons,  le  maréchal  de  Trivulce,  c  lances. 

Mons.  de  Ligny,  c  lances. 

Mons.  le  marquis  de  Saluées,  xl  lances. 

Mons.  d'Alegre,  l  lances. 

Mons.  de  Ghandée,  l  lances, 
•    La  Lande,  xxx  lances. 

Le  chevalier  de  Louvain,  l  lances. 

Le  bailly  de  Dijon,  xxv  lances. 

Mons.  de  Savoye,  l  lances'. 

(Note  orig.,  Arcli.  de  M.  le  duc  de  la  Trémoïlle.) 

XXIV. 

État  des  prisonniers. 

(^500.) 
Ensuit  les  prisonniers  qui  ont  esté  prins  a  plusieurs  saillies 
qui  ont  esté  faites  du  temps  de  la  guerre  {suit  une  liste  de 

1.  On  remarquera  que  la  compagnie  du  comte  de  Gaïazzo  ne 
figure  pas  parmi  les  troupes  laissées  en  Milanais.  Louis  XII  avait 
pensé  rappeler  Gaïazzo  lui-même  en  France  :  sur  la  demande  de 
Trivulzio  et  de  Ligny,  il  s'en  abstint  ;  mais  il  donna  ordre  à  la 
compagnie  de  Gaïazzo  de  remplacer  dans  la  garnison  de  Beaune 
la  compagnie  de  La  Trémoïlle.  (Lettre  du  28  janvier  1499  :  Archives 
de  Milan,  Potenze  Estere,  Francia,  Luigi  XII.) 


384  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XI i. 

treize  noms)  -,  et  aullres  de  quoy  ne  scavons  les  noms,  qui  furent 
prins  a  la  saillie  du  parc  dernière. 

Ensuit  ceulx  qui  furent  prins  le  vendredi  et  sapmedi  que  le 
Moure  fus  pris  [suit  une  liste  de  onze  noms]  ;  et  plusieurs 
aultres  de  quoy  ne  savons  les  noms,  mes  les  connoissons  de 
veuee. 

(Note  orig.,  Arch.  de  M.  le  duc  de  la  Trémoille.) 

XXV. 

Eledterio  Ruscha,  comte  de  Val  Luga\o, 

A    S0\    FRÈRE    GaLEAZZO. 

4  juin  ^oOO. 
Magnifiée  frater  honorate,  per  vostre  littere  me  havete  repli- 
cato,  caridandomi  ad  servare  modo  che  Bellinzona  se  reduca  ne 
le  forze  del  X">"  Re,  atteso  non  e  cosa  che  piu  fussi  accepta  a  lo 
Illmo  sre  (jg  jg,  TremuUa ,  nostro  observand"°  patrone  :  ve 
recordo  ad  questo  non  se  perde  tempo,  si  per  compiacere  a  la 
Sua  M'* ,  si  anche  per  la  perdita  del  datio  nostro  per  non  potere 
correre  le  mercantie,  stando  Bellinzona  in  questo  essere.  Vero 
che  Thodeschi  teneno  li  homini  de  la  terra  cum  tanta  cura,  che 
niuno  forestere  li  po  parlaro  senza  la  presentia  di  loro,  et  per 
questo  fin  ad  hora  non  se  e  possuto  fare  altro.  Pur  quando  e 
prazuto  a  Dio  nostro  S'^  me  e  venuto  a  mente  uno  de  nostri 
homini  pratico  et  di  Bellinzona  et  di  terra  Thodesca  et  non 
difidano  di  lui  lassarlo  entrare  in  la  terra  al  piacere  suo  et  par- 
lare  cum  chi  vole  senza  suspecto.  Et  liavendoli  io  dato  in  ipsa 
de  praticare  li  homini  de  la  terra  per  convertirli  a  la  Regia  M'^, 
li  e  occorso  trovare  entro  Bellinzona  uno  suo  patrone  Thodesco, 
col  quale  e  stato  longamente  per  imperare  la  lingua,  et  dice 
essere  homo  di  grande  auctorita  fra  loro  Thodeschi  et  essere  al 
governo  de  Bellinzona;  col  quale  prendendo  la  cosa  da  la  longa, 
et  cum  bono  colore,  lo  dimando  quai  speranza  havessino  potere 
tenere  Bellinzona.  Et  li  rcsposi  :  Non  sapea,  peroche  dificultali 
era  asai,  perche  solo  tre  comunita  de  Aleniani  asentano  cum 
amen  Bernardino,  et  cum  Urania,  ad  retinere  Bellinzona,  per 
non  volere  li  allri  de  la  liga  et  zulTat  (?)  cum  laM'''  del  X'""  Be. 


PIECES  ANNEXES.  385 

Laltra  difficuUa  e  che  vielualie  non  li  sono  si  non  poche, 
maxime  de  grano  et  vino,  et  quamvis  si  gii  ne  conduca  da  terra 
Thodesca,  quelia  non  po  supplire,  perche  vene  da  la  longa,  et 
per  via  aspera,  et  cum  cavaih,  et  che  anche  quelia  poca  non  fa 
per  la  meta  de  la  nostrana  per  essere  grano  lizere,  et  che  non 
reda  farina  come  el  nostro,  per  la  quai  cosa  non  li  poteriano 
continuare  cum  gente  grossa.  Laltra  difficultaechc  vedeno  non 
pono  tenere  Bellinzona  si  non  cum  grande  loro  spexa  et  danno, 
altexo  che  tenendola  cunlra  la  volunta  de  la  pr'»  M»»  perderano 
el  soldo  et  le  mercantie  loro.  Et  ad  queslo  respoxe  esso  nostro  : 
Ben,  patrone  mio,  si  adonca  conoscete  cum  queste  dificulta  per 
quale  comprcndcte  non  potere  tenere  questa  terra  contra  la 
possanza  de  lo  Re,  non  sera  meglio  per  vui  cum  qualche  bono 
modo  levarvi  da  limprexa  et  mettere  essa  terra  ne  le  forze 
de  la  Sua  M'*  et  de  lo  111"'^  Mons''  de  la  Tremulia,  suo  générale 
locotenente  et  capitaneo,  el  quale  e  cosa  de  li  mei  s"  conti  de 
Locarno,  et  che  non  dubito  voluntera  se  interponerano  col  pr*" 
s""^  per  modo  ne  rensireli  cum  honorevole  tructo,  et  ne  saldareti 
una  amicitia  grande  cum  la  pr'^^  M'^  et  pr'»  111"^°  locotenente  et 
non  mancanno  essi  s"  conti  da  li  quali  potereti  sempre  conse- 
quire  omie  Ijeneficio  et  conzo  ne  le  vostre  mercantie  per  el  passo 
de  le  sue  terre.  Et  dice  non  li  dispiaqueno  le  parojle  :  sed  non 
processi  nel  respondere  ad  altro  cha  dire  :  El  recordo  essere 
bono.  et  di  farli  bono  pensere.  Se  parti  ete  venuto  farmi  inten- 
dere  questo  principio,  cosi  lo  reraandero  per  crobarlo  tanto  se 
ne  cavi  qualche  trutto  si  possibile  sera.  Una  altra  via  me 
occorre  per  mente  ubi  questa  non  sortesca,  videlicet.  In  Bellin- 
zona sono  molti  et  molti  de  Lugano  et  de  li  boni,  che  sono  fora 
de  casa  per  le  parte,  et  a  quali  sono  stale  tolte  le  robe  sue  per 
quelli  de  Sonnico,  et  ad  alcuni  per  branda  de  Gastilione,  ad 
costoro  ho  pensato  fare  promettere  la  restitutione  de  le  cose 
loro,  et  de  le  case  loro  brusate  et  ruinatae  operando  loro  che  li 
homini  de  Bellinzona  retorneno  ad  la  obedientia  cura  farli 
libéra  promessa  che  a  tuti  sera  perdonato,  cum  farli  intcndere 
si  essi  homini  diferirano  rendersi  se  troverano  dati  ne  le  mane 
de  la  pr'*  M^»  et  de  le  gente  sue,  che  poi  non  li  sera  remissione 
ne  modo  al  scampo  loro.  Et  per  divertire  essi  de  Bellinzona  da 
la  devotione  de  Thodeschi,  ho  pensato  fare  cumponere  una 
1  25 


38G  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

littera  in  l'orma  Lhoclesca  in  nome  di  amen  Bernardino,  et  de  li 
Uraniesi,  col  sigiiio  suo  che  para  dirreclura  a  lo  Jll^"  s""  de  la 
Tremulia,  per  la  quale  se  dica  che  facendoli  numerare  la  summa 
de  li  denari  rechesli,  che  li  sera  modo  del  rendere  la  lerra  cum 
le  forteze,  cum  questo  che;la  M^^  del  Re  li  tenga  come  prima,  et 
pregando  che  a  li  homini  de  la  terra  non  si  facia  punitione 
aicuna  per  essersi  missi  ne  le  mane  de  Thodeschi,  et,  si  in  allro 
haverano  contrafacto  la  sua  M'*  facia  di  loro  quello  li  pare,  pur 
non  se  dica  sia  per  causa  de  loro  Thodeschi.  Et  faro  demostra- 
tione  essere  questa  littera  essere  mandata  per  pr'»  lU^o  Mons. 
noslro  ne  le  mane  del  Mallivrer  et  mie  ad  efTecto  di  conzare  la 
summa  cum  essi  Thodeschi  de  Urania;  sed  che,  per  lo  amore 
porto  a  la  terra  de  Bellinzona,  e  parso  tenere  la  via  loro  et  non 
de  Thodeschi  per  non  essere  causa  de  la  disfactionesua^  et  per 
farli  meglio  credere  questo  fara  vedere  questa  littera  ad  alcuni 
de  loro,  dimostrando  farlo  in  secrelo,  non  lassandola  pero  da  le 
mane  mie,  perche  non  la  possino  mostrare  ad  allri,  et  la  cosa 
non  si  scoprisse.  Et  cosi,  come  Bellinzona  rensi  da  le  mane  de 
la  X™^  M'*»  per  certi  li  erano  aihora  de  la  terra  de  Lugano,  cosi 
tentaremo  remperarla  per  mezo  di  essi  de  Lugano,  che  intendo 
gli  ne  e  una  hona  squadra  forsi  a  numéro  de  cenlo  cinquanta. 
Et  questa  via  lentaro,  non  reusindo  lallra  prima.  Tamen  per 
darli  interea  qualche  bono  principio,  ho  facto  fare  uno  salvo 
conducto  a  Thomasio  Gastanea  per  disponere  quelli   soi   de 
Lugano  a  questa  opéra,  cum  la  dicta  promessa  di  farli  restorare 
le  cose  sue.  Et  credo  sera  in  brevi  qua  esso  Thomasio  per  questa 
faccnda.  Et  dil  successo  avisaro  de  ponto  a  ponto.  Et  vui  con- 
ferireti  el  tuto  col  pr'"  N°  Ill">°  S""  et  patrone,  dando  aviso  si  a 
sua  S.  place  chio  sequissa  queste  vie,  perche  non  voria  fare  cosa 
che  non  li  fussi  accepta.  Et  dove  conosca  poterli  gratificare,  et 
che  pertenga  a  Ihonore  suo,  non  mancaro  in  sino  al  spendere 
de  la  vita.  Mons.  Don  Piero  ',  capitaneo  de  normani,  heri  gionsi 
cum  una  bclla  compagnia  forsi  circa  ce  lanti  fanti.  Li  havemo 
facto  bona  cera,  Mons.  Mallivrer  et  io.  E  lanto  gratioso  pr'o 
Mon'"  de  Normani  che  perseverando  nel  demostrato  principio, 
come  spero,  li  restaremo  cum  perpetuo  obbligo,  e  alogiato  in 

1.  Dampierre. 


PIÈCES  ANNEXES,  387 

Rocha  cum  esso  Mallivrer  :  credo  la  venula  sua  sera  benc  aco- 
modata  a  quesLc  facende. 

Farete  recordo  a  pr*"  Mons.  nostro  I1I™°  che  sono  avisalo  si 
essi  Bellinzonaschi  pono  racogliere  quelle  biade  hanno  a  la 
campagna  di  che  el  piu  e  verso  nui,  che  haverano  racolta  per 
bastare  mesi  vi.  Et  per  tanto  séria  forsi  bene  darli  el  guaslo  per 
non  lassarli  lare  questa  racolta.  parendo  a  la  Sua  S.  pur  che 
altro  migliore  respetto  non  la  impedisca.  Fareteli  anche  recordo 
che  intendo  che  in  Bellinzona  sono  pochi  Thodeschi  et  che  le 
forteze  sono  fornile  de  Bellinzonaschi  el  de  Todeschi  in  semé, 
videlicet  parte  de  luno  e  parte  de  laltra,  che,  quando  Bellinzo- 
naschi voglino  fare  el  debito  loro,  molto  piu  lizeremenle  se  libe- 
rarano  da  Thodeschi,  cum  lo  adjuto  di  qua.  De  le  cose  nostre 
non  scrivo  altro  perche  spero  per  opéra  di  pr'°  111"""  Mons. 
patrone  et  protectore  nostro  siano  ben  stabilité.  Et  a  la  sua  S'^ 
me  recomando,  recomandateme  al  M<=°  nostro  fratello  conte 
Franchino.  Locarno,  ini°  junij  1300. 

Avisareti  pr^°  Mons.  N"  che  Garlino  va  sovente  volte  ante  et 
in  dreto  da  Suiceri,  et  sono  avisato  chel  fa  certe  trame  unde 
séria  da  ordinare  el  sia  preso. 

Da  laltro  canto  sono  avisato  che  questi  rebelli  nostri  vano  a 
le  rive  per  irapedire  la  nostra  possessione  in  nome  di  Hercule. 
Pregati  Mons'  li  proveda,  et  dati  aviso  cio  sia  de  fare.  E  si  ve 
pare  chio  li  vada  o  mandi. 

Eleutherius  Ruscha,  Vallislugani,  etc.,  cornes. 

XXVI. 

L'entre'e  de  Louis  XII  a  Milan, 

SUIVANT   LA   TRAGÉDIE    «    DE    REBUS   ITALICIS.    » 

L'arrivée  de  Louis  XII  à  Milan  fut  saluée  par  plus  d'une  accla- 
mation italienne.  A  l'entrée  du  roi,  Tristano  Calco  lui  oiîrit  son 
livre  Genealogia  Vicecomitum  ^ .  La  bibliothèque  Ambrosienne, 

1.  Trivulziaaa,  ms.  1436,  p.  445-453  (Catalogue  de  M.  Porro, 
p.  461). 


388  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

à  Milan,  possède  le  poème  de  Bernardo  Arluni,  De  régis 
adventu;  la  Trivulziana,  la  plaquette  imprimée  contemporaine, 
rarissime,  d'une  description  en  vers  de  l'entrée  de  Louis  XII 
à  Milan;  ce  petit  poème  commence  ainsi  : 

Chel  stato  tuo  non  è  perso,  e  non  ti  vale 
Lo  tuo  inzegno  astuto  e  si  sagazzo 

On  sait  que  Charles  VIII  avait  attiré  d'Italie  à  sa  cour  et 
pensionné  plusieurs  hommes  de  lettres,  historiens,  poètes, 
Paul-Emile \  Fauste  Ândrelin,  et  que  Louis  XII  ne  leur  témoi- 
gna pas  moins  de  bienveillance.  Nous  trouvons  Fauste  Andrelin 
mentionné  dans  ses  comptes,  au  chapitre  des  pensions,  sous 
cette  rubrique  :  «  A  Fauslus,  orateur,  \  SO  liv.  »  (compte  de 
-loOa,  ms.  fr.  2927,  fol.  15),  et  nous  avons  noté  (p.  279,  n.  3) 
la  composition  par  laquelle  Fauste  Andrelin  célébra  la  capture 
de  Ludovic  Sforza.  Il  n'en  fallait  pas  plus  pour  allumer  la  verve 
de  bien  des  hommes  de  lettres  italiens.  C'était,  du  reste,  un 
usage  italien  de  célébrer  lyriquement  les  vainqueurs.  Ludovic 
Sforza,  jusqu'au  jour  de  sa  chute,  avait  largement  goûté  à 
l'adulation  des  lettrés.  Visconti  ne  traitait  son  maître  que  de 
sacro  niio  Mor  :  Béatrix  d'Esté  effaçait  toutes  les  femmes  de 
l'antiquité,  Ludovic  rassemblait  en  sa  personne  César,  Cicéron, 
Auguste,  Titus,  Trajan,  mais  il  les  surpassait  par  sa  libéralité, 
son  illustration,  ses  vertus,  etc.,  etc.  Ludovic  Sforza  avait 
moins  de  succès  dans  les  chants  populaires.  Cependant  la  Trivul- 
ziana possède  un  Lamento  de  Ludovic,  composé  probablement 
lors  de  sa  fuite  en  Allemagne  : 

Son  quel  duca  in  Milano 
Che  compianto  sto  in  dolore  : 
Son  soggetto  e  era  signore, 
Oro  son  fatto  alemanno. 

lo  dicheva  che  un  sol  Dio 
Era  in  cielo  e  un  Moro  in  terra, 
E  secondo  il  mio  desio 
lo  faceva  pace  e  guerra... 

\.  «  Maistre  Paule  Emylius,  orateur  et  croniqueur  lombart  » 
(900  1.  de  pension,  compte  de  1489,  L.  de  Laborde,  les  Ducs  de 
Bourgogne,  t.  III,  p.  501). 


PIÈCES  ANNEXES.  389 

D'autres  Lamenti  ont  trait  aux  événements  de  l'époque.  M.  de 
Castro,  dans  son  savant  travail  sur  la  Storia  nella  poesia  popo- 
lare  Milanese  (Archivio  sforico  lombardo,  -f878),  cite  le  Pianto 
del  duca  Valent ino,  El  lamento  e  la  descordia  de  Italia  uni- 
versale,  El  lamento  de  Pisa...  En  août  1498,  on  traitait  assez 
mal  Ludovic  au  camp  vénitien;  on  cJiantait  : 

Ora  il  moro  fa  la  danza. 
"Viva  Marco  e'I  re  di  Franza! 
E  gridando,  Orso  !  Orso  ! 
Mora  il  Moro  e  sua  possanza! 

Lors  de  la  fuite  de  Ludovic  en  Allemagne,  on  applaudit;  à 
Venise,  on  chantait  : 

Ogni  fumo  viene  al  basso. 
Gontro  il  ciel  non  val  trar  calzi; 
Se  talora  par  che  s'alzi, 
Soflfre  alfin  maggiore  squasso. 

Ogni  fumo  viene  al  basso. 
El  gran  serpe  si  fu  il  primo 
Che  fu  fatto  il  plu  sublime  ; 
Ma  di  Dio  fe  poco  stimo, 
Pero  fu  di  gloria  casso '. 

Les  chants  italiens  à  la  louange  des  Français  ne  manquaient 
donc  pas-,  M.  de  Castro  en  cite  plusieurs-,  et  aussi  la  contre- 
partie :  /  7nali  diportamenii  de'  Franciosi  in  Italia. 

Da  Paullo  raconte  avec  un  enthousiasme  émerveillé  les  splen- 
deurs de  l'accueil  fait  à  Milan,  en  1499,  à  Louis  XII,  les  fêtes 
de  toute  sorte  données  en  son  honneur.  A  la  fête  donnée  par 
G.  G.  Trivulzio,  «  erano  assai  mascheri  travestiti  a  piu  belle 
foggie  se  potevano;  beato  chi  meglio  sapeva  fare.  Oh!  quanto 
piacere  era  a  vedere,  i»  s'écrie-t-il. 

L'Alione,  le  délicat  poète  astesan,  touchait  une  corde  plus 
sensible,  lorsqu'il  disait  : 

Par  tout  on  nous  a  fait  grand  chiere. 

Et  monstre  la  magnificence 

De  Milan,  Naples  et  Florence 

1.  Trucchi,  Poésie  ilal.  ined.;  Pralo,  III,  102,  104. 

2.  Arch.  st.  lombardo,  1878,  p.  237-238. 


390  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

On  dit  partout  que  ces  Lombardes 
Trop  plus,  pour  nous  autres  François, 
Se  tiennent  frisques  et  gaiglardes 
Que  pour  leurs  mariz. 

Le  poète  Jean  «  Ilarmonius  Marsus  «  composa,  à  l'occasion 
du  triomphe  de  Louis  XII,  une  grande  tragédie  en  cinq -actes  : 
De  rébus  italids  deque  ejus  triumpho.  Cette  tragédie  à  l'antique, 
en  iambes  latins,  est  conçue  dans  le  genre  d'I^schjle,  avec 
intervention  du  chœur  et  des  personnes  morales.  La  Biblio- 
thèque nationale  de  Paris  en  possède  (ms.  lat.  16706)  un 
manuscrit  original  (parch.  in-4°  de  37  feuillets  utiles  et  3  feuil- 
lets de  garde).  Toutes  les  lettres  initiales  sont  peintes,  à  chaque 
vers.  Les  légendes  sont  en  lettres  d'or.  Le  recto  du  premier 
feuillet  est  occupé  par  une  miniature.  L'encadrement  est  losange  -, 
les  fleurs  de  lis  d'or  sur  champ  d'azur  alternent  avec  des  déco- 
rations de  fantaisie.  Au  milieu,  sous  un  grand  portique  d'or, 
(lui  laisse  apercevoir  un  petit  paysage  fort  bien  traité,  apparaît 
saint  Denis,  vêtu  d'une  chape  bleue  à  fleurs  de  lis  d'or  et 
portant  sa  tête  dans  sa  main.  Au-dessous  est  la  dédicace  sui- 
vante en  lettres  d'or  : 

ludovico  regi  francorum  christianissimo  invictissimoque 
Mediolani  duci,  tragedia. 

Au-dessous  se  trouve  une  seconde  miniature  de  forme  carrée 
longue;  deux  jeunes  génies  nus,  aux  ailes  rouges  et  jaunes,  sur 
le  bord  d'un  fleuve  derrière  lequel  on  aperçoit  des  montagnes, 
portent  un  blason  surmonté  d'une  crosse,  le  blason  des  Bri- 
çonnet. 

Dans  la  préface  (fol.  2  v°  et  3),  l'auteur  dédie  son  œuvre  à 
Louis  XII  et  lui  en  expose  l'économie.  Dans  le  premier  acte, 
dialogue  de  Rome  et  de  l'ItaUe,  dont  la  conclusion  est  de  s'atta- 
cher à  Louis  XII  pour  conquérir  la  liberté. 

L'Italie  se  plaint  de  l'infélicité  humaine.  Elle  est  réduite  à  la 
misère,  elle,  l'ancienne  reine  de  toutes  les  provinces.  Elle 
demande  un  secours  à  Rome,  sa  sœur;  celle-ci  lui  conseille 
d'adhérer  au  roi  de  France  Louis,  qui  lui  donnera  paix  et  liberté. 
Rome  se  dit  incapable  de  lui  porter  aucun  secours  :  elle  n'a 


PIÈCES  ANNEXES.  391 

plus  de  Decius,  de  Fabricius,  de  Scipion  ni  de  Fabius.  Elle  est 
en  ruine  maintenant.  Il  ne  lui  reste  que  les  Ursins. 

Mecumque  sola  restitit  Ursina  domus, 
Cardineusque,  patet  quo  non  preslancius  aller 
Justitia,  pietate,  Ode,  juvenesque  gemelli 
eTordanus  et  Carolus,  illius  olim 
Virginei  nati  patris,  qui  michi  erat 
Auxilium etc.  (Fol.  7.) 

Rome  paie  aujourd'hui  son  culte  d'autrefois  pour  les  faux 
dieux  :  elle  reconnaît  qu'il  n'y  a  qu'un  seul  Dieu.  Le  traité 
entre  Louis  XII  et  les  Vénitiens  est  un  bienfait  de  la  Provi- 
dence, qui  invite  ainsi  Rome  à  la  liberté. 

Il  faut  donc  s'adresser  à  ce  roi  de  France, 

Qui  populum  eque  régit,  et  cui  Martis  honor, 

Cui  innumere  laudes  erunt  et  laurus, 

Qui  sibi  vendicat  nomen  beatum.  (Fol.  8  v».) 

Rome,  déplorant  de  voir  les  hommes  tomber  dans  le  vice, 
comprend  Farrêt  du  destin.  Elle  va  donc  à  Venise  trouver  l'in- 
vincible roi  de  France. 

Suit  un  chœur  de  forme  antique  sur  les  vicissitudes  humaines 
et  la  marche  du  temps. 

Au  deuxième  acte  (fol.  -Il),  la  furie  Aleclo  récapitule  les 
malheurs  qui  ont  accablé  l'Italie  avant  Farrivée  de  Louis  XII. 
Cet  acte  n'a  pas  un  grand  intérêt.  On  voit  venir  des  soldats. 
Sforza  les  harangue  en  termes  peu  éloquents,  les  engage  à  user 
de  la  victoire.  Un  soldat,  pourtant,  se  dit  enchanté,  car  il  va 
pouvoir  accomplir  son  programme,  qui  se  résume  en  ces  mots  : 

Fœdare  sacraria  vi 
Et  simplices  nurus  dare  vi  viri?, 

et,  à  ces  conditions,  il  se  déclare  prêt  à  aller  au  bout  du  monde. 

Le  chœur  des  soldats  approuve. 

Pour  échauffer  davantage  ses  hommes,  Sforza  reprend  la 
parole  et  il  les  enchante  en  leur  révélant  que  des  pratiques 
magiques  lui  ont  prophétisé  l'empire  prochain  de  toute  l'Italie, 
malgré  les  gens  qui  méditent  sa  perte.  Déjà  les  soldats  des 


392  rUROMQUES  DE   LOUIS  Xll. 

Orsini  et  Alviano  ont  traversé  les  Alpes  pour  venir  au  secours 
des  Pisans.  Rien  ne  résistera  : 

Conveniant  miclîi  aquile;  serpens  viret 
Ferreus, 

s'écrie-t-il  dans  son  enthousiasme. 

Puis  un  chœur,  qui,  voyant  les  choses  de  haut,  rappelle  que 
Ludovic  a  empoisonné  son  neveu,  mais  que  ce  crime  ne  lui 
servira  pas.  Le  Christ  gouverne  tout  et  il  a  envoyé  son  roi  très 
chrétien  Louis,  qui  vaincra,  mettra  ses  ennemis  en  fuite  et 
prendra  l'empire. 

lUe  qui  gerit  nomina  Christi  : 
Et  properat  secum  fulgida  Pax  et 
Justicia  et  pleno  Copia  cornu. 

Le  chœur  continue,  du  reste,  ses  pleurs  traditionnels.  Déci- 
dément, les  mortels  sont  des  gens  inen  malheureux.  Ceci  nous 
mène  au  fol.  17  v"  et  au  troisième  acte. 

Au  troisième  acte,  une  veuve  arrive  et  se  plaint  que  Sforza  a 
empoisonné  son  mari.  Les  soldats  lui  imposent  brutalement 
silence,  avec  menaces, 

Per  ensem  et  galeam.  (Fol.  19  v°.) 

La  veuve  (on  a  reconnu  Pinfortunée  veuve  de  Galéas)  ne  se 
tait  pas  néanmoins  :  elle  pleure  son  malheur  et  ses  misères. 
Elle  implore  les  dieux  pour  son  fils;  ses  plaintes  sont  lamen- 
tables : 

Et  que  fuit  serva  unquam  in  orbe  tristior, 

Quod  servitium  deterius  sit  liocce  nostro? 

Quid  profuit  nupsisse  theda  celebri 

Et  dote  summa  plena  domus,  dux  pater, 

Et  Galabrum  numen,  et  armorum  decus, 

Et  talamum  struxisse  staminé  aureo.  (Fol.  20  v°.) 

Nous  entendons  ensuite  un  dialogue  entre  une  Furie  et  le 
chœur.  Que  vient  faire  la  Furie?  elle  passe  par  hasard,  en  se 
sauvant,  et  elle  éprouve  le  besoin  de  dire  pourquoi.  C'est  parce 
que  ritalic  jusqu'à  présent  était  son  domaine,  mais  mainte- 
nant, à  rapproche  d'un  roi  tel  que  Louis  XII,  la  Furie  n'a  plus 
qu'un  parti  à  prendre  :  s'enfuir. 


PIÈCES  ANNEXES.  393 

"Là-dessus  le  chœur  entame  son  refrain  sur  les  malheurs  de 
la  vie  humaine,  refrain  dont  on  ne  comprend  pas  très  bien  Top- 
porlunité,  et  Ton  passe  à  l'acte  quatrième. 

Le  quatrième  acte  (fol.  25  v°)  est  court,  mais  bien  rempU. 

Venise  se  présente  en  personne  et  adresse  à  Dieu  un  chant  de 
remerciement  pour  la  paix  conclue  avec  le  roi  de  France  : 

Janum  ligamus  ! 

Tout  d'un  coup  passent  trois  soldats  de  Sforza  en  fuite,  qui 
jettent  des  cris  d'épouvante,  puis  Sforza  lui-même,  qui,  malgré 
sa  hâte,  prononce  un  long  discours  dont  le  résumé  tient  en 
ce  mot  : 

Que  fugiam?  (Fol.  27.) 

Là-dessus  on  voit  paraître  la  femme  de  Sforza  (chose  d'au- 
tant plus  étrange  qu'elle  était  morte),  déplorant  ce  qui  se  passe, 
décidée  à  partager  l'exil  de  son  mari,  regrettant  qu'il  n'ait  pas 
suivi  ses  vues  de  modération  et  ses  bons  conseils,  qu'il  ait  rêvé 
de  trop  grandes  choses  : 

Consilia  hominum  ruunt  et  vana  décidant. 
Regenda  sunt  régna  magis  clementia  : 
Plus  valet  amor  quam  timor. 

Il  parait  que  Venise  s'était  endormie.  Arrive  un  messager 
divin  qui  l'interpelle,  lui  annonce  l'occupation  de  la  mer  de 
Neupacte  par  les  Turcs,  lui  prédit  la  trahison,  et  la  loue  de 
s'être  alliée  avec  le  roi. 

Il  l'excite  chaudement,  lui  montre  la  silhouette  des  Turcs 
menaçants,  vante  la  gloire  du  roi  de  France  devant  qui  tout 
fuit  :  ' 

Insubrumque 
Jam  imperio  potitur. 

Venise  se  réveille,  ne  rêvant  que  la  paix  (fol.  30-31  V).  On 
termine  par  une  prière  du  chœur  et  par  un  long  acte  de  foi  et 
de  contrition. 

Dans  l'acte  cinquième  et  dernier  (fol.  33),  l'ItaUe  chante  la 
gloire  de  Louis  XII  et  son  entrée  à  Milan  ;  nous  donnons  plus 
loin  ce  morceau. 


394  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XIÎ. 

Elle  entonne  ensuite  un  chant  lyrique  en  l'honneur  du  roi  : 

Ad  te  soror  misit  mea  :  atl  te  conddens 
Venio,  pacemque  peto  et  libertatem. 

Elle  se  voit  reprenant  son  ancienne  force  et  sa  splendeur, 
reconquérant  l'univers  jusqu'aux  sources  du  Nil.  Au  fol.  36  v°, 
le  roi  lui-même  parait  enfin.  11  engage  l'Italie  à  la  confiance: 
il  ne  veut  rien  que  ce  qui  est  jusie.  L'Italie  trouvera  en  lui  un 
citoyen  et  un  père.  Il  espère  que  le  Mède  et  l'Arabe  obéiront  à 
ses  lois. 

Dopone  cetera,  Italia,  et  mecum  animum 
Dirige  :  Cliristi  pro  fîde  pugncmus  omnes. 

Un  messager  divin  vient  clore  la  tragédie  :  il  souhaite  au  roi 
lion  courage  : 

Vinces  in  lioc  signe,  fidem  labenlem 
Reges  et  orbis  vitia  abscides. 
Turcorum  bonores  perde  et  omnc  quod  negat 
Veriim  deum  abluas  aqua 

Le  Christ  est  là,  entrez  dans  son  temple  ! 
Le  chœur  se  déclare  enchanté. 

Explicit.  Dca  grattas.  (Fol.  38.) 

Bien  que  cette  œuvre  se  maintienne  dans  un  ordre  d'idées 
supérieur  et  ne  vise  aucun  fait  réel,  bien  que  la  suite  de  ses 
tableaux  se  déroule  dans  un  cadre  abstrait,  les  allusions  à 
Venise,  au  Turc,  au  royaume  de  Naples  semblent  autoriser  à 
en  fixer  l'apparition  vers  l'année  150^. 

Voici  en  quels  termes  V  Italie  depein-t,  au  cinquième  acte 
(fol.  33),  l'entrée  de  Louis  XII  à  Milan  <  : 

Ilalia. 

Ni  per  altum  vidimus  triumpbum, 
Pûstquam  mea  sorore^  discossimus  bine, 

1.  «  Quam  tibi,  sacratissime  Rex,  »  ajoute  l'auteur,  «  dodicarc 
ex  fldo  volui;  cui  si  tuum  adosse  numen  scnsoro,  majora  mecum 
tuo  auspitio  sperabo.  » 

2.  Rome. 


PIÈCES  ANNEXES.      -  395 

Ivimus  ut  soror  jussit  michi  mea  ; 
Sensim  ferebar  sola  itcr;  dura  prope  sum 
Mediolanum,  omnia  circumspitio 
Florere  festis  :  Hocce  quidnam  est,  rogito. 
Ilic  pairie  clamant  venisse  regem. 
At  sorte  gaudebam  mca.  Dum  illico  sum, 
Jam  video  passim  legioncs  incedere; 
Arma  micant,  dilustrantque  galli  ensit'eri. 
Hinc  proceres  auri  lacessunt  fulgore 
Et,  spolia  induli  hostium,  qualiter  olim 
Nostros  Jovis  tectum  duces  exceperit, 
Vel  lacrymante  Perseo  nobilem  Paulum 
Vel  Marium  Jugurta  adhuc  constanciorem. 
Mirata  rerum  copia,  steti  :  et  reflexi. 

Obstupuere  visus. 
Ipse  triumphali  ferebatur  pompa, 
Indutus  auro  et  gemma  et  austro. 
Et  bijugis  devectus  albis. 
Sexenti  erant  hinc  pedites,  quibus  arma 
Fulgent,  juventa  floret  et  ferox  adest  Mars. 
Prope  pedes  terdeni  erant  principes, 
Et  totidem  legum  arbitri,  vitoeque  judices, 
Justiciam  qui  mox  regant,  pellant  nephanda. 
Qui  castigent  mores,  probentque  rectum. 
Post  hune,  patres  cardinei  très, 
Et  reguli,  atque  erant  centum  oratores, 
Innumeri  milites  martesque  fulgidi. 
Procedit  ordo  mediam  per  urbem. 
Undique  plausus  erat,  undique  alla 
Limina  virebant  potenium  floribus, 
Et  cumulis  turis  calent  altaria. 
Templaque  messem  undique  suspirant  sabeam 
Et  pleno  pueri  favore  frequantant 
Gaudia;  successus  novos  mirantur  vénères. 
Jam  proceres  veniunt  obviam  sanctusque  senatus 
Miratur  aspectum  et  sacra  ora  principis, 
Gum  stetit  et  coram  dédit  dona  tria, 
Et  baculum  sceptrumque  et  ensem  fulgidum. 
Ille  manu  complexus  omnes  risuque  decoro 
Excepit  hec  dona  libens  ;  post  sacra  verba, 
Jam  baculum  Trivulso  dédit, 
Sceptrum  suc  gallo,  sibi  ensem  retinuit. 


396  CHRONIQUES  DE  LOUIS   XII. 

Choi^us. 

Mira  quidem,  Italia,  recitas 
Novumque  narras  jam  triumphum 
Quo  rex  abil. 


XXVI I. 

Chants  dd  poète  ROMAm  lauréat  Michel  Nagonius, 
E.\  l'honneor  de  Louis  XII. 

(U98.) 

Le  poète  italien  Nagonius,  à  l'occasion  de  l'avènement  de 
Louis  XII,  de  son  couronnement  et  de  son  projet  de  mariage 
avec  Anne  de  Bretagne,  adressa  de  Rome  au  roi  un  volume  do 
vers  que  nous  possédons  encore  (ms.  lat.  8^32).  L'exemplaire 
d'envoi  renferme  trois  admiralîles  miniatures,  doubles.  La  pre- 
mière, pour  le  feuillet  de  dédicace,  représente  un  médaillon  de 
Louis  XII  et  un  sujet  (Mars  offrant  au  roi  un  bouclier,  sur 
lequel  est  peint  l'univers)  ;  la  seconde,  le  couronnement  de 
Louis  XII,  Jérusalem,  les  médaillons  des  rois  de  France;  la 
troisième,  le  triomphe  de  Louis  XII  seulement,  mais  elle  se 
complète  par  une  magnifique  page  de  manuscrit. 

Après  une  dédicace  en  vers,  une  dédicace  en  prose,  et  un 
poème  De  laudibus  GaUix  et  rébus  gestis  per  Francos,  le  poète 
italien  aborde  l'œuvre  maîtresse,  qu'il  a  divisée  en  six  chants  ou 
livres  :  Ludovici panagiricon  pronostichonque.  La  première  par- 
tie (c'est-à-dire  les  trois  premiers  livres)  se  compose  d'un  seul  et 
unique  poème  héroïque  sur  cette  donnée,  qui  s'étend  du  fol.  9 
au  fol.  98  du  manuscrit.  Les  trois  derniers  livres,  au  contraire 
(fol.  98-118),  comprennent  une  suite  de  chants  lyriques,  sans 
ordre,  tous  en  vers  latins  comme  les  autres  poèmes.  L'avant- 
dernier  de  ces  chants  nous  donne  la  date  de  Pœuvre  ••  ^498, 
car  il  contient  des  vœux  pour  le  futur  mariage  du  roi.  Cette 
œuvre  si  volumineuse  a  donc  été  conçue,  composée,  exécutée  et 
envoyée  entre  le  couronnement  du  roi  et  son  mariage,  c'est-à- 


PIECES  ANNEXES.  397 

dire  dans  le  second  semestre  de  1498.  Elle  se  termine  par  la 
signature  de  l'auteur  : 

E.  V.  S.  R.  Majestatis, 

Devotus  servulus  Johannes  Michail  Nagonius, 
civis  Romanus,  et  poeta  laureatus. 

Tous  ces  vers  sont  ultra-louangeurs.  Nous  devons  confesser 
toutefois  un  détail  qui  en  alfaiblil  un  peu  l'effet,  et  qui  explique 
le  tour  de  force  exécuté  par  l'auteur.  Ces  poésies  avaient  déjà 
servi,  en  France  même.  L'auteur  avait  adressé  déjà  des  louanges 
à  peu  près  pareilles,  et  souvent  identiques,  au  duc  Pierre  de 
Bourbon.  Les  noms  seuls  sont  changés.  Par  exemple,  l'ode  où 
le  poète  représente  Louis  XIl  à  cheval  se  trouvait,  par  une 
heureuse  fortune,  avoir  déjà  pu  représenter  Pierre  de  Bourbon 
à  cheval.  Les  demandes  d'argent,  adroitement  encadrées  dans 
les  fleurs  d'une  rhétorique  pompeuse,  sont  également  les  mêmes. 
Mais  l'exemplaire  de  Louis  XII  dépasse  de  beaucoup  en  beauté 
celui  de  Pierre  de  Bourbon  (ms.  lat.  8133,  in-4°,  de  228  fol.). 

Il  suffira  de  citer  quelques-unes  de  ces  pièces.  Assurément, 
on  ne  peut  pas  prétendre  y  trouver  le  type  du  langage  de  tous 
les  Italiens  de  cette  époque.  Moins  fier  qu'Harmonius,  qui  pré- 
tendait faire  parler  l'Italie,  Nagonius,  en  définitive,  parle  pour 
son  propre  compte.  Néanmoins,  elles  fournissent  le  spécimen 
des  louanges  qui  s'élevèrent  autour  du  conquérant  de  Naples  et 
de  la  Lombardie  :  langage  tout  nouveau  pour  nos  rois,  fort  peu 
habitués,  chez  eux,  à  de  pareilles  douceurs  de  compliments,  à 
un  tel  enivrement  d'encens  ^ . 

1.  Voici  la  liste  des  odes  de  Nagonius,  suivant  l'ordre  du  manus- 
crit, à  partir  du  livre  IV  (les  titres  en  italiques  sont  ceux  des 
pièces  que  nous  reproduisons  ci-après)  : 

Livre  IV.  Odes. 
Fol.  98.  A  Louis  XIL 
Fol.  100.  Id. 
Fol.  102.  Id. 

Fol.  106.  Id.  sur  son  couronnement  triomphal. 
Fol.  107.  Que  les  dieux  favorisent  Louis  XII,  s'il  navigue  cliex 
les  Turcs  ! 
Fol.  111.  A  Louis  XII. 
Fol.  112.  Louis  Xn,  nouveau  César. 


398  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

Chaque  pièce  est  dédiée  :  «  Ad  eundem  divum  Ludovicum  XII, 
Francorum  regem  illusLrissimum,  pium,  fœlicem,  et  semper 
invictum  triumphatoremque  maximum ,  »  etc.,  etc. 

Fol.  H3.  A  Louis  XII,  protecteur  des  poètes  et  des  muses. 

Fol.  114.  Que  le  poète  n'ose  se  présenter  à  Louis  XII. 

Fol.  117.  A  Louis  XII,  sur  les  victoires  remportées  à  Jérusalem 
par  les  rois  de  France. 

Fol.  124.  Id.,  sur  son  avènement. 

Fol.  128.  Id.,  Gonstantinople  lui  demande  sa  délivrance. 
Livre  V.  Élégies,  ipigrammcs. 

Fol.  130.  Dédicace. 

Fol.  130  v°.  Jérusalem  sollicite  sa  délivrance. 

Fol.  131.  A  Louis  XII,  sur  la  joie  de  son  couronnement  et  son 
entrée  à  Paris. 

Fol.  132.  Id. 

Fol.  132  vo.  Id.,  pour  qu'il  fasse  la  guerre  aux  Turcs. 

Fol.  133.  Louis  XII  à  cheval. 

Fol.  133  v°.  Sur  les  ornements  du  cheval  du  roi,  au  couron- 
nement. 

Fol.  134.  Les  titres  de  Louis  XII  devraient  être  écrits  dans  les 
temples. 

Fol.  135.  Que  les  dieux  préservent  Louis  XII  de  tout  mal! 

Fol.  135  v°.  Sur  le  banquet  donné  en  l'honneur  de  la  paix  inté- 
rieure. 

Fol.  136.  Les  titres  de  Louis  XII  devraient  être  inscrits  dans 
un  palais  doré,  avec  ceux  des  chefs  les  plus  célèbres. 

Fol.  136  \°.  Culte  dû  à  Louis  XII  lorsqu'il  aura  vaincu  les 
Maures. 

Fol.  137.  Sur  le  courage  de  Louis  XII. 

Fol.  137-137  v».  Sur  la  renommée  de  Louis  XII. 

Fol.  137  v°.  Triomphe  de  ta  France  sous  le  règne  de  Louis  XII. 

Fol.  138.  Sur  la  grandeur  d'àme  de  Louis  XII. 

Fol.  138.  Sur  le  patriotisme  de  Louis  XII. 

Fol.  138  vo.  Sur  les  victoires  de  Louis  XII  et  la  paix  donnée  à 
la  France. 

Fol.  139.  Sur  son  courage  contre  les  ennemis. 

Fol.  139.  Sur  la  renommée  universelle  de  Louis  XII. 

Fol.  139  v".  Souhaits  de  longue  vie  à  Louis  XII. 

Fol.  140  v°.  Qu'il  faut  construire  en  son  honneur  un  temple  à  la 
Fortune,  sur  la  colline  de  Romulus. 


PIÈCES  ANNEXES.  399 

L'auteur  appelle  encore  le  roi  «  Aureliane  »  (faisant  IV  bref 
dans  re) . 

Fol.  140  v°.  Louis  XII,  le  plus  grand  des  hommes. 

Fol,  141  v°.  Sur  la  richesse  et  la  libéralité  de  Louis  XII. 

Fol.  142.  A  Louis  XII,  s'il  veut  naviguer  au  loin. 

Fol.  142  \°.  Sur  son  étonnante  puissauce  et  sa  divinité  (nu>m?i(?, 
mot  habituel). 

Fol.  143.  Louis  XII,  aigle  et  lion. 

Fol.  143  v<'.  Sur  ses  ancêtres. 

Fol.  144.  Sur  sa  renommée  à  Rome  et  dans  tout  l'univers. 

Fol.  144  v°.  Sur  son  antique  lignée. 

Fol.  1  iô.  Que  dès  ses  plus  jeunes  années  son  caractère  a  donné 
les  plus  grandes  espérances. 

Fol.  146.  Des  temples  et  des  monuments  à  élever  à  Louis  XII. 

Fol.  14G  V.  Louis  III.  deuxième  César-Auguste. 

Fol.  147.  Le  poète  offre  d'écrire  sa  généalogie  et  ses  hauts  faits. 

Fol.  147  \°.  Sur  sa  renommée  qui  croit  à  Rome  et  partout. 

Fol.  148.  Louis  XII  considéré  par  le  monde  entier,  et  surtout 
à  Rome,  comme  un  nouveau  César  qui  efface  tous  les  anciens 
rois. 

Fol.  148.  Sur  son  renom  de  puissance  et  de  prudence. 

Fol.  149.  A  Louis  XII  :  Qu'il  méprise  la  richesse  et  ne  recherche 
que  les  monuments  des  lettres  ! 

Fol.  149  v°.  Que  le  roi,  après  le  sacre,  t.arde  à  venir  à  Paris  et 
que  Paris  se  plaint  de  ne  pas  le  voir. 

Fol.  150  v°.  Du  banquet  donné  à  Paris  lors  du  sacre. 

Fol.  151.  A  Louis  XII,  ami  des  Muses  et  qui  aime  les  poètes. 

Fol.  151.  Puisse  Louis  XII  aimer  la  poésie! 

Fol.  151  yo.  Louis  XU  grand  général;  qu'il  effraie  les  Turcs  ! 

Fol.  152.  Louis  XII,  roi  de  France  incomparable. 

Fol.  153.  Le  poète  rendra  Louis  XII  immortel. 

Fol.  153.  Sur  le  portrait  de  la  numen  de  Louis  XII. 

Fol.  153  V".  Le  nom  de  Louis  XII  ne  périra  pas. 

Fol.  153  v°.  Rome  engage  Louis  XII  à  venir  y  prendre  la  cou- 
ronne impériale. 

Fol.  154.  Sur  la  splendeur  qu'il  a  rendue  à  la  toge  du  magistrat. 

Fol.  154  v°.  Sur  l'illustre  origine  de  Louis  XII. 

Fol.  154  V".  Sur  sa  noblesse. 

Fol.  155.  Sur  son  banquet  et  ses  festins. 

Fol.  155.  Qu'il  aime  les  vertus. 


400  CHRONIQUES   DE  LOUIS  XII. 

Livre  VI.  Épigrammes  et  élégies. 

Fol.  156.  Qu'il  délivre  Jérusalem,  qu'Apollon  le  reçoive  au 
retour!  (Cette  pièce,  la  suivante  et  "plusieurs  autres  sont  des  invita- 
tions à  la  croisade.) 

Fol.  156.  Que  la  Vénus  de  Chypre  reçoive  bien  le  roi  à  Paphos, 
à.  son  retour  de  Jérusalem. 

Fol.  157  v°.  Que  le  roi  soit  continent  et  méprise  la  volupté. 

Fol.  158.  Sur  le  gouvernement  des  rois  envers  les  peuples. 

Fol.  159.  Sur  la  beauté  du  palais  de  Louis  XII. 

Fol.  160.  Numcn  et  grâce  du  roi  pour  les  poètes. 

Fol.  160  v°.  Exhortation  au  roi  à  chasser. 

Fol.  161.  Expérience  et  habileté  militaire  de  Louis  XII. 

Fol.  161  v°.  Qu'un  prince  ne  doit  pas  être  avare. 

Fol.  162.  Qu'un  prince  ne  doit  pas  être  orgueilleux. 

Fol.  162  V».  Qu'un  prince  doit  être  généreux. 

Fol.  164.  Qu'un  prince  doit  être  humain  et  clément. 

Fol.  168.  Qu'un  prince  doit  être  reconnaissant  des  services. 

P'ol.  170.  Puisse  Louis  XII  inspirer  le  poète! 

Fol.  171.  La  religion  doit  être  observée  par  les  princes,  surtout 
par  Louis  XII,  le  plus  grand  de  tous. 

Fol.  172.  Triomphe  à  la  Romaine,  promis  à  Louis  XII,  s'il 
délivre  la  Terre  Sainte  et  Constantinople. 

Fol.  173.  Louis  XII  force  l'amour  et  l'affection. 

Fol.  175.  Exhortation  à  Louis  XII  au  courage  contre  ses  ennemis. 

Fol.  177.  Exhortation  à  Louis  XII  contre  les  barbares,  surtout 
lorsqu'il  aura  ouvert  la  guerre  contre  les  tyrans. 

Fol.  178.  Exhortation  à  Louis  XII  à  la  continence  dans  les 
camps,  et  à  garder  les  lois  du  mariage. 

Fol.  178  v°.  Exhortation  à  Louis  XII  à  la  clémence  envers  ses 
ennemis. 

Fol.  179.  Exhortation  à  Louis  XII  à  l'amour  pour  la  patrie. 

Fol.  180.  Exhortation  à  Louis  XII  à  la  douceur  envers  ses 
proches  et  les  princes. 

Fol.  180  v°.  Exhortation  à  Louis  XII  à  la  sévérité  contre  les  rebelles. 

Fol.  181.  Exhortation  à  Louis  XII  à  veiller  sur  sa  vie. 

Fol.  182.  Louis  XII  a  la  force  d'Hercule  et  doit  avoir  une  statue 
pareille  au  Forum. 

Fol.  183.  Que  les  provinces  soumises  envoient  à  Louis  XII  des 
bêtes  féroces. 

Fol.  183.  Bienfaits  des  Muses. 

Fol.  183  v°.  Que  Calliope  salue  le  prince  qui  lui  sourit  ! 


PIÈCES  ANNEXES.  101 

Triomphe  de  la  France  sous  Louis  XII  * . 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  duodecimum,  Francie  Regem, 
excellentissimumque,  sub  cujus  regno  tola  Galia  coruscat, 
triumpliat. 

Aurea  régna  fovent,  isto  sub  principe,  Galli 

Et  preciosa  sui  secula  régis  habent. 
Emicat  oceanus,  nullo  turbatus  ab  hoste, 

Carpere  nec  merces  gens  inimica  potest. 
Tendit  in  hispanos  tutus  cum  rémige  portus 

Navita,  ad  extremos  haud  timet  ire  locos. 
Jamque  vagum  pelagus  pacavit  belliger  héros  : 

Et  maris  hostili  sanguine  tinxit  aquas. 
Jam  Perse  Medusque  suas  nunc  sponte  sagittas 

Ponit  et  in  volucri  fractus  adorât  equo. 
Impia  gens  paret  ;  populus  tibi  templa  dicabit, 

Thura,  Ludovico,  vota  precesque  dabit. 

QuHl  faut  ériger,  en  l'honneur  de  Louis  XII,  un  temple 
sur  la  colline  de  Romulus  2. 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  Francie  Regem.  illuslrissi- 
raum,  pium  et  fœlicem,  de  Templo  Fortune  sibi  construendo  in 
monte  Romuli,  ob  ejus  mérita. 

nia  dies  iterum  sacranda  est  colle  Quirini, 

Fortune  tulerat  que  nova  festa  dee. 
Gesar  a  genoreis  victor  quum  venit  ab  arvis 

Regnaque  fallacis  contudit  usta  Jubé. 
Publica  tecta  dédit,  ludos  ut  sepe  fréquentent, 
Sintque  quirinali  festa  novanda  jugo. 

Fol.  184.  Les  Muses  doivent  glorifier  le  roi. 

Fol.  184.  Contre  les  envieux  et  les  détracteurs  du  roi  et  de  sou 
poète. 

Fol.  184  v°.  Beauté  du  roi,  avec  le  pallium  et  la  toge. 

Fol.  185  Y°.  Que  Louis  XII  a  mérité  le  nom  de  roi. 

Fol.  185  v°.  Du  prochain  mariage  de  Louis  XII,  épithalame 
improvisé. 

Fol.  188.  Que  les  Muses  aillent  voir  son  prince  et  le  saluent  en 
son  nom. 

1.  Ms.  lat.  8132,  fol.  137  v°. 

2.  Fol.  140  Y°. 

1  26 


402  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

Nunc  delubra  vides  etiam  venerata  sabeis 

Nubibus  :  Idei  darit  quoque  tbura  patres. 
Ipse  hac  militia  fidtM  submitle  rebelles  : 

Vincantur  dextra  magnanimique  duces. 
Jura  feres  Mauris  :  stabit  gens  barbara  sceptro 

Juncta  tuo,  leges  ponet  et  arma  toga. 
Glorior  armipotens  répétant  quod  festa  subacti, 

Letor  et  e.x;  armis  bec  meruisse  tuis. 

Louis  XII  aigle  et  lion  ' . 

Ad  eundem  divum  Ludovicum,  Francie  regem,  polentissi- 
mum,  pium,  fœlicem  el  semper  auguslum,  epigramma,  quo 
poêla  comparai  eum  aquile  et  leoni,  qui  nisi  lu  nobiles  saeviunt 

grèges. 

Inter  qualis  aves  volucrum  regina  veretur, 

Fulmina  que  superis  apta  ministra  geri, 
Ira,  reluctantes,  aquile,  nisi,  sœva,  dracones, 

Infurit,  et  viles  impetus  odit  aves; 
Quadrupedum,  fulve  matris,  rex  qualis,  ademptus 

Ubere,  dégénères  effugit  ore  grèges  ; 
Sic  tu,  belligere  rex  invictissime  geatis, 

Non  facis  inbelles  fortis  ad  arma  duces. 
Non  nisi  nobilitas,  claros  habitura  triumpbos, 

Sœvit  et  in  fortes  non  nisi,  castra,  viros 
Indignos  vilesque  duces  regesque  nephandos, 

Perdomita  Latium  sustinuisse  piget. 
Carta  viam  monstrat  laudes  et  picta  perhennes 

Que  décorant  currum  régis  et  ora  ducum. 

Louis  XII  César- Auguste  ^. 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  duodccimum  Francie  regem, 
illuslrissimum,  polenlissimum,  pium,  fœlicem  el  semper  invic- 
lum,  epigramma  quo  poeta  iudicat  ipsum  esse  alium  Gesarcm 
Auguslum. 

Aller  César,  ave,  quo  non  illustrior  extat 
Temporibus  nostris,  nec  fuit  ante,  reor. 

i.  Fol.  143. 
2.  Fol.  146  V". 


PIECES  ANNEXES.  403 

Scripta  laborate  nunquam  peritura  Tlialie 

Et  sparsum  nitidis  sume  volumen  aquis. 
Nam  scio,  nec  fallor,  possunt  tibi  serta  placere 

Phocidos,  et  nostro  dicta  latina  lyre. 
Hoc  si  perpétua  stabis  sub  imagine  vatis  ; 

Et  per  te  vivet  carmen  ad  usque  meum. 
Nam  famam  \itamque  dabis,  nostroque  labori 

Nomen,  et  aonium  turba  requiret  opus. 
Illa  frequentabit,  fructus  decerpet  adultos, 

Numea  et  aligeri  noscere  discet  equi. 

De  la  renommée  de  Louis  XIl  ' . 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  duodecimum,  Francie  regem, 
invictissimum,  de  ejus  fama,  quomodo  creverit  Rome  et  per 
universani  Ilaliam. 

Magna  per  Ausonias  tua  fama  increbuit  oras  : 

De  te  jam  loquitur  Martia  Roma  duce, 
Expectatque,  tuos  aliis  renovanda  triumpho? 

Moribus  et  vita,  religione,  focis. 
Terruit  et  clausos  crescens  magis  illa  Britannos  : 

Orcliades  admote  non  minus  ora  timent. 
Quid  tibi  fama  potest  terris,  nihil  ipsa  reliquit 

Prodere;  jam  superos  restât  adiré  deos. 

Portrait  de  Louis  XII  ^. 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  XII,  Francie  regem,  magna- 
nimum  liberalissimumque,  de  rairo  ejus  in  efligie  numine  con- 
lemplando. 

Principis  effigiem  vultu  qua  mente  superbit 

Conspicc  :  regalles  terruit  illa  patres. 
Adde,  precor,  jaceant  sublimia  Cesaris  ora, 

Tuque  superbiûco  Roma  supercilio. 
Cède,  triumphata  dux  o  Carthagine  grandis 

Scipio,  cum  titulis,  Emiliane,  tuis. 
Hic  tota  effigies  regum  spectata  renidet. 

Quid  loquor?  hic  princeps  ora  superna  tenct. 
0  fœlix  princeps,,  sublimes  nactus  honores, 
Tu  patris  et  regum  flosque  decusque  mânes. 

1.  Fol.  147  \°. 

2.  Fol.  153. 


',04  CHRONIQUES  DE  LOUIS  XII. 

Nécessité  de  la  sévérité  à  l'égard  des  rebelles  ^ . 

Ad  eundem  divum  Ludovicum  Xll,  Francie  regem,  fortissi- 
mum,  pium,  fœlicem  et  semper  invictum,  epigrarama,  quo 
poêla  monet  ipsum  fore  severum  conlra  rebelles. 

Armet  duritia  pectus  corpusque  superbus 

Princeps  et  gladio,  quumque  rebellis  adest. 
Exemplum  dat  Roma  tibi  monitusque  recensât 

Antiques,  donat  consiliumque  grave. 
Ob  scelus  indignum  Tarpeia  Manlius  arce 

Obruitur.  Givis  seditiosus  erat. 
Hic  luit  alTecti  damnatus  crimine  regni, 

Qui  capitolino  ceperat  arma  jove. 
Gallica  depulerat  quondam  de  ruppe  Tonantis 

Tela;  foret  melius  si  cecidisset  eques. 
^de  sua  propria  non  starent  templa  monete, 

Tradita  Junoni  nec  bona  thura  forent. 
Spurius  et  consul  ter,  magnilîcusque  triumphis, 

Culpatus  simili  suspitione,  stetit. 
iEdem  telluris  fabricavit  postea  Roma 

Et  tali  pœna  Manlius  inde  fuit. 
Nobilitas  viguit  Gracchorum  summa  parentum, 

Deffuit  in  paucis  ille  diebus  honor. 
Timagoram  gentes,  legati  munere  functum, 

Mittunt  Mopsopie  dantque  ferenda  viro. 
Hic  Darium  regem  priscorum  more  salutat; 

Rege  salutato  fila  severa  tulit. 
Cambysem  Cyri  Persarum  in  templa  proplianum 

Crimine  pro  tanto  molis  harena  promit. 
Tu  quoque  sub  rigide  mulctabis  jure  rebelles, 

Et  semper  pravos,  Aureliane,  viros. 

1.  Fol.  180  Y». 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Pages 

Introduction j 

La  Conqueste  de  Milan  (1499) I 

I.  —  La  prinse  de  La  Ro(iue 16 

IL  —  Gomment  Non  fut  prinse 22 

IIL  —  La  prinse  d'Alexandrie 38 

IV.  —  La  mort  de  l'argentier 74 

V.  —  La  fuite  de  Ludovic 76 

VI.  —  L'entrée  de  Millan 91 

La  cronicque  du  Roy  très  chrestien,  Louys  doziesme  de  ce 

NOM,    DE    l'an   mille   CINC   CENS,    AVEGQUES    LE    REMANANT   DE 
l'année  PRECEDENTE,  CONTENANT  LES  ULTRANSMONTAINES  GESTES 

DES  Françoys  (1499-1500) 113 

1.  —  De  la  conqueste  de  la  conté  d'Ymolle    .     .     .     119 
II.  —  Gomment  le  chasteau  d'Ymolle  fut  prins  .     .     126 

m.  —  Du  siège  de  Fourly 128 

IV.  —  Gommant  dame  Katherine  Sforce  fut  prize.    .     133 
V.  —  Du  commancement  de  la  rébellion  de  Millan.     138 
VI.  —  Gomment  le  seigneur  Ludovic  se  mist  aux 

champs 141 

VII.  —  Gomment  le  Roy  transmist  delà  les  mons  le 
seigneur  de  la  Trimoille,  avecques  cinq  cens 

hommes  d'armes 143 

VIII.  —  Gomment  le  conte  de  Ligny  fut  a  Gomme, 

au  devant  de  l'armée  du  seigneur  Ludovic.    149 

IX.  —  De  la  rebellyon  de  Millan 153 

X.  —  Gomment  les  vivres  du  château  se  cuyderent 

perdre 159 

XL  —  Gomment  l'armée  du  seigneur  Ludovic  fut  a 

Gomme 160 

XII.  —  Gomment  Gomme  fut  rendu  au  seigneur  Ludo- 
vic     161 

XIII.  —  Gomment  le  conte  de  Ligny  et  le  seigneur 
Jehan  Jacques  sortirent  du  chasteau  de  Mil- 
lan et  se  misrent  aux  champs 165 


'lOG  TABLE  DES  MATIÈRES. 

Pages 

XIV.  —  Comment  le  capitaine  Louys  d'Ars,  avecques 
quarante  hommes  d'armes  et  quatre  vingts 
archiers,  passa  tout  le  travers  de  Lombardye    171 
XV.  —  Comment  le  seigneur  Ludovic  fut  de  Comme 

a  Millan 177 

XVI.  —  Du  retour  de  l'armée  qui  estoit  allé  a  Fourly.     180 
XVII.  —  Gomment  Tourtonne  fut  pillée  par  les  Françoys    184 
XVIII.  —  Gomment  les  Françoys  coururent  devant  Vi- 
geve,  en  laquelle  estoit  le  seigneur  Ludovic 

avecques  son  armée 187 

XIX.  —  Gomment  le  Roy  transmist  le  cardinal  d'Am- 

boise  delà  les  mons 198 

XX.  —  Du  conseil  qui  entre  les  lieutenans  du  Roy  et 
les  capitaines  de  l'armée  fut  tenu  a  Mor- 
terre,  et  de  l'oppinion  d'aucuns  d'iceulx.     .     199 
XXI.  —  De  l'oppinion  du  baillif  de  Disjon  sur  le  faict 

de  la  guerre 200 

XXII.  —  Comment  le  conte  de  Ligny  fist  responce  sur 

ce  que  avoit  oppiné  le  baillif  de  Disjon  .     .     202 

XXIII.  —  Du  rainfort  de  Novarre  et  du  siège  d'icelle     .     205 

XXIV.  —  De  l'assault  que  l'armée  du  seigneur  Ludovic 

donna   a   Novarre,   et  commant  plusieurs 
Bourguignons  et  Allemans  y  demeurèrent .     207 
XXV.  —  Une  oraison  que,  sur  le  point  de  l'assault,  le 

seigneur  d'AUegre  eut  aux  Françoys  .     .     .     207 

XXVI.  —  Gomment  les  Françoys  rendirent  Novarre  au 

seigneur  Ludovic  par  composition.     .     .     .     216 

XXVII.  —  Gomment  six  cens  Allemans  de  ceulx  du  sei- 
gneur Ludovic,  entre  Morterre  et  Vigeve, 
par  les  Françoys  furent  deffaictz  ....  217 
XXVIII.  —  Gomment  le  seigneur  Ludovic,  après  que  les 
Françoys  eurent  rendue  Novarre,  fist  son 
entrée  a  Millan 224 

XXIX,  —  Gomment  le  sire  de  laTrimoille,  avecques  son 
armée,  arri\'a  a  Morterre  en  Lombardye,  et 
du  rainfort  qu'il  donna  aux  Françoys  qui  la 

estoyent 227 

XXX.  —  Une  oraison  que  dedans  la  ville  de  Novarre  le 
seigneur  Ludovic  eut  a  ses  capitaines,  sur 
le  trecté  de  son  affaire 232 

XXXI.  —  Comment  grant  nonbre  de  gentilzhommes  de 
la  maison  du  Roy  partirent  de  Lyon  en  poste, 
pour  vouloir  estre  a  la  bataille 236 


TABLE  DES  MATIÈRES.  407 

XXXn.  —  Comment  l'armée  de  France  saillit  de  Mor- 
terre  pour  aller  donner  la  bataille  a  l'armée 
du  seigneur  Ludovic 241 

XXXIII.  —  Comment  les  seigneurs  des  Ligues  voulurent 

empescher  la  bataille 246 

XXXIV.  —  Comment  l'armée  de  France  aprocha  l'armée 

du  seigneur  Ludovic 249 

XXXV.  —  Comment  les  AUemans  et  Bourguignons  vuy- 
derent  Novarre,  et  de  la  prise  du  seigneur 
Ludovic,  avecques  la  deffaicte  des  Lombars 

et  Estradiotz 256 

XXXVI.  —  De  la  prise  du  cardinal  Ascaigne 262 

XXXVU .  —  Comment  le  cardinal  d'Amboise ,  après  la 
prise  du  seigneur  Ludovic,  partit  de  Verceil 

pour  aller  a  Millan 268 

XXXVIIL —  Comment  le  cardinal  d'Amboise  receut 
l'amende  bonnorable  pour  le  Roy,  que  ceulx 
de  la  ville  de  Millan  tirent  pour  satisfaire  a 

leur  rébellion 270 

XXXIX.  —  Comment  une  grosse  armée  fut  mise  sus  pour 
envoyer  soubmectre  la  cyté  de  Pize  a  la  sei- 
gneurie de  Florence 275 

XL.  —  Comment  l'armée,  qui  estoit  ordonnée  pour 

aller  a  Pize,  se  mist  aux  champs  ....    277 
XLL  —  Commentle  seigneur  Ludovic  et  le  cardinal  As- 
caigne furent  amenez  prisonniers  en  France.     278 
XLIL  —  Comment  la  Royne  fut  en  voyage  a  Sainct 
Glande,  et  d'un  tournay  qui  fut  faict  a  Lyon 

a  sa  venue 284 

XLIII.  —  Comment  la  tempeste  cheut  dedans  la  salle  du 

palays  du  pape 295 

XLIV.  —  Comment  Pize  fut  par  les  Françoys  assiégée  .     297 
XL  V.  —  Du  siège  de  Pize,  et  de  l'assault  que  les  Fran- 
çoys y  donnèrent 307 

Pièces  annexes. 

I.  —  Mentions   d'objets   rapportés   de    Milan    par 

Louis  XII,  en  1499 320 

U.  —  Ascanio  Sforza  à  Ludovic  le  More    ....  324 
IIL  —  Ascanio  Sforza  à  Ludovic  le  More    ....  325 
IV.  —  Ascanio  Sforza  à  Ludovic  le  More     ....  326 
V. — Philibert  Naturel,  ambassadeur  de  l'Empe- 
reur, à  Maximilien 328 


/i08  TABLE  DES  MATIERES. 

Pages 

VI.  —  César  Guascus,  ambassadeur  de  Milan,  à  Lu- 
dovic le  More 329 

YII.  —  Ascanio  Sforza  à  Ludovic  le  More     ....     333 
VIU.  —  César  Guascus,  ambassadeur  de  Milan,  à  Ludo- 
vic le  More 334 

IX.  —  César  Guascus,  ambassadeur  de  Milan,  à  Ludo- 
vic le  More 336 

X.  —  César  Guascus,  ambassadeur  de  Milan,  à  Ludo- 
vic le  More 338 

XI.  —  Rapport  d'un  envoyé  de  Louis  XII  près  des 

Ligues  suisses 346 

XII.  —  Les  capitaines  de  l'armée  royale  aux  lieute- 
nants du  Roi 349 

XIII.  —  Le  cardinal  d'Amboise  à  Louis  de  la  Trémoille.     350 

XIV.  —  Le  contrôleur  François  Doulcet  à  Louis  de  la 

Trémoille  ..." 350 

XV.  —  Ludovic  le  More  aux  habitants  de  Milan    .     .  352 

XVI.  —  Louis  de  la  Trémoille  au  Roi 354 

XVII.  —  Discours  aux  Milanais,  préparé  par  Jean  Las- 
caris 359 

XVIII.  —  Discours  de  Michèle  Tonso,  selon  la  traduction 

de  Lascaris 361 

XIX.  —  Réponse  aux  délégués  du  peuple  de  Milan, 

préparée  par  Jean  Lascaris 370 

XX.  —  Mémoire  présenté  au  nom  de  Galeazzo  di  San 

Severino 378 

XXI.  —  Jean-Jacques  Trivulzio  à  L.  de  la  Trémoille  .  380 

XXII.  —  Louis  de  la  Trémoille  au  Roi 381 

XXIII.  —  Etat  des  compagnies  laissées  en  Milanais  .     .  383 

XXIV.  —  Etat  des  prisonniers 383 

XXV.  —  Eleuterio  Ruscha,  comte  de  Val  Lugano,  à 

son  frère  Galeazzo 384 

XXVI.  — L'entrée  de  Louis  XII  à  Milan,  suivant  la 

tragédie  De  rehus  italicis 387 

XXVII.  —  Chants  du  poète  romain  lauréat  Michel  Nago- 

nius,  en  l'honneur  de  Louis  XII   ....    396 


Nogeal-le-Rolrou,  imprimerie  Daupeley-Gouverneur. 


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